Sa passion @ Véronique Olmi
Une nuit, une chambre d’hôtel quelque part en Sologne. Hélène est une femme seule. Elle vient de rompre avec son amant, un homme marié dont elle sait qu’il n’y a plus guère à attendre. Elle sort d’un dîner, conclusion d’une foire du Livre à R. Elle est romancière. Le dîner fut ennuyeux. Mais son téléphone sonne, avis d’un nouveau message, c’est lui. « Tu me manque » sans « S ». Alors son cœur s’emballe, les bonnes résolutions volent en éclats, et peu importe, rien n’importe plus que de l’entendre à nouveau et l’espoir s’emballe… Les mots s’agitent dans sa tête, elle va lui parler, lui dire, elle imagine déjà :« Mon amour, dis-moi que ça a été long, trop long ces dix jours sans moi, sans me voir, me toucher me parler, je t’ai manqué, redis-le, décris-le, je t’ai manqué la nuit, ma tête contre ton dos, ma bouche contre ta peau, nos jambes enlacées, je t’ai manqué le matin, le réveil, la douceur du jour qui se lève quand on se rend compte émerveillés que l’on a dormi ensemble, quand on se souvient avoir fait l’amour dans le noir dans le creux de la nuit…. ».
Arrivée dans la chambre d’hôtel, une de ces chambres impersonnelles, laides et froides, elle se roule en boule dans le lit, hésitante, bourrée de trac, elle va le rappeler. Mais quand elle lui dit, bravache, qu’un éditeur lui a déclaré vouloir tout quitté tout pour elle, si seulement… Il éclate de rire. Ce rire la transperce, l’achève comme un coup de poignard…
« Et le rire se réfugia en elle, se maria à sa chair à son sang, les méandres de son cerveau épousés par ce rire devenu gras, envahissant, malade, un rire qui lui sifflait qu’elle était ridicule une femme ridicule la femme qu’aucun homme ne pouvait jamais choisir jamais. » Et en riant, cet homme, son amant, lui parle de sa femme…
Comment lui dire d’arrêter, pense-t-elle, comment lui dire de se taire, lui dire que je suis morte, que son rire m’a tuée.
Commence une nuit d’angoisses dans la froideur de cette chambre. Et tout remonte à sa mémoire, son enfance, sa vie de petite-fille partagée entre deux villes, Perpignan et Paris, deux maisons, celle de ses parents et frères et sœurs, et celle de sa tante richissime mais en manque d’enfant. Parce qu’un jour ses parents l’ont confiée à cette tante, un jour, ils ont conclu un marché, l’ont « vendue » bien malgré eux, à cette parente moyennant de petites rentes.
« Le rire de Patrick signifiait l’irréparable ».
Dans sa vie, tout avait été monnayable, du moins toujours, depuis sa vie chez la tante, elle en avait eu le sentiment. Combien vaut-elle, que mérite-t-elle au fond ?
Le rire de l’homme aimé est une détonation, un coup de fusil, qui réveille une envie noire, cachée tout au fond de la petite Hélène depuis cette après-midi sur la plage de Dinard. Allez au bout des choses, ne plus penser.
« Sa passion »… Il est des sentiments immenses, que rien ne peut plus contrôler, aucune digue refouler. Hélène se laisse emporter comme par une vague, et fonce tête baissée, comme mue par une force irrésistible qu’elle ne contrôle plus. Le drame est prévisible, le dénouement plus noir que vous ne l’imagineriez.
Mais « Comment font les autres, tous ceux qui ne meurent pas d’amour ? »


4 commentaires:
Je "zappe" pour l'instant car j'ai reçu ce livre en cadeau et je reviendrai lire ton avis ensuite... :)
Me doute bien que tu en dis de belles choses et pis tout ça...
Je ne connais pas Véronique Olmi mais ta critique est toute vibrante et belle et même si l'histoire a l'air sombre, je me laisserais bien tenter dis donc ! Comme toujours les extraits sont fort bien choisis et donnent envie de courir voler le livre...
Ah ça donne envie ...toujours pas lu "Bord de mer"...C'est le prochain sur la liste !
j'ai lu la critique de clarabel, et je pense tenter V Olmi par le biais de Bord de mer..
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