24 octobre 2006

Ceux d'à côté - Laurent Mauvignier

« Ceux d’à côté » est un roman à deux voix, mais deux voix qui se parlent pour elles-mêmes, dans leur for intérieur, dans leur silence respectif. Parce que ces deux-là vivent à côté des autres plus qu’avec les autres. Et les autres les voient à peine ou pas comme ils voudraient. Les autres vivent facilement, protégés par leur cuirasse, leur « panoplie » de gens heureux, forts de leurs projets, toujours pressés.

Roman de la solitude et de la souffrance à voix basse.


Lui n’a pas de nom, c’est celui qui, un jour, a violé Claire, l’amie et voisine de Catherine. Elle c’est Catherine, l’étudiante en musique, à qui la vie ne donne rien ou pas grand chose et qui attend qu’un jour, peut être, quelque chose lui arrive. Alors quand elle apprend que Claire, sa meilleure, sa seule amie a été violée, un soir dans l’appartement voisin, et qu’elle n’a rien entendu, elle fait de cette douleur sa propre douleur, parce que c’est toujours mieux que rien du tout et qu’elle, elle n’a rien à raconter « j’ai besoin peut être de cette peur là pour apprendre à vivre »…


Laurent Mauvignier ne juge pas, ne tire pas de morale. Il entre dans le cœur et le corps de celui qui a commis l’irréparable, et pour qui le regard des autres est insoutenable depuis longtemps…
« Et j’ai marché et repensé aux rires que j’entendais enfant, aux cris, les tirs dans les fêtes foraines, les peluches, parce que quand mes parents me perdaient dans les soirs de quatorze juillet c’était pareil, je n’avais rien fait et peut être qu’il fallait juste être en accord une fois avec la vie comme elle a toujours été, qu’arrive enfin cette sensation que j’ai, moi, d’être de l’autre côté, de faire semblant de ressembler aux hommes quand depuis si longtemps me poursuit l’idée que c’est trop tard depuis le début, pour moi, d’être là, dans ce corps, avec ces regards sur moi, des parents, des amis, d’Isabelle (…). »
Et cet homme, le violeur, revient hanter les lieux du drame, parce qu’il veut la voir encore une fois, s’assurer qu’elle est bien toujours vivante… Mais ce n’est plus elle qu’il croise c’est Catherine, et Catherine, se met à attendre cet inconnu dont elle ne sait rien mais dont elle croise le regard de temps en temps… Tous deux se ressemblent par leur sentiment d’étrangeté au monde, et peu à peu leurs monologues se font échos.

C’est profondément triste, captivant et envoûtant à la fois. Le style de Laurent Mauvignier, volontairement haché, avec ses phrases parfois inabouties comme laissées en supens, suit les modulations du discours intérieur, on croirait presque entendre les personnages nous parler à l’oreille.

« C’est si long aussi de renoncer à n’être pour un homme que celui qui doit attendre. Attendre encore et regarder sans bouger ce qui bouge pourtant, lentement, tellement lentement que parfois le temps manque pour voir sous ses pieds ce qui a bougé. Parce que je ne sais pas le temps qu’il faut, le rythme que doivent prendre les mots quand c’est à voix basse qu’il faut les dire, les murmures qu’il faut pour les mots qui n’aiment pas la lumière, ou une lumière si basse, si douce. Et ce qui vacille dans la voix, c’est aussi tout le temps qu’il a fallu pour prendre des détours, trouver sous des bulles de salive les syllabes qui ne mentent pas – c’est si rare, ça. ».

23 octobre 2006

Prière sur la tour Eiffel *** Jean Giraudoux


Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager un extrait de la « Prière sur la tour Eiffel » de Jean Giraudoux, texte écrit et publié en plaquette en 1923 chez Emile Paul, puis inséré dans le chapitre VI de « Juliette au pays des hommes » qui parut près d’un an plus tard. En célébrant ainsi la tour Eiffel, Giraudoux s’inscrivait dans le mouvement littéraire et artistique de son époque, Chagall, Robert Delaunay (illustration ci- dessus), mais aussi Apollinaire, Cendrars, Cocteau… J’ai toujours beaucoup aimé ce texte. (j ‘ai d’ailleurs eu la chance de le trouver en édition originale, c’est une plaquette absolument magnifique, j’en déposerai ici quelques photos- après réparation de mon appareil… ).


« C’est le premier mai. Chaque mal infligé à Paris est guéri aujourd’hui par le grand spécialiste. Quand un plomb saute dans un ministère, c’est le fondateur même de l’Ecole supérieure d’électricité qui accourt. Quand un tramway déraille, c’est l’équipe des dix premiers polytechniciens qui vient le remettre dans sa voie. Chaque bourgeois vers midi, après ces cures merveilleuses, a le sentiment que si son bouton de pardessus sautait on alarmerait la rue de la Paix, et l’Observatoire si sa montre s’arrête. (…)
– Et voici la tour Eiffel ! Mon Dieu, quelle confiance il possédait en la gravitation universelle, son ingénieur ! Sainte Vierge, si un quart de seconde l’hypothèse de la loi de la pesanteur était controuvée, quel magnifique décombre ! Voilà ce qu’on élève avec des hypothèses ! Voilà réalisée en fer la corde que lance au ciel le fakir et à laquelle il invite ses amis à grimper… J’ai connu Eiffel, je grimpe… Mon Dieu qu’elle est belle, vue de la cage du départ, avec sa large baguette cousue jusqu’au deuxième, comme à une superbe chaussette ! Mais elle n’est pas un édifice, elle est une voiture, un navire. Elle est vieille et réparée comme un bateau de son âge, de mon âge aussi, car je suis né le mois où elle est sortie de terre. Elle a l’âge où l’on aime sentir grimper sur soi des enfants et des Américaines. Elle a l’âge où le cœur aime se munir de T.S.F. et de concerts à son sommet. Tout ce que j’aime dans les transatlantiques je l’y retrouve. Des parfums incompréhensibles, déposés dans un losange d’acier par un seul passant, et aussi fixes dans leur altitude qu’un cercueil dans la mer tenu par son boulet ; mais surtout des noms de Syriens, de Colombiens, d’Australiens, gravés non sur les bastingages, mais sur toutes les vitres, car la matière la plus sensible de cette tour et la plus malléable est le verre. Pas un visiteur étranger qui ne soit monté là avec un diamant… On nous change à chaque instant d’ascenseur pour dérouter je ne sais quelle poursuite, et certains voyageurs, débarrassés de leurs noms et prénoms dès le second étage, errent au troisième les yeux vagues, à la recherche d’un pseudonyme ou d’un parrain idéal. »

21 octobre 2006

Quelques romans d'Agnès Desarthe


Après avoir découvert avec bonheur le "Mangez- moi" d'Agnès Desarthe (cf. petit commentaire en date du 29 septembre), je me suis lancée à la découverte de son univers avec beaucoup de plaisir.
Voici donc, par ordre de préférence, les trois autres romans lus à ce jour (j'ai encore dans ma PAL "VW" coécrit avec Geneviève Brissac et "Quelques minutes de bonheur absolu")

Le principe de Frédelle
Frédelle, à peine mariée, s’est retrouvée veuve, riche et propriétaire d’une immense maison en ruine. Quatre années passent, durant lesquelles elle partage son existence entre son métier de psychologue dans l’école du quartier, et son père qui ne cesse d’apparaître pour disparaître aussitôt sur sa moto vrombissante non sans lui avoir déposé un cadeau, faux souvenir d’un hypothétique voyage au bout du monde, en réalité déniché dans le supermarché du coin. Frédelle entend des voix, les conduites d’eau lui parle, puis c’est toute la maison, « Müter » et les âmes qui y habitent… On bascule de l’autre côté du miroir…

Un secret sans importance
Violette, Emile, Dan, Sonia, Gabriel, des vies qui s’entrecroisent, des secrets à porter et à confier, des existences malmenées, des histoires qui se reconstruisent…. Et puis pourquoi pas, des fantômes qui reviennent (les pages sur la mort, puis le retour de Sonia sont tout simplement magnifiques). Je ne résiste à citer ces quelques phrases d’Agnès Desarthe au sujet de ce livre.. « Le roman est parti d'une histoire que m'avait racontée ma grand-mère libyenne ; ces histoires ont toujours une morale. C'est l'histoire de la petite mère la boue : une pauvre mère au foyer qui a beaucoup d'enfants, un mari, et qui passe ses journées en tâches ménagères. Elle en a marre et se fabrique une petite poupée en terre " Petite mère la boue " qu'elle cache dans un coin et à qui le soir elle raconte sa journée. Du coup, elle se sent beaucoup mieux à l'idée que le soir elle pourra raconter ceci et cela à sa poupée ; jusqu'au jour où allant la retrouver le soir, la poupée a disparu et à la place il y a un tas d'asticots grouillants. La leçon, c'est que la morale, si on ne la transmet pas, tue. Cette poupée, c'est le golem.
Faire voyager cette poupée libyenne vers un shtetl, c'est ça le flou. » (http://www.voixauchapitre.com/archives/2005/secret_sans_importance.htm)


Les bonnes intentions
Sonia vient d’emménager avec son mari dans leur nouvel appartement « au 116/118 du boulevard ». Pour la première fois cet appartement est bien le leur, ils sont propriétaires et bien décidés, enfin tout du moins en ce qui concerne Sonia à s’investir dans la vie de l’immeuble. « Notre nouvelle vie commence » se dit-elle lors de la première réunion de copropriété… Mais c’était sans compter sur le voisinage et plus précisément un certain vieux monsieur, seul au monde après la disparition de sa femme puis de son fils unique… S’enchaînent les épisodes baroques et houleux qu’Agnès Desarthe décrit avec dérision et justesse (les visites de la police ne manquent pas de piquant, les gardiens de l’immeuble sont véridiques, si je vous l’assure je les ai connus !). C’est sans doute le roman qui m’a le moins captivée, même si je le trouve distrayant et que certains passages sont particulièrement réussis (la description de la maison de retraite, le jeu des enfants, goûter batman…)

20 octobre 2006

Pourquoi j'aime lire Agnès Desarthe


Pourquoi j’aime tant lire Agnès Desarthe ?
Dans chacun de ses romans il y a un petit quelque chose qui m’émerveille, me touche ou me fait sourire. Elle a le don de croquer comme sur le vif, un personnage, une situation ; elle met le doigt là où ça fait mal et n’aime pas trop les banquiers…
J’en étais toujours à me poser la question lorsque je suis tombée sur ce passage des « Bonnes intentions » où elle écrit :
« C’est l’un de mes acquis les plus chers, le droit de pouvoir raconter n’importe quoi. Les arbres parlent, les cailloux écoutent, le ciel est peuplé de créatures. Personne n’a le droit de me dire que c’est faux car j’ai appris à considérer la réalité sous un angle différent.(1) » Voilà, c’est son regard, celui qu’elle porte sur les autres, la vie, les choses graves ou légères, c’est cette façon de le coucher sur le papier, ça vous saute aux yeux et vous vous dîtes, mais oui c’est tout à fait ça !!
Je ressens le même plaisir qu’autrefois à la lecture des romans de Jean Giraudoux, ce goût du détail insolite, cette cohabitation du réel et de l’imaginaire et ce regard d’enfant qu’ils posent sur le monde. Il y a chez Giraudoux, dans le « Choix des Elues », les surréalistes soirées d’Edmée, fêtant son anniversaire tout en haut sur les toits de zinc de l’immeuble, le rituel de la communion « au cornichon » qu’elle accorde à ses enfants, et même à son mari, peu après leur coucher, « minute acidulée » qui fait s’évanouir la fadeur de la journée.
Il y a chez Agnès Desarthe, la maman qui lèche son enfant malade, comme le ferait une chatte, parce qu’ainsi « la maladie a peur que Maman la mange, alors pendant la nuit, elle va partir très loin et ne jamais revenir. (2) ». Il y a aussi la maman qui sauve de la fièvre avec des cataplasmes et des décoctions, comme si « un chaudron bouillonnait quelque part dans la cuisine, en permanence. (..) Frédelle n’avait jamais trouvé la cachette mais elle se l’imaginait parfaitement. Un brasier de vingt centimètres de diamètre, à même le sol, un trépied en fonte et, posé dessus, noirci par la combustion incessante, un chaudron de poche empli de liquide vert, qui est, on le sait, la couleur des sorcières. (3)».
La mère qui soulage, soigne, console même d’outre tombe - on ne compte presque plus les revenants dans ses romans… C’est ainsi que la mère de Frédelle lui apparaît dans sa baignoire, celle de Sonia à l’heure de sa propre mort , et Sonia elle même en gentil fantôme tout prêt à apaiser la douleur des vivants, mari et enfants… « Elle avait prévu de veiller sur les siens. Sans attendre l’enterrement, elle irait faire un tour chez chacun de ses enfants pour vérifier que tout allait bien. Elle ferait en sorte de recueillir leurs larmes dans ses mains invisibles et d’effacer de leur front le chagrin de la perte. Il lui faudrait sans doute aussi planer quelque temps dans son ancienne maison, afin de la maintenir en ordre et d’y laisser flotter un souffle magique, comme un élixir d’oubli, qui aiderait Dan à supporter son absence. (2)».
La mère est une magicienne… comme Edmée pour sa fille « quand elle redescendait enfin l’embrasser, Claudie triomphante l’a prenait à bras-le-corps comme on prend ceux qui viennent de vaincre et dont on est fier ; (..) Sûrement elle était là-haut, en ce moment. Ce soir même après la fête de famille, ces dizaines d’hommes splendides, ces dizaines de femmes superbes avaient attendu Edmée en haut de l’échelle de fer, et l’avaient tirée à eux par les deux bras au-dessus de la ville, de la gouttière et de la nuit… (4)».
Les mères sont des élues…
On a dit de Giraudoux , le père de Suzanne, d’Ondine, de Tessa, d’Eglantine, de Bella et de tant d’autres femmes et jeunes filles qu’il était un magicien, l'enchanteur, le poète du cosmos, celui qui dévoile dans notre quotidien les lois mystérieuses qui régissent le monde….
Au-delà de la réalité tangible, purement « terrestre », il y a tout un monde « surréaliste », fantomatique, que seuls certains peuvent ressentir au-delà de l’enfance, Agnès Desarthe est un de ces écrivains là… Elle pourrait faire partie des Elues de Jean Giraudoux…
« Si l’on patiente suffisamment, on finit par distinguer les voix. Elles ne sont jamais loin et, rebondissant contre les obstacles, se hâtent, pressées de se mêler les unes aux autres afin d’échapper à l’indiscrétion. Les adultes parlent beaucoup quand les enfants s’endorment. Ils parlent et croient que personne ne les écoute. Mais les enfants le savent et font semblant de dormir. Les voix s’organisèrent, et Frédelle entendit. (…) Elle prêta attention au rythme complexe des gouttelettes ; compta les silences, nota les accélérations et se mit à rêver aux espions chargés du décodage (…). Le ruissellement contait à Frédelle des histoires de rivières souterraines, d’enfants perdus dans la forêt, de grenouilles s’accouplant sur des rives glissantes, de martins – pêcheurs embusqués dans les branches. Le soleil miroitait en taches, découpé par les feuilles, des semelles écrasaient les brindilles, les insectes s’enfonçaient dans la boue. Le vent, l’écho du vallon, un coucou (3). »


(1) Les bonnes intentions
(2) Un secret sans importance
(3) Le principe de Frédelle
(4) « Le choix des Elues » Jean Giraudoux

12 octobre 2006

Philippe Grimbert @ " Un secret" @ "La Petite Robe de Paul"

« Un secret » et « La Petite Robe de Paul » deux livres qui se rejoignent sur des existences étouffées par le poids du silence. Mais le passé trop lourd à porter et résolument enfoui par les parents laisse d'imprévisibles stigmates dans la vie de leurs enfants…en quête inconsciemment de la vérité si bien cachée.

L’inconscient et ses « lapsus révélateurs » - Philippe Grimbert est psychanalyste, à la lecture de ces deux livres, cela ne nous étonne guère…
Alice a très bien écrit sur « La Petite Robe de Paul » ici le 4 octobre. C’est grâce à elle, si j’ai découvert ce livre que j’ai bien aimé, même si je l’ai trouvé peut être un peu trop « psy » à mon goût. En revanche j’ai beaucoup apprécié « Un secret ».

Dans ce roman « vrai » et comme son titre* l’indique si bien (cf. plus bas) Philippe Grimbert nous dévoile peu à peu, et comme lui-même l’a appris, par petites touches (le chien en peluche de la chambre de service, le film sur la shoah, à l‘école) le vrai passé de ses parents et le vrai nom de famille de son père. Grâce à Mademoiselle Louise, amie proche et voisine de la famille, Le jeune Grimbert apprend tout. Régulièrement ils se donnent rendez vous et les réponses arrivent, saisissantes. La vérité se cache dans les camps de la mort, elle se cache ensuite dans la vie quotidienne de ceux qui tentent d’y survivre de leur mieux…

*L’article de Lire (ici), nous révèle que Philippe Grimbert, voulait au départ intituler son livre « Le cimetière des chiens » (en référence à la fin du livre, terrible…), l’éditeur n’ a pas trouvé le titre assez « vendeur », quel dommage, je le trouve tellement plus juste !…
Récit sur LE SECRET bien sûr, mais aussi et surtout sur la vie d’un petit garçon, d’un adolescent, puis d’un homme qui a dû grandir, mûrir avec ce passé si présent et si terrifiant. A l’heure où « Les Bienveillantes » est dans tous les foyers, je trouve tout aussi essentiel que ce livre soit lu par tous… (le livre a obtenu le Goncourt des Lycéens)

10 octobre 2006

Quartier général du buit - Christophe Bataille


« Quartier général du bruit », le dernier livre de Christophe Bataille est formidable (il figure d’ailleurs sur la liste du Goncourt, pas si mal pour un auteur encore très jeune) . On y trouve tout à la fois le portrait gargantuesque d’un homme fou de livres - génie submergé parfois par la folie, souvent par la violence - le Bernard Grasset, des années 30, celui d’avant la guerre et les compromissions. On y trouve aussi et surtout la passion des mots jusqu’à l’extrême, celle qui anime le lecteur drogué de livres, l’éditeur qui « mâche son papier, joyeux, mâche de longues bandelettes arrachées aux manuscrits, mâche les brouillons, les traités, les contrats, et meurt empoisonné ».

Mieux qu’une biographie, le style de Bataille, virulent, fort, très travaillé, dépeint l’homme de la rue des Saints Pères dans toute sa démesure, il nous donne à voir et à entendre comme un instantané de l’éditeur. En refermant le livre (qui se clôt sur la reproduction de son portrait par Jacques-Emile Blanche *) on jurerait presque l’avoir rencontré !

Tout est dans le style, tout est dans les mots, leur exubérance et folle santé ! En somme, il faut lire Christophe Bataille pour s’en faire une idée – lui qui célèbre par ailleurs la force de la lecture, cette activité qui peut vite dégénérer…

« Ni vu ni connu, la maladie vous vient. Ça ne me faisait rien, ces écrivains à qui j’avais volé un mot, une bandelette de leur momie. J’étais psychopompe et fermier général. Je piochais pour m’habiller les mains. Je ne lisais plus sans détruire. Je m’étais accoutumé : à mâcher, sagement, à la légère, pour voire, au petit bonheur, puis à mâcher des papiers en beau grammage et forte main, l’or fait japon, vélin. Je mâchais le rien mais aussi la gloire, Cervantès, Rimbaud, l’idiotie, les traités. Je m’étonnais non de moi ; mais d’une colle et d’un goût âpre (…). Mon patrimoine génétique se modifiait. Ma salive prenait des teintes amande. Mes mains ne tremblaient plus. Tout est poison ? Rien n’est poison. J’étais heureux. Je lisais. »

* Jacques Emile Blanche qui a réalisé entre autres les portraits si célèbres de James Joyce et de Proust, et à qui on doit un livre de souvenirs "Mes modèles"

Mise à jour : Je viens de découvrir l'excellent commentaire de Papillon, dans son Journal d'une lectrice cliquer ici, puis aller au 6 octobre

04 octobre 2006

La voie radieuse - suite et fin

Ah oui, il est ambitieux le roman de Margaret Drabble : destinées entrecroisées, chroniques politiques et sociales d’une Angleterre sous la houlette de la dame de fer. Le récit est dense, très dense.

Tout commence plutôt bien, réveillon splendide dans une maison altière et gigantesque en plein cœur de Londres. Ce sont les dernières heures des années 70, les invités se préparent chacun de leur côté, même scène de maquillage (bien trouvées !), puis la fête bat son plein, Liz est ravie, elle a réussi l’exploit de réunir sous son toit tout ce que Londres compte de célébrités dans des domaines aussi variés que compartimentés (finances, cultures, psys). Mais coup de théâtre, à peine sonnés les 12 coups de minuit, elle apprend par un tiers que son mari la quitte…


Au même moment, le réveillon de la sœur de Liz dans le nord de l’Angleterre, ambiance plutôt ouvrière que bourgeoise, pavillon de banlieue… Flash back, sur leur passé commun…

Puis retour au 1er janvier 1980. Lendemain de fête qui déchante… Et retour sur le passé commun aux trois amies de jeunesse, celles même qui ont ouvert le roman et que nous avons pu suivre dans leurs préparatifs à la soirée de Liz…

J’avoue décrocher et pourtant j’étais assez fascinée. Que se passe-t-il donc ? Trop touffu à mon sens, le récit part un peu dans tous les sens, trop de personnages secondaires, trop de détails « biographiques » concernant des personnages à peine ébauchés, tout juste nommés, on s’y perd, en tous cas moi je m’y perd au bout de 142 pages à peine…


Je lâche ce roman lâchement. Peut-être le reprendrai-je un jour ? Ma PAL me fait de l’œil.. Allez, je vais en lire un autre !!!

02 octobre 2006

La voie radieuse - Margaret Drabble


En cours de lecture.... Cela faisait longtemps que je voulais le lire...
Comme il est dense et épais, je vais peut être prendre mon temps...