18 décembre 2007

La Malédiction d'Old Haven @ Quelques questions à Fabrice Colin

Fabrice Colin a eu la grande gentillesse de bien vouloir répondre à quelques questions que je lui posais à propos de La Malédiction d'Old Haven, sa genèse notamment, ses sources d'inspiration, et si par hasard, il y aurait une suite à l'histoire... Mille mercis Fabrice !

La genèse de La Malédiction... ? Pour commencer, je voulais absolument être publié dans la collection Wiz / Albin jeunesse. J'avais été littéralement ébloui par le Abarat de Clive Barker, puis par le Coraline de Gaiman, et la démarche éditoriale affichée m'interpellait grandement : de mon point de vue, nous avions là des livres exigeants, des textes risqués, disponibles dans une collection grand public et soutenus par une équipe commerciale visiblement expérimentée. La suite a confirmé cette impression : Wiz est une collection qui plaît beaucoup aux libraires, me suis-je laissé dire.
Bref, je voulais en être.

Je me suis donc mis en quête d'une histoire. Il faut savoir que je pars rarement d'une idée quand je commence un roman : plutôt d'une ambiance, d'un lieu, d'une époque. Ecrire sur la Nouvelle-Angleterre, et plus spécifiquement sur le XVIIIe siècle, me tenait à cœur depuis un bon moment. A cause de Lovecraft, bien sûr. A cause de Hawthorne, aussi (il faudrait également citer A la recherche du voile noir de Rick Moody). Je voulais : une façade propre, des secrets grouillant sous terre, des passions contrariées et des machines à vapeur.

L'idée de faire d'une sorcière mon héroïne est venue assez naturellement. Le reste (les dragons, les pirates, les sociétés secrètes) s'est mis en place petit à petit.

Il y aura bien un deuxième tome, oui : je suis en train de m'y mettre. Il s'attachera au destin de Thomas Goodwill, pirate et dompteur de dragons, que l'on croise déjà dans La Malédiction... Il ne s'agira pas d'une suite, je le précise, mais d'un roman à part entière - une histoire pouvant être lue avant la première, après, ou seule. L'idée du diptyque était présente dès le commencement - j'ai tout de suite signé pour deux livres. Comme le monde que j'ai mis en place est vaste, touffu et régi par des lois relativement complexes, deux livres de 650 pages ne me paraissent pas de trop. Ensuite, on verra bien ! Rien n'est impossible.


La Malédiction... marche très bien pour l'instant. C'est, d'assez loin, ma meilleure vente, alors qu'il n'est dans les librairies que depuis trois mois et demi. Bon, je n'ai jamais écrit de best-sellers non plus. Mais le bouquin a obtenu le prix Millepages, et je reçois pas mal de commentaires très positifs à son sujet. J'en suis très heureux, parce que c'est un roman qui s'est écrit dans la douleur, sur plusieurs années, et en des circonstances pas toujours évidentes.
J'ai énormément de lectrices (et parmi elles, de nombreuses mères de famille) - ce qui est logique, si on considère que le personnage principal est une jeune femme. Mais je crois que c'est surtout la dimension romanesque qui séduit mon lectorat. L'immersion dans un monde. L'impression de s'embarquer pour un voyage au long cours. On me dit parfois "j'ai envie de mettre des claques à Mary." Parfait ! Allez-y ! Cela prouve qu'elle est vivante, et c'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à un personnage. Le deuxième tome sera plus "masculin", même si Thomas n'a rien, en définitive, d'un butor obsédé par la virilité. Je compte bien, d'ailleurs, faire parler son côté féminin comme j'ai pu développer, par endroits, la "masculinité" de Mary Wickford. Ce système de yin et de yang me plaît énormément : il constitue l'un des fondements du diptyque.

Pour finir, je voudrais, chère Anne, glisser quelques mots à propos de ton blog - et de ceux de tes nombreux collègues. Je les ai découverts il y a quelques mois et je les trouve dans l'ensemble admirables, pour au moins trois raisons : l'absence de clivage entre les genres littéraires (toutes sortes de livres sont abordés et se succèdent), le dynamisme des chroniqueurs/chroniqueuses (la plupart des blogs sont mis à jour plusieurs fois par semaine) et le système de vases communicants (les livres passent de mains en mains) qui semble fonctionner à merveille. Ces endroits sont habités par la passion du livre, c'est indéniable et je pense qu'ils construisent l'avenir. Par ailleurs, ils ne sont nullement dénués d'esprit critique - il m'est d'ailleurs arrivé de le constater à mes dépens - et ne versent pas dans le panégyrique systématique. Mais je préfèrerai toujours qu'on parle des livres - des miens et des autres - librement, quitte à en dire du mal. Pour dire les choses clairement, j'ai de moins en moins d'affection pour les médias traditionnels, souvent assez fermés aux littératures de genre et/ou noyautés par des coteries d'écrivains/critiques/jurés qui refusent de dire leurs noms. Tout cela sent le calcul et la mort lente. Mon sentiment est que les années à venir vont rendre prédominante l'importance et l'influence des prescripteurs particuliers, fussent-ils par ailleurs profs, bibliothécaires, ou écrivains.


Merci de m'avoir donné la parole, et continuez ce formidable boulot !

F. Colin

5 commentaires:

Vanessa a dit…

Superbe! J'aime beaucoup ta manière de laisser parler les auteurs et ravie de constater que ce dernier est aussi aventureux (le passage de livre entre nous, les rebonds de réaction, les critiques plus ou moins ouvertes...).
Un vrai amoureux des livres aussi

Lily a dit…

Oui Vanessa un vrai amoureux des livres, et un merveilleux écrivain :)
Vraiment sympa à lui d'avoir pris le temps de passer par ici !

sandra a dit…

C'est sympa quand les auteurs interviennent sur les blogs...qui inventent en effet des nouveaux rapports aux livres
(je pense à Nicolas Cauchy l'an passé, et ça me fait penser que je n'ai toujours pas lu son dernier roman)

JJ a dit…

Moi qui ne lis que de la SF je suis tombé sur cet interview en cherchant des critiques en dehors des circuits littéraires et convenus sur des livres qui me tentent (dont ceux de F. Colin). J'avoue être surpris par l'éclectisme de ce blog, c'est vrai qu'il est riche et vivant. Bravo Lily et merci à F. Colin.

JJ

Lily a dit…

".. qui inventent de nouveaux rapports aux livres".
Sandra, c'est très vrai.
Je trouve ces échanges très précieux ! Merci à eux :)

Merci JJ et bienvenue !