Auprès de moi toujours @ Kazuo Ishiguro
Nous sommes au Royaume-Uni, à la fin des années quatre-vingt-dix. Une jeune femme Kathy H. se promène en voiture, un peu au hasard, dans la campagne anglaise. Elle laisse son esprit vagabonder au fil de ses souvenirs. Elle est « accompagnante », elle suit jusqu’à leur départ les « donneurs », des jeunes gens que parfois elle a le privilège de pouvoir choisir, et qui furent comme elle d’anciens élèves d’Hailsham ou de l’une de ses autres résidences.
Kathy est à un tournant de son existence, d’emblée, nous le pressentons, cela fait presque douze ans qu’elle est accompagnante, et c’est déjà beaucoup…
Elle récapitule toutes ces années, elle se parle à elle-même, comme si elle s’entretenait avec un auditeur invisible, le lecteur en fait, caché derrière ces pages.
Hailsham, un nom qui irrite, intrigue, émerveille et fait peur… Hailsham, qu’elle tente de retrouver à la lisière d’une forêt, au détour d’un chemin…
C’est là qu’elle a été élevée avec Tommy et Ruth, ses plus proches amis. C’est là que son existence a vu le jour, aussi loin que remontent ses souvenirs. A six ou sept ans, elle y était déjà et de parents il n’en sera jamais question.
Kathy, Tommy, Ruth et les autres sont des enfants différents, ils le savent depuis toujours. D’un côté, il y a la petite communauté d’Hailsham, les enfants et leurs gardiens, univers clos et verrouillé, et de l’autre les gens du « dehors », des livreurs essentiellement, et surtout la célèbre Madame, aussi étrange qu’impénétrable qui vient régulièrement leur rendre visite, non pour les voir (elle semble avoir peur de ces enfants) mais pour récolter leurs plus belles créations (dessins, peinture, poèmes).
Kathy retrace son histoire avec un souci de précision et de justesse étonnant, elle veut de toute évidence, pour la première et sans doute la dernière fois, établir La vérité sur ce mystérieux domaine, en lever les zones d’ombre et les imprécisions, beaucoup de choses ont été dites à son sujet, c’est à son tour à présent de témoigner, qui mieux qu’elle pourrait le faire ?
Elle remonte ainsi aux souvenirs les plus lointains, revenant si nécessaire en arrière, ou un peu en avant pour dépeindre au plus juste la nature de ses sentiments de l’époque, et surtout expliquer comment tout cela fut possible, comment et pourquoi ces enfants, puis ces adolescents en sont arrivés là…
Je n’en dirai pas davantage au risque de déflorer l’intrigue et d’abîmer le livre. Ishiguro distille de main de maître ses informations, un peu comme elles durent apparaître progressivement dans l’esprit des enfants, puis des jeunes gens. Le secret d’Hailsham, son relatif succès (par rapport à d’autres centres du même type) n’était-t-il pas justement dans l’art d’en dire juste assez et surtout pas trop à leurs élèves ? Qu’ils sachent oui, mais sans jamais violer la frontière de l’insupportable…
Le lecteur est pendu aux lèvres de Kathy, il tourne nerveusement les pages, l’histoire est folle, vraiment ?
Les premières pages du roman sont un peu déconcertantes, un je ne sais quoi de froid, de médical ou de technique vous tient éloigné du roman. Les indices s’additionnent et puis tout à coup, la magie d’Ishiguro opère lentement. On ferme le livre, éprouvé, et vaguement sonné.
Elle récapitule toutes ces années, elle se parle à elle-même, comme si elle s’entretenait avec un auditeur invisible, le lecteur en fait, caché derrière ces pages.
Hailsham, un nom qui irrite, intrigue, émerveille et fait peur… Hailsham, qu’elle tente de retrouver à la lisière d’une forêt, au détour d’un chemin…
C’est là qu’elle a été élevée avec Tommy et Ruth, ses plus proches amis. C’est là que son existence a vu le jour, aussi loin que remontent ses souvenirs. A six ou sept ans, elle y était déjà et de parents il n’en sera jamais question.
Kathy, Tommy, Ruth et les autres sont des enfants différents, ils le savent depuis toujours. D’un côté, il y a la petite communauté d’Hailsham, les enfants et leurs gardiens, univers clos et verrouillé, et de l’autre les gens du « dehors », des livreurs essentiellement, et surtout la célèbre Madame, aussi étrange qu’impénétrable qui vient régulièrement leur rendre visite, non pour les voir (elle semble avoir peur de ces enfants) mais pour récolter leurs plus belles créations (dessins, peinture, poèmes).
Kathy retrace son histoire avec un souci de précision et de justesse étonnant, elle veut de toute évidence, pour la première et sans doute la dernière fois, établir La vérité sur ce mystérieux domaine, en lever les zones d’ombre et les imprécisions, beaucoup de choses ont été dites à son sujet, c’est à son tour à présent de témoigner, qui mieux qu’elle pourrait le faire ?
Elle remonte ainsi aux souvenirs les plus lointains, revenant si nécessaire en arrière, ou un peu en avant pour dépeindre au plus juste la nature de ses sentiments de l’époque, et surtout expliquer comment tout cela fut possible, comment et pourquoi ces enfants, puis ces adolescents en sont arrivés là…
Je n’en dirai pas davantage au risque de déflorer l’intrigue et d’abîmer le livre. Ishiguro distille de main de maître ses informations, un peu comme elles durent apparaître progressivement dans l’esprit des enfants, puis des jeunes gens. Le secret d’Hailsham, son relatif succès (par rapport à d’autres centres du même type) n’était-t-il pas justement dans l’art d’en dire juste assez et surtout pas trop à leurs élèves ? Qu’ils sachent oui, mais sans jamais violer la frontière de l’insupportable…
Le lecteur est pendu aux lèvres de Kathy, il tourne nerveusement les pages, l’histoire est folle, vraiment ?
Les premières pages du roman sont un peu déconcertantes, un je ne sais quoi de froid, de médical ou de technique vous tient éloigné du roman. Les indices s’additionnent et puis tout à coup, la magie d’Ishiguro opère lentement. On ferme le livre, éprouvé, et vaguement sonné.



21 commentaires:
Quelle belle analyse, comme toujours !
J'ai également eu quelques frissons au début, le doute s'ajoutant, j'ai vraiment accordé à cette lecture un soin de persévérance particulier car j'apprécie infiniment l'auteur (une seule exception au compteur : "L'inconsolé" !).
J'ai loué le film "La comtesse blanche" dont le scénario a été écrit par ... Ishiguro lui-même ! :)
Salut Lilly.
J'avais lu de cet auteur "Les vestiges du jour" que j'avais adoré. On m'a dit que c'était son meilleur... ton article me donne envie de voir si cela est vrai. Je vérifierai tôt ou tard.
un jour je réussirai à mettre un seul "l" à ton pseudo du premier coup
Tu me donnes vraiment envie de lire ce livre pourtant, au début, je n'étais pas convaincue !
Oh que tu nous donne envie comme toujours ;-)
donne avec un s...m'apprendra à taper vite!!!
J'avais aimé l'oeuvre portée à l'écran "les vestiges du jour" et ton billet me donne envie de lire cet auteur...je commencerais par celui-ci ou "Un artiste du monde flottant" peut-être...
Salut Lily ! J'ai adoré ce livre. Comme toi, les premières pages m'ont déconcertée, et j'en suis ressortie sonnée. Mais il n'empêche que pour moi, Kazuo Ishiguro a peu de concurrents au titre de meilleur romancier contemporain.
oh oh je n'ai lu que "les vestiges du jour" et je suis certaine que celui-ci devrait me plaire!!!
ton commentaire donne envie.
De plus la couverture du livre est très belle !
Un auteur que j'aime particulièrement et dont le style peut parfois déconcerter.
J'aime particulièrement tes articles très nourris et bien écrits !
C'est la première fois que je lis un papier qui me donne vraiment envie de lire Ishiguro, que j'ai toujours évité je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être avais-je peur que ça soit trop triste à cause des Vestiges du Jour, que j'ai juste vu adapté au cinéma mais qui n'était pas un film à voir quand on a le moral un peu dans les chaussettes...
Merci de cette belle critique chère Lily.
A voilà un livre que j'ai très envie de lire aussi.
Auteur à découvrir...
Pardon de répondre si tard, depuis deux jours, c'est de la folie ! impossible de trouver un misérable petit moment pour me poser... La vie est dure ! ;)
Clarabel, merci ! :)) Tout comme toi, sentiment d'étrangeté au début, il faut se laisser prendre, embarquer...
Ah je ne connais pas La comtesse blanche ? mais peut -être nous en parleras tu ? :))
Hello Grégoire, quel plaisir ! pour le "l" c'est franchement pas graaave, d'autant plus que Lily peut s'écrire de multiples façons en fait !(Mais il existe une autre lectrice, tout aussi vorace et passionnée que moi,Lilly (avec deux L !)qui a écrit un commentaire juste en dessous :))
Florinette et Sandra, mon exemplaire peut voyager, si vous voulez !(contactez moi, même si je reçois difficilement, les livres ici, cf mes voisins visiblement passionnés de livres eux aussi, je peux facilement les envoyer !)
Vanessa, je note , "Un artiste du monde flottant"...
Lilly, nous sommes entièrement d'accord !!
Hello Lamousmé, je n'en doute pas une seconde ! je n'ai pas pu voir, si James Bond, s'était remis de son expédition au Salon du Livre !
Anjelica, oui, comme toi, j'ai trouvé cette couverture très belle (pour une fois, elle sort un peu de l'ordinaire.. Je pense à certaines remarques que nous nous étions faites ici et là au sujet du choix des éditeurs, parfois franchement bof...)
Ah Holly, je ne suis pas étonnée du tout que tu l'aimes.. J'ai lu les Vestiges du jour il y a si longtemps qu'il faudrait que je reprenne le temps de le lire... Vraiment !
Gaëlle, quel plaisir de te "voir", "L'ancre des rêves" m'attend en Normandie (cf plus haut, la ligne au sujet de mes voisins ... ;)
Je mentirai en te disant que ce livre est d'une tonalité plus gaie et optimiste que Les vestiges du jour, mais il est beau, poignant et donne sacrément à réfléchir (lui aussi...)
Ah oui Alice, tu peux le noter plusieurs fois ! :)
Donc, je récapitule, ce livre peut voyager ! il suffit de me contacter...
Bonne journée ;)
C'est vrai que c'est un livre déconcertant mais tellement beau!! J'ai beaucoup aimé!!
Bonjour lily, un petit jeu, si tu le veux chez moi... et bonnes lectures.
"Déconcertant" au premier abord, tu as tout à fait raison Elfe !
Caroline, je passe !
Bonne journée sous la pluie...
C'est toi qui m'a fait découvrir Michèle Desbordes lors de ton billet sur elle et -L'emprise- J'ai cherché ses oeuvres et j'ai découvert -La robe bleue- Le titre m'a plu et j'ai découvert qu'elle parlait de Camille Claudel... Alors!
Hello Lily... je cherchais des commentaires sur ce livre, que j'avais attrapé au hasard dans ma bibliothèque et dont la lecture m'a pas mal agité (je l'ai fini avant de dormir, et ensuite, je l'ai fini toute la nuit!)
C'est la première critique que je lis sur ce livre qui sait à la fois donner envie et qui ne déflore pas l'intrigue.
Je ne connaissais pas Ishiguro, je vais continuer d'explorer...
Hello Lily, je cherchais d'autres impressions de lecture sur ce roman ; je viens de le terminer et il m'a complètement bouleversée !
Caroline, pas encore lu "La robe bleue", un comble tout de même ! il FAUT que je le lise à mon tour :)`
Isabelle, c'est un livre magnifique, c'est vrai... il faut lire Les vestiges du jour...
N'est-ce pas Rose, vraiment pas étonnée que ce roman t'ait kidnappée :)
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