Camelot @ Fabrice Colin
Nathan a dix-sept ans, et devant lui la perspective de passer tout l’été, enfermé, avec trois autres de ses amis à l’Institut Saint-James. Ils ont raté leur examen de fin d’année, il allait falloir bosser… "Pourtant, il était dit que cet été-là ne serait pas un été comme les autres. Quelque chose dans l’air, dans la moiteur des soirées fragiles, un rêve d’indolence – une mélodie de jazz à la nuit tombée, là-haut, échappée d’une fenêtre. »
Et IL est arrivé, lui, Arthur, cet adolescent mystérieux, séduisant, un peu à part, par qui tout devait arriver.
En préambule à ce roman, Fabrice Colin, évoque les raisons qui l’ont littéralement poussé à écrire cette histoire :
«L’idée de Camelot m’est venue il y a quatre ou cinq ans. Depuis longtemps, je caressais le projet d’écrire une histoire de pensionnat. Mes inspirations ? Le Grand Meaulnes, bien sûr, mais aussi les Disparus de Saint-Agil, un prodigieux film de 1938 mettant en scène, au sein d’un établissement isolé, une société secrète de jeunes collégiens. (…). Certes le contexte a été modernisé. Pourtant, les thèmes romantiques développés en ces pages – l’amour impossible, la quête chevaleresque, l’amitié indéfectible – demeurent fermement intemporels. Mon espoir, mon ambition, étaient de les voir grandir et s’épanouir dans le cadre inquiétant de Saint-James, entre nuits pluvieuses et mystère destructeur.»
Augustin Meaulnes bien sûr. Et comment ne pas penser au roman d’Alain-Fournier à la lecture des premières pages de Camelot. Même arrivée intempestive, totalement inattendue de deux adolescents, à l’orée de l’âge adulte, aussi mystérieux qu’indéchiffrables, dans l’existence un peu morne et presque courue d’avance de garçons de dix-sept ans.
Avec eux, c’est la vie, avec tout ce qu’elle a de fantastique, de violent, de mystérieux, de fou même qui débarque dans un univers hautement sage et mesuré, celui de l’école et du pensionnat.
Fabrice Colin se réapproprie le thème (intemporel, il a raison de le souligner) avec talent et originalité.
Nous ne sommes plus à la fin du XIXème, mais dans le présent, ou tout du moins à une époque pas très éloignée de la notre.
Meaulnes avait les cheveux coupés ras comme un paysan, Artur, lui, arrive, comme dans un film, au ralenti, dans une limousine blanche qui s’arrête silencieusement devant le perron de Saint-James, où rêvent et s'ennuient, en attendant l’heure du dîner, Nathan et ses amis. Il leur inspire immédiatement un mélange d’admiration, d’attirance et d’inquiétude. Car Arthur domine son monde, il est présent sans être là, il est menaçant sans en avoir l’air, il est mystérieux et puissant…Peu à peu, personne, pensionnaires ou élèves, n’est en mesure de lui résister. Il manipule, transmets une force magnétique à qui veut bien le suivre et sait en être adoubé. Très progressivement, Nathan voit ses trois meilleurs amis lui échapper pour rejoindre Arthur. Il est seul, gardant encore ses distances, et bien que séduit à son tour, il n'en est pas moins inquiet. Le vieil Ephren ne l’avait-il pas, à sa façon mis en garde ?
Sans vouloir éternellement revenir au Grand Meaulnes, il y a beaucoup de François Seurel chez Nathan, même esprit réfléchi, prudent, les pieds sur terre, même sens de l’honneur aussi, de l’amitié à la vie à la mort. Et quand il entre finalement dans la petite société secrète d’Arthur, devient à son tour un chevalier de la Table ronde, ce sera jusqu’au bout, quoiqu’il lui en coûte. « Dorénavant, tu t’appelleras Perceval ». Perceval, celui qui trouve le Graal. Suivront des équipées nocturnes à la recherche d’un domaine mystérieux, aussi inquiétant que dangereux, où Nathan ne risquera pas seulement un renvoi, ou quelques heures de colle pour avoir oser faire le mur. Ce qu’ils y découvrent, n’est ni plus ni moins que le monde des adultes, mais dans ce qu'il a de plus noir. Mais le roman va bien au-delà, il ne s'agit pas d’une banale énième énigme policière, mais bien de la quête du Graal, et pas si folle que ça (mais ne jouons pas sur les mots). « Le Graal, c’est que tu cherches. C’est ce qui te sauve. »
Qui est Arthur ? le chevalier de la table ronde, un jeune homme malheureux, un fou ?
Le roman nous transporte aux confins de la folie et du mystérieux, dans des territoires inconnus, hors de tout schéma cartésien habituel ou attendu.
Car c’est avant tout une histoire. Meaulnes apportait dans l’univers bien sage de Saint-Agathe toute une dimension romanesque (il dépeignait avec force détails, devant un François émerveillé, son échappée dans le domaine mystérieux), Arthur, dans leur cave secrète, raconte fait raconter des histoires, à commencer par « La grande », la sienne, celle de son personnage.
« Les histoires créent le monde, le monde crée les histoires, répétait Arthur. C’est d’ailleurs sa seule fonction. »
« Que signifiait la réalité ? Une invention. Une invention partagée par le plus grand nombre. »
Et je ne peux m’empêchait de penser à « La mémoire du Vautour », le monde cessera peut-être quand la dernière histoire aura été racontée.
Un très beau roman à destination des adolescents (l’éditeur nous indique 13 ans), mais pas seulement, loin s’en faut. Les adultes amoureux d’histoires, de celles qui mêlent réalité et rêves adolescents épris d’absolu, encore romantiques (dans le sens fort du terme, celui du début) ne pourront qu’aimer, et dévorer ces pages.
Une belle découverte qui fait suite à la première.
ICI l'avis de Neverland
Et la voix, la trompette de Chet Baker n'en finiront pas de hanter ce roman...


11 commentaires:
L'auteur aurait pu préciser que Les Disparus de Saint-Agil, c'est d'abord un roman de Pierre Véry absolument adorable, de ces livres qui nous donnent envie de retourner à nos culottes courtes!
Tu fais bien de le préciser Gaël:)
pour ma part, j'avoue ne connaître que le film, magnifique effectivement...
Ce Fabrice Colin est vraiment un type bourré de talent ! Il serait temps que je m'y mette ... avec "camelot" par exemple ! Ton résumé m'a complètement séduite !!! :)
Ah oui Clarabel ! je te l'envoie :)
Ta présentation réveille plein de souvenirs de collège ; je ne me souviens plus de l'intrigue des Disparus de Saint-Agil mais c'est un roman qui m'avait vraiment passionnée, et ne parlons pas du grand Meaulnes !... alors pourquoi pas Camelot ?
olalalala entre fraçois -andré et toi difficile de resister!!!! d'ailleurs c'est bien semble je ne resiste pas et hop sur ma PAl des demain!!!! :o)))
(Merciiii ! ) *smacks*
En tant que fan absolue du Grand Meaulnes, des Disparus de St Agil et des histoires de pensionnat (à l'exception des "Choristes" que j'ai détesté !), je suis enthousiasmée par ta découverte, Lily. Et hop, il vient de s'inscrire en bonne place sur ma LAL. VOilà, chaque fois que je passe chez toi j'ai une envie nouvelle... pffff.
De rien Clarabel, il s'envole dès demain :)
Rose, Lamousmé et Gaëlle, il peut faire un petit tour par chez vous aussi (écrivez-moi si vous le désirez, nous ferons une "liste").
Les disparus de Saint-Agil, je me souviens l'avoir lu il y a biiiien longtemps! En tout cas j'avais bien aimé et je pense que je vais noter ce titre, on ne sais jamais! C'est un très très bel article!
Merci chifonnette, oui je le recommande vivement :)
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