08 juillet 2009

La Plage @ Marie Hermanson

Tous les étés, Ulrika et ses parents passent les vacances dans une petite station balnéaire sur la côte suédoise. Tous les étés, la petite fille puis l’adolescente, y retrouve son « amie d’été », la plus proche et la plus chère à son cœur, Anne-Marie Gattman, une enfant longue et dégingandée, blonde comme les blés, brillante et séduisante. Dès leur première rencontre, Ulrika, petite brune un peu boulotte tombe sous le charme d’Anne-Marie et de sa famille. Il faut dire que les parents de sa copine sont des personnes relativement célèbres dans le milieu intellectuel suédois, auteurs, l’un et l’autre, d’articles et d’essais reconnus. Vingt-quatre ans plus tard, elle revient sur les lieux de son enfance, accompagnée de ses deux enfants. La villa des Gattman est toujours là, inchangée, même salon au canapé rayé, rocking chair blanc et coussin au tissus oriental, même jardin rocailleux… Ils descendent tous les trois sur la plage aux coquillages si chère à son enfance, et là c’est tout son passé qui lui saute au visage, ce fameux été 1972 où tout s’est arrêté, le dernier qu’elle partagea avec les Gattman. Cet été-là, Maya, la petite sœur adoptive d’Anne-Marie a mystérieusement disparu sur la plage, laissant la famille exsangue, dévastée. Très étrangement, et comme si le destin les y conduisait, les deux garçons découvrent un tunnel creusé dans les anfractuosités des rochers, et tout au bout, une tête de squelette…
Ulrika remonte le temps et ses souvenirs, jusqu' à cette époque qui la marqua à tout jamais et fit d’elle une des grandes spécialistes des mythes et légendes liés aux disparitions. Elle se revoit très précisément, enfant puis adolescente, conquise par la tribu Gattman dont elle aurait tant voulu être un membre à part entière. Tandis qu’elle égraine ses souvenirs, en parallèle et successivement, chapitre après chapitre, une deuxième voix se fait jour, celle d’une certaine Kristina, une étrange et mystérieuse jeune femme, coupée du monde et des autres, incapable de communiquer par les mots, comme privée de parole. La jeune femme installée dans une petite maison à l'abandon au bord de la mer partage son temps entre de longues balades et la collecte d'oeufs, nids, coquillages, petits squelettes d'animaux qu'elle dispose ensuite un peu partout dans sa cabane. Elle vit seule et ne désire qu'une chose : rester à l'écart des autres, les humains jusqu'à ce qu'un jour, au bord de la plage....

Les récits des deux femmes, Kristina et Ulrika se tissent et s'entremêlent habilement, entraînant le lecteur à leur suite dans les profondeurs du souvenir, du silence, de l'absence et de ses mystères.
Deux mondes vont ici s'entrechoquer, celui des "vivants", de l'enfance animée et colorée, celui du silence et de la solitude choisie seulement habitée du bruit des animaux et de la mer.
Un très beau livre sur le souvenir, comme un regard jeté par-dessus l'épaule sur ces années d'enfance enfouies sous le sable, sans nostalgie ni complaisance, mais avec minutie et perspicacité, sur la différence aussi et l'impossibilité de communiquer, de franchir la fragile paroi qui protège et isole à tout jamais.

Envoûtant, magnifique et troublant, j'ai beaucoup aimé.

Les avis tous enchantés de Cathulu, Cuné, Karine et Anne.

"Je pense que Maja est comme ce genre de reflet noir. Normalement, les hommes sont toujours une fenêtre à travers laquelle on voit un autre monde. Mais Maja est une surface sombre et lisse, tout ce qu'on voit en elle est le reflet de soi-même. Si on lui demande quelque chose, elle nous renvoie la même question. Tu viens de te rendre compte à quel point c'est désagréable. Et quand on la prend dans ses bras, on ne ressent pas de douceur ni de point commun, juste son propre désir. Quand on se fâche contre elle, on est confronté à sa propre rage et à son impuissance.
Quand on voit Maja, on ne voit que le reflet de soi-même, pas clair comme dans un miroir normal, mais sombre, flou, une image fantomatique. C'est une expérience effrayante qui ne laisse personne indifférent.
Je crois que c'est exactement ça qui est arrivé à notre famille. Chacun s'est regardé dans le miroir noir. Et chacun a réagi de manière différente."

Editions Le Serpent à plumes - Juin 2009

06 juillet 2009

Le chagrin du Roi mort @ Jean-Claude Mourlevat

Dans une petite île, très haut dans le Nord, sous les latitudes glacées, le vieux roi vient de mourir. Tous les habitants défilent en procession pour saluer une dernière fois sa dépouille. Deux enfants se joignent à la foule, deux jumeaux tout juste âgés de dix ans. Il fait froid, vraiment très froid, la chevelure du roi se couvre régulièrement de neige, un soldat posté à ses côtés souffle respectueusement sur ce couvre chef glacé qui menace à tous moments d’envahir totalement son visage. Les enfants attendent, jamais ils n’ont vu autant de monde rassemblé. Quand vient le tour d’Aleksander, qui passe juste après son frère Brisco, un évènement des plus étranges et des plus inattendus survient, le fantôme du vieux souverain se soulève péniblement de sa couche, s’assoit auprès de son corps inanimé et murmure au garçon dans un sanglot : « Le feu qui brûle, méfie-toi du feu qui brûle. ». L’enfant demeure quasi prostré auprès de la dépouille jusqu’à ce que son père le retrouve à moitié gelé. La mort du vieux roi, les étranges paroles proférées de l’au-delà sonnent le glas d’une époque, quelque chose est sur le point d’arriver, la fin de la paix et du bonheur pour longtemps.
Jusqu’alors la petite île froide vivait à l'écart et dans le bonheur, le vieux roi qui pourtant traversa de grands malheurs, la mort de son fils puis celle de sa belle-fille, s’est toujours efforcé de maintenir une belle sérénité dans son petit royaume, loin des tumultes de la Grande Terre. Il avait offert à son peuple une grandiose bibliothèque, un palais des livres ouvert à tous, immense, extraordinairement ingénieux puisqu’il était traversé de part en part par des galeries lambrissées et pourvues de rails sur lesquels glissaient des petits wagons. Les lecteurs n’avaient plus qu’à choisir leur destination, livres encyclopédiques, ou sagas, s’installer dans l’un ou l’autre des wagonnets et ils étaient aussitôt tractés vers des pièces de lecture. Il était même possible de se baigner dans de petits bassins de pierre emplis d’une eau bleutée dans la salle des Fumées…
Mais tout cela va bientôt changer…. Méfie-toi du feu, Brisco…. Car Brisco, un jour disparaît, emporté par une femme belle et mystérieuse, laissant son frère, Aleksander abominablement seul et ses parents désespérés.
Peu à peu, les secrets de famille et d’état tombent les uns après les autres, la guerre approche qui emportera tout sur son passage et éloignera impitoyablement les deux frères l'un de l'autre. Ces deux-là ont un destin, la Louve le leur avait prédit...

Si vous entrez dans cette histoire, vous n’aurez de cesse que d’en connaître le fin mot, tant le suspens est tendu, le merveilleux enchanteur, les personnages tour à tour troublant, étonnant, effrayant. Vous y croiserez une femme follement amoureuse aussi impitoyable que belle, un homme prêt à tout pour conquérir le monde, une sorcière qui mange des têtes de rat et semble bien avoir bu la potion d’éternité, un nain dont le courage n’a d’égal que sa fidélité (et qui vous fera grincer des dents tant il maltraite son violon) et tant d’autres…. Une guerre, une belle histoire d’amour, des liens fraternels qui se déchirent…. C’est tout simplement magnifique.

Un merveilleux roman à mettre entre toutes les mains, à partir de 12 ans.

Editions Gallimard Jeunesse - Mai 2009.

L'avis de Clarabel et de Pages à pages.


01 juillet 2009

Un amour vintage @ Isabel Wolff

En ouvrant une boutique de vêtements vintage haut de gamme à Blackheath, Phoebe Swift a résolument l’intention de tourner une page de sa vie, se tourner vers l’avenir et peut-être oublier, oublier le profond sentiment de culpabilité qui la tenaille depuis la mort de sa meilleure amie – à tout jamais, elle se reprochera de ne pas « avoir été là » - oublier l’homme qu’elle aimait profondément, mais qui en un certain sens l’a trahie.
Oui, mais… les vêtements vintage ont cette particularité de vous ramener en arrière, parmi des souvenirs qui ne sont pas forcément les vôtres mais qui parfois s’en approchent curieusement.
Les vêtements ont une histoire et recèlent parfois en eux une charge émotionnelle sans pareil.
Quand Phoebe rencontre Thérèse, une vieille dame française qui souhaite se « délester » de ses vêtements, autrement dit de ses souvenirs avant de mourir, elle ne s’attendait certainement à croiser son double dans le miroir, à des années d’intervalle. Parmi les vêtements de marque tous plus magnifiques les uns que les autres qu’elle découvre dans la penderie, il y a bien un petit manteau bleu ciel, un petit manteau tout anachronique que Thérèse lui défend de toucher. Pourquoi ? Et d’où vient-il ce manteau, Thérèse n’a jamais eu d’enfant…
Entre les deux femmes se créent progressivement un lien très fort. Peu à peu, le petit manteau révèlera son lourd secret, c’était pendant la guerre, dans les années 40, entre amitié et trahison…
En contrepoints à cette histoire centrale et bouleversante, la vie de la boutique se déroule avec toutes ses anecdotes, et ses petits et grands rebondissements – il faut dire que rien n’est moins anodin que d’acheter un vêtement vintage, on y dévoile pas mal de son être, de son bonheur ou de sa tristesse.
Voilà un roman léger et grave tout à la fois, distrayant mais pas seulement. Si les aventures sentimentales de l’héroïne sont finalement assez convenues et prévisibles, sa rencontre avec Thérèse donne à cette histoire une belle profondeur et une certaine gravité.

Un roman idéal pour les vacances !
Editions JC Lattès - juin 2009

30 juin 2009

Il fait trop chaud pour travailler....

°

Mais promis demain (ou après demain) je m'y remets !
Beaucoup de trop de commentaires et de mails laissés à la dérive (j'en suis désolée...), plus deux livres dont il faut absolument que je vous parle...

Pour info, Mistou a fini son après midi dans la baignoire, elle en est sortie blanche comme neige et très ragaillardie :)

29 juin 2009

Les mots des autres @ Clare Morrall

Jessica Fontaine est une petite fille discrète, solitaire, étrangement calme, tout l’opposé de sa sœur cadette, Harriet, toujours en mouvement, et toujours si bien « connectée » avec le monde… Leur père dirige une importante fabrique de gâteaux, leur mère, éternellement jeune et adolescente, virevolte en tous sens au gré de ses envies, dont la plus prégnante est certainement la restauration du vieux manoir un peu délabré qu’ils ont acheté au début de leur mariage.
Les petites fêtes et réceptions aux chandelles se succèdent dans la vieille propriété, tandis que les deux filles grandissent très différemment. Jessica, au hasard d’une de ces fameuses soirées a découvert le piano, elle s’immerge tout aussitôt avec passion dans la musique…
Quand elle se marie, très jeune, elle jette son dévolu sur un jeune homme un peu étrange, très excentrique mais qui joue passionnément du violon, sans doute la seule chose qu’il sache réellement faire. Qui de l’homme ou du violon aura séduit la jeune fille ? Si le mariage rend l’âme assez rapidement, il leur donne néanmoins un enfant, un garçon prénommé Joel qui s’avérera d’une certaine façon ressembler étrangement à sa mère.
« Les mots des autres » est un roman d’apprentissage, d’apprentissage de soi-même et finalement comme l’aurait écrit Jennifer Haigh, de sa « condition ».
Les temps se croisent, passant du passé au présent et du présent au passé comme s’ils se reflétaient l’un l’autre.
A la lumière du passé et précipitée par les évènements du présent, Jessica prend peu à peu conscience de sa « différence », sans pour autant pouvoir y mettre de mots. Mais elle sait déjà.
Elle sait déjà que les autres lui sont étrangers, les apparences infranchissables, la vérité inatteignable. Jessica est d’ailleurs, elle est autrement. Pour comprendre les autres, elle doit réfléchir, étudier, en somme, exactement comme si elle apprenait une langue étrangère. La tâche est aride, mais au final « payante », la jeune femme puis la femme, s’inscrit dans le monde, n'hésitant pas une seconde à prendre à bras le corps les responsabilités de la famille quand son mari, défaillant, suicidaire, laisse tout tomber.
Voilà un personnage extrêmement touchant, magnifiquement dépeint par Clare Morrall, sans fausse note, sans exagération, ni aucune maladresse. Jessica est autiste asperger.
J’avais beaucoup aimé « Couleurs » dont l’héroïne était, elle aussi si « différente ». J’aime le regard que Clare Morrall pose sur les autres, les pas pareils, les différents, les vulnérables, il est doux, tendre et incroyablement perspicace.
L’histoire de Jessica, sa lente et sûre appréhension du monde est totalement probable. Combien de parents se sont-ils découverts Asperger au travers de leur propre enfant ? Beaucoup, je le crois.
Bref, un roman d’une belle sensibilité et d’une grande tendresse qui ne vous emballera peut-être pas pour son « action » mais pour tout le reste, le plus important.
Un livre résolument optimiste aussi, malgré la cruauté de certains évènements.
« J’ai cessé de dériver dans le sillage épineux de quelqu’un. Je n’ai pas complètement abandonné mon pays étranger, moi qui étais à l’écart du monde comme une cousine lointaine, mais je peux passer la frontière à mon gré, sachant où je suis et comment me comporter. »
J’ai beaucoup aimé.

Les avis de Clarabel et de Cathulu.

26 juin 2009

Le visiteur de Saoû (comédie pour mélomanes) @ Mary Dollinger

Le festival « Saoû chante Mozart », fête cette année ses vingt ans. Afin de préparer dignement cet anniversaire, le comité se réunit, mais la météo n’est pas vraiment de la partie. Au dehors, l’orage gronde, la pluie tombe à verse et les participants débarquent les uns après les autres, transis, mouillés, trempés.
La programmation est à l’ordre du jour… Le président pencherait bien pour quelque chose d’un peu solennel, pourquoi pas le Requiem ? Tandis que les uns et les autres dissertent sur le parti pris plus ou moins judicieux de ce choix (et pourquoi pas les chœurs de l’Armée Rouge pour l’interpréter ?), un très étrange phénomène attire leur attention… Chaque fois que l’un ou l’autre d’entre eux prononce le mot « Requiem », la lumière se met à vaciller ou le tonnerre à gronder, un peu comme si le ciel tenait à se manifester, comme si quelqu’un là –haut… Tout à coup, la lumière s’éteint tout à fait, pour se rallumer sur une … étrange apparition.
Imposteur, gentil fou échappé de l’asile ou Mozart en personne ? A vrai dire, les membres du comité doivent toujours être en train d’en discuter voire de se disputer tant l’histoire est troublante et merveilleuse !
Mary Dollinger signe ici une très jolie pièce de théâtre « musicale » au style vif, enlevé, et surtout, vous l’imaginez, très drôle. On y croise un fantomatique Mozart au mieux de sa forme, un fan du musicien un peu énervé, une jeune-femme en pâmoison devant l’éternel séducteur et un Président de comité au final un peu dépassé par les évènements.

Disponible dès à présent Chez Jacques André Editeur.
C’est toujours un grand plaisir de retrouver Mary :)

Le livre des 100 @ Masayuki Sebe


Chaque double page, grand format, s’ouvre une planche très joliment colorée envahie par une cohorte de petits animaux (chats, souris, éléphants, oiseaux, moutons etc…), mais aussi d’enfants, voitures…
Sur chaque planche, cent personnages qu’il faut compter pour vérifier si le compte y ait, dénombrer ceux qui sourient ou qui sont jaunes, combien de graines les oiseaux tiennent dans leur bec, où se cache le lapin parmi tous ces moutons et le garçon qui fait le poirier….
Il faut avoir l’œil, s’appliquer et au détour d’une page, une petite surprise qui fait glousser (la taupe qui lâche un pet retentissant et visiblement odorant, une souris bleue sur la queue d’un chat.... )


Un véritable petit bonheur pour apprendre à compter et à observer.


Editions Mango jeunesse – dès 4 ans – mai 2009

25 juin 2009

Ecorces de sang @ Tana French

Trois enfants jouent dans les bois. Trois inséparables copains, deux garçons et une fille, ils ont douze ans. Le terrain boisé qui jouxte le lotissement où ils habitent est leur terrain de jeux favori, ils le connaissent comme leur poche.

« Ces trois enfants sont les maîtres de l’été. Ils connaissent le bois aussi bien que les paysages miniatures dessinés par les écorchures qui strient leurs genoux. Bandez-leur les yeux au fond de n’importe quel vallon, de n’importe quelle clairière ; ils retrouveront leur chemin sans mettre un pied de travers. Ils sont ici sur leur territoire, y règnent comme de jeunes animaux. »

Et pourtant : « Ces enfants ne grandiront pas , ni cet été-là, ni au cours des suivants. Jamais ils ne deviendront adultes. Cet été a pour eux d’autres projets. »
En fait, un seul d’entre eux sera retrouvé, agrippé à un arbre, les ongles plantés et cassés dans l' écorce. Il ne se souvient plus de rien.

Vingt ans plus tard, une fillette est sauvagement assassinée dans ces mêmes bois. L’enfant retrouvé vingt plus tôt est devenu inspecteur de police, le hasard veut que l'enquête lui soit confiée. Personne ne connaît le passé du jeune homme, entre temps il a changé de prénom, grandi ailleurs. Quand il revient, il est totalement inconnu de tous, son accent très british, choppé quelque part dans un pensionnat, le ferait même passer pour un Anglais. Mais le passé vous rattrape parfois de bien étrange façon, et Ryan va devoir y faire face, qu'il le veuille ou non..
L’enquête est passionnante, rondement menée. Le dénouement à mon sens totalement imprévisible, terrifiant et superbement trouvé.
Quant aux deux inspecteurs de police, Ryan et sa collègue Cassie (que nous retrouvons pour une nouvelle enquête dans « Comme deux gouttes d’eau »), ils y forment un couple d'enquêteurs et d’amis quasi idéal, presque trop d’ailleurs (presque des jumeaux inversés dans le miroir). Hélas pour eux, il y a des limites que l’amitié ne souffre pas de franchir…

Bref, un thriller tout à fait passionnant et divertissant, et qui plus est servi par une jolie plume !

Cathulu , Cuné , et Kathel ont elles aussi beaucoup aimé !

La première édition de ce livre a paru sous le titre La Mort dans les bois en 2008 aux éditions Michel Lafon.
Changement de titre pour cette édition en poche (mais pourquoi ?)

Editions POINTS Thriller – juin 2009

23 juin 2009

Ma paye contre une meilleure idée que la mienne @ Alain Ulysse Tremblay

"Je sais pas trop raconter. Faudra que tu me suives comme ça tombe. Dans ma tête, il y a des morceaux de tout et de rien qui remontent. Des bouts de la vie d'avant, quand on était tous englués à la Strindberg Corp. Des bouts d'après, quand on s'est organisés. Alors fais ce que tu peux pour comprendre, Goofy. Parce que moi, faut même que j'imagine le crayon pour t'écrire..."

C'est Josh qui parle ici... A son vieil ami Goofy resté sur le carreau, écrabouillé par une machine à la Strindberg Corp. Aucune protection sociale, bien entendu... Ils font partie de ces laissés pour compte, ceux dont la vie ne vaut pas grand chose et qui vont, bon an mal an, de petits boulots en chapardages, de la rue au foyer et retour à la rue...
Mais Josh, après la mort de Goofy ("Heureusement qu'il ne m'a pas demandé ton nom, Goofy, parce que j'aurais pas su quoi répondre") lance une idée, comme ça mais pas du tout en l'air, à tous ceux qui restent. Ma paye contre une meilleure idée que la mienne. Et s'ils s'organisaient, dans la vie comme pour le boulot ? S'ils mettaient tout en commun, paye, nourriture débusquée à droite à gauche, pour survivre tout simplement et ne plus être seuls, paumés.
L'idée fait son chemin, ils s'installent, chacun a son rôle. Mais sur le palier de la porte à côté, il y a " La Vieille Toast", un vieux monsieur qui leur passe le journal de la veille, tous les matins. Un jour, la veille de sa mort ou quasiment, il leur donne une boite de muffins, pas très catholique... Et là tout s'enclenche à nouveau, comme une fatalité.

Le texte d'Alain Ulysse Tremblay est écrit au rythme de la voix de Josh, le lire c'est entendre son personnage, son langage cabossé, ses petites pointes d'humour souvent noir, sa tristesse aussi. Son "plan" pour vivre mieux aurait pu, aurait dû marcher, mais la force des choses en a décidé autrement. Il faut un miracle pour s'en sortir quand on est passé de l'autre côté, du mauvais côté.

Un petit livre court et bouleversant qui se dévore d'une traite et laisse des bleus à l'âme.

Un grand merci à Alice, pour cette belle découverte :)

Editions La courte échelle - 2002 .

Au sujet de l'auteur :

Alain Ulysse Tremblay (Écrivain québécois né dans la région de Charlevoix en 1954) enseigne à l'UQAM, en communications. Très préoccupé par le problème de l'itinérance, de la vie dans la rue et de la pauvreté, il a été travailleur de rue pendant quelques années et il a collaboré au journal L'itinéraire. Il est d'ailleurs coauteur d'une étude sur ce journal, menée par le centre de recherche sur l'itinérance de l'UQAM. Il écrit également des romans pour la jeunesse.

22 juin 2009

Glenn Gould Piano Solo @ Michel Schneider

« Je sais qu’on ne déchiffre pas un homme comme une partition, et que ce qu’il y avait en Gould de rétracté, loin d’être mis à nu par les secrets que je crus y lire, n’en demeure sans doute que plus voilé. Pourquoi d’ailleurs accorda-t-il des entretiens si nombreux, précis, et pour certains profonds, sinon parce qu’il savait combien les questions étaient toujours les mêmes, et était assuré que ses réponses le masqueraient davantage ?
Après tout, peut-être est-ce cela que j’ai voulu faire : vêtir Gould d’un tissu de mots pour qu’il fût à l’abri. J’espère bien qu’une fois achevé le parcours dans lequel je l’ai accompagné, il se retournera en souriant, un peu plus loin encore. »

Voilà un livre magnifique, un portrait tout en délicatesse et en pudeur, un très bel hommage, un très beau manteau de papier offert à cet homme qui avait toujours froid et ne rêvait que de grand nord.
Tout le monde connaît Glenn Gould, sans nécessairement le connaître, pour son talent, son génie (qui irrite ou emporte), pour ses excentricités, aussi…
Il y a beaucoup de tendresse et de respect dans le portrait que nous donne à voir et à entendre, Michel Schneider. Pas évident pourtant de cerner un homme qui était toujours dans l’évitement, au « dehors ». Et pourtant, le résultat est stupéfiant, bouleversant plutôt.
Il fallait beaucoup d’amour et d’admiration pour écrire ce livre-là, sans pour autant tomber dans la bête hagiographie. Le pari est réussi, la manteau est magnifique de souplesse, léger et chaud tout à la fois, Gould pourra partir un peu plus loin vers le grand Nord...
Autiste Asperger (mots que pas une seule fois, Michel Schneider n'évoque), excentrique ? Après tout, et même s’il est facile de cumuler les indices, ceci appartenait à l’artiste. Alors bien sûr, il est évident que cette profonde différence imprima de son empreinte toute l’œuvre du pianiste, au point justement de nous la rendre si unique, si étrange, si « hors du temps. ». Les deux sont liés, indubitablement, mais le terme précis non seulement n’est pas nécessaire, mais également par trop réducteur.
Gould était résolument ailleurs, DANS la musique.
Le titre est à lui seul, très explicite, « Glenn Gould, piano solo », et non pas « AU piano, Glenn Gould » comme il se dit dans les concerts. Gould après neuf années à sillonner le monde, a décidé, un dimanche de Pâques et à l'âge de 32 ans, de toute arrêter, définitivement, pour ne plus s’adonner qu’à des enregistrements, protégé, à l’abri, seul dans un studio et « sa sécurité matricielle », au plus proche de la musique. Piano solo, seul, avec ce piano qu’il transcende et dont la matérialité finalement n’a plus tant d’importance… Seule la musique, dépouillée, travaillée et retravaillée, parfois sans instrument aucun, la musique immatérielle et intemporelle.
« Sa solitude était un moyen de rejoindre chacun dans sa propre solitude. Gould nous a témoigné l’amitié ou la pudeur de n’être pas là quand on l’écoute. »

« Il savait que jamais plu il ne voudrait jouer devant un public vivant. Les gens écouteraient son reflet de vinyle, verraient son ombre cathodique. Ce détachement ne lui était pas démembrement ni mutilation, il en espérait l’affectueuse distance du fantôme attirant à lui les pensées avant de disparaître, le passage blanc de cet ange auquel on fait une place quand il rompt le cercle de ceux qui parlent. »

« Un jour Gould était seul dans un motel d’une petite localité au bord du lac Supérieur, Wawa. Regardant par la fenêtre la nuit, il vit sur la neige bleuie une silhouette lente, noble, un loup égaré. S’approchant dans l’obscurité, totalement indifférent au regard, à la présence, la bête vint tout près de la vitre et le regarda dans les yeux. Il revit souvent ce souvenir. Il se demandait parfois s’il n’avait pas pris pour une apparition réelle une image reflétée. »

« (…) il ne s’est pas attardé parmi nous. Il est sorti un peu avant la fin de la séance, fuyant la pénombre, voulant cacher un corps déchu, content d’étonner la vieillesse en lui faussant compagnie. Il aurait tant voulu certains soirs d’autrefois quitter la performance avant que les lampes se rallument. Il s’est esquivé comme il faisait toujours, furtivement, avec sans doute pour les médecins un sourire désolé au fond de ses yeux rêveurs noyés dans la pâleur d’un visage de papier. »

Editions Gallimard - Collection L'un et l'autre - décembre 1988.

Un grand merci à Alice pour m'avoir si gentiment prêté ce livre et aussi longtemps.
Son billet est ICI


18 juin 2009

Rêves de garçons @ Laura Kasischke

C’est bien connu, il y a des histoires qui se transmettent autour des feux de camp, toutes aussi horribles les unes que les autres, plus ou moins vraisemblables ou surréalistes d’ailleurs, des histoires à dormir debout juste pour se faire peur et égayer un peu les longues soirées des camps d’été…
Mais il y en a une un peu plus probable que les autres, plus troublante et plus concrète aussi.
Rêves de garçons… Années 1970, trois jeunes pom-pom girls, en stage de formation, décident de sécher les cours de gym un peu lancinants et répétitifs à leur goût pour faire une petite virée en voiture et pourquoi pas piquer une tête dans le Lac des Amants, à quelques encablures de leur camp.
La chaleur est étouffante, la petite mustang très rouge, les trois jeunes filles très jolies. À une station-service, elles croisent deux garçons à bord d’un van un peu miteux, des péquenots du coin, pensent-elles, pas grande importance…
La Mustang roule vite, elles ont l’avantage, l’insouciance et l’inconséquence des filles de leur âge, elles les aguichent un peu beaucoup…Ce qui n’était pas prévu, pas envisagé, c’est que les deux garçons se mettent à les suivre d’un peu trop près. Dès lors la tension monte. Même arrivées au camp, elles ne sont plus sûres de rien, si ce n’est d’une chose, ILS sont là, quelque part, à roder, à les traquer…
La fin tombe abrupte, insoupçonnable.
Laura Kasischke excelle à dépeindre les tourments, les frayeurs et la cruauté des adolescents à mi-chemin entre le monde des enfants (la vamp ultra-sexy et son drap de bain Barbie) et celui des adultes.
On s’angoisse, on frissonne, le cœur au bord des lèvres... Et puis il y a toutes ces petites phrases qui émaillent le texte, tout à fait réjouissantes.
« Le mélodrame gluant et noirci des chamallows grillés. »
« Le temps s’écoula lentement, comme une perle qui sombrerait dans une bouteille remplie d’un épais shampoing vert. »

Bonne nouvelle, Rêves de garçons vient de paraître au Livre de Poche !

L'avis de Ys.

17 juin 2009

Femme de chambre @ Markus Orths

Lynn vient de sortir de l’hôpital où elle a passé six longs mois à se remettre d’un mal mystérieux, qui porte un nom lui disent les psys, ces fameux psys qui voudraient tant qu’elle baisse la garde, cesse de « résister ».
« Mais je l’ai abandonnée la résistance, il est inutile de vouloir résister à ce que l’on veut voir en moi, la résistance s’effrite, se casse, la résistance perd sa verticalité, ne se dresse plus, plie, s’est couchée, la résistance gît à terre. »
La voilà, étrangement seule, à la sortie de cet immense bâtiment « oppressant malgré sa façade en verre », à se demander ce qu’elle va faire pour ne surtout pas laisser son esprit s’évader, réfléchir et se heurter à l’absurdité, ce terrible sentiment d’absurdité qui lui fait faire de drôles de choses, interdites….
Finalement, et très vite, les dés sont jetés, elle sera femme de chambre dans un hôtel. Femme de chambre, ce personnage invisible qui passe tous les matins, refait ce qui a été défait, nettoie ce qui a été sali, lave les traces des autres, des vivants. La propreté devient son obsession, plus de traces, plus de poussière, mais des surfaces immaculées, sauves de toute érosion, de toute émotion.. . Et tout en effaçant, un chiffon à la main, elle se met à s’inventer des histoires, les existences probables, possibles que lui suggèrent les objets, traces, salissures, laissés, oubliés par les clients. Un jour, surprise en train d’enfiler le haut d’un pyjama, (pour rentrer dans la peau de…) elle se cache rapidement sous le lit et y passe la nuit.
Étrange histoire, étrange petite jeune femme dévorée par son mal être, son incapacité à communiquer, à entrer en relation tant les autres lui sont opaques, impossibles à comprendre, tant elle ne peut plus supporter leurs mensonges et le fossé qu’ils creusent chaque jour entre l’apparence et la réalité.
Il y a un je-ne-sais-quoi d’autistique chez cette jeune femme, qui donne une couleur aux jours ( « Dimanche bleu pâle, lundi blanc sale, mardi couleur coquille d’œuf, mercredi gris-brun, jeudi bleu cobalt, vendredi rouge vif, , samedi noir de velours. » ) et tente follement de se trouver une place dans le monde des autres.
J'ai beaucoup aimé.

Editions Liana Levi - mars 2009

Les avis de Lilly et Du soleil sur la page.

16 juin 2009

L'homme barbelé @ Béatrice Fontanel

°

Ferdinand a 20 ans quand il part à la Grande guerre, celle des poilus et des tranchées, il en a cinquante environ quand il trouve la mort à Mathausen en 1944.
Entre deux, il se marie, fonde une famille de quatre enfants. Tous conserveront le souvenir d’un homme dur, violent, sarcastique et lorsqu’ils doivent répondre à la petite enquête que mène la narratrice sur ce père, véritable héros des deux guerres, ils emploieront quasiment les mêmes termes. Avec Ferdinand, c’est l’imprévisible en personne, une sorte de tombola ou de roulette russe, on ne sait jamais de quoi la journée sera faite.
Cet homme est scindé en deux, sa mauvaise humeur et sa rancœur, il les réserve pour sa famille, à l’extérieur il est tout autre. D’un côté la dureté et la violence, le cœur sec, de l’autre, la générosité sans limites, le cœur sur la main. Ferdinand est un homme barbelé, un homme que la guerre a coupé de lui-même. Et il s’en veut cet homme, malgré tous ses actes de bravoure et d’héroïsme sous les feux de l’ennemi, il s’en veut de ne pas avoir plus souffert que cela (même pas une rage de dents) quand de nombreux copains sont tombés, en miettes, déchiquetés sous les balles ou les bombes. Il se déteste, il se maltraite, comme il maltraite sa famille, ses enfants, l’exact prolongement de lui-même, et cette paix dont il n’a plus grand chose à faire.
« Qu’est-ce qu’on va foutre maintenant ? On pense à tous les copains qui sont morts la semaine dernière encore, ceux qui agonisent à l’heure où l’on se serre les mains. C’est quoi la paix ? Un grand coup de cafard, une fatigue à crever et un soulagement – presque obscène – d’être encore en vie, de respirer, même par un nez à la cloison nasale déviée. Respirer… même de travers, c’est si bon. On aurait tous tant voulu survivre, soupirer, s’allonger en s’étirant dans les vergers en fleurs, écouter le loriot chanter, mais nous voilà maintenant : des clochards cuits par la vie au grand air, l’alcool, les deuils qu’on ne compte plus et ces visages qui s’effacent déjà. Cafard noir, café tiède. »
Quand il est dénoncé en 44, emmené par la gestapo avant d’être battu et envoyé dans un train, il est presque soulagé, Ferdinand, « (…) il peut cesser d’être ce monstre domestique, cet infirme de la vie ordinaire, redevenir enfin l’homme du bois de la Caillette. », celui qui brave tous les dangers pour ramener un corps disloqué, celui qui creuse à mains nues pour sortir un copain du bourbier, sans trop savoir ce qu’il va trouver, là, tout en dessous…

Dans la vie de tous les jours, loin du tumulte de la guerre, Ferdinand ne recolle les morceaux de son âme que seul, à l'abri, dans son jardin potager, avec juste les oiseaux et rien d’autre...
Le jardin, la campagne qui reviennent sous la plume de l’auteur, inlassablement. Tout y est dans ce jardin, le début et la fin, les enfants aussi qui y ramassent des pierres comme des détenus.

L’écriture de Béatrice Fontanel est magnifique, le personnage de Ferdinand passionnant, presque attachant malgré sa noirceur... à l’extérieur.
Mais j’avoue n’avoir pas su faire face à certaines pages concernant la guerre de 14, celles-là mêmes que la narratrice (dont le portrait se dessine en creux et très légèrement au fil du roman) exhume des archives pour compléter l’histoire vraie et cachée de Ferdinand. Et pourtant elles sont importantes ces pages, elles expliquent sinon tout, beaucoup de choses. Mais je les ai trouvées plus « froides » que les autres, peu « aimables »…
Ce roman n’en reste pas moins un très beau roman, âpre et dur, comme son personnage principal qu’adoucit de temps à autre, comme un temps révolu, ou comme un temps originel, le chant d’un oiseau quelque part au fond du jardin.

Extrait :
« Le roman, comme un train en panne, s’est arrêté en rase campagne, Ferdinand est descendu. Il a disparu dans les champs, bordés de graminées et de hautes ombrelles infestées de punaises aux motifs de boucliers zoulous. On ne le voit plus. Les graines ailées des chardons flottent dans les airs et semblent les féconder. Dans les potagers, les grimpereaux entreprennent l’ascension des vieux pommiers crochus, pendant que les mouches copulent bruyamment. Les enfants de Ferdinand se sont tus. Comment remettre la main sur lui, dilué dans le plein été, comme s’il n’avait jamais existé. »

Les avis de Clarabel, Cathulu, Caroline, Papillon, et Sylire

15 juin 2009

Comme deux gouttes d'eau @ Tana French

°

Comme deux gouttes d’eau…
Le cadavre d’une jeune femme découvert dans une masure en ruines quelque part dans la campagne pas très loin de Dublin ressemble à s’y méprendre à l’inspecteur Cassie Maddox, ex membre de la Criminelle, ex infiltrée aussi. Son ancien patron, Franck, appelé sur les lieux du drame est interloqué, mais peut-être un peu moins que son fiancé, l’inspecteur Sammy qui pendant quelques instants a vraiment cru que la morte c’était elle, la femme de sa vie…
La tension est à son maximum quand Cassie est appelée pour être confrontée à son fantôme.
Car la ressemblance ne s’arrête pas là. Découverte plus redoutable encore, la jeune morte porte le nom d’Alexandra Madison, personnage inventé de toutes pièces par Franck et Cassie lors de sa dernière infiltration. L’étrange situation vire au cauchemar, comme si Alexandra, Lexie pour ses amis, avait réellement prit vie pour mourir quelques années plus tard dans ce coin perdu de la campagne irlandaise.
Cassie qui avait résolu de ne plus jamais s’investir trop personnellement dans une affaire criminelle ne peut plus reculer, car cette fois c’est un peu comme s’il s’agissait d’elle, Lexie est son double, le double incarné et bien vivant qu’elle ne cessait de s’imaginer depuis l’enfance, elle l’orpheline, la toute seule.
Les soupçons de Franck se portent immédiatement sur la petite communauté parmi laquelle Lexie coulait apparemment des jours heureux, dans une ancienne propriété héritée par l’un deux.
Daniel, Rafe, Abby, Justin et Lexie, étrange "Club des cinq", aussi soudé que les cinq doigts de la main, unis, étrangement trop unis.
Franck demande à Cassie d’infiltrer le groupe en se reprenant l’identité de Lexie, en se glissant dans ses vêtements, dans sa vie. La ressemblance fera le reste.
Et Cassie accepte… Très curieusement, la jeune femme se sent presque immédiatement à l’aise au milieu d’eux, comme si la Lexie qui était en elle, ce fantôme cajolé et chéri depuis l’enfance ne l’avait jamais quittée. Impression de déjà vu, de crever l’écran et d’entrer dans le film.

Un excellent thriller, tout en subtilités et en suspens.
Impossible de trouver le moindre répit avant d’en avoir tourné la dernière page.
Bluffant !

Editions Michel Lafon - Juin 2009

12 juin 2009

Caresser la cime des arbres @ Arny Iancu

Cornel voit le jour dans les années cinquante, à Paranesti, petite ville au sud de la Moldavie, en Roumanie.
Nous sommes en plein régime stalinien, et voilà que son père qui exerce la profession de dentiste en libéral, se voit non seulement confisquer son outil de travail mais emmené au loin, il ne saura jamais où au juste… Durant un an, il sera torturé, maltraité, dans le seul but de lui faire avouer où se trouve le fameux or dont en tant que dentiste il ne peut être dépourvu. La famille est pauvre, d’or de toute façon, il n’y en a pas…
Pendant ce temps, et grâce à l’intervention de plusieurs proches, un apprenti de son père, virtuose de l’accordéon, puis de son instituteur, Cornel se découvre une vraie passion, un don, celui du chant. Très vite repéré en haut lieu, il participera à un étrange voyage qui le mènera à Moscou et même au Kremlin.
Cornel a à peine douze ans mais une maturité largement supérieure à celle des enfants de son âge, il est cependant un peu étonné de la réaction de ses parents à l’annonce de ce voyage, et comment pourrait-il en être autrement….
Se creuse alors entre l’enfant et ses parents une sorte de dichotomie, l’un nage dans le bonheur, les autres assistent impuissants à la naissance de la célébrité de leur enfant dans un régime qu’ils haïssent et qui leur a déjà tout pris.
Ecrit dans un style classique, simple et vivant, ce roman se lit d’une traite. Les personnages dépeints en quelques lignes y sont saisissants dans leur naïveté, leur folie, leur cruauté ou leur désespoir.
A découvrir.

Arny Iancu grandit dans la Roumanie des années cinquante. Il poursuit ses études au Canada et en France, pays qu'il choisit d'adopter. Entré dans l'administration, son parcours le conduit aussi à servir à l'étranger (Europe centrale et orientale, Proche-Orient, Afrique).

Editions Riveneuve – juin 2009

10 juin 2009

Blue Cerises @ saison 1 : Octobre

°

Collection dirigée par Cécile Roumiguière.

Quatre ados,
Quatre amis,
Quatre histoires,
Un seul secret,
Et quatre petits livres écrits par quatre auteurs différents * qui peuvent se lire séparément mais qu’on dévore dans la foulée, dans n’importe quel ordre, car peu importe, ils sont liés, inéluctablement comme quatre cerises en bouquet…
Deux filles, Zik et Violette, deux garçons, Satya et Amos, unis pour toujours, envers et contre tout.
L’été de leur quatorze ans ils ont signé un pacte, « Le pacte des cerises », deux ans déjà, deux ans depuis ce terrible secret. Depuis, ils ne se sont plus jamais quittés.

Cliquez pour agrandir

Octobre, déjà les vacances de la Toussaint, et pour chacun d’entre eux, une page qui se tourne, un événement majeur qui intervient mystérieusement ou brutalement dans leur existence.
Les « Cerises » ont seize ans et un peu le vague à l’âme… Chacun de son côté va faire l’expérience de La rencontre, la première, la plus forte, séduisante, bouleversante, décevante ou rêvée, puis chacun de son côté retrouvera le groupe, enrichi, même blessé.

Zik et son ange sur le toit, un drôle de personnage qu’elle suit sans hésiter jusque dans le sous-sol parisien et ses labyrinthes d’obscurs couloirs, pour atterrir au fin fond d’une cave où elle découvre émerveillée un incroyable concert de rock… d’un autre âge.
Satya et Indiana, une étrange fille mouvante et changeante, qu’il lui faut suivre à la trace, minutieusement au gré des petits cailloux qu’elle sème sur son passage. Avec elle, il découvre les » attentats poétiques », la petite danseuse de Degas, Emily Dickinson et la nuit à la belle étoile, au sommet des tours de Saint Sulpice. Le courage aussi.
Violette et son premier amour, la violence des hommes... Mais il y a Ernesto le vieil oncle, qui veille sur elle, tout en lui interdisant de se soucier de lui :
"Tseu. C'est les vieux qui se font du souci pour les jeunes, pas le contraire, Vi-o-leta, pas le contraire. ». (Le personnage d’Ernesto est magnifique, avec ses joues en papier de verre, ses quatre-vingt-huit ans, son courage, son copain, son vieux chien et sa 4L orange…)
Et puis Amos, le plus mûr peut-être d’entre tous, Amos qui préfère les garçons et doit se forger chaque jour, mine de rien, une carapace. Pas évident à seize ans de faire face… Amos et sa passion pour le tire à l’arc. Sa passion tout court…

Ces petits livres auraient pu être réunis en un seul et même volume, mais la richesse de l’histoire en aurait beaucoup perdu au change. Ils ne sont pas numérotés, à vous de choisir lequel d’entre eux vous fera entrer dans le récit, lequel vous choisirez ensuite pour continuer… Ils s’emboîtent tous et se complètent comme les pièces d’un puzzle. Les regards se croisent d’un volume à l’autre, les points de vue se confrontent ou s’enrichissent, comme si la caméra changeait brutalement d’angle. Passionnant.

Si les premiers émois amoureux semblent bien être au cœur de cette première saison intitulée « Octobre », bien d’autres thèmes y sont déjà esquissés, la maladie, la filiation, la différence, le racisme, la famille, le divorce, l’éloignement….
La saison 2, « Novembre », doit paraître en octobre 2009. Vivement cette suite, et la suivante !

* Quatre auteurs pour quatre personnages, chacun donnant sa voix et son style bien particulier à l’un de ces adolescents… Quelle belle idée !
Reste à savoir comme ils se sont partagés les rôles (à suivre dans une prochaine "Page ouverte à…")

« Amos : Cibles mouvantes » Sigrid Baffert
« Satya : L’attentat » Jean-Michel Payet

« Zik : L’ange des toits » Maryvonne Rippert

« Violette : L’amour basta » Cécile Roumiguiére



Editions Milan – Collection Macadam- Mai 2009.