20 octobre 2007

Peur @ Thierry Serfaty

Comme chacun sait « thriller » vient de l’anglais to thrill, frémir, et en un certain sens, avoir peur… Or moi, j’ai peur de la peur… Je sais, je suis un cas..

« Peur » était donc tout indiqué, soigner le mal par le mal, affronter l’ennemi pour mieux le vaincre. Et justement là, sans le savoir, j’étais déjà au cœur de ce roman qui je ne le cache pas, se lit d’une traite, malgré son épaisseur (rassurante en fin de compte), la couverture, à mon goût un peu trop violente (mais je n’aurais pas non plus supporté une énième représentation du « Cri »)
Pour qu’un « bon » thriller fonctionne (enfin de mon point de vue), il lui faut s’ancrer suffisamment dans la réalité et le quotidien pour que le lecteur se sente sinon concerné, tout du moins presque convaincu que l’histoire pourrait se dérouler à sa porte. La tension (hautement souhaitée et attendue du lecteur, sinon, il est maso ;)) provient du sentiment que décidément la frontière est bien mince entre un univers dit « normal » et serein et celui de la folie humaine parfois dévastatrice et meurtrière. Tout peut basculer en quelques instants…
Le roman de Thierry Serfaty est tout cela et bien plus encore. Plus de que nous terroriser, « Peur » enquête avec brio et intelligence sur l’un des fondements de la personnalité humaine (et animale). Sans la peur, nous serions probablement tous déjà morts, et ce depuis des lustres, et il y même a fort à parier que nous n’aurions pas franchi l’âge des cavernes.
Oui mais qu’est-ce qui fait que ce sentiment nécessaire devienne tout à coup, chez certains, une phobie, un handicap tel que la vie n’est plus vivable ? Peut-on réellement mourir de peur ?
C’est là tout le sujet de l’enquête du commissaire Erick Flamand, homme j’oserais dire quasi idéal, viril et féminin tout à la fois, humain, très humain parce que non dépourvu de failles (personnellement j’adore et je ne suis pas la seule :))
Dès le premières pages, le lecteur est littéralement scotché, happé par les évènements. Par le drame qui se joue devant lui dans un réalisme criant (un homme se fait dévorer tout cru par des fauves), par la rapidité du texte, la maîtrise de la construction de l’histoire (les chapitres se suivent très habilement, sans temps mort, variant les points de vue, dévoilant des personnages juste ce qu’il faut pour préserver un suspens intense). Alors on tourne les pages, vite, pour découvrir que l’enquêteur enquête tout autant sur des drames mystérieux (suicides ? meurtres ? serial killer aussi invisible que tout puissant ? secte ? ) que sur lui-même, sur nous tous, parce que oui la peur concerne tout le monde, même le plus vaillant d’entre nous (me voilà rassurée.).
Je n’en dirai pas plus, ce ne serait pas sympa pour le livre dont les effets et les surprises doivent être ménagés (sinon à quoi bon le lire ?), juste que ce thriller n’est absolument jamais « pesant », ni pompeux, inquiétant oui (du souci à se faire avec la neurochirurgie "mal tempérée") mais drôle aussi, avec une dose indéniable d’autodérision et de tendresse pour les hommes et les femmes en général.

Pour finir, je ne peux, bien entendu, pas faire l’impasse de quelques mots sur l’écrivain et son projet (dans lequel ce livre s’inscrit).
J’ai "croisé" sans le connaître, le lecteur passionné qu’est Thierry Serfaty, je ne savais pas qu’il était aussi écrivain et médecin (ce qui dans le cas d’un auteur de thriller, qui enquête sur les méandres de l’âme humaine, n’est pas un détail innocent.). Bien que « Peur » se lise pour lui-même, sans être une suite « obligée », il est tout de même le deuxième volet d’une exploration qui devra en fait en compter quatre. On peut et pourra y suivre le commissaire Flamand, tant dans son parcours personnel que professionnel (il vieillit comme tout le monde ce pauvre gars, mais là justement est le point intéressant… Comment évolue-t-il et évoluera-t-il ? Il est attachant certes, mais il est aussi complexe et torturé… ). Et surtout, c’est l’occasion pour Thierry Serfaty de dépeindre ce qui le passionne et qu’il intitule « La pyramide mentale ». Encore un schéma, me direz- vous ? Peut-être, mais je le trouve diablement passionnant.
Jetez un coup d’œil ici.
Alors, bien sûr, que me reste-t-il à faire après la découverte de « Peur » ? Lire le premier volet,"La nuit interdite", attendre les suivants et découvrir « Le sang des sirènes », celui qui a fait connaître en temps qu’écrivain (en deux temps trois mouvements) un médecin lecteur passionné.

A noter : Je viens de voir que Tatiana de Rosnay parlait, sous son figuier, de Thierry Serfati et de La nuit interdite ICI.

Thierry Serfaty a répondu au questionnaire de Proust pour Lily ici :)

11 commentaires:

Gaël a dit…

Bouh l'infidèle! Je vais tout dire à Fabrice! ;-)

Ce roman a l'air vraiment passionnant.

Lily a dit…

Gaël, je te l'interdis formellement ! :)

sandra a dit…

ouhh la, quel enthousiasme...Tu ferais une sacrée bonne critique littéraire Lily, capable de tout croquer, de la poésie au roman policier...je n'aurais jamais pensé aller au delà d'une telle couverture

thom a dit…

Je ne connais absolument pas...

Mais grâce à cet excellent billet, ça ne va pas tarder :-)

Lily a dit…

Merci Sandra, tu es trop gentille :)
Pour la couverture, oui, hélas (j'aurais aimé quelque chose de plus subtile - je me suis d'ailleurs amusée de tenter d'en trouver une autre :). Avis à l'éditeur :)
Sinon, ce livre a une drôle d'histoire... quand la maison d'édition Lafon m'a proposée de me l'envoyer pour discuter ensuite à son sujet entre blogueurs et avec l'auteur, J'ai (très hypocritement)refusé et commandé aussitôt, parce que ce livre en fait je voulais le lire... .Je voulais avant toute chose me faire très librement ma propre opinion et je n'ai pas été déçue, du tout...
En bref, je le recommande vivement ! :) Et je suis partante pour une réunion entre blogueurs :)

Lily a dit…

Hello Thom, :))
je crois qu'on vient juste de se croiser :)
Bon dimanche !

cathulu a dit…

Je vais en parler mardi et avoir la même démarche que toi : lire le premier !:)

Lily a dit…

Ah Cathulu, j'ai hâte de lire ton billet :)
bonne journée :)

florinette a dit…

Je vais me procurer le premier, tu donnes vraiment envie de se plonger dans l'univers de Thierry Serfaty !! :-)

Clarabel a dit…

Tiens, j'ai reçu le même mail ! Mais je l'ai perdu, je crois !!! ...

Bravo pour ton indépendance, en tout ça !!!!
Refuser pour mieux l'acheter par toi-même ! yep, j'applaudis ! ;o)

Bizarre, cette couverture ! Je confirme.
(Et je suis d'accord avec Sandra en ce qui concerne toutes tes qualités !)

Lily a dit…

Hello Clarabel :)
Je n'ai aucun mérite :), je me suis donnée ce principe, quand je ne connais pas un auteur, je refuse quitte à acheter ce livre s'il me tente... Parce que je ferai quoi, moi, après si je n'aime pas ? :)
Mais quand je connais un peu l'auteur, son univers et que je l'apprécie, j'avoue que, why not?