Une gourmandise @ Muriel Barbery
Il va mourir, lui le grand critique gastronomique, l’homme illustre tout autant vénéré que craint par ses pairs, tout autant respecté que détesté des toques blanches pour son goût infaillible des bonnes choses.
Il va mourir, il ne lui reste plus que quarante-huit heures et il cherche, il cherche LA saveur qui lui échappe, celle qui adolescent (ou enfant, il ne sait plus) a marqué sa vie d’une pierre blanche et qu’il a oublié depuis. Et nous le suivons tout du long de ces quelques heures… Allongé dans sa chambre de la rue de Grenelle, mais la tête dans les étoiles, il revoit, déguste par l’esprit ces plats, ces mets qui lui ont mis les papilles en émoi, revient sur des lieux magiques tout vibrants d’odeurs et de senteurs. Le critique culinaire n’avait pas son pareil dans le maniement de la plume, ses souvenirs sont autant d’envolées lyriques, des odes au plaisir de la table, de la gourmandise aussi. Chaque chapitre de ce voyage à la recherche de la sensation perdue, est une petite merveille en soi, un poème de saveurs et de sensations gustatives, à vous en mettre l’eau à la bouche !
Et puis il y a tous les autres, la famille, la gardienne, les chefs, jusqu’à la petite Vénus d’albâtre de sa chambre à coucher, sans oublier le chat, qui eux aussi ont leur mot à dire. Le « grand homme » va mourir et ils ont quant à eux leur petite idée sur ce que fut le « bonhomme ». Les opinions divergent, mais se dessine en creu un portrait de cet homme tyran et passionné qui ne vivait que pour son plaisir dont il avait fait tout un art.
Extrait – mais il y en a tant d’autres ! ( la saveur la plus inattendue… mais franchement, mon setter anglais avait lui aussi cette particularité !)
« Rhett, en effet, était à lui seul une réjouissance olfactive. Oui, mon chien, mon dalmatien reniflait une senteur du tonnerre ; croyez-le ou ne le croyez pas : il sentait sur la peau du cou et au sommet de son crâne bien campé le pain brioché un peu grillé tel qu’il embaume la cuisine les matins au beurre et à la confiture de mirabelles. Ainsi, Rhett fleurait bon la brioche tiède, le fumet de levure chaleureuse, déclenchant immédiatement le désir d’y planter les dents, et il faut se représenter cela : toute la journée durant, le chien gambadait en tous les endroits de la maison et du jardin ; qu’il trottinât, suprêmement affairé, du salon au bureau, qu’il galopât à l’autre bout du pré en croisade contre trois corneilles présomptueuses ou piétinât dans la cuisine en attente d’une friandise, toujours il diffusait autour de lui l’odeur évocatrice et constituait ainsi une ode permanente et vivante à la brioche du dimanche matin lorsque, engourdis mais heureux de ce jour de repos qui commence, nous enfilons un vieux chandail confortable et descendons préparer du café en surveillant du coin de l’œil la boule brune qui repose sur la table. On se sent délicieusement mal réveillés, on jouit encore quelques instants, dans le silence, de n’être pas soumis à la loi du travail, on se frotte les yeux avec de la sympathie pour soi-même et, quand monte l’odeur palpable du café chaud, on s’assied enfin devant son bol fumant, on presse amicalement la brioche qui se déchire doucement, on en traîne un morceau dans l’assiette de sucre en poudre, au centre de la table, et, les yeux mis-clos, on reconnaît sans le dire la tonalité douce-amère du bonheur. C’est tout cela qu‘évoquait Rhett en sa présence odoriférante et ces allées et venues de boulangerie ambulante n’étaient pas pour rien dans l’amour que je lui portais. »
Une gourmandise est le premier roman de Muriel Barbery (l’auteur de « L’élégance du hérisson »), et il est magnifique !
Edition Gallimard.
Il va mourir, il ne lui reste plus que quarante-huit heures et il cherche, il cherche LA saveur qui lui échappe, celle qui adolescent (ou enfant, il ne sait plus) a marqué sa vie d’une pierre blanche et qu’il a oublié depuis. Et nous le suivons tout du long de ces quelques heures… Allongé dans sa chambre de la rue de Grenelle, mais la tête dans les étoiles, il revoit, déguste par l’esprit ces plats, ces mets qui lui ont mis les papilles en émoi, revient sur des lieux magiques tout vibrants d’odeurs et de senteurs. Le critique culinaire n’avait pas son pareil dans le maniement de la plume, ses souvenirs sont autant d’envolées lyriques, des odes au plaisir de la table, de la gourmandise aussi. Chaque chapitre de ce voyage à la recherche de la sensation perdue, est une petite merveille en soi, un poème de saveurs et de sensations gustatives, à vous en mettre l’eau à la bouche !
Et puis il y a tous les autres, la famille, la gardienne, les chefs, jusqu’à la petite Vénus d’albâtre de sa chambre à coucher, sans oublier le chat, qui eux aussi ont leur mot à dire. Le « grand homme » va mourir et ils ont quant à eux leur petite idée sur ce que fut le « bonhomme ». Les opinions divergent, mais se dessine en creu un portrait de cet homme tyran et passionné qui ne vivait que pour son plaisir dont il avait fait tout un art.
Extrait – mais il y en a tant d’autres ! ( la saveur la plus inattendue… mais franchement, mon setter anglais avait lui aussi cette particularité !)
« Rhett, en effet, était à lui seul une réjouissance olfactive. Oui, mon chien, mon dalmatien reniflait une senteur du tonnerre ; croyez-le ou ne le croyez pas : il sentait sur la peau du cou et au sommet de son crâne bien campé le pain brioché un peu grillé tel qu’il embaume la cuisine les matins au beurre et à la confiture de mirabelles. Ainsi, Rhett fleurait bon la brioche tiède, le fumet de levure chaleureuse, déclenchant immédiatement le désir d’y planter les dents, et il faut se représenter cela : toute la journée durant, le chien gambadait en tous les endroits de la maison et du jardin ; qu’il trottinât, suprêmement affairé, du salon au bureau, qu’il galopât à l’autre bout du pré en croisade contre trois corneilles présomptueuses ou piétinât dans la cuisine en attente d’une friandise, toujours il diffusait autour de lui l’odeur évocatrice et constituait ainsi une ode permanente et vivante à la brioche du dimanche matin lorsque, engourdis mais heureux de ce jour de repos qui commence, nous enfilons un vieux chandail confortable et descendons préparer du café en surveillant du coin de l’œil la boule brune qui repose sur la table. On se sent délicieusement mal réveillés, on jouit encore quelques instants, dans le silence, de n’être pas soumis à la loi du travail, on se frotte les yeux avec de la sympathie pour soi-même et, quand monte l’odeur palpable du café chaud, on s’assied enfin devant son bol fumant, on presse amicalement la brioche qui se déchire doucement, on en traîne un morceau dans l’assiette de sucre en poudre, au centre de la table, et, les yeux mis-clos, on reconnaît sans le dire la tonalité douce-amère du bonheur. C’est tout cela qu‘évoquait Rhett en sa présence odoriférante et ces allées et venues de boulangerie ambulante n’étaient pas pour rien dans l’amour que je lui portais. »
Une gourmandise est le premier roman de Muriel Barbery (l’auteur de « L’élégance du hérisson »), et il est magnifique !
Edition Gallimard.



8 commentaires:
J'ai découvert Muriel BARBERY par les blogs, car plusieurs ont fait un commentaire élogieux sur "le hérisson". J'ai vraiment envie de découvrir cet auteur !
Sylire, je crois que tu peux y aller les "yeux fermés"... enfin si je puis dire... :)
Je me lance dans "L'élégance du hérisson" dès la fin du génial "Le Petit oiseau blanc" de J.M. Barrie... Au passage, merci Holly !
Bien d'accord avec toi sur "Le petit oiseau blanc" et quant à Muriel Barbery, je ne connais pas, mais je suis gourmande, donc alléchée... en plus il y a une photo de chouquettes, et j'en raffole !
Coucou Gaëlle !
Oui "Le petit oiseau blanc" un vrai régal !
Alors pour la photo de chouquettes, en fait elle n'est pas gratuite... Mais il faut lire le livre...
Vraiment je suis quasiment sûre que tu vas aimer...
J'avais tant aimé ce livre, que c'est lui que j'ai choisi pour la photo de présentation de mon blog.Et me cacher derrière ce titre alors que je me traitais d'insatiable, je trouvais l'idée amusante.
Anne, oui c'est vraiment un livre magnifique !
Et tu as eu bien raison ! d'autant plus que le gatronome de ce livre est aussi un gourmand de mots...
J'ai falli l'acheter mais en panne de temps (et d'un soupçon supplémentaire d'argent pour les livres "moins essentiels") je l'ai reposé..je le reprendrais. Au fait, tu as vu, mes livres sont des cerfs-volants.
Je vais voir tout de suite alors ! :)
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