24 mai 2013

Un léger silence

Source
C'est à peu près ça...

17 mai 2013

Au fait, Le Grand Meaulnes a cent ans !

Paris, Emile-Paul, 1913.118x193mm, 366pp.
Demi-maroquin à coins, dos à nerfs, tête dorée, couvertures et dos conservés.
Reliure signée Honnelaître.
 
EDITION ORIGINALE, comportant les caractéristiques de la première émission: table des matières datée de septembre 1913 et la date d'impression sur le second plat d'octobre 1913. Bien complet, en fin de volume, du feuillet blanc non paginé manquant souvent aux exemplaires reliés.

Exemplaire tiré spécialement pour l'auteur, numéroté sur alfa satiné et comportant un envoi autographe:

A M. Georges Bonnamour hommage confraternel et sympathique H. Alain-Fournier.

Montée en regard on trouve une carte de visite de l'auteur avec ce texte manuscrit:

10 déc. 1913 Cher Monsieur, Je ne saurais vous dire combien m'a touché votre remarquable étude de La République sur le Grand Meaulnes. Vos éloges délicatement formulés, les motifs littéraires précis et profonds de votre sympathie sont pour moi de précieux encouragements. Je souhaite que votre " sympathique curiosité" soit satisfaite par mon second livre, qui sera le roman des 20 ans, comme celui-ci fut le roman des 16 ans. Je vous prie de croire à mes sentiments d'amicale reconnaissance. H. Alain-Fournier Il faut écrire Meaulnes (sans accent) et prononcer Mône.

Source image et documentation à lire absolument ICI, à la Librairie Le Pas-Sage.
 

16 mai 2013

Le garçon incassable @ Florence Seyvos




Le garçon incassable, "The Little Boy who Can't Be Damaged" de l'un des surnoms dont on l'affubla (avec "The Human Mop", la serpillière humaine), Buster Keaton le fut jusqu'à la fin de sa vie ou presque, habitué dès sa plus tendre enfance à être jeté, fracassé, envoyé dans les airs par son père,  eccentric dancer, homme à tout faire et bonimenteur dans les medecine shows
Buster est donc un enfant de la balle, un enfant qui chute aussi merveilleusement pour se relever à chaque fois sans la moindre souffrance ou blessure apparente. Une balle qui rebondit, presque à l'infini.
"- That sure was a buster" dira Houdini en le récupérant au bas des marches de l'escalier de la pension de famille où le gamin loge avec ses parents.
Désormais, tout le monde le prénommera Buster.

Et puis, il y a le garçon cassé dès la naissance,  Henri, le frère de la narratrice, enfin son demi-frère, pas tout à fait, mais tout comme. Celui qui vint habiter chez eux et dont la destinée sera irrémédiablement et tout naturellement liée à la leur. Henri, le garçon qui tout comme Buster ne pleure presque jamais et qui comme lui se prend les pieds dans le tapis à tout bout de champs. Henri, handicapé, cassé donc,  dès la naissance, avec une jambe et un bras atrophiés et un air d'étrangeté au monde... 
Henri est différent, comme Buster l'était et pas si différemment. Ils auraient presque pu avoir le même père, de ceux qui maltraitent le corps de leur enfant, mais pour la bonne cause, bien sûr.
Chez tous deux, derrière le corps un peu efflanqué, il y a la même force et la même impassibilité, comme si pour survivre, ils étaient devenus des rocs. Impénétrables aussi, quasi indéchiffrables.
Que lire derrière le visage de Buster... 


Que deviner des pensées et des souffrances d'Henri ?
"Toi qui reçois les mauvaises nouvelles comme de la pluie sur tes chaussures, les brimades comme une rafale de vent sur ton visage. Mais le chagrin, Henri, où le mets-tu? Tes yeux ne pleurent jamais. La tristesse semble ricocher sur toi. Je sais qu'elle entre pourtant, filtrée par ta vision du monde. Alors, dans quel recoin de toi-même l'enfermes-tu ?".

Quand Henri sortira de l'enfance ce sera pour entrer dans un état intermédiaire, une sorte de no man's land où bien peu se risqueront à le croiser, à peine ses collègues du CAT avec qui au final il ne semble pas partager grand chose. 
Alors Henri attend, beaucoup, longtemps. Et tout comme Buster, il aime les trains...

Et puis il y a la narratrice, si discrète tout au long de ce récit croisé de deux existences. Qui a eu le courage pourtant d'aller jusqu'à Los Angeles, elle qui ne s'adresse qu'avec mille précautions aux inconnus, aux passants. Los Angeles, juste pour voir, presque de loin, la maison de Buster, et humer un peu de cet air qui l'environna, l'embrassa.  
La narratrice différente, elle aussi, du monde qui l'entoure...

D'un oncle handicapé de naissance, tout comme lui prénommé Henri, sa grand-mère dira, sentencieuse "Une vie pour rien". Cette petite phrase la mettra en furie, elle n'est pourtant alors qu'une enfant. Adulte, elle en souffrira encore de cette phrase assassine.  Adulte, c'est à son tour de se sentir différente, entendez par là, étrangère au monde (prendre un taxi est une petite victoire, allez à Los Angeles, wha !!). Et pourtant, comme Buster, comme Henri, elle observe, et elle ose enfin, un tout petit peu, mais quel outrage, dire qu'elle écrit des livres. 

Le garçon incassable est tout à la fois un livre sur la différence, la difficulté d'être au monde,  mais aussi sur toutes les fulgurances que ce décalage ou plutôt cette étrangeté induisent. 

Absolument magnifique.



"Dans Go West, dès que le jeune homme arrive quelque part, le monde se vide autour de lui. Quand il marche dans la foule, il semble toujours à contresens et tout le monde le bouscule. Quand il travaille dans une ferme et qu'il arrive dans la salle commune pour déjeuner, les autres cow-boys ont justement fini de manger et se lèvent de table comme un seul homme à l'instant où il s'assoit. C'est ainsi qu'il devient l'ami d'une vache - que le reste du troupeau déteste.
A l'époque où nous avions un chien, Henri passait des heures, assis sur le canapé, la tête du chien sur ses genoux. Le chien lui chauffait les pieds, le regardait avec amour ou somnolait tout simplement, la main d'Henri posée sur sa nuque. Henri ne parlait pas, ne bougeait pas, ne riait pas. Il glissait au chien des sourires esquissés, des regards graves. Ils ressemblaient tous deux au jeune homme et à sa vache, deux êtres dans une solitude infranchissable. Le salon autour d'eux paraissait immense, aussi silencieux qu'un désert."

Mai 2013 - édition de L'Olivier.

15 mai 2013

Great Buster


 "- That sure was a buster."

"Pourquoi est-elle venue ici ? Pour presque rien. Pour croiser dans l'air, sous les feuilles, quelques microparticules que Buster Keaton avait lui aussi croisées. Un grain de poussière qui aurait touché sa main ou ses chaussures. Elle déplie les doigts pour attraper le grain de poussière."

Le garçon incassable - Florence Seyvos. Edition de l'Olivier

A suivre...

14 mai 2013

Vous reprendrez bien une petite bécassine ?

confite, de préférence... Comme chez Molly Keane, en compagnie de tante Tossie (Amours sans retour*), au mieux de sa forme (mais il faudrait encore  parler d'un certain dîner où des blancs-manger un peu flasques firent sensation, mais nous y reviendrons peut-être).


La vieille demoiselle aiment beaucoup les oiseaux vivants, enfin surtout sa perruche qui finira  empaillée et toute mitée, mais elle ne dédaigne pas non plus les déguster confits et en croûte... Une pure merveille gastronomique doublée d'un plaisir vaguement pervers, quasi sadique...

Bécassines en terrine,  s'il vous plaît !

"Lorsqu'elle explora les profondeurs de la terrine à la recherche d'un petit oiseau dont elle avait particulièrement envie, le plaisir de tante Tossie atteignit des sommets. "Je l'ai. Qu'il est joli.". Complet, intact, le cadavre sauvage resta mignonnement blotti dans l'assiette tandis qu'elle versait autour la sublime et très secrète sauce de Mme Geary. Tante Tossie reposa la longue cuillère dans la saucière enveloppée dans une serviette et attendit joyeusement les choux de mer. C'étaient les premiers de la saison ; leurs lanières laiteuses de la taille des doigts d'un nourrisson séchaient à l'instant même sur des canapés. Les bécassines ne chantent pas, elles ne font que tambouriner avec leurs ailes, se souvient tante Tossie en coupant le cou fin comme un fil, tenant la tête de l'oiseau par son bec d'une longueur absurde, avant de briser avec les dents le crâne blanc et d'en extraire en l'aspirant la cervelle étrange et succulente. Elle s'essuya les lèvres sur une grande serviette et vida son verre. Elle prenait son plaisir sans hésitation aucune. Légèrement échauffée par la nourriture et les vins, elle déroula son boa de plumes et le laissa pendre et mousser sur le dos de sa chaise.
"Prenez-en deux", dit-elle à Andrew, qui fouillait avec dextérité dans les entrailles de l'énorme terrine. "Il n'y a rien que plus délicieux n'est-ce pas ?
- Etes-vous certaine que je peux en prendre deux ?
- Oui, tout à fait certaine."

Amours sans retour - Molly Keane.

* quel titre !

13 mai 2013

A Léon Werth @ Saint-Exupéry


Louis Lang Werth à Montélimar, 1926,
© Succession Antoine de Saint Exupéry (source)
« À Léon Werth.
Je demande pardon aux enfants d'avoir dédié ce livre à une grande personne. J'ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j'ai au monde. J'ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, même les livres pour enfants. J'ai une troisième excuse : cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a besoin d'être consolée . Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien dédier ce livre à l'enfant qu'a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants. (Mais peu d'entre elles s'en souviennent.) Je corrige donc ma dédicace :
À Léon Werth quand il était petit garçon »

Antoine de Saint-Exupéry - dédicace du Petit Prince

En lisant et relisant avec Thomas ce Petit Prince tant aimé durant mon enfance (avant d'être lu, écouté une multitude de fois sur un 33 tours grésillant d'où s'échappait, magique, la voix de Gérard Philippe), je redécouvre cette dédicace, et je me dis que décidément Léon Werth mérite bien plus qu'une petite pensée ou un simple détour...

A suivre donc, peut-être, entre ces pages....

08 mai 2013

Ecrire... Dino Buzzati



"Ecris, je t'en prie", lit-on dans l'une de ses pages. "Deux lignes seulement, au moins cela, même si ton esprit est bouleversé et si tes nerfs ne tiennent plus. Mais chaque jour, en serrant les dents, peut-être des idioties dépourvues de sens, mais écris. L'écriture est une de nos illusions les plus ridicules et pathétiques. Nous croyons faire une chose importante lorsque nous traçons des lignes noires qui sur le papier blanc se contorsionnent. De toute façon, c'est là ton métier, que tu n'as pas choisi toi-même, qui t'a été attribué par le sort, c'est la seule porte par laquelle, éventuellement, tu pourras t'échapper. Ecris, écris."

Dino Buzzati,
extrait de l'introduction de Domenico Porzio à  "Nous sommes au regret de... "


06 mai 2013

En lisant Molly Keane...




On ne lit plus assez Molly Keane en France et c'est bien dommage ! Les éditions de  la Table Ronde ont eu la merveilleuse idée de publier Fragiles serments au printemps 2012 (dont c'est à ma connaissance la première traduction ? ) ce qui lui a permis de sortir de l'ombre où elle était injustement recluse depuis trop longtemps, notamment sur les blogs.

Molly Keane est née en 1904, en Irlande, dans un milieu très privilégié, celui des grandes et belles demeures, où oeuvre sans relâche dès potron-minet toute une garnison de domestiques tandis que les propriétaires des lieux s'adonnent avec ferveur à leurs occupations favorites comme passer d'une maison l'autre pour prendre le thé, chasser à courre, jardiner (le temps de redresser une fleur), organiser de grands raouts ou bien encore se faire un sang d'encre au sujet du mariage de leurs filles, que ne restent-elles petites, on ne les voyait jamais.... Mais il y eut les guerres (mondiale et civile), la crise, puis la seconde guerre et pour beaucoup, il n'y eut plus, pour reprendre un très beau titre, que les vestiges du jour.

Molly Keane et ses deux filles (source)

Molly commença très tôt à écrire, occupation fort peu recommandée pour une jeune personne de la haute société, qui plus est "campagnarde, et pour ce faire dut prendre un pseudonyme ( M. J. Farrell, homme ou femme personne ne le savait mais penchait sans doute pour la première solution) et recueillit dès lors pas mal de de petits lauriers. La mort brutale de son mari, le chagrin, les problèmes d'argent firent que du milieu des années 50 au tout début des années 80 elle ne publia plus une seule ligne. Puis tout à coup, à 75 ans passés, la voilà qui se remet à l'ouvrage, sort de ses tiroirs les manuscrits oubliés ou cachés, et le succès de revenir, avec ses anciens comme ses nouveaux titres (et même quelques pièces de théâtre)
Elle meurt le 22 avril 1996.

Lire Molly Keane, c'est s'immerger comme par magie dans un univers désormais totalement disparu mais sorti des limbes par l'agilité de sa plume, l'acuité de son regard qui n'omet jamais "le" détail qui fait mouche. Ses grandes demeures et ceux qui les habitent sont là, à portée de main, comme ressuscitées en Technicolor, des salles de bain avec leurs immenses baignoires aux pieds griffus, en passant par la nursery, les interminables couloirs, les salles d'apparat et les petits coins, on y humerait presque l'odeur de poussière ou de fleurs oubliées. Elle a l'oeil vif, Molly, et la plume assassine, parfois, souvent. Ne vous y méprenez pas, si la forme et le style narratif de ses histoires restent assez classiques, les personnages qui y tiennent la vedette sont suffisamment complexes pour maintenir une tension narrative qui vous interdit littéralement de reposer le livre. 
Les Saint Charles est certainement le modèle du genre, qui s'ouvre sur un quasi matricide,  une vieille fille, dernière survivante de la famille, forçant sa mère alitée et très affaiblie à manger du lapin, une cuillerée suffit pour qu'elle rende l'âme en vomissant. Le plat n'en est pas moins tenu au chaud pour le repas du soir. Elle est atroce ! Même pas, le pire est sans doute ce qui l'y a conduite...
La force de Molly Keane, indépendamment de ses talents de metteur en scène et d'ensemblier (comme au cinéma, bis), c'est sa collection de personnages excentriques, extrêmement pittoresques, tantôt effrayants, comiques, affligeants, toujours extrêmement vivants et crédibles, même les plus dingues.
Personne ne pourra plus oublier la misérable pauvre et minuscule Miss Pidgie, (Les Renards de pierre), vieille petite fille toute rassie, à moitié folle, maigre brindille affamée, réduite à l'état de quasi squelette mais n'osant se plaindre (tout le monde s'en fiche), reléguée dans la nursery fermée à double tours (elle délire un peu vous savez) quand elle ne déambule pas, le chapeau de travers, dans le jardin pour y nourrir ses farfadets de quelques miettes glanées ici ou là et cachés sous ses jupes. On la laisse faire, on se moque, personne ne voit qu'elle meurt... Elle aimerait tant être une poule et couver ses oeufs pour au moins être au chaud vingt et un jours durant ! Elle en rêve la nuit, quand elle a mal au ventre.
Quant à Mrs Brock (Les Saint Charles), la gouvernante des enfants (que l'on se passe de famille en famille), son sort n'est guère plus enviable, atroce même, elle a pourtant tout donné... Morte elle est à l'instant oubliée des enfants ingrats comme des adultes jusqu'à ce que son souvenir surgisse bien des années plus tard et prenne sens assez dramatiquement. Elle est la laissée pour compte, la veuve qui ne demande qu'à être aimée, mais sans attrait (un phoque en maillot de bain, mais avec "la même aisance souveraine"), alors elle se console en  tricotant sans fin des liseuses qu'elle offre à sa patronne (et qui ne seront jamais portées), en reprisant les vieilles vestes du maître de maison en espérant que peut-être elle deviendra l'aimée, de lui, de tous.... Mais elle se trompe.
Et pourtant, elle connaît si bien leur vie. Le don de seconde vue (elle passe dans la maison pour une quasi voyante, capable de retrouver n'importe quel objet perdu) qu'elle s'invente n'est que la résultante de sa minutieuse observation de la vie des autres dans laquelle elle tente d'entrer, sans jamais y parvenir. Elle restera spectatrice à jamais. Mais elle transmet, sans même en être vraiment consciente, aux enfants qu'elle élève, l'aspect incarné, charnel et déjà presque sensuel, (et même par inadvertance sexuel, avec ces maudites souris) de l'existence.
 "(Richard) se rappela toujours cette odeur de sécurité trouvée dans un embrassement où le vinaigre de toilette Rimmel et le papier poudré livraient une bataille perdue d'avance contre la chair humaine, tiède et compatissante."
Tout ceci étant bien entendu très largement refoulé dans cette société ultra prude où les enfants n'étaient pas souvent serrés dans les bras et où l'on comptait qu'ils "comprennent" d'eux-mêmes en regardant les poules batifoler et pondre en choeur dans le poulailler...

Autre facette de Mrs Keane, ses talents de peintre animalier. Là pour le coup, elle pourrait bien rivaliser avec Colette tant elle dépeint les chiens avec une minutie et un pittoresque tout a fait remarquable.
La petite Soo, pour ne citer qu'elle (car chaque roman a "ses" chiens), la minuscule chienne de Grania (Les Renards de pierre), est un véritable personnage, petite boule intrépide et courageuse, inconsciente bien souvent des péripéties que ses bêtises entrainent (les chiens peuvent être chez Molly Keane des pivots de l'action, ceux par qui des éléments clefs arrivent), mais d'une fidélité sans pareille.
J'aime Soo, elle me fait penser à lui :

 "Enfin, il y avait plusieurs photos de Soo, laquelle ressemblait davantage à un singe, à un chat ou à un escarpin noir qu'à un chien. Pas du tout la créature que Grania couchait sur la couverture de son panier, le soir, avant de s'endormir. Elle y restait comme un oiseau dans son nid et ne se réveillait qu'au matin. Pas de bruits de pattes, la nuit, avec des velléités d'eau ou d'escapade. Non, Soo restait dans son panier jusqu'au réveil de Grania et sortait de son sommeil douillet comme un petit escargot noir de sa coquille. Aucune de ses photographies n'était ressemblant. Bien trop remarquable, la chienne, pour se laisser prendre et coller au mur comme ces amies de Grania sur ce vastes fonds blancs cernés de noirs passe-partout."

Mais il y a aussi la perruche de Tante Tossie (Amours sans retour), les souris de la nursery des Saint Charles (les "dangereuses" souris et leur "sexualité" débridée qui causeront la chute de Mrs Brock),
et la liste serait longue si l'on comptait les chevaux, les poules naines et les furets... 

Des histoires d'amour, oui, à chaque fois, mais perturbées ou perturbantes au regard de l'époque et de la morale de classe. C'est même le nerf de la guerre, là où tout se joue en vérité à une époque où rester vieille fille était l'horreur suprême, la fin des grandes espérances et où le sexe était un tabou absolu (pour parler du ventre, il faut dire le "petit dedans" et en bas, c'est "plus bas".....). Les grandes passions réprouvées n'en devenaient que plus obsédantes, plus destructrices aussi. Comment passer à côté de tels sujets, quand ils sont finalement au centre de l'attention de cette micro société qui bien sûr fait mine de l'esquiver (n'est-ce pas un peu "obscène" ?) tout en cancanant à qui mieux mieux.
Des histoires de classe sociale, ou bien plutôt ce qui relie (passion ou haine) les gens du bas, ceux des cuisines et des offices et ceux d'en haut, les chambres immenses, les couvre-lits de soie et les bons feux de cheminée. Sans lutte de classe, attention, le regard est bien plus "psychologique", chez Molly Keane, rien n'est donné d'avance comme une évidence, il y a bien sûr les éternelles bonnes avortées de force, mais aussi les gouvernantes qui prennent le pouvoir et année après année, presque diaboliquement grignotent du terrain et prennent la main, despotes en tablier blanc (cas bien moins fréquents, il est vrai, mais l'analyse est subtile de la dame est subtile....)

Alors certes Molly Keane ne révolutionne pas le genre romanesque comme a pu le faire avant elle Virginia Woolf, mais tout comme Evelyn Waugh qu'elle appréciait particulièrement,  elle porte sur le monde qui l'entoure ce regard acide et scrutateur, souvent d'une douloureuse lucidité qui porte bien au-delà de son temps car il vrille et perce jusqu'aux tréfonds de l'âme humaine. Les états d'âme, les mariages ratés, les sexualités refoulées, les passions dévorantes et au final bannies, elle a dû en croiser par pelletées.
Pour être libre, encore faut-il prendre des risques, oser donner le coup de pied fatidique dans le tas de poussière et ne surtout rien regretter (et il en faut du courage quand l'opprobre peut s'abattre sur vous et vous condamner à l'exil à la moindre faute de goût - l'important c'est l'apparence....)
Et pendant ce temps, Mrs Keane, observe et rend compte, sans état d'âme, pas question de sortir les violons (c'est toujours cruel et ça doit le rester).

National Portrait Gallery London

A suivre....

PS : Ne pas s'arrêter à l'aspect extrêmement "fleur bleue", quasi arlequinesque des titres !

05 mai 2013

7 ans et une autruche qui porte quatre enfants !

source image


7 ans, au jour près, avec des absences et des retours, comme on quitte une maison qui nous est chère, on claque la porte mais on finit toujours par en retrouver la clef. Ouf, elle était là sous le gros caillou. Mon Dieu, ça fait du bien de se retrouver chez soi ! (il ne faut que j'oublie - triple croix au marqueur sur le dos de la main - de revenir ici pour gribouiller, ne pas oublier, et j'espère, un tout petit peu transmettre ce que j'ai aimé).

Alors pourquoi pas une autruche portant quatre enfants, entourée du père, de la mère, des tantes et de la grand mère (la petite un peu rabougrie, tout à gauche, à moins que cela ne soit celle qui se tient tout près du père, un peu en retrait... Il y a tant de femmes sur cette photo, on s'y perd !). 
Ils sont allés au zoo, ils ont mis leur plus beaux habits (chapeau et cravate pour l'homme). 
Quel évènement, et si on se faisait prendre en photo ? Attention, regardez bien l'objectif, vous êtes prêts ? Clic/clac, c'est dans la boite ! vous pouvez disposer !
Madame, oui, la petite à gauche, faites attention, je crois que l'autruche a repérer les fleurs de votre chapeau ! Si vous voyez ce que je veux dire....

Ce fut une belle journée.


03 mai 2013

Un oiseau de mer, des petits cochons et une brassée de souvenirs salés.


Notre gras poney d'Island nous amena à cinq miles, sur le rivage de notre mer la plus proche ; le vent ébouriffait la longue étendue de sables d'or comme les plumes sur le dos d'un oiseau. Nous allions si rarement à la mer ; nous trouvions si rarement autant de porcelaines, petits cochonnets rebondis et humides, rares comme des perles au milieu des cailloux, que nous en trouvâmes ce jour-là. Ivre et forte du plaisir et de la magie d'un jour loin du sombre juillet de l'intérieur, je fourrai ma robe dans mon pantalon et courus, hurlant ma liberté comme un oiseau de mer. Hubert se mit en devoir de pêcher des crevettes, tout seul, dans les flaques des rochers ; Mme Brock ne l'accompagna pas et ne lui donna aucun conseil. Et elle ne se joignit pas à moi, pour courir et hurler. Mais elle riait en me regardant, et se creusa une tombe dans le sable pour s'abriter après avoir mis la bouteille de lait au frais dans une flaque.
Les Saint-Charles, Molly Keane - (10/18)



Mon petit Chevalier guignette qui hantait les rivages de Portsall ("mon" Finistère ) en 1927, entouré d'une toute petite partie de ma collection de cochonnets des plages de Keremma.



02 mai 2013

Long week-end @ Joyce Maynard




Long week-end, évoqué très rapidement dans mon précédent billet, méritait bien quelques lignes à lui tout seul. Ce roman a connu, à très juste titre, un grand succès aux Etats Unis puis en France depuis sa traduction et publication chez Philippe Rey, si je ne me trompe en 2010.
Encore une fois, il y est question de maternité, de différences et - mais dans une moindre mesure que dans Baby Love où la folie folle est très prégnante et même l'un des pivots dramatiques du récit - de ces déséquilibres et troubles psychiques qu'engendrent la vie et les manquements des autres. 

Le narrateur, Henry, est un adolescent de 13 ans, il vit seul avec sa mère depuis la séparation de ses parents. Son père s'est remarié et a fondé de son côté une nouvelle famille, la petite famille quasi modèle.
La mère d'Henry, Adele, vit désormais recluse dans leur petite maison, coupée volontairement des autres, à l'abri des cris des bébés...

"Cette sorte de paralysie qui empêchait ma mère de sortir de chez elle durait depuis si longtemps que j'avais oublié de quand elle datait. Mais je connaissais l'explication. 
C'est à cause des bébés, disait-elle. Tous ces bébés qui pleurent, et que leur mère calme en leur fourrant une tétine dans la bouche. Et puis aussi à cause du temps, de la circulation, des centrales nucléaires et du danger des ondes émises par les lignes à haute tension. Mais surtout, avant tout, à cause des bébés et des mères."

La mère et le fils partagent ainsi leur existence solitaire en quasi en autarcie, le congélateur bourré de surgelés, des piles de soupes Campbell méticuleusement alignées sur le comptoir de cuisine. Mais un jour, la veille du long week-end du Labor Day, alors qu'ils font quelques courses au supermarché, un évènement en soi (le genre d'évènement qui doit toutefois prendre le moins de temps possible), une main se pose sur l'épaule d'Henry et au bout de cette main, un homme visiblement blessé qui lui demande de l'aider, en réalité un homme en cavale et même lira-t-on dans les journaux un peu plus tard,  un dangereux meurtrier.
Adele, pas une seconde n'hésite, elle emmène l'homme chez elle et l'héberge, le cache aux regards des autres, avec une simplicité et un naturel pour le moins désarmants. Henry pour qui le plaisir de cette rencontre surpasse de loin la peur, devient de fait son complice consentant,  cela fait si longtemps que personne n'était entré dans leur maison et que les yeux de sa mère n'avaient brillé avec une telle intensité. 
Est-elle folle, est-il dangereux, à quoi tout cela va-t-il bien pouvoir les mener ? Henry passe d'un sentiment à l'autre, un peu perdu. C'est tout un monde qui s'ouvre à ses yeux très brutalement, celui des adultes. Et c'est ce regard adolescent (on a presque envie de dire en pleine mutation) pointé sur les attitudes ô combien paradoxales des adultes qui est passionnant.  En quelques jours, Henry reçoit une leçon magistrale, du haut de ses treize ans, peut-être pas sur la vérité des êtres, mais sur la complexité des hommes et du monde tel qu'il va... 
Passionnant, mené de main de maître, et avec une très grande sensibilité. 

A lire durant le long week-end à venir, si ce n'est déjà fait.

De nombreux autres commentaires sur Babelio

Editions Philippe Rey et aussi en 10/18.

Bonne nouvelle, le 16 mai prochain, demain en somme, parution des Filles de l'ouragan en 10/18, précédemment paru chez Philippe Rey toujours, début 2012.


01 mai 2013

L'histoire d'un mariage @ Andrew Sean Greer



"Alors que nous cachions nos peurs. Comme ma mère cachant une mèche des cheveux de son défunt frère sous le col haut de sa robe du dimanche, dans la poche qu'elle y avait cousue. Vous ne pouvez pas aller et venir en donnant libre cours à votre chagrin, à la panique ; les gens vous empêcheront, ils vous offriront une tasse de thé pour vous calmer et vous diront de tourner la page, de faire des gâteaux et de repeindre les murs. Ils sont excusables ; ne nous a-t-on pas inculqué de longue date que le monde s'écroulerait, que les villes seraient envahies par les bêtes et les lianes si on laissait le chagrin régner tel un roi fou ? Donc, vous les laissez vous calmer. Vous faites le gâteau, vous repeignez le mur et vous souriez ; vous achetez un nouveau congélateur comme si vous aviez des projets d'avenir. Mais, secrètement - au petit jour -, vous cousez une poche sous votre peau. Au creux de votre gorge. De sorte que chaque fois que vous souriez, ou hochez la tête à la réunion avec les professeurs, ou vous courbez pour ramasser une cuillère, ça appuie, ça pique, ça brûle et vous savez que vous n'avez pas tourné la page. Vous n'en avez même jamais eu l'intention."

Une femme raconte sa vie, ce qui fut toute sa vie, l'histoire de son amour et de son mariage avec son grand amour de jeunesse, le seul, l'unique. Ils vivent à San Francisco, dans leur petite maison de famille, dans le quartier du Sunset à l'extrémité de la ville. "Par-dessus le bruit de l'océan, on entendait parfois au petit matin rugir les lions du zoo non loin."

Toute une vie mais qui se concentre à vrai dire sur ces quelques mois de l'année 1953 qui vont bouleverser le passé, le présent et bien sûr l'avenir. 
Pourtant les deux cousines du futur mari avaient bien prévenu Pearlie : le mieux serait de ne pas épouser Holland, il est atteint, comment dire, elles étaient un peu gênées, d'une maladie... Le coeur sûrement, fragile. Mais Pearlie l'aime et quand il lui demande de l'épouser, comme un appel au secours, elle accepte avec ferveur. Dès lors tout son quotidien est occupé à une tâche essentielle entre toutes, préserver le coeur de son mari, lui éviter le bruit, les émotions. Quand ils adoptent un chien, il est muet, quand elle lui apporte son journal le soir, elle y a découpé auparavant toutes les mauvaises nouvelles, quand la sonnette de la porte d'entrée sonne elle ne fait que  murmurer. Il y a aspect très "giralducien" dans la description de cette femme et de cette mère, dans le soin presque poétique qu'elle apporte à son homme et à son foyer, une petite facette de l'Edmée du "Choix des Elues". Pearlie est une Elue...

Mais les choses basculent une fin d'après-midi de cette année 1953. Alors que son mari n'est pas encore rentré du travail, et que leur fils unique joue sous la table de la cuisine,  la sonnette de la porte frémit. Un homme à la mise très soignée se présente, c'est l'ancien patron d'Holland. Ils attendent tous deux son retour, un peu gênés.  Une page va se tourner sur un secret, puis sur deux ou trois autres... Le sol devient mouvant.

Connait-on vraiment celui ou celle que l'on pris en mariage ? Se connait-on seulement soi-même ?
Admirablement tissés, les fils de ce récit nous amènent peu à peu exactement là où nous ne nous y attendions pas avec beaucoup de sensibilité et d'intelligence. 
Histoire d'un mariage, portrait de toute une société aussi  en ces années d'immédiat après-guerre qui allaient s'ouvrir sur d'autres guerres encore.... 
"J'écris une histoire de guerre. Je ne l'avais pas prévu. Au début, c'était une histoire d'amour, l'histoire d'un mariage, mais la guerre s'est incrustée partout, tel du verre brisé en mille éclats. "

L'histoire aussi de toutes les exclusions. 

Editions de l'Olivier, et aussi chez Pocket.
D'autres avis, nombreux, sur Babelio

30 avril 2013

En lisant Joyce Maynard....


Une adolescence américaine vient de paraître ce mois-ci, aux éditions Philippe Rey, précédé, il y a peu du premier roman de Joyce Maynard, Baby love. L'occasion rêvée de découvrir ou redécouvrir cet auteur qui avait déjà passionné la bullosphère avec son désormais célèbre en France "Long week-end" édité par Philipe Rey itou, mais également disponible en poche chez 10/18 (et prochainement au cinéma )

Comment ne pas tomber sous le charme de cette femme épatante et talentueuse ?
Romans, récits autobiographiques, chroniques, elle explore tous les genres avec la même acuité, une immense sensibilité et beaucoup de modestie.

Tout a commencé pour elle à dix-huit ans seulement, lorsqu'elle publie dans le New York Times un article sur les jeunes de sa génération, gageure absolue pour la jeune fille qu'elle est à l'époque, un peu solitaire, mal dans son corps, et terriblement impressionnée par les autres étudiants de Yale dont elle envie l'aisance et l'apparente sérénité (elle qui appréhende plus que tout le moment fatidique où il lui faudra traverser le réfectoire bondé à l'heure du déjeuner). Les autres, elle les envie un peu, ce sont les "normaux", les "très cool", dont elle n'imagine pas une seconde qu'ils puissent se sentir aussi mal qu'elle dans leur peau... Et pourtant, et parce qu'elle a un culot monstre et une plume déjà très affutée, c'est sur eux qu'elle va écrire, sur cette génération des années 70 qui est la sienne et qu'elle observe depuis l'adolescence avec passion et perspicacité. Il lui faut juste trouver la note juste pour dépeindre au plus près sa / la vérité.
Comme elle l'écrit dans sa préface à l'édition française de "Une adolescence américaine", :
"Même jeune comme je l'étais, je crois avoir alors compris ceci : la qualité d'une histoire tient moins à l'exotisme de son environnement, où à la vivacité de l'action et de l'intrigue, qu'à l'épaisseur des personnages, aux pouvoirs de pénétration et de description de l'auteur et à l'authenticité de sa voix. Aussi chic et  fascinant que pouvait être le cadre de Bonjour tristesse - et la vie de ses personnages, tellement plus excitante que la mienne -, ce qui touchait profondément le lecteur dans ce roman, c'était cette chose beaucoup plus simple que l'on devait à son auteur : sa vision implacable de la vérité."
L'article qu'elle écrit ainsi pour le New York Times va bouleverser sa vie et sa destinée, l'impact médiatique sera retentissant, elle recevra des tombereaux de courriers (positifs et parfois agressifs). Mais une lettre sortira immédiatement du lot,  une lettre dont l'auteur lui semblera aussitôt et presque miraculeusement proche par la pensée, comme s'il la comprenait totalement, intuitivement, comme une âme-soeur en somme, elle est signée J.D. Salinger. Joyce n'avait pas encore lu L'Attrape-coeurs, plus que la célébrité de cet homme, ce sont bien ses mots qui la touchent au plus profond d'elle-même, ce qu'il dit de lui, d'elle,  elle se sent enfin comprise. Quelques temps plus tard, elle quitte tout pour vivre chez lui, plusieurs mois durant, dans sa maison isolée du Vermont. De ces mois qu'elle partage avec le célèbre écrivain, elle n'en parlera que 25 ans plus tard, dans son très beau récit autobiographique, "Et devant moi, le monde" (qui évoque Salinger sans fards ni tabou, certes, mais aussi et avec beaucoup de sensibilité les relations complexes qu'elle entretenait avec son père et sa mère, sa famille, son havre de paix tout autant que son enfer, puis son mariage, ses enfants, les ruptures et les rebonds...).
Avant de partir chez Salinger, elle signe un contrat en vue de faire de l'article du New York Times un livre, oui, un livre... A dix-huit ans, elle réalise déjà presque tous ses rêves.
Elle commençe l'écriture d' Une adolescence américaine chez Salinger, elle le termine chez elle. Entre temps, la "belle" histoire d'amour a brutalement pris fin, tandis qu'elle découvre l'autre visage de l'écrivain, un chouia moins plaisant, bien plus grimaçant, plus proche du prédateur que de l'amoureux transi, mais elle doit se taire.
Il lui reste alors l'écriture bien sûr et l'envie d'avoir enfin sa propre maison, bien à elle, et son jardin. 
C'est d'ailleurs à  cet épisode charnière de sa vie, alors qu'elle vient d'être quittée par Salinger, qu'on la retrouve, non pas dans un récit autobiographique, mais dans son premier roman, Baby love, tapie derrière le personnage de Ann, tout comme elle chassée par son amant plus âgé et père de famille, se réfugiant dans l'achat d'une maison, un havre où reprendre pieds tandis que les démons de l'anorexie-boulimie la torturent plus que jamais.  
Il n'est pas innocent que Baby Love, sa première oeuvre de fiction, soit un roman sur et au sujet des mères. Des mères en devenir, des mères en manque d'enfants, des mères adolescentes et célibataires, équilibrées ou instables, des mères plus âgées mais dépassées, et des vieilles folles aussi. La maternité est au centre de la vie de Joyce Maynard, tout comme l'écriture, tout comme ses maisons, et sa propre mère bien sûr... 
Baby Love, paru en 1981- Joyce a 28 ans - témoigne d'une rare maîtrise de la construction et de l'art du roman et pourtant ce n'est que son premier roman. Les fils se tissent peu à peu pour faire émerger l'intrigue et rendre presque tactile l'ambiance et le décor de cette histoire en apparence très simple de filles-mères, en apparence seulement, car sous la réalité, poignante de vérité se cachent et murmurent bien d'autres dangers... La tension extrême qui sous-tend le roman devient alors de plus en plus perceptible jusqu'à l'implosion finale. Derrière l'amour se cache aussi parfois la folie. On n'est pas loin du thriller, très réussi...

Tous les romans et récits de Joyce Maynard sont publiés par les éditions Philippe Rey, certains repris en poche en 10/18.

Long week-end - Philippe Rey - 2010 ; 10/18, 2011
Et devant,  moi le monde - Philippe Rey, 2011 ; 10/18, 2012
Baby Love, Philippe Rey - 2013
Une adolescence américaine -  Philippe Rey, 2013

29 avril 2013

L'Attrape-coeurs @ J.D. Salinger



"Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux, je veux dire pas de grandes personnes - rien que moi. Et moi je suis planté au bord d'une saleté de falaise. Ce que j'ai à faire c'est attraper les mômes s'ils approchent trop près du bord. Je veux dire s'ils courent  sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C'est ce que ferais toute la journée. Je serais juste l'attrape-coeurs et tout. D'accord, c'est dingue, mais c'est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça. D'accord, c'est dingue."

Voilà un texte que je n'ai découvert que ces jours-ci... Tout le monde connaît L'attrape-coeurs, même en France, du moins le titre. C'est en lisant Joyce Maynard (Et devant moi, le monde) que j'ai eu l'envie irrépressible de le découvrir et bien m'en a pris. 
La voix que vous avez entendue un peu plus haut, en rouge, est celle d'Holden qui raconte ses trois jours d'errance dans New York après son énième renvoi du collège. Ce qui frappe au départ c'est son phrasé, sa façon un peu brut de pomme de s'exprimer, un peu comme s'il parlait à un copain, en usant de tout le vocabulaire de son âge, comme tous les gamins qui veulent biffer l'enfance à coups de mots. C'est râpeux et très doux à la fois. 
Le môme Holden essaie de grandir à toute vitesse, il voudrait comprendre, il voudrait surtout avoir une petite "discus", sur tout, n'importe quoi, mais parler... 
Où peuvent bien aller les canards de Central Park, l'hiver, quand le lac est gelé ?
"C'est plus dur pour les poissons, l'hiver et tout, plus dur que pour les canards, merde. Réfléchissez un peu, merde.", lui répond le chauffeur de taxi.
Mais personne ne parle vraiment, car personne ne sait s'adresser à un gamin, tout proche de basculer dans l'âge adulte, de quel côté de la frontière se situe-t-il ? Dans un bar on ne lui sert que du Coca, dans l'autre du whisky à gogo, Holden comme tous les mômes en errance est un ovni, on ne sait pas à quel monde il appartient, à qui on a affaire. Un enfant, presque un homme ?
Et il traîne son cafard, gros comme un canard, qui l'étouffe et lui bouffe le coeur. Holden, le faux dur, le tendre, qui fume trop et s'essouffle vite, mais comprend tout, déjà, à mi-mots. 

Traduit de l'américain par la merveilleuse Annie Saumont.

06 avril 2013

Histoire de Lisey @ Stephen King



"Elle ne croyait pas que Scott avait prémédité tout ceci ; il ne préméditait même pas ses livres, si complexes qu'étaient certains d'entre eux. Monter l'intrigue de A à Z, disait-il, c'était se priver de tout l'amusement. Il affirmait que, pour lui, écrire un livre était comme trouver un fil de couleur vive dans l'herbe et le suivre pour voir où il pourrait bien conduire. Parfois le fil se rompt et te laisse les mains vides. Mais parfois - si tu es chanceux, si tu as le courage, si tu persévères - il te conduit à un trésor. Et le trésor n'est jamais l'argent que tu touches pour le livre ; le trésor est le livre. Lisey soupçonnait que les Roger Dashmiel de ce monde ne le croyaient pas et que les Joseph Hurlyburly pensaient que ce devait être un truc plus grandiose - de plus haut vol - mais Lisey avait vécu avec lui, et elle le croyait. L'écriture d'un livre est un traque-narre. Ce qu'il ne lui avait jamais dit (mais elle supposait qu'elle l'avait toujours deviné), c'était que si le fil ne se rompait pas, il remontait toujours vers la berge. Jusqu'à la mare où tous nous descendons boire, jeter nos filets, nous baigner et parfois nous noyer."

Cet extrait peut peut-être paraître banal - réflexion en apparence anodine sur l'écriture -  il ne l'est pas du tout,  ô combien, à la page 466 de l'édition française, et il ne prend  d'ailleurs réellement tout son sens que plus d'une cinquantaine de pages plus loin.... 
Un livre magnifiquement et très subtilement construit, qui se joue et joue avec le langage, explore les parts d'ombre et la tentation de la folie, les strates du temps,  l'enfance et la mort aussi... 
Et une très belle histoire d'amour. 

Editions Albin Michel 


02 avril 2013

Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme.




Les choses doivent bouger et les idées reçues fondre comme au neige au soleil.... 
La France a un retard énorme à combler. Il s'agit de personnes et de vies en devenir trop facilement brisées par l'indifférence et le rejet...