25 janvier 2008

C'est rien ça va passer @ Annie Saumont

« C’est rien ça va passer », voilà le genre de petites phrases qui sont censées vous rassurer, il suffirait de fermer les yeux, de respirer un grand coup et d’attendre que « ça passe »…
Annie Saumont, encore une fois, fait mouche avec ce recueil de nouvelles toutes aussi acides les unes que les autres, d’une lucidité et d’une cruauté implacable.
« C’est rien ça va passer » dit une jeune fille à son père qui découvre la photo d’un des amants de sa femme, un homme aux yeux bleus, si clairs, comme ceux de sa fille.
Un homme, la quarantaine est invité pour la énième fois à fêter son anniversaire chez la tante Eliane. Il y aura toute la petite famille, celle dont il a pris la responsabilité après la mort de son père (si seulement ce jour-là, il n’était pas parti en vacances…). Il n’ira pas. Trop c’est trop, c’est décidé, il prend pour une fois SA vie en main et partira rejoindre celle qu’il a rencontrée, lors de ces fameuses et uniques vacances, il y a près de 20 ans. Mais les années se suivent et se ressemblent, il prendra même une deuxième part de gâteau, « Il s’alourdira. S’enrobera de sucre et de pâte et de crème. Demain sera comme aujourd’hui. »
C’est rien ça va passer…
Mais pourquoi Elle, l’héroïne de « Faire suivre » n’a-t-elle pas changé son lino ? Quand on souffre d'un chagrin d’amour rien de tel que de bons petits travaux, un réaménagement total de la maison… « Tapisol proposait des rabais. Malgré la remise les prix l’ont effrayée. » Le linoleum était d’excellente qualité, hélas… Mais tout finit par passer, y compris les envies de meurtre d’une épouse bafouée, alors Nesquick ou Bromadiolone ?
Parfois la bombe explose pour de vrai, mais sans être à la bonne place, celle où elle aurait dû se trouver, « Une place pour chaque chose », telle était pourtant la devise de sa femme, il aurait dû y penser…

Du grand art, comme toujours. Ce livre se lit en apnée.
Passé à l’essoreuse, le lecteur le referme, soulagé et sonné.

10 commentaires:

amanda a dit…

"passé à l'essoreuse" : mumm, je note donc immédiatement !
bonne journée lily

florinette a dit…

Ce recueil me semble très acide effectivement, mais ceci n'est pas pour me déplaire donc j'en prends note !!

goelen a dit…

cet auteur m'interpelle de plus en plus. je vais me laisser tenter bientôt je pense

InColdBlog a dit…

Ce recueil m'a l'air excellent. Et comme j'adore les nouvelles, hop là, c'est noté :)

cathulu a dit…

tu me donnes envie de replonger dans l'oeuvre d'Annie Saumont ,je note !

Lily a dit…

Oui, lancez-vous :) sans trop de risques de feutrer à l'essorage, quoique :)

sylvie a dit…

euh...passer à l'essoreuse, là tu y vas fort, mais bon, ce livre doit remuer fort! alors pourquoi pas. à noter. J'aime les nouvelles.

Blandine a dit…

je n'avais jamais lu Annie Saumont avant de découvrir La rivière (éditions du chemin de fer) - je vois que vous êtes adepte, je vous le conseille donc !
(mon article est là : http://www.sitartmag.com/asaumont.htm)

lily a dit…

Merci Blandine !
Je vais aller voir sur le champ, bienvenue et à bientôt !

Daniel Fattore a dit…

Je l'ai lu l'an passé, mais j'ai dû passer à côté... Résultat: je refais un essai avec "Les Croissants du dimanche".