Puisque rien ne dure @ Laurence Tardieu
" Je meurs voilà ce qu'elle m'écrit Vincent je meurs viens me voir viens me revoir une dernière fois que je te voie que je te touche que je t'entende viens me revoir Vincent je meurs. Et au bas de la feuille, en tout petit, presque illisible, son prénom, Geneviève, tracé lui aussi au crayon à papier, comme le reste de la lettre, de la même écriture tremblante, défaillante, si ce n'avait pas été ces mots-là on aurait pu croire à l'écriture d'un enfant, on aurait pu sourire, froisser la feuille, la jeter à la poubelle et l'oublier; mais non, ce n'est pas un enfant, c'est Geneviève qui meurt. "Telles sont les premières lignes de ce roman émouvant, percutant dans la justesse des sentiments qu’il affleure, sans mélo ni pathos, et pourtant, pourtant l’histoire aurait pu sombrer dans les larmes et les mouchoirs trempés, déchiquetés.
Vincent et Geneviève se sont séparés, il y a de cela déjà quinze années. Ils ne se sont plus revus depuis ce jour, où il lui a dit d’une voix sourde, quasi atone : « Je vais m’en aller, Geneviève. Je ne peux plus rester ici. Je te laisse tout. »
Trois mois plus tôt, leur petite fille de neuf ans à peine, Clara, a disparu. Envolée, évaporée, d’elle, il ne reste plus rien, que des jouets dans une chambre, quelques vêtements, dont une robe jaune paille aux boutons maintes fois reprisés…
Le choc de cette disparition (pire peut-être que la mort, elle au moins palpable, définitive) a eu raison de ce couple pourtant soudé, aimant. Lui ne se résout pas, se révolte, pour finalement décider d’oublier.
« Voilà peut-être ce qu’il faudrait accepter : on ne fait que passer. Et quand bien même l’amour, le combat, la souffrance à en devenir fou… De tout ça un jour il ne reste rien. »
Elle part, loin, à la campagne et écrit régulièrement dans des cahiers, ses pensées, sentiments. Elle écrit pour continuer à vivre avec ce creux, ce vide sidérant.
« Je relis ces lignes, allongée sur mon lit. J’ai beaucoup écrit ce soir. Si je n’avais pas écrit, que se serait-il passé ? Je crois que je n’aurais pas quitté la chambre de Clara. Je crois que cette fois, je me serais laissée emporter par la douleur. Ecrire ce soir m’a permis de finir la journée dignement : sans tomber, sans céder à la tentation d’en finir. Cette fois encore, l’écriture m’a sauvée. ».
Et ces phrases terribles qui résonnent longuement, tranchantes :
« Si jamais tu ne revenais pas, t’aurai-je donné assez d’amour ? Aurais-je pris le temps de te regarder, de t’écouter, de te voir grandir, de m’émerveiller de toi ? Auras-tu reçu assez de caresses, de baisers ? Aurons-nous suffisamment ri ensemble ?
Qu’au moins personne ne t’ait fait de mal. »
La lettre de Geneviève effraie Vincent. A vrai dire, il n’a pas envie de revivre « tout ça ». Mais il y va, tout de même, bien sûr, par devoir, et sous-jacent un sentiment plus fort qu’il ne peut encore s’expliquer. Le voyage en voiture, pour la retrouver, le plonge dans une conversation muette. Il se prend à lui parler, à elle l’absente, Geneviève. Celle qui finalement ne l’a jamais quitté.
« Durant toutes les années où nous avons vécu loin l’un de l’autre, te savoir en vie m’aidait à vivre, à tenir bon. Tu étais là, quelque part ; je ne te voyais pas mais je savais que celle qui avait été traversée par la même douleur que moi tenait encore debout. Nous nous donnions la main sans nous toucher. Toi disparue, je vacillerai. Sous mes pieds, la terre ne sera plus jamais ferme. »
« Pardonne-moi d’arriver seul. Pardonne-moi de n’avoir pas été capable de te la ramener, de ne pas être le père qui, enfin, parce qu’il n’aurait pas cédé au doute, parce qu’il aurait pensé à elle sans relâche, parce qu’il n’aurait pas abandonné les recherches, aurait fini par retrouver sa fille et aurait accouru vers toi, chuchotant : Geneviève, ouvre les yeux, Clara est revenue, ne t’inquiète plus, elle est là, auprès de toi, elle éponge ton front, elle te tient la main, tu peux t’en aller maintenant, en paix, en joie, ton enfant est retrouvé, la vie après toi se poursuivra. »
La rencontre est magnifique. Terriblement émouvante, d’une immense dignité. Bien sûr je n’en dirai rien (moi la grande bavarde !), même si bien sûr, les pages qui tissent et dénouent les liens entre la perte d’une mère et celle d’un enfant sont très émouvantes et à mon avis très bien « ressenties »
Finalement, de l’initial et désespéré « puisque rien ne dure » de Vincent, surgit une autre vérité, fulgurante et apaisante tout à la fois.
« Ne sois pas triste, Vincent. Ce n’est pas parce que je m’en vais plus tôt que d’autres que je perds quelque chose d’important. Je rends grâce, au contraire, de connaître ces instants. L’éternité n’est pas dans le temps, elle est dans la profondeur. Dans son vertige. Je ne sais pas à qui je rends grâce, je ne sais pas si la mort ouvre sur quelque chose, mais je crois que cette lumière-là, d’une manière ou d’une autre, subsistera. La lumière ne se dissipe pas : elle demeure. N’est-ce pas ? ».
« Comment la vie peut-elle, dans un même mouvement, retirer et donner ? » se murmure à lui-même Vincent, seul mais...
Incoldblog a merveilleusement parlé de ce livre et m'a vraiment donné envie de l'aborder à mon tour, alors que le sujet, à vrai dire, me rebutait un peu..
Beaucoup d’entre vous l’ont également lu et souvent beaucoup aimé !
Lisez les billets de Sylvie, Anne, Anjelica...
Clarabel a lu tous les romans de Laurence Tardieu, le dernier, "Rêve d'amour" est ici !
Amanda, l'a aussi beaucoup aimé...
Lisez les billets de Sylvie, Anne, Anjelica...
Clarabel a lu tous les romans de Laurence Tardieu, le dernier, "Rêve d'amour" est ici !
Amanda, l'a aussi beaucoup aimé...
26 commentaires:
Ce livre m'a bouleversée. Avec un grand B.
Ohlala ! C'est magique ce que tu arrives à écrire pour évoquer un livre ! J'ai toujours l'impression de le redécouvrir !
Et qu'est-ce que j'ai eu les larmes aux yeux avec celui-ci ! Pff, a-t-on idée d'appeler la petite fille comme ça ?! Moi j'ai fait une horrible transposition, j'étais effondrée...
Mais bon ce livre est magnifique, il est bon de le rappeler et il faut le lire ! (Il est disponible en poche, aussi !!!)
Je vais t'envoyer son Rêve d'Amour. Veux-tu ?? :)
j'ai beaucoup aimé ce livre également. Il est bouleversant en effet,et j'en garde un souvenir assez vif. Je pense que je lirai Rêve d'amour aussi.
Quel souvenir intense, il me reste encore de cette lecture!
J'avais lu son premier roman "le jugement de Léa". Cette lecture m'avait beaucoup marquée. Je compte bien lire les autres dont celui-là. Les sujets qu'elle choisit sont très forts.
je compte bien me laisser tenter par cet auteur depuis que j'ai entendu parler de rêve d'amour
Je suis heureux de t'avoir donné envie de lire ce roman qui m'a chamboulé (le seul à ma connaissance qu'il m'ait fallu refermer en cours de lecture tant la boule qui s'était formée dans ma gorge menaçait d'exploser). Et Laurence Tardieu réussit ce tour de force sans aucun pathos. C'est admirablement bien écrit.
Grâce à toi,je me dis que tenir un blog n'est pas totalement inutile :)
Je suis heureux de t'avoir donné envie de lire ce roman qui m'a chamboulé (le seul à ma connaissance qu'il m'ait fallu refermer en cours de lecture tant la boule qui s'était formée dans ma gorge menaçait d'exploser). Et Laurence Tardieu réussit ce tour de force sans aucun pathos. C'est admirablement bien écrit.
Grâce à toi,je me dis que tenir un blog n'est pas totalement inutile :)
désolé pour le doublon, il y eu un bug :(
Merci Amanda, Sylvie et Anne je vais rajouter tout de suite les liens (vous me sauvez :). Oh oui il est magnifique !
Sylire et Goelen, vous voulez que je vous l'envoie, il peut voyager aussi !!
Ah ICB, merci encore (du coup je laisse les deux commentaires "doublons !). J'espère que tu plaisantes quand tu te poses l'éventuelle question de l'utilité de ton blog ! Il fait partie de ceux que je préfère dans la petite blogoboule littéraire :))
Tu as le devoir de continuer !!
Clarabel, ah comme je te comprends !
J'ai "Tom est mort" dans ma pal, mais toujours pas trouvé le courage de le lire...
Merci, merci mille fois ! Effectivement j'aimerais bien lire "Rêve d'amour" !!
C'est très gentil Lily mais je l'ai vu à la biblio alors je vais te faire économiser les frais de port. Bonne soirée !
Je l'ai lu en 2007. Une douloureuse mais très belle lecture ! Je lirais sûrement le dernier.
Salut Lily - je t'ai donne un cadeau! Viens voir! Juliette
http://juliette-m-m.livejournal.com/
merci beaucoup pour ta proposition. Je vais voir si il se trouve à la bibliothèque d'abord mais s'il n'y est pas, j'accepterai volontiers ta proposition
ok Sylire :) belle journée !
Merci Juliette du fond du coeur :)
Anjelica, je rajoute ton lien, merci !
Goelen, surtout n'hésite pas !
Ouhlala que d'émotion !! Je viens de m'offrir ce petit livre en poche et je sens déjà que je vais être dans un état lamentable après !!
Oui bouleversant Florinette, mais tu verras il n'est pas "désespéré"... Il y a une belle petite lumière au bout...
C'est un livre coup de coeur que j'ai découvert l'année passée, il y a beaucoup d'émotions. Enfin je le conseille également à toutes personnes qui ne l'a pas encore lu ;-)
J'avais noté ce livre après un commentaire de Clara...pour l'instant je ne l'ai pas lu. J'attends d'être prêt (si tant est que je le sois un jour). Mais ton billet est remarquable. A bientôt, Lily.
Je vais faire un saut chez toi laconteuse :)
Merci Thom, à bientôt :)
Un livre absolument magnifique. Je l'ai lu hier soir, et ce matin je fais le tour des blogs qui en ont parlé. Ton article est excellent...si je ne l'avais déjà lu, tu m'aurais incité à me jeter sur ce livre!
Je termine ce livre à l'instant. Je suis sous le choc. Bouleversée.
Jamais je n'aurai été si remuée en lisant un livre. À plusieurs reprises, mes yeux se sont noyés, et c'est à grands sanglots que je l'ai terminé.
Marquant. Vraiment.
j'ai adoré, j'ai pleuré, je l'ai prêté à une amie qui l'a aimé et qui a pleuré. A qui le tour ?
Un livre poignat que je viens tout juste de terminer !!! Bravissimo!
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