18 janvier 2008

Le journal de Yaël Koppman @ Marianne Rubinstein

Yaël est une trentenaire, célibataire, professeur d’économie en faculté, intègre (ce qui lui ôte tout espoir d’évoluer favorablement dans le sérail universitaire), et désespérément peu sûre d’elle-même…. Avec les hommes, elle va de galère en galère. Bref, elle serait seule si elle ne vivait pas en colocation avec un très bon copain homo et n’était pas profondément liée à sa cousine célibataire (etc.…) Clara, éditrice de son état et amante pour l’heure comblée de Mr X (très marié).
Prenez toutes les infos que je vous ai données (plus haut), secouez bien et vous obtenez, du moins vous le pensez et vous auriez raison, un bon roman Chick Lit.
Eh oui, mais non ! Tout l’art de, Marianne Rubinstein est de tirer parti de ce genre littéraire en vogue pour en faire un roman (tout court), fin intelligent, subtil et touchant… Un pastiche de Chick Lit qui en emprunte toutes les ficelles (régime, amants, rupture, dépréciation de soi, copine confidente à l'oreille attentive, surtout dans la salle de bain ) sans jamais y sombrer….
Petit clin d’œil à l'adresse de V.W, le roman commence par :
« Clara dit qu’elle se chargerait des fleurs »… Première phrase ou presque (si l’on excepte le prénom) de « Mrs Dalloway ».
En fait tout débute pour Yaël, le jour où Clara lui propose perfidement d’écrire un roman Chick Lit, parce que ça se vend bien et puis lui dit-elle :
« Tu as le profil.
De celle qui écrit l’histoire ou du personnage ?
».
Mais Yaël, n’est pas franchement convaincue, elle, l’admiratrice passionnée de Virginia Woolf, comment pourrait-elle écrire de la Chick Lit sans se dévaluer à ses propres yeux ?
Par une illumination aussi soudaine que surréaliste, au cours d’une réunion de rentrée à la fac, elle trouve le sujet de son premier et prochain livre, ce sera Angelica Garnett, la fille de Vanessa Bell (sœur de Virginia Woolf) et de Duncan Grant, peintre, tout comme Vanessa.
Clara est plus que dubitative :
« Et la Chick Lit alors ? ».

Angelica Garnett (source photo)


Evidemment le choix d’Angelica, nièce de Virginia n’est pas pure coïncidence, ou simple effet de hasard. Yaël découvre la vie d’Angelica (qui pourrait être sa grand-mère) comme si elle contemplait son propre reflet dans un miroir, tâché et piqué certes, mais c’est bien elle, deux générations plus tôt, lointaine et pourtant si proche…
Entre deux rendez-vous avec ses amants (elle décide de les collectionner pour s’attacher le moins possible, c’est une solution comme une autre… ), la jeune femme se plonge alors dans l’histoire de la petite communauté de Bloomsbury et de Charleston, pour y découvrir, entre autres, que ses parents n’ont en réalité que reproduit dans les années 70 ce qui se passait déjà dans le années 20 et 30 et que oui, Angelica a vécu l’impensable et… elle aussi ! (ses séances chez le psy, « La marquise » le confirment d’ailleurs guillerettement (néologisme ? ).
Je n’en dirai pas plus, pour ne pas déflorer le livre, qui se lit avec avidité et facilité (et tout particulièrement si l’on aime Bloomsbury et son étrange petite communauté).
Yaël n’a vraiment pas grand-chose à voir avec Bridget Jones, mais bien plus avec les familles Stephen et Bell.
Bref à lire sans modération avant de se plonger dans la bibliographie mentionnée à la toute fin du roman, dont les écrits d’Angelica Garnett, bien sûr, qui sous-tendent toute l’histoire.

Extrait
« Mais en y réfléchissant, c’est vrai, quelque chose m’a gênée dans ma visite à Forcalquier. Espérais-je que l’âge, la maturité, avaient éloigné d’Angelica les tourments de l’enfance ? Cette petite fille inquiète, enfermée dans sa cage de vieux os, hurlant qu’on la libère, je ne veux plus y penser. »

Ici, le joli billet de Clarabel qui m’a donné l’envie irrésistible, comme si souvent, de découvrir ce livre.
Florinette, Cathulu, Amanda ont également bien aimé...




Angelica, Clive Bell, Stephen Tomlin et Lytton Strachey
Photo prise par Vanessa Bell

15 commentaires:

Malice a dit…

Bien intéressant ce petit livre je l'avais déjà remarqué chez Florinette il me semble !
H.S : J'ai terminé Infabula, je te renvoie tous tes livres en début de semaine prochaine.

cathulu a dit…

J'avais bien aimé aussi !
http://cathulu.canalblog.com/archives/2007/10/16/index.html

Anne a dit…

Et c'est toi, qui me reproche de suggérer des livres irrésistibles!

Clarabel a dit…

Halala ! J'aime bien cet accent que tu mets sur l'histoire, et cela me donnerait presque envie de le redécouvrir ! :))
N'hésite pas à lire le premier roman de Marianne Rubinstein, "En famille". Différent, mais tout aussi charmant.

rose a dit…

C'est ton tour de donner envie de découvrir ce livre...

Lily a dit…

Oui Alice, également chez Florinette, je viens de rajouter le lien :)
Cathulu, je rajoute ton avis bien évidemment :)
Anne, Il faut bien se venger de ses tentatrices de temps en temps :))
Clarabel, bien sûr je vais m'empresser de suivre ton conseil ! merci !
Merci Rose, vraiment à découvrir avec BONHEUR !

caroline_8 a dit…

Cela est sûr, il faut que je le lise! j'ai déjà commencé un billet sur Vanessa Bell, soeur de... mais pas fini! je ne manquerai pas de te mettre en lien. Merci Lily!

amanda a dit…

j'avais bien aimé aussi ! bien écrit, enlevé, et le parallèle entre Angelica et Yael est troublant.

florinette a dit…

J'aime la façon dont tu m'as fait replonger dans l'histoire et j'aime beaucoup les photos qui l'accompagnent !! :-)

Choupynette a dit…

Florinette me l'a gentilment prêté, et j'ai honte de dire que ma PAL étant siiii longue, je ne l'ai pas encore lu... mais je vais le faire promis!!
bises

Vanessa a dit…

...je note, pour une fois que ce n'est pas Bridget Jones...elle m'agace ave ces utilités celle-là...
et puis une Yael il me doit de l'écouter... et de rappeller que c'est un prénom mixte ;)))

Lily a dit…

Ah Caroline, je vais voir de ce pas, MERCI !
Amanda, je rajoute le lien, bien sûr !
Merci Florinette... Curieusement Angelica Garnett correspond bien à l'image que je me faisais d'elle...
Et la photo prise par sa mère est émouvante.
Choupynette, tu vas ADORER !(pour les problèmes de PAL, je compatis :)) même casse-tête !
Vanessa, oui un Yaël au féminin !
Pour Bridget, je frise aussi l'indigestion...

Vanessa a dit…

"futilités"...pour moi je n'ai jamais adhéré à Bridget...à cause de ce terme d'ailleurs

Gaëlle a dit…

Eh bien de Clarabel à Florinette et à Cathulu en passant par toi, la contagion s'étend car j'ai maintenant "une irrésistible envie" de découvrir ce livre. Ça me semble tout à fait le genre de livre à dévorer dans cette période humide et glaciale... non ?
Tu es une des pires tentatrices qui soit, Lily, ça se confirme ;-)

Lily a dit…

Bridget est futile, et désagréablement "terre à terre"...
tu as mille fois raison de le souligne Vanessa. Dommage que des milliers (millions ?) de femmes se soient reconnues en elle !
Tout à ait Gaëlle, un bon livre pour cette période de l'année (avec une tasse de thé !)