La passion selon Juette @ Clara Dupont-Monod
Juette est une petite jeune-fille de treize ans, longiligne, osseuse même, à peine sortie de l’enfance. Tous les jours, sa mère en la lavant, s’exaspère, jamais, jamais pense-t-elle, sa fille ne trouvera un époux avec ce corps-là.
« Je voudrais que ma mère me prenne dans ses bras, qu’elle me sèche doucement. Le prêtre m’a montré des images où la Vierge tient son enfant contre elle. Son regard est plein d’amour. Le lavait-elle avec un seau ? Peut-être qu’en grandissant, Jésus a déçu Marie. Peut-être que tous les enfants déçoivent leur mère. J’imagine Jésus aux lèvres bleues. Lui aussi, il ne pouvait rien faire avec son corps tordu de froid. J’essaie de le cacher en serrant les jambes. »
Juette vit au XII éme siècle, à Huy, une petite ville de l’actuelle Belgique. A son époque, les petites filles de treize ans sont en âge de devenir des femmes, c’est ce qu’exigent les parents, les prêtres, l’Eglise catholique. Mais Juette ne pense pas ainsi, tout son être se révolte, se révulse à cette idée. Dieu ne peut exiger cela. Alors Juette questionne sans cesse, pour comprendre tout simplement. Le prêtre dont « on dit qu’il fait venir, à l’aube, des paroissiennes dans son lit » grince des dents de colère, elle n’est ni plus ni moins qu’ « une abandonnée en paroles »… Une folle, en somme… « Moi, je commence à croire que L’Eglise n’a rien à voir avec Dieu ».
Juette n’est pas comme les autres, par-dessus tout elle aime les mots, les histoires, les couleurs et les livres que son ami le prêtre Hugues de Floreffe enlumine chaque jour. Elle ne sait pas lire, alors, pour elle et rien que pour elle, il lui raconte l’histoire du chevalier à la rose, celles aussi de preux gentilshommes et de belles dames chastes et pures. Entre eux se tissent des liens puissants et indestructibles. Il l’admire et l'aime, elle lui fait une totale confiance, il le SEUL.
« Ses histoires… Elle y tient énormément, mais elle a très envie de les détruire. Saura-t-elle jamais à quel point me touche ce résidu d’enfance, aussi tenace qu’un fond de marmite ? Juette l’ignore mais elle me montre l’essentiel de la religion : cette part d’enfance qu’il faut porter en soi pour se montrer confiant et s’en remettre à une puissance supérieure. »
Sans le savoir, Juette et Hugues se répondent, d’un chapitre à l’autre. Clara Dupont-Monod, leur laisse la parole à tour de rôle, et c’est l’un après l’autre qu’ils approfondissent leurs étranges sentiments, les liens inéluctables et quasi mystiques qui les attachent.
Mais le jour du mariage approche, et pour la jeune fille c’est comme une petite mort, LA mort à tout jamais de son enfance.
« Pourquoi fêter la fin de l’enfance ? On ne danse pas quand quelqu'un meurt ! j’ai froid. »
Son premier né mourra à la naissance.. « Un corps mort fait des enfants morts, c’est normal. (…) Et je comprendrai soudain que, s’il y a un enfant mort ici, c’est Juette. ».
Après le décès de son mari, Juette rejoint l’ordre des veuves. C’est sa façon à elle de résister, d’entrer en dissidence avec cette Eglise où elle ne perçoit plus Dieu, dont Dieu même est absent.
La passion selon Juette, comme en référence à la passion du christ, mais un nouvel évangile cette fois, celui d’une femme qui se défait de tout, pour accéder à la pureté (« je suis propre et je sais tout » ) alors que l’Eglise et les hommes ne lui donnent aucune place… Et Juette entre en résistance, une vie loin du joug des hommes et de l’Eglise de son temps avec d’autres femmes qui lui ressemblent et dont elle devient l'icône, le guide.
« Toutes veulent vivre leur foi loin des consignes du clergé. Pour la première fois, je découvre un combat commun. ».
Mais c’est dans la solitude que Juette, la sainte pour certains, le diable, l’hérétique pour les autres, finit ses jours peuplés d’histoires…
La passion de Juette peut se lire alors sous un autre jour, celle d'une femme pour les livres, les histoires tout simplement. Celle d'un homme, passion désincarnée mais éternelle, pour une femme frêle et si forte tout à la fois, une femme aux cheveux dorés dont il ornera à jamais toutes ses enluminures. Non, Juette ne mourra jamais, elle est là éternellement dans chacun de ses recueils enluminés, illuminés...
Le style de Clara Dupont-Monod est magnifique, sec, nerveux, rapide et poétique tout à la fois…
« Ma ville porte un prénom court, qui ressemble à un cri de chouette : Huy, c’est un mot que l’on prononce vite. Il y a nuit, fuite et mourir dans ce nom. Mais il cache de fabuleuses histoires ; Dans mes rêves, les trois lettres de Huy s’arrondissent pour gonfler comme des sacs. Ce sont trois lettres au ventre plein. Dedans, j’entends des légendes remuer. Elles sont vivantes. Elles ont des jambes, des queues, des bouches qui parlent toute la nuit. »
Un immense merci à Clarabel pour cette très belle découverte, pour ce livre voyageur qu’elle m'a si gentiment prêté.
Juette vit au XII éme siècle, à Huy, une petite ville de l’actuelle Belgique. A son époque, les petites filles de treize ans sont en âge de devenir des femmes, c’est ce qu’exigent les parents, les prêtres, l’Eglise catholique. Mais Juette ne pense pas ainsi, tout son être se révolte, se révulse à cette idée. Dieu ne peut exiger cela. Alors Juette questionne sans cesse, pour comprendre tout simplement. Le prêtre dont « on dit qu’il fait venir, à l’aube, des paroissiennes dans son lit » grince des dents de colère, elle n’est ni plus ni moins qu’ « une abandonnée en paroles »… Une folle, en somme… « Moi, je commence à croire que L’Eglise n’a rien à voir avec Dieu ».
Juette n’est pas comme les autres, par-dessus tout elle aime les mots, les histoires, les couleurs et les livres que son ami le prêtre Hugues de Floreffe enlumine chaque jour. Elle ne sait pas lire, alors, pour elle et rien que pour elle, il lui raconte l’histoire du chevalier à la rose, celles aussi de preux gentilshommes et de belles dames chastes et pures. Entre eux se tissent des liens puissants et indestructibles. Il l’admire et l'aime, elle lui fait une totale confiance, il le SEUL.
« Ses histoires… Elle y tient énormément, mais elle a très envie de les détruire. Saura-t-elle jamais à quel point me touche ce résidu d’enfance, aussi tenace qu’un fond de marmite ? Juette l’ignore mais elle me montre l’essentiel de la religion : cette part d’enfance qu’il faut porter en soi pour se montrer confiant et s’en remettre à une puissance supérieure. »
Sans le savoir, Juette et Hugues se répondent, d’un chapitre à l’autre. Clara Dupont-Monod, leur laisse la parole à tour de rôle, et c’est l’un après l’autre qu’ils approfondissent leurs étranges sentiments, les liens inéluctables et quasi mystiques qui les attachent.
Mais le jour du mariage approche, et pour la jeune fille c’est comme une petite mort, LA mort à tout jamais de son enfance.
« Pourquoi fêter la fin de l’enfance ? On ne danse pas quand quelqu'un meurt ! j’ai froid. »
Son premier né mourra à la naissance.. « Un corps mort fait des enfants morts, c’est normal. (…) Et je comprendrai soudain que, s’il y a un enfant mort ici, c’est Juette. ».
Après le décès de son mari, Juette rejoint l’ordre des veuves. C’est sa façon à elle de résister, d’entrer en dissidence avec cette Eglise où elle ne perçoit plus Dieu, dont Dieu même est absent.
La passion selon Juette, comme en référence à la passion du christ, mais un nouvel évangile cette fois, celui d’une femme qui se défait de tout, pour accéder à la pureté (« je suis propre et je sais tout » ) alors que l’Eglise et les hommes ne lui donnent aucune place… Et Juette entre en résistance, une vie loin du joug des hommes et de l’Eglise de son temps avec d’autres femmes qui lui ressemblent et dont elle devient l'icône, le guide.
« Toutes veulent vivre leur foi loin des consignes du clergé. Pour la première fois, je découvre un combat commun. ».
Mais c’est dans la solitude que Juette, la sainte pour certains, le diable, l’hérétique pour les autres, finit ses jours peuplés d’histoires…
La passion de Juette peut se lire alors sous un autre jour, celle d'une femme pour les livres, les histoires tout simplement. Celle d'un homme, passion désincarnée mais éternelle, pour une femme frêle et si forte tout à la fois, une femme aux cheveux dorés dont il ornera à jamais toutes ses enluminures. Non, Juette ne mourra jamais, elle est là éternellement dans chacun de ses recueils enluminés, illuminés...
Le style de Clara Dupont-Monod est magnifique, sec, nerveux, rapide et poétique tout à la fois…« Ma ville porte un prénom court, qui ressemble à un cri de chouette : Huy, c’est un mot que l’on prononce vite. Il y a nuit, fuite et mourir dans ce nom. Mais il cache de fabuleuses histoires ; Dans mes rêves, les trois lettres de Huy s’arrondissent pour gonfler comme des sacs. Ce sont trois lettres au ventre plein. Dedans, j’entends des légendes remuer. Elles sont vivantes. Elles ont des jambes, des queues, des bouches qui parlent toute la nuit. »
Un immense merci à Clarabel pour cette très belle découverte, pour ce livre voyageur qu’elle m'a si gentiment prêté.

15 commentaires:
Il a l'air super ce livre et curieux aussi - merci, je vais essayer de le trouver ici en Suisse.
J'ai hésité à lire ce billet: la foi (ou plutôt la religion) me laisse souvent sur ma faim, je cherche, fouine pour connaître celle de mon ami (pour comprendre sa culture, son identité) mais le reste me laisse un peu vide. Là, ce livre a l'air plein...plein d'histoires, d'enfances, de foi... je l'attend en poche.
Très joli style ! Je vais aussi l'attendre en poche .
C'est un bien joli livre qui, je pense, devrait me plaire, alors hop dans le panier !! ;-)
J'avais beaucoup aimé "La folie du roi Marc".
Une personne de mon comité de lecture l'a lu et bien aimé. Je pense que je vais me laisser tenter. Mais pas tout de suite car la Pal de ma table de nuit menace de s'écrouler.
... et je suis pas étonnée que tu aimes aussi, Lily ! ... :)
Bon voyage à ce roman ... !!!
Verbivore, oui tu as raison de le dire "curieux", il ne ressemble vraiment à aucun autre...
Vanessa, Je ne dirais pas que ce livre soit fortement axé sur la religion (même si bien sûr, le sujet est central). C'est plutôt l'entrée en résistance, contre l'Eglise Catholique d'une toute jeune femme. XII éme siècle période des cathares... Au centre : la passion des mots et des histoires...
Oui Cathulu, son style est très beau.. Mais vous savez que Très gentiment Clarabel a proposé de faire voyager ce livre ! :)) il faut s'inscrire chez elle !!!N'hésite pas Florinette !
Anne, ah, il faudrait que je le lise, je sens que je n'en ai pas fini, loin de là, avec cet auteur :)
Sylire, oui ! Pour la table de nuit, chez moi c'est tout pareil !
Merci, merci CLARABEL :))))
Bien moi il me plait bien aussi ce livre ;-)) je pense m'inscrire chez Clarabel puisque c'est un livre voyageur !
ok Alice ,je te l'envoie vendredi alors ! il faudra l'envoyer à Lilly après et ensuite... Clarabel nous dira...
C'est un titre qui n'avait pas retenu mon attention, mais tous les avis positifs me donnent envie au final !
C'est un livre très particulier, il faut se lancer Gachucha, sans a priori je pense...
Mon avis sur ce roman est à venir, mais je peux dire que j'ai beaucoup aimé cette histoire de femme et de foi.
J'ai adoré ce livre voyageur !!!!
J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman moi aussi, il était dans la liste des futurs prix littéraires mais malheureusement il n'a pas été choisi, pourtant j'aurais bien cru..... tant pis ça reste un excellent roman.
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