Octavie dans tous ses états @ Constance Delaunay
Octavie est dans tous ses états, elle vient de se rendre compte « qu’ elle n’est pas la femme de la vie de l’homme de la sienne ». Imaginez sa détresse, son désespoir sans fin, cet homme est tout pour elle « son guide, sa boussole, son phare, c’est lui, et quand j’aurais dit son maître, j’aurai tout dit. »
Ce petit roman est un véritable plaisir de lecture. Le sujet n’est certes pas forcément très original, mais la façon dont Constance Delaunay nous l’expose est tout simplement irrésistible. Le récit est écrit tout à la fois à la troisième et à la première personne, si bien que nous entrons de plein pied et sans vergogne dans les pensées les plus intimes du personnage, avec simultanément une mise à distance humoristique créée par les multiples apartés de l’auteur qui commente et s’amuse sans cesse des faits et pensées de son Octavie (en fait Simone ou Simonne ? ).
Construit à l’ancienne, un peu comme un roman 18éme ou 19éme, avec chapitres et titres (« Octavie tire des conséquences » « Octavie devient insaisissable » etc..), le roman est un brin désuet, en apparence tout du moins… Car au final, l’impression qui s’en dégage est qu’Octavie et l’auteur se disputent bel et bien la scène du roman, et ce à tel point que nous serions bien en peine de distinguer le personnage réel du personnage de fiction, l’auteur ou Octavie ? je plaisante bien sûr, quoique, les deux sont peut être réels …
« Le romancier et ses personnages » ce titre pourrait aller comme un gant à ce petit livre délicieux : « Souvent, je pense à eux, mais plus j’y pense, plus je les vois à jamais opaques l’un pour l’autre (je me trompe peut-être, ils m’ont peut-être percée à jour depuis longtemps, se moquent peut-être de moi et mes tentatives dérisoires d’exister à leurs dépens) ».
Eh oui, les personnages ont leur vive propre, indépendante des feuilles de papier où ils sont couchés, prisonniers des quelques heures que nous passons avec eux… D’ailleurs l’auteur, le fameux « je » de ce roman (qui est et n’est pas Constance Delaunay) ne nous avoue-t-elle pas avoir bien du mal à cerner le mari : « Octavie, je peux l’analyser, la décortiquer, la deviner, la prévoir, même si elle est susceptible de m’étonner c’est toujours dans une certaine mesure, pas lui. (…) Lui, bien que ses origines familiales ne le justifient en rien, je lui trouve quelque chose d’étranger. « Un personnage de Tchekhov », disait l’une de mes amies, une princesse russe élevée en Belgique dans la plus pure tradition de la noblesse tsariste. Pourtant je ne suis pas d’accord. Il me ferait plutôt songer au personnage fascinant, romantique, de l’homme qui a perdu son ombre. Alors qu’à première vue il apparaît comme quelqu'un de très présent, vif, avec une rapidité de parole et de pensée qu’on a parfois du mal à suivre, de même qu’on a parfois du mal à le suivre dans la rue tant il marche vite, dès qu’il est au repos, par exemple au café où il fait une pause en sortant du bureau, où, parmi ceux qui viennent le retrouver, il reste souvent silencieux, on ne dirait pas qu’il a l’air triste, non, ce qu’on peut lire sur son visage quand on l’observe, car il semblerait à première vue seulement distrait, rêveur, c’est le désespoir. Un désespoir poli au-delà des mots. »
Et après ça vous me direz encore que les personnages de roman ne sont pas VIVANTS ?
Ce petit roman est un véritable plaisir de lecture. Le sujet n’est certes pas forcément très original, mais la façon dont Constance Delaunay nous l’expose est tout simplement irrésistible. Le récit est écrit tout à la fois à la troisième et à la première personne, si bien que nous entrons de plein pied et sans vergogne dans les pensées les plus intimes du personnage, avec simultanément une mise à distance humoristique créée par les multiples apartés de l’auteur qui commente et s’amuse sans cesse des faits et pensées de son Octavie (en fait Simone ou Simonne ? ).
Construit à l’ancienne, un peu comme un roman 18éme ou 19éme, avec chapitres et titres (« Octavie tire des conséquences » « Octavie devient insaisissable » etc..), le roman est un brin désuet, en apparence tout du moins… Car au final, l’impression qui s’en dégage est qu’Octavie et l’auteur se disputent bel et bien la scène du roman, et ce à tel point que nous serions bien en peine de distinguer le personnage réel du personnage de fiction, l’auteur ou Octavie ? je plaisante bien sûr, quoique, les deux sont peut être réels …
« Le romancier et ses personnages » ce titre pourrait aller comme un gant à ce petit livre délicieux : « Souvent, je pense à eux, mais plus j’y pense, plus je les vois à jamais opaques l’un pour l’autre (je me trompe peut-être, ils m’ont peut-être percée à jour depuis longtemps, se moquent peut-être de moi et mes tentatives dérisoires d’exister à leurs dépens) ».
Eh oui, les personnages ont leur vive propre, indépendante des feuilles de papier où ils sont couchés, prisonniers des quelques heures que nous passons avec eux… D’ailleurs l’auteur, le fameux « je » de ce roman (qui est et n’est pas Constance Delaunay) ne nous avoue-t-elle pas avoir bien du mal à cerner le mari : « Octavie, je peux l’analyser, la décortiquer, la deviner, la prévoir, même si elle est susceptible de m’étonner c’est toujours dans une certaine mesure, pas lui. (…) Lui, bien que ses origines familiales ne le justifient en rien, je lui trouve quelque chose d’étranger. « Un personnage de Tchekhov », disait l’une de mes amies, une princesse russe élevée en Belgique dans la plus pure tradition de la noblesse tsariste. Pourtant je ne suis pas d’accord. Il me ferait plutôt songer au personnage fascinant, romantique, de l’homme qui a perdu son ombre. Alors qu’à première vue il apparaît comme quelqu'un de très présent, vif, avec une rapidité de parole et de pensée qu’on a parfois du mal à suivre, de même qu’on a parfois du mal à le suivre dans la rue tant il marche vite, dès qu’il est au repos, par exemple au café où il fait une pause en sortant du bureau, où, parmi ceux qui viennent le retrouver, il reste souvent silencieux, on ne dirait pas qu’il a l’air triste, non, ce qu’on peut lire sur son visage quand on l’observe, car il semblerait à première vue seulement distrait, rêveur, c’est le désespoir. Un désespoir poli au-delà des mots. »
Et après ça vous me direz encore que les personnages de roman ne sont pas VIVANTS ?



3 commentaires:
Tiens, je ne l'ai pas lu celui-là ! et il me fait trèèèèèèès envie !!! :-))
ah oui, je pense qu'il devrait te plaire Clarabel !
Je ne connais pas cet auteur, mais ce livre m'attire irrésistiblement. J'attaquerai les autres ensuite.
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