17 novembre 2007

Cochon d'Allemand @ Knud Romer

Le premier jour d’école s'annonçait pour petit le Knud, comme un jour de fête « Noël et le jour de l’An ensemble, multipliés par tous les anniversaires. ». Amère désillusion, il se retrouva bien vite au centre d’un groupe d’enfants entonnant ce « refrain que j’allais entendre tout au long de la journée, durant les années à venir, durant toute ma vie « Co-chon d’Alle-mand ! Co-chon d’Alle-mand ! Co-chon d’Alle-mand ! ».
Kund est né en 1960 au Danemark , dans la petite ville de Nykobing Falster, d’une mère allemande et d’un père danois et pour lui, pour ses parents, jamais la seconde guerre mondiale ne prendrait fin.
Mais jamais l’auteur ne s’apitoie sur cet enfer qu’il vit au quotidien,et sur la solitude de cette famille victime de l’ostracisme ambiant. Ce qui le marque au fer rouge, le torture intensément, c’est la souffrance de sa mère traitée sans raison aucune de nazie par tous les habitants de la ville, c’est l’infinie douleur de cette femme qui sait pourtant se tenir debout, vaillante et fière sous les quolibets et la haine. Il y avait quelque chose en elle, qu’enfant il ne pouvait comprendre, et que peu à peu, les années aidant, il découvrira. Cette femme double, si belle, en proie par moments, fugacement, à la haine et à la colère. Dans ces instants-là, c’est à peine s’il la reconnait.
Il n’y a pas de pire douleur pour un enfant que de voir sa mère ridiculisée, avilie par les outrages. Les sandwichs au jambon qu’elle lui confectionnait pour le déjeuner, restent cachés dans sa besace, puis enfouis (et ils le resteront) pendant des années au fond d’un tiroir. Surtout qu’elle ne les voit pas revenir intacts… Ces encas, si, trop germaniques… A travers lui, c’est sa mère qu’on insulte.
« Pendant que je mangeais, mère restait à mes côtés avec un cigarillo et une bière ; elle semblait crispée, nerveuse et presque toujours triste. Elle ne tenait que par sa seule volonté alors elle se refermait sur elle-même et serrait les poings. Ils ressemblaient à des grenades, les nœuds luisaient, blancs. J’aurais donné ma vie pour la rendre heureuse, je prenais sa main et la caressais, je luis racontais ma journée. Nous avions joué au football, j’avais été appelé au tableau, Suzanne avait eu un appareil dentaire, les jumeaux m’avaient invité à leur anniversaire… Tout cela était faux. Pendant toute la journée, j’avais été le cochon d’Allemand, obligé de me cacher pendant la récréation, car tout – mon casse-croûte, mon vélo, ma tenue – servait de prétexte pour rire, même son prénom leur semblait ridicule et ils bêlaient : « Hilde-gard ! Hilde-gard ! » - quelle idée de s’appeler ainsi ! Jamais je n’eus le cœur de le lui dire, je l’entretenais de mon mieux ; elle me regardait, sa main se desserrait lentement – et j’y déposais tout ce que j’avais en ma possession, dans l’espoir que ce serait suffisant. »

Mais ce livre ne s’arrête pas à l’évocation de ces moments, il élargit sans cesse le champs, explorant l’univers de cette famille pas comme les autres avec un art consommé de la narration, un sens du pittoresque et du détail tout à fait remarquable.
Plongeant dans l’histoire familiale allemande et danoise, l’auteur rend plus que vivants des personnages hors du commun, grands parents maternels et paternels, oncles et tantes, qu’il croque avec talent, lucidité, drôlerie, voracité et tendresse. C’est qu’il n’a qu’eux au monde, et dieu sait qu’ils comptent pour lui..
Il y a Papa Schneider, le père adoptif de sa mère, cet homme froid et énigmatique et pourtant pas si inhumain que ça en fin de compte...
« Papa Schneider était l’homme le plus redoutable que j’eusse connu ; tout ce qui était dur, sévère et qui faisait mal, c’était lui. Il était le dernier bouton de chemise. Il était les dents du peigne lorsqu’on était peigné à l’eau. Il était les égratignures et la peur d’arriver en retard. Non, je ne le désignais jamais par son prénom ; d’ailleurs personne ne le faisait. »
Sa grand-mère maternelle, défigurée par l’explosion da la réserve de gasoil dans leur cave, femme courageuse et tendre avec son petit-fils, mais dont « l’existence fut désormais celle d’un objet abîmé ».
L’oncle Helmut, qui gardait de la guerre, un horrible et lancinant souvenir matérialisé en des éclats de grenade qui sortaient régulièrement de son corps et qu’il confia religieusement, à chacune de leurs apparitions, au jeune Knud. Les morceaux de grenade allèrent rejoindre un à un le tiroir à secrets, où moisissaient les casse-croûtes au jambon. Jusqu’à la fin où, finalement, l’explosif pourra être totalement reconstitué et « voler » en éclats, presque pour de vrai…
Le grand-père paternel, cet homme un peu baroque, aux entreprises toujours inéluctablement vouées à l’échec, et qui pourtant redémarre toujours… Et tous les autres encore.
Et l’on se dit en tournant les pages, oui, décidément, Kund Romer a beaucoup beaucoup de talent !
Merci à Alice de m’avoir si gentiment prêté ce livre, et de m'avoir donné l'envie de lire ce livre par son billet ici !
Ici, l'avis toujours aussi pertinent d'Incoldblog :)

8 commentaires:

InColdBlog a dit…

Décidément, ce petit livre (en taille) ne fait que des heureux. Heureusement que les blogs sont là pour en parler, car la presse ne s'est pas bousculée.

Lily a dit…

Hello ICB, oui tu as mille fois raison !
je viens de découvrir ton billet à son sujet, très chouette vraiment (j'allais dire comme toujours :), je le rajoute en lien

Malice a dit…

Merci Lily pour ce très beau billet !
Oui le le billet de ICB était génial, bien aussi ! le livre a reçu le Prix des librairies Initiale.
Bon dimanche !!!!

chiffonnette a dit…

Fashion me l'a prêté! J'ai hâte de m'y mettre! Surtout que les avis sont assez bon presque partout! C'est en tout cas un très beau billet!

Lily a dit…

C'est moi qui te remercie encore Alice :))
Chiffonnette, crois moi tu vas ADORER :))

Bernie a dit…

Des erreurs de jugements qui mènent à l'exclusion

sylvie a dit…

Très beau billet lily, comme d'habitude. J'ai aimé le ton tragi-comique pour nous raconter cette histoire douloureuse et pathétique.

lily a dit…

C'est tout à fait cela Bernie..
Merci Sylvie ;)