30 janvier 2008

Je suis ta nuit @ Loïc Le Borgne


« Moi aussi j’ai connu l’horreur et elle avait un nom. On l’appelait le Bonhomme Nuit. Ce monstre, avec ses yeux d’épouvantail, fauchait les gosses comme on joue aux quilles. »


« Je suis ta nuit » est un récit, aux confins du fantastique et du monde réel, bien tangible. Le récit d’un père à son fils, écrit dans l’urgence, un soir, puis toute la nuit, jusqu’à l’aube.




« La nuit attire la nuit, et nul n’est à l’abri. Je n’ai que deux solutions : écrire cette histoire ou basculer sur le canapé, jambes repliées contre mon ventre, poing enfoncé dans ma bouche pour empêcher les hurlements d’en sortir.
Le vertige : c’est contre lui que je lutte. La nuit est captivante, séduisante, souvent mortelle pour qui oublie la magie de l’aube.
Et à trois heures trente du matin, l’aube est encore loin.
Je dois écrire, vite
. »
Pierre vit seul avec son fils Tristan depuis la mort de sa femme, Marie. Cela fait exactement « Deux ans et deux mois et demi qu’on vit seuls. », bon an mal an. Les douleurs tues, peut-être enfouies. Alors quand Tristan un jour, rentre du lycée et apprend à son père que l’une de ses amies est morte, suicidée, tout s’effondre. Le noir reprend le dessus, l’enfance de Pierre le submerge, il doit parler. Il le faut… Mais comment ?
« Consoler un gamin de dix ans, c’est facile, mais on dit quoi à son fils de dix-sept ans quand l’une de ses meilleures amies décide de se pendre à la poutre de son grenier ? On lui dit quoi ?
On lui parle du Bonhomme Nuit ?
»

« Je vais écrire ces jours enfuis. Une histoire de peur et de néant, mais aussi de rires et de lumière. Les premiers n’existent pas sans les seconds, c’est une éternelle dualité. Pas de vie sans mort, pas de beauté sans horreur, pas de magie sans maléfice. Il y a toujours un moment où l’on finit par comprendre, au sortir de l’enfance ou de l’adolescence. Nous n’avons alors que deux solutions, Tristan : surmonter cette découverte ou y succomber. »

Pierre a onze ans quand toute l’histoire commence. Cette histoire de nuit et d’enfer qui allait les emporter dans un monde étrange, violent, terrifiant. Au départ, rien que de très normal, une petite bande d’enfants, dans un village à quelques encablures de Rennes, Duaraz. Ce sont les années 80. Quand Maël Dulac arrive à Duaraz, il soude encore davantage le groupe, il en fait « un bloc soudé, avec ses hiérarchies et ses règles. Un vrai tour de magie. »
Enfin, jusqu’à ce que le Bonhomme Nuit n’arrive avec son cortège de morts, de suicides, de terreurs dont à chaque fois les enfants seront témoins. Enfance frappée de plein fouet par le MAL, la NUIT. Enfance balayée par un vent violent. Plus jamais les choses ne seront comme avant...
Mais qui sont ces « suicidés » ? Comment ont-ils pu mettre fin à leurs jours dans d’aussi atroces souffrances, se mutilant affreusement avant de mourir ?
Maël semble savoir, lui, semble connaître ce monstre qui le poursuit, comme il pourchasse tous les enfants qui le suivent de trop près. « Menace noire », « Bonhomme Nuit ». Qui est-il, ce monstre ? Mais les monstres n’existent pas, c’est seulement dans les histoires, de celles que les le enfants lisent en tremblant bien au chaud le soir sous leur couette...
Pas si sûr. Pas si sûr du tout !
Le Bonhomme nuit apparaîtra, tuera encore. Les enfants s'organisent alors pour lutter.
Je n’en dirai pas plus, impossible. Mais sachez que ce livre plus qu’une fable fantastique vous transporte aux confins de l’âme, dans ce qu’elle a de plus sombre parfois et que derrière le fantastique se cache une vérité, la réalité, celle du mal qu’engendre la souffrance et le crime. Infernale spirale à briser au risque de se perdre à tout jamais.

« Je suis ta nuit » est un roman époustouflant. Construit comme une enquête, un thriller habilement mené (un suspens insoutenable sous-tend ces pages), il brosse également avec sensibilité la vie de quelques gamins dans les années 80. Ils ont touchants, attachants et on les suit jusqu’au bout, terrorisé.
Bref à lire absolument, j’ai beaucoup beaucoup aimé !

Extrait :
« Madame Tiny (l’institutrice) venait de parler d’une voix plate, et c’était mauvais signe. Elle se dressait au-dessus de nous, immense.
Puis j’ai remarqué un détail et mon cœur a cessé de battre.
Ses yeux étaient noirs.
Je ne dis pas qu’elle fronçait les sourcils, qu’elle faisait les gros yeux ou même que des cernes mangeaient son visage, non. Je veux dire que le blanc de ses yeux était noir. Le blanc était noir. Noir comme le casque de Dark Vador, comme les chats de sorcière, comme la cave de ma grand-mère, comme le corbeau sous le pont. Noirs comme les yeux du doberman de la Maison d’Avalon. Et j’ai compris que c’était anormal. Maléfique. Les poils de mes bras se sont hérissés, mes cheveux se sont dressés sur ma tête. J’étais en danger face à ce phénomène inexplicable, comme je l’avais été devant le doberman. Comme le chien l’avait été, la maîtresse semblait téléguidée par une quelconque force occulte. Je me suis recroquevillé contre le mur.
»

Un grand merci à Constance Joly-Girard pour m’avoir envoyé ce roman en avant-première. Il devrait paraître au mois de mars, dans la collection « 15-20 » des éditions Intervista. Collection destinée aux grands adolescents (et bien sûr aux adultes !)

16 commentaires:

Clarabel a dit…

Stupéfiant !
J'avais déjà noté ce titre et j'attendais sa sortie, assez sagement.
Ton billet me fait gronder d'envie !!! Hmmm, ça promet !

Lily a dit…

Je te l'envoie demain ou vendredi Clarabel ! (et puis peut-être pourras-tu le faire suivre à une autre lectrice (ou lecteur, of course :))) qui en aurait envie et ainsi de suite... Me faire signe :)

rose a dit…

wow ça a l'air bien, je vais peut-être prendre la suite de Clarabel !

Lily a dit…

C'est noté Rose !
Tu me transmettras tes coordonnées pour que je les donne à Clarabel
Jolie soirée :)

Clarabel a dit…

Ouah ! Avec plaisir !!!
Pour Rose, je n'ai qu'à glisser le livre dans sa boîte aux lettres, si ça ne la dérange pas...
(Oui, j'ai découvert qu'elle habitait dans la même région, suite à un livre-voyageur chez Fashion.)

rose a dit…

Pas de problème, Clarabel, je me disais que partant chez toi, le livre ne serait pas trop loin de chez moi !

Lily a dit…

Parfait les deux normandes ! il part demain amp ;)

dourvac'h a dit…

Une histoire passionnante et surtout un style personnel, très agréable à "écouter intérieurement"... Merci de nous donner ainsi envie de la lire...

Et j'aime LE fantastique !!!

Je vais refaire un petit article sur Julien Gracq fin février-début mars et parlerai de ton si riche article du 2 janvier dernier : l'article incluera un lien à ton site.... OK ?

Bises & amitié à toi, chère Lily ! Ton site littéraire est l'un des plus denses et des plus agréables à parcourir que je connaisse ! Et puis tu as un goût sûr, vraiment...

Lily a dit…

Merci Dourvac'h :))
Si tu veux je peux t'envoyer "Je suis ta nuit" dès qu'il revient à la maison ?

Florinette a dit…

Je n'avais pas du voir cet article, mais si ce n'est pas trop tard, je m'inscrirais bien pour ce livre voyageur ?

jumy a dit…

Suite à l'article d'amanda sur son blog, j'ai bien envie de découvrir ce livre....j'espère qu'il n'est pas trop tard pour s'inscrire à ce livre voyageur????

lily a dit…

Je t'inscris Florinette, bien sûr !!
Et Jumy aussi, bienvenue !

Lucy/Maryse a dit…

Bonjour Lily,

Je serais intéressée par la lecture de ce livre.
Peux-tu STP m'inscrire pour le livre voyageur ?
D'avance, je t'en remercie
Lucy

lily a dit…

Bien sûr Lucy c'est noté :)

dourvac'h a dit…

Pardonne-moi d'avoir mis six mois à te répondre ! J'en fais décidément TROP... Mais d'abord ces quelques nouvelles...

(1) Merci pour ton offre de ton exemplaire de ton livre voyageur : "je suis ta nuit"... masi je vais laisser tes amies en profiter et me le commander, pour ne pas trop t'embêter...

(2) Je vais publier d'ici quelques jours un nouvel "article littéraire" offert par une amie et aimerais en profiter pour faire un renvoi direct à ton article du 2 janvier sur Julien GRACQ (quelle est la mention URL à laisser pour que mes lecteurs puissent DIRECTEMENT arriver sur ton article ? J'ai un tel niveau exécrable ès "manoeuvres informatiques"...

(3) Je dois réaliser avant le 15 septembre un travail de mémoire scientifique sur l'univers de l'écrivain de s.f. Philip K. Dick (thème : les "réalités virtuelles", la toxicomanie et l'écriture")... Connais-tu "Ubik" et ses autres oeuvres (47 romans et 130 nouvelles)... Une imagination foisonnante...

Bises & Amitié à toi, chère Lily !

Anonyme a dit…

Plein de bonus sur Je Suis Ta Nuit de Loïc Le Borgne sur :

www.loicleborgne.com