Ceux d'à côté - Laurent Mauvignier
Roman de la solitude et de la souffrance à voix basse.
Lui n’a pas de nom, c’est celui qui, un jour, a violé Claire, l’amie et voisine de Catherine. Elle c’est Catherine, l’étudiante en musique, à qui la vie ne donne rien ou pas grand chose et qui attend qu’un jour, peut être, quelque chose lui arrive. Alors quand elle apprend que Claire, sa meilleure, sa seule amie a été violée, un soir dans l’appartement voisin, et qu’elle n’a rien entendu, elle fait de cette douleur sa propre douleur, parce que c’est toujours mieux que rien du tout et qu’elle, elle n’a rien à raconter « j’ai besoin peut être de cette peur là pour apprendre à vivre »…
Laurent Mauvignier ne juge pas, ne tire pas de morale. Il entre dans le cœur et le corps de celui qui a commis l’irréparable, et pour qui le regard des autres est insoutenable depuis longtemps… « Et j’ai marché et repensé aux rires que j’entendais enfant, aux cris, les tirs dans les fêtes foraines, les peluches, parce que quand mes parents me perdaient dans les soirs de quatorze juillet c’était pareil, je n’avais rien fait et peut être qu’il fallait juste être en accord une fois avec la vie comme elle a toujours été, qu’arrive enfin cette sensation que j’ai, moi, d’être de l’autre côté, de faire semblant de ressembler aux hommes quand depuis si longtemps me poursuit l’idée que c’est trop tard depuis le début, pour moi, d’être là, dans ce corps, avec ces regards sur moi, des parents, des amis, d’Isabelle (…). »
Et cet homme, le violeur, revient hanter les lieux du drame, parce qu’il veut la voir encore une fois, s’assurer qu’elle est bien toujours vivante… Mais ce n’est plus elle qu’il croise c’est Catherine, et Catherine, se met à attendre cet inconnu dont elle ne sait rien mais dont elle croise le regard de temps en temps… Tous deux se ressemblent par leur sentiment d’étrangeté au monde, et peu à peu leurs monologues se font échos.
C’est profondément triste, captivant et envoûtant à la fois. Le style de Laurent Mauvignier, volontairement haché, avec ses phrases parfois inabouties comme laissées en supens, suit les modulations du discours intérieur, on croirait presque entendre les personnages nous parler à l’oreille.
« C’est si long aussi de renoncer à n’être pour un homme que celui qui doit attendre. Attendre encore et regarder sans bouger ce qui bouge pourtant, lentement, tellement lentement que parfois le temps manque pour voir sous ses pieds ce qui a bougé. Parce que je ne sais pas le temps qu’il faut, le rythme que doivent prendre les mots quand c’est à voix basse qu’il faut les dire, les murmures qu’il faut pour les mots qui n’aiment pas la lumière, ou une lumière si basse, si douce. Et ce qui vacille dans la voix, c’est aussi tout le temps qu’il a fallu pour prendre des détours, trouver sous des bulles de salive les syllabes qui ne mentent pas – c’est si rare, ça. ».







