09 février 2012

Le Livre de Jonas @ Dan Chaon


"T'es quoi, toi ? lui avait-elle demandé et il réfléchit de nouveau à la question.
Tout ou presque tourne autour de cette question, cruciale autant que cruelle et abrupte, dans ce magnifique roman, foisonnant, intrigant et extrêmement émouvant. 
Jonas est un enfant un peu à part, il y a quelque chose en lui qui l'écarte des autres, qui les fait même fuir, pense-t-il.... Adulte, il n'a pas vraiment changé, sauf peut-être sur un point, les stigmates qu'il portait au coeur, se voient à présent, dévastatrices, sur l'ensemble de son visage et une partie de son corps, cicatrices blanches et boursouflées. Jonas est celui qui est resté dans le ventre de la baleine avant d'être rejeté sur le rivage. Comme le Jonas de la Bible, il ne comprend pas, révolté, les intentions sinon de Dieu, du moins de sa mère, celle qui l'a mis au monde et gardé, tandis que quelques années plus tôt elle avait abandonné son premier né. Jonas, en deuil de ce frère qu'il n'a jamais connu, mais qui le hante comme une part de lui-même tout à la fois adulée et jalousée. 
"T'es quoi, toi ?" 
Entre une mère instable, toujours à la lisière de la folie, et un grand père aimant mais un peu effacé, Jonas peine à se trouver, exclu de lui-même et des autres. A la mort de sa mère, il vend tout, se débarrasse de tout, même des photos de famille, et part à Chicago pour bâtir une nouvelle vie, mais en fin de compte pour commencer sa quête, celle du frère. 
Le roman de Dan Chaon fait se percuter les temps et les époques, les chapitres se succèdent et se heurtent, nous renvoyant tantôt dans le présent, tantôt dans le passé, en compagnie de Jonas ou de son frère, Troy, qui de son côté fut adopté par un couple, et aimé, même si la vie..... Cette désarticulation du temps éclaire indirectement les manquements, les failles, les pleins et les déliés, tout ce qui a pu permettre aux personnages d'en arriver là, à cette situation de crise et d'angoisse qui presque d'emblée dès le début du livre nous est exposée. Et tandis que le présent se déroule et que l'anxiété croit (la disparition d'un enfant, encore une), les allers-retours dans le passé loin de nuire au suspens tendu jusqu'à se rompre, le nourrissent et le bâtissent. 
Livre sur l'identité et la recherche des repères. De quoi sommes-nous faits ? Sommes-nous seulement des héritiers, de nos parents, de l'histoire familiale, faut-il s'en nourrir, la rejeter, ou tout simplement extrapoler, inventer, réécrire l'histoire quand elle est trop douloureuse ou inconnue, quitte à passer pour un menteur, le romancier de sa propre vie... 
Les deux frères vont finir par se rencontrer. Cette rencontre, loin d'être l'apothéose prévue par Jonas et bien évidemment tout autre.... 

Dan Chaon fut abandonné à la naissance et élevé par des parents adoptifs dans une ferme du Nebraska. Son histoire personnelle hante ses écrits, romans, nouvelles, mais sans aucune complaisance ni apitoiement. Il y a les mères qui abandonnent, sans vraiment le vouloir ou le réaliser, des enfants qui cherchent ou ne cherchent pas, la solitude, et le grand pourquoi universel de la vie. Le vertige du devenir, le grand trou noir de l'avenir tel qu'il peut être vécu par ceux qui dès l'enfance doutent, déjà.... "La véritable épouvante, se dit Jonas, le véritable mystère de l'existence n'est pas le fait que nous allions tous mourir mais que nous étions tous nés, que nous avions tous été des bébés comme celui-là, inconscients, enroulant lentement le monde autour d'une bobine, boucle après boucle, comme une pelote de fil. La véritable épouvante était qu'avant, nous n'existions pas et que sans avoir commis aucune faute, il nous fallait exister.

Le livre s'ouvre sur une image très forte, le souvenir d'un enfant, alors âgé d'une dizaine d'années, il est mort, puis revenu à la vie, il a survécu.... L'enfant imagine ce souvenir, il le voit comme porté à l'écran, filmé de très haut, en contre plongée, comme s'il était lui-même un oiseau, s'observant lui-même. Le monde vu d'en haut, comme par un créateur invisible et tout puissant, qui aurait peut-être la réponse à tous ses "pourquoi ?". Mais il n' y a, pour l'heure, qu'un oiseau, ou un romancier, ou un cinéaste en devenir, alors l'enfant se penche sur son jeu, son univers en miniature  en attendant peut-être de pouvoir le dominer pour de vrai. 
"L'enfant avait parfois l'impression que tout était minuscule. Au centre du jardin dénudé, une pinte de crème vide représentait la maison de son grand-père, et le train consistait en une rangée de pochettes d'allumettes scotchées bout à bout. Jonas ignorait pourquoi ce jeu lui plaisait tant mais il se souvenait y avoir joué à maintes reprises : il se voyait avec sa mère, son grand père et sa chienne Elisabeth, tous à l'intérieur de la petite bouteille, et s imaginait lui-même (une autre partie de lui-même) se pencher sur eux, tel un géant ou un nuage orageux, tout en faisant lentement avancer son train de fortune."

Editions Albin Michel - 2006. Traduction de Hélène Fournier. 

04 février 2012

De la lecture....


Pieter Janssens Elinga, Lesende Frau (Woman reading)


Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère, sous chaque mot chacun de nous met un sens ou du moins une image qui est souvent un contre-sens. Mais dans les beaux livres, tous les contre-sens sont beaux. 

 Marcel Proust. Contre Sainte-Beuve

26 janvier 2012

The Staircase, suite et fin.


Petit rappel des fait
Le 9 décembre 2001, Kathleen Peterson, femme du romancier américain Michael Peterson, est retrouvée quasi morte par son mari au pied de son escalier, couverte de sang … Elle décède avant l’arrivée des secours. Dix-huit mois plus tard, le romancier est jugé coupable du meurtre de sa femme et condamné à la prison à la vie. (La suite Ici, billet du 8 janvier 2009)

Jean-Xavier de Lestrade avait réalisé un documentaire brillant et poignant, filmant presqu'au jour le jour, et pendant vingt et un mois, l'avancée et la préparation du procès, ses caméras postées un peu partout dans la maison des Peterson. Débat entre les avocats, conversations entre les enfants et leur beau-père, entretiens avec les proches, puis le procès lui-même et la sentence brutale, forcément injuste puisque sans preuves, juste des "soupcons" basés sur des a priori totalement échevelés.
Après le coup de théâtre avorté de la chouette (la probabilité qu'un rapace ait bel et bien tué Kathleen Peterson - des plumes furent d'ailleurs retrouvées dans son cuir chevelu), un nouvel élément, tonitruant cette fois, vient de renvoyer le mois dernier l'affaire devant les tribunaux. Michael Peterson est ressorti libre le mois dernier de la prison où il pensait finir ses jours. Libre, enfin quasiment...
Le noeud de l'affaire, les méthodes peu orthodoxes voir totalement fallacieuses d'un expert qui n'a pas hésité à truquer l'expertise des traces de sang, prouvant par là même le crime perpétré tout en accablant le  mari (volage, bisexuel et qui plus est écrivain !), ce qui, à vrai dire, arrangeait tout le monde...

Jean-Xavier de Lestrade va enfin pouvoir donner suite et fin à son documentaire... 
L'affaire se lisait comme un véritable thriller. La force de Lestrade : ne jamais prendre parti mais exposer tour à tour les multiples facettes de son personnage (particulièrement complexe), tout en éclairant d'un jour cru la machine judiciaire américaine et l'intolérance de la Caroline du Nord. Passionnant. 
Lire à ce propos l'article de Télérama du 28 janvier au 3 février.
Le nouveau et ultime volet du documentaire devrait être diffusé début 2012 sur Canal +, presque demain.

24 décembre 2011

Joyeuse fête de Noël !



Joyeuses fêtes de Noël à tous !

23 décembre 2011

Une image, en attendant Noël !

Illustration d'Arthur Rackham pour Le Noël de Monsieur Scrooge de Charles Dickens.
(Très jolie réédition des Editions omnibus, cartonnée etc..., un vrai petit bonheur !)

22 décembre 2011

Les animaux de Light Years et de James Salter.

Il y a dans Light Years, une tortue qui joue un rôle tout particulier.
Elle apparaît au début du livre, petit personnage au rôle secondaire, mais curieusement dont l'image ne vous lâche pas, comme imprimée sur votre rétine :

"Dans une pièce remplie de plantes vertes, une sorte de solarium, il y a un lézard, un serpent brun et une tortue assoupie. Trop haute, la marche du seuil l'empêche de sortir. La tortue sommeille sur le gravier, les pattes repliées. Elle a de longues griffes ivoire incurvées. Le serpent dort, le lézard aussi."

Elle revient à la toute fin ou presque. Elle n'a pas bougé, pas vraiment changé d'endroit, elle est toujours là, elle n'a pas pu partir, elle, la marche était trop haute, et pourtant elle y est arrivé, et pourtant les années sont passées, immenses, en apparence dévastatrices. 
La tortue demeure avec sa maison sur son dos, gravée... Tout un symbole, un jeu de miroirs à peine voilée avec une pierre cette fois, une pierre lisse, une pierre tombale, celle du lapin, Laurence...
Tout ce qui porte des mots ne meurent pas tout à fait...

"Soudain, il aperçut une forme bombée, miraculeuse. Il s'arrêta, stupéfait. Comment pouvait-elle avoir échappé aux voitures, aux yeux perçants des enfants, des chiens ? Elle y était pourtant parvenue. C'était la tortue. Elle ne l'avait pas vu. Elle poursuivit son chemin en faisant bruisser les feuilles. Il se pencha pour la ramasser. La gueule reptilienne impassible, empreinte de sagesse, n'exprimait rien ; l'oeil pâle, limpide comme une perle, semblait vouloir regarder ailleurs. De ses pattes recourbées, la bête lui frappait les doigts, mais en vain. Finalement, elle se retira dans sa carapace, sur laquelle, pareilles à l'inscription à moitié effacée d'un écriteau, étaient gravées des initiales. C'est à peine s'il put les déchiffrer. Il mouilla son index et le passa dessus ; comme par enchantement elles devinrent lisibles. A contrecoeur, il reposa la tortue et l'observa un moment. Elle ne bougeait pas."

Les animaux accompagnent l'existence,  ils en sont les témoins, le réceptacle sacré, et même parfois comme pour cette petite tortue,  les survivants...

Et puis, il y a bien sûr, Hadji, le chien, le compagnon...
"Il but son thé. Il entendit le claquement des vieilles griffes de son chien sur le plancher. Hadji s'assit à ses pieds et leva les yeux, affamé comme tous les gens âgés. Son chien qui avait galopé à perdre haleine dans la neige, les pattes solides, les oreilles couchées en arrière; le regard vif, l'haleine pure. Une vie qui était passée comme un éclair."

Source photo : Maclancy


21 décembre 2011

Un bonheur parfait (II) @ James Salter


 "Light Years" - je préfère de loin le titre anglais - est un roman qui se lit lentement et invite à la lecture paresseuse, entendez par là que deux à trois pages suffisent parfois avant de refermer le livre et les yeux fermés ou grands ouverts, cogiter, savourer, reprendre.
Salter a le don des phrases, des images qui font mouche, vous surprennent et vous touchent exactement là où vous ne l’attendiez pas, exactement là où ils fallaient qu’elles piquent, égratignent, apaisantes ou poignantes, presque blessantes.
Salter est le romancier des «sens», un sensuel comme je les aime, un de ces êtres, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, tout lui parle et fait sens. Hommes, femmes, animaux, paysages, et maisons, tout et tous lui parlent parce qu’il sait les entendre, et si bien.
Il y a un je ne sais quoi de Colette chez lui, un air de famille qui m’a tout de suite enchantée, et je ne croyais pas si bien penser, il aime Colette bien sûr et certainement tout autant que moi et même plus encore.
Colette aimait les femmes, les hommes, les enfants, les animaux, les maisons et les jardins avec le même enthousiasme et la même force virile. Pas de compassion, ni de mièvrerie, juste de l’amour et de l’émerveillement.
Colette aurait aimé le passage, c'est certain,  où Viri retrouve la nonchalante Ursula, elle n’était pas bien loin...
«Calme et sombre, Ursula est debout près de la porte de la cuisine. Elle mange une pomme. Il lui effleure les lèvres. Elle lui mordille le poignet. Elle a des yeux noirs et brillants, de longs cils entremêlés de femme ivre. Sa robe est soyeuse, son haleine très douce.
«Ursula», dit-il.
L’animal tourne légèrement les oreilles, puis oublie.
«Où étais-tu ? Qui a ouvert ta stalle ?"
Ursula bien sûr, leur poney. Qui n’a jamais approché un cheval d’un peu près ne pourra jamais apprécier réellement cette image, c’est tellement ça :
«Il lui caresse une oreille : elle est chaude, solide comme une chaussure.»

«Un bonheur parfait» pour reprendre le titre en français que je n’aime vraiment pas en raison de l’ironie qu’il sous-entend et que je ne trouve pas justifiée (on comprend tout de suite que le couple va mal et qu’il va droit au mur), est, bien plus que l’histoire d’un couple qui chavire sans réel avis de coup de vent , l’histoire d’une maison, d’une maison avec un grand M, murs, toit, jardin, serre et écuries, mais aussi l’enfance qu’elle abrite et qu’elle protège et les racines qu’elle fait pousser dessous vos pieds sans même que vous n’y preniez garde, le lieu d’où vous venez, la famille dont vous êtes issu. On la quitte un jour, on la vend, on s’en va même très loin, et pourtant elle reste là nichée, lovée quelque part dans votre poitrine, vous savez qu’un jour vous y reviendrez d’une façon ou d’une autre. Pas étonnant que Viri soit architecte, pas étonnant que Nedra passe tout son temps ou presque à décorer toutes ses demeures, même les plus éphémères, même celles de ses amants. La maison est un symbole, elle est la Terre, sa propre terre.
Et puis, il y a les histoires, les contes qui habitent les lieux et les êtres. Les personnages de Salter aiment les mots et aiment raconter, ce sont des conteurs, chacun à leur façon, et chacun à leur façon portent tout un monde en eux. Ils donnent et reçoivent, ils prennent, ils volent un peu aussi, ils perdent et se perdent, se trompent, se fourvoient, mais reviennent à l’essentiel, presque instinctivement, les mots.
« Jivan était sombre, plein d’histoires comme le serpent des mythes ; chacune des ses dents blanches contenait une histoire et chaque histoire, une centaine d’autres ; elles étaient toutes en lui, entrelacées, endormies. L’étranger bardé de légendes est invincible. Une fois qu’ils lui ont échappé, ces hymnes, ces plaisanteries, ces mensonges se mélangent à l’air, on les respire, on ne peut les filtrer. Il est comme la proue d’un navire qui fend les océans de sommeil. Le silence est mystérieux, mais les histoires nous remplissent comme le soleil. Elles sont pareilles à des éclats de miroir qui reflètent des images brisées ; rassemblez-les, et une forme plus grande commencera à apparaître : l’histoire des histoires"

Et puis bien sûr, Salter aime les femmes, et pas seulement pour leur pouvoir de séduction ou leurs charmes, parce que,  dit-il souvent en interview, elles sont bien plus courageuses, bien plus fortes que les hommes, beaucoup moins ennuyeuses aussi !
Nedra est un personnage à la Colette, comme elle, elle aurait pu tout quitter pour monter sur les planches, tout risquer. Comme elle, elle a tout risqué, certains diront perdu... 
Colette
Il ne s’agit finalement que d’une course folle contre la mort, le temps passe trop vite, il faut trouver les mots et les écrire pour ne pas oublier... 

"Un jour parfait commence dans la mort, ou son apparence, dans l’abandon complet. Le corps est atone, abandonné par l’âme, la force et le souffle. Le bien et le mal sont impuissants, la surface lumineuse d’un autre monde, toute proche, vous enveloppe, les branches d’arbre frémissent. Le matin, il s’éveille lentement, comme si le soleil lui caressait les jambes. Il est seul. Une odeur de café flotte dans la maison. Le pelage roux de son chien absorbe la lumière intense."
 

Roger M. Parry - "Room" - 1929

17 décembre 2011

Noël se prépare, enfin !


 Nous sommes un peu en retard par rapport aux années précédentes, mais nous y sommes arrivés...
Dernière semaine avant le grand jour, celui que les enfants attendent impatiemment et qui passe toujours trop vite...
Une chouette a rejoint la maisonnée, - à défaut de la "vraie",  celle de Saint Didier qui habite le silence de la nuit et nous fait rêver - nous comptons sur elle pour nous apporter un peu de sagesse et de sérénité (les chouettes n'en manquent pas, j'en suis certaine !)

16 décembre 2011

Un bonheur parfait ( I ) @ James Salter

 

source photo - Maclancy

"Je vais vous décrire sa vie à partir de l’intérieur, et sa maison aussi, les pièces où se concentrait la vie, les chambres baignées de soleil le matin, au plancher garni de tapis orientaux abricot, rouge et ocre hérités de sa belle-mère, qui semblait absorber la lumière, malgré l’usure, retenir la chaleur ; livres, fleurs séchées, coussins dans les tons de Matisse, objets étincelants d’authenticité dont beaucoup, s’ils avaient appartenu à un peuple ancien, auraient été placés dans les tombes pour une autre vie ; dés en cristal, morceaux de corne de cerf, boites, sculptures, boules de bois, magazines contenant des photos de femmes auxquelles Nedra se comparait.
Qui nettoie cette grande maison ? Qui récure les planchers ? Elle fait tout, et rien. Vêtue de son pull couleur d’avoine, toute mince, ses longs cheveux noués ; le feu crépite derrière elle. Ce qui l’intéresse vraiment, c’est le cœur de la vie : les repas, le linge, les habits. Le reste n’a pas d’importance et finit toujours par s’arranger. Elle a une bouche d’artiste, excitante, lumineuse. Des taches noires aux aisselles, l’haleine mentholée. Elle est dépensière. Elle achète sur un coup de tête, va chez Bendel comme elle irait chez un ami, décroche cinq ou six robes et entre dans une cabine d’essayage sans prendre la peine de bien fermer le rideau. On l’entrevoit en train de se déshabiller – bras minces, corps svelte, slip bikini. Oui, elle frotte les planchers et rassemble les vêtements sales. Elle a vingt-huit ans. Ses rêves lui collent encore à la peau comme une parure ; elle est pleine d’assurance, elle respire la sérénité, elle appartient à la famille des bêtes à long cou, des ruminants, des saints oubliés. Elle est réservée, d’un abord difficile. Elle cache sa vie."

Portrait de Nedra jeune, avant la suite, la déchirure, déjà en germe l'accroc dans la soie, la maille qui saute avant d'entrainer la longue estafilade... "Elle cache sa vie". 

A suivre....

13 décembre 2011

Après l'oubli le souvenir @ Oscar Castro ( I )


Premier volet d'une suite de billets, une sorte de  feuilleton en somme, qui verra bientôt le jour entre ces pages sur le thème du dernier ouvrage d'Oscar Castro, un roman cette fois-ci, "Après l'oubli, le souvenir", feuilleté et déjà parcouru avec délices après la merveilleuse soirée "de lancement" en musique, en chansons et sur scène au Musée des Arts Forains. Ce lieu sublime allait comme un gant, il va de soi,  à cet auteur, ami de longue date du fondateur du musée, Jean-Paul Favand, présent lui aussi -  bien sûr - et qui nous fit le grand plaisir de nous emmener à sa suite dans les dédales de son royaume, une féérie de lumières, de pièces rares, d'imaginaires et d'illusions.
Un vrai bonheur, arts, littérature, spectacle, musique et joie de vivre envers et contre tout, assemblés, réunis, l'espace de quelques heures, une petite éternité qui restera gravée dans notre souvenir.
Nous en sommes  sorties, Vanessa et moi,  avec la chair de poule, les émotions à fleur de peau, troublées, émues et ravies.
Tout un univers à explorer et à faire mien, dans quelque temps.

Pour commencer, cette petite vidéo, un peu ratée, un peu bancale, sur la musique des Forains d'Henri Sauguet, un vieux souvenir d'adolescence, un petit regret aussi, le temps passe si vite.
Les images que j'ai pu capturer ne rendent hélas pas hommage pas à la magie du lieu et du moment, ce ne sont au final que des impressions furtives, un peu floues, j'espère néanmoins qu'une certaine émotion s'en dégage... La suite viendra combler les manques !
Cliquez sur l'image pour voir la vidéo


Je ne résiste pas à l'envie de replacer à nouveau ce petit morceau, la chanson d'adieu, clin d'oeil au "Kabaret de la dernière chance", avec un K cette fois-ci, vous verrez pourquoi dans quelques jours, ou quelques semaines.
Ciel quel suspense !

De Soirée Oscar Castro Musée des Arts Forains
Cliquez sur l'image pour voir la vidéo

Et pour finir, last but not least,  une autre vidéo de qualité autrement meilleure que la mienne et  où l'on peut voir  Oscar dédicacer ses livres  :

12 décembre 2011

Le Kabaret de la dernière chance...


En souvenir d'une soirée inoubliable, hier soir.
Merci Monsieur Oscar Castro !

"Après l'oubli, le souvenir"
(aux Editions de l'Amandier)



La suite très bientôt !

Et un grand merci à Anne Vaudoyer.


Un clin d'oeil à Vanessa !





01 décembre 2011

Grignoter un livre jusqu'à l'os...


.... voilà ce qui me plait en ce moment. Déguster, humer l'air ambiant, et replonger pour une ou deux pages, pas plus, pour ensuite crayonner vite et nerveusement dans la marge et me dire que décidément, ce bonhomme-là,  je l'aime beaucoup !


29 août 2011

Fermé et quelques toiles d'araignées....


Crédit image : NUMERIK33 - Christophe Rouanet
Ses albums sont sur Flickr, et ils sont magnifiques !

Aurai-je le temps de revenir un de ces jours ? Je ne sais pas encore... A ma grande honte, je me rends compte que je n'ai même pas encore répondu à tous ceux qui m'avaient gentiment laissé un message sur ces pages.... J'espère le faire bientôt, par mail peut-être.
Je me centre plus que jamais à défaut de me concentrer réellement sur cette fameuse rentrée scolaire qui approche à grands pas, et je croise les doigts pour Matthieu...

Belle rentrée à tous, littéraire ou pas, et qui sait à bientôt peut-être dans un avenir pas trop lointain...  !

24 juin 2011

Une place au soleil.....

Une place au soleil
Elisabeth Taylor - Montgomery Clift - 1951 (George Stevens)
(A suivre...)

On voit souvent des dos ou des nuques de femme sur les couvertures de romans, pourquoi celui-ci, si parfait, de la très jeune Elisabeth Taylor (17 ans au moment du tournage) n'a-t-il jamais inspiré les éditeurs (pour changer...) ? La photo est magnifique, le film troublant, extrêmement touchant. Monty, l'hypersensible tourmenté y fut sans doute pour beaucoup, comme l'amitié naissante entre ces deux-là, indéfectible jusqu'à la mort.

29 mars 2011

Louisa et Clem @ Julia Glass


Louisa et Clem, deux soeurs que séparent quelques années et à priori tout ou l'essentiel, une certaine conception de la vie, le sens de la vie même. Elles sont comme deux flèches, ces deux soeurs, c'est du moins telles qu'elles m'apparaissent en refermant cet épais roman que l'on voudrait ne jamais vouloir finir, deux flèches tirées d'un carquois et qui fendent l'air, vibrantes et vives, mais volant à tout jamais dans deux directions différentes, quasi perpendiculaires.... Les lois de la physique voudraient qu'elles ne se rejoignent jamais, mais il n'y a pas de loi ni d'axiome pour l'âme humaine... Louisa et Clem restent liées même à des miles de distance, plus proches que jamais alors même que leur trajectoire respectif les éloignent dans la distance, géographique comme existentielle.
Le titre français "Louisa et Clem" les lie, à juste titre, soulignant le noyau du roman, mais le titre anglais, l'original donc, saisit avec plus de finesse et de complexité le lien qui les enserre et les retient l'une à l'autre malgré toutes les apparences dès le début du roman. "I See You Everywhere", et même alors que tu n'est plus là, à tout jamais.
J'aime la citation que Julia Glass met en exergue à son roman, quelques phrases tirée de Green Grass de Tom Waits et Kathleen Brennan. Quatre vers qui révèlent déjà, subrepticement, subtilement, la tonalité tout en clairs et en  obscurs  de son roman :

"Ne me dis pas au revoir
Raconte moi le ciel
Et si le ciel tombe, crois-moi
Nous attraperons des oiseaux moqueurs".

Clem et Louisa, ou Louisa et Clem, auraient presque pu être la même personne, totalement schizophrène certes, partagée, scindée, une face pile, l'autre face, à la Janus, contradictoire au possible et pourtant...
Toutes deux font résonner dans leur vie la même question, celle du sens justement, de la vie, de leur vie et des limites de cette interrogation. Limites terrestres, matérielles auxquelles l'une d'entre elles se brûlera inexorablement les ailes, tandis que l'autre découvrira effarée, et apaisée in fine que le fantôme de son alter ego, aimée autant que détestée  parfois même, ne cessera de la hanter et de toute évidence de l'accompagner. L'ombre et la lumière, l'être et le néant, le désespoir et l'espérance, les autres et la solitude.
Ne vous attendez pas à une banale fiction, divertissante certes, ce qui ne serait pas déjà si mal, mais bien à autre chose, de profondément plus complexe, humain, enthousiasmant, éprouvant et terriblement émouvant et "parlant" au plus secret de vous.
De chapitre en chapitre nous suivons ces deux soeurs, de trois ans en trois ans (une quasi petite éternité quand on a pas encore trente ans), puis de trois mois et trois mois tandis que les années passent, pour s'achever après une pause de douze ans sur le dernier chapitre, intitulé  "Le dernier mot" qui n'est pourtant pas le dernier mot de cette histoire qui ne peut s'achever, vous vous en doutez, sur un point final... Le dernier mot est ailleurs et il n'est pas celui que vous pensez...
Trois, le chiffre 3 domine et hante ce roman, 3 le deuxième nombre premier, celui qui fait écho et pas pour des raisons mathématiques, aux 33 ans de Clem, "nombre mystique - écrira Clem - si on a un penchant pour ces choses."
Mystique, initiatique..
Je me résous à grand peine à tenter de dépeindre ces deux soeurs platement, de manière plus pragmatique, tant l'exercice ne fera, je le sais, qu'aplanir le roman, l'écorner et lui retirer toute la belle profondeur et la complexité qui en font la richesse
Sachez toutefois, que si  l'une est universitaire, passionnée par l'art, en quête de l'amour solide, fondateur, l'autre, Clem, la plus jeune est une casse-cou tout à la fois fragile et forte,  l'un de ces êtres qui ne peut réellement se sentir vivant que dans la nature la plus extrême (que ce soir l'Alaska ou le Wyoming) en compagnie des bêtes les plus féroces. La nature, comme sa deuxième matrice en quelque sorte... Quant aux hommes, elle les collectionne, sans autre but que de partager un temps de son existence, comme une césure, un soupir, entre deux phases, deux mouvements...
Deux personnalités, deux divergences, deux interrogations qui s'entrechoquent et s'enrichissent par-delà les épreuves et les manquements, les incompréhensions aussi. 
Un formidable portrait de l'âme humaine.
J'ai aimé jusqu'à dévorer ce livre, tout en prenant tout mon temps, paradoxe qui sied bien à ce  roman...
Un grand et beau coup de coeur qui fait du bien à l'âme...


Extrait :
La trajectoire en question...
"(...) Je ne crois rien de tout cela ; je pense qu'elle a été emportée par le courant, comme la plupart d'entre nous. Vous nagez avec application, droit devant vous, attentif à chacun de vos mouvements, quand vous levez la tête et vous rendez compte, médusé, que vous avez été imperceptiblement déporté de votre trajectoire."

Editions des Deux Terres - Mars 2011.


28 mars 2011

Enterrement d'un hamster...


 Et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de Fry ou "Fraye", on n'a jamais su écrire ce drôle de nom donné par Thomas il y a un peu plus de deux ans et demi...


 C'est un jour un peu triste pour les enfants, alors il a fallu le célébrer dignement, faire la démarche de dire adieu tout simplement. Un petit cercueil de carton dans lequel il repose endormi sur un lit de coton, un carré de chocolat blanc, le préféré de Thomas, pour le "voyage", une fleur en tissu posée sur le "sarcophage" et des coquillages récoltés au bout du monde sur le petit monticule, juste pour "marquer" l'endroit.... Et une petite croix, une marque....


 Adieu l'ami Fry, bonne route.