Baisers de cinéma @ Eric Fottorino
Baisers de cinéma, ces baisers pour de faux qui vous arrachent des larmes parfois, ne sont pas plus vrais que ces cadavres bien morts qui se relèvent sitôt que le clap de fin de scène résonne sur le plateau… Et pourtant on jurerait que tout s’est bien déroulé, passé devant nos yeux, oubliant pour quelques moments, le bruit de la bobine qui ronronne en arrière plan, là tout au fond de la salle. Illusions du cinéma, faux semblants des photographies en noir et blanc que la lumière savamment distillée, infiltrée, rend plus vraies que la vie.« Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma. »
Le narrateur, Gilles Hector est un avocat d’une quarantaine d’années, sans attache, à la vie solitaire et peuplée de fantômes :
« Maintenant je suis seul et, bizarrement, cela me rend heureux. Ma vie est peuplée d’êtres manquants, ma mère depuis toujours et mon père désormais. »
Son père, Jean Hector, photographe de plateau vient de mourir à La Pitié Salpétrière. Commence pour lui une longue quête, celle de ce père omni-présent dans ses pensées, dans les photos d’actrice qui s’éparpillent un peu partout dans son petit appartement de la rue Budé; celle de sa mère, quête d’autant plus douloureuse que le magicien des visages et de la lumière est parti sans révéler à son fils le nom de cette femme. Derrière quel visage d’actrice se cache-t-elle ? Il n’en finit pas de visionner, à l’heure du déjeuner, au cinéma « Les Trois Luxembourg », les films de la Nouvelle Vague auxquels participait Jean Hector le photographe.. Et puis, à l’une de ses séances, où il assiste en solitaire à la projection de « Ma nuit chez Maud » (« J’aurais préféré Les Amants de Louis Malle pour rêver devant Jeanne Moreau, convaincu pourtant qu’elle ne pouvait être ma mère »), il rencontre – son père vient de mourir le matin-même – Mayliss… Et c’est le coup de foudre, ou plutôt, le début d’une attirance aussi mystérieuse que quasi mystique et au final destructrice. Mayliss est énigmatique, légère comme un souffle, fragile comme une petite fille, mystérieuse comme une femme fatale, et mariée, terriblement mariée…
«Il n’étais pas question d’amour. C’était plus grave encore. Mayliss inspirait l’envie d’aimer et la mort qui vient parfois avec cette envie. »
Gilles vivait jusqu’alors en noir et blanc, à la lumière des films où oeuvrait avec talent son père, Mayliss, y fait entrer de la couleur, à commencer par le roux flamboyant (certains jours) de sa chevelure et le bleu de ses rêves. Un autre monde, en somme, c’est tout du moins ce qu’il croit…
Je ne vous cache pas que ce livre m’a littéralement envoûtée. Longtemps après l’avoir refermé, j’en garde encore le souvenir tenace et émerveillé, un peu comme le parfum de Mayliss, présent, si présent, entêtant et vertigineux.
Un grand merci à Clarabel, qui par son billet, m’avait donné l’irrésistible envie de le lire !
Merci Clarabel ;)
Extrait :
« Du pur noir et blanc, parfois troublé par la fumée de sa cigarette, il était passé au bleu voilé, comme dans la fameuse ouverture au bleu du générique de Vincent, François, Paul et les autres, où Romy n’apparaissait plus que pour une scène, toute usée par le malheur et l’alcool. Entre aimer et abîmer, prétendait mon père, il n’y a qu’une lettre de différence, le petit « b » de la beauté. Jean Hector aimait certains visages, il en est d’autres qu’il abîmait. Qu’avait-il fait du mien qu’il ne photographiait jamais ? J’éprouvais un frisson chaque fois qu’il m’appelait « mon ange ». Voilà ce que j’étais pour lui : un être qui passe et qu’on ne voit pas, un silence, une absence. ».
A l’issue de ce magnifique roman, si troublant, Eric Fottorino rend hommage aux « maîtres des ombres et des lumières", les directeurs de la photographie, et il cite Ghislain Cloquet dont parle si bien Alice ici…
« Du pur noir et blanc, parfois troublé par la fumée de sa cigarette, il était passé au bleu voilé, comme dans la fameuse ouverture au bleu du générique de Vincent, François, Paul et les autres, où Romy n’apparaissait plus que pour une scène, toute usée par le malheur et l’alcool. Entre aimer et abîmer, prétendait mon père, il n’y a qu’une lettre de différence, le petit « b » de la beauté. Jean Hector aimait certains visages, il en est d’autres qu’il abîmait. Qu’avait-il fait du mien qu’il ne photographiait jamais ? J’éprouvais un frisson chaque fois qu’il m’appelait « mon ange ». Voilà ce que j’étais pour lui : un être qui passe et qu’on ne voit pas, un silence, une absence. ».
A l’issue de ce magnifique roman, si troublant, Eric Fottorino rend hommage aux « maîtres des ombres et des lumières", les directeurs de la photographie, et il cite Ghislain Cloquet dont parle si bien Alice ici…


17 commentaires:
Je l'avais noté à la suite du commentaire de Clarabel, là, je le surligne en fluo !!!
Ouh... il a tout pour me plaire, celui-là!
Gambadou et Gaël, je vous le conseille vivement, c'est un très très beau roman, vraiment :)
Il est noté !!
Bien j'avais bien aimé "Caresse de rouge"! Mais je sais que ce roman suscite des avis mitigés...
Je note également !
Ah oui Bellesahi, crois-moi, c'est un très beau moment de lecture :)
Anne, c'est curieux, mais je n'avais pas trop accroché à Caresse de rouge, mais je me dis qu'à présent il faut que je retente l'expérience (cela ne devait pas être le bon moment pour moi !!). Pour celui-ci, Anne, je sais que tu vas encore beaucoup aimer :))
Cathulu, attends toi au "coup de foudre" :)
Et ne me dîtes que j'en fait TROP :) je n'en fais jamais trop pour les livres que j'aime...
Il est déjà sur ma LAL et ton billet me donne encore plus envie de le lire !!
Bon week-end Lily !
J'avais beaucoup aimé de cet auteur "caresse de rouge" puis "Korsakov". Je lirai certainement celui-ci.
Moi non plus je n'avais pas accroché à "Caresse de rouge" ni à "Rochelle", mais j'ai ADORE "Korsakov" et celui-ci semble de la même veine; il est noté.
Tu vas me convaincre de me mettre à "Korsakov" qu'on m'a offert il y a déjà une éternité. Et après... "Baisers de cinéma" !
Merci Lily pour ce très beau billet et pour le lien aussi.
Ce livre est vraiment pour moi aussi ;-)) Si, il parle de cinéma, des directeurs de la photo (le beau métier de mon Papa, du grand Ghislain Cloquet...) Et puis les trois luxembourg je connais bien comme cinéma.
( Bien reçu l'enveloppe ... je me régale d'avance ! d'abord, je passe harry potter "à la moulinette" ! ;) )
Donc, il FAUT que je lise Korsakov :))) !
Ah je suis en vacances :)) au fait !
A bientôt :))
Fottorino me tente beaucoup...ton enthousiasme est communicatif!
Choupynette, crois moi tu ne le regretteras pas :))
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