Mickey La Torche @ Natacha de Pontcharra
Pour commencer, un grand merci à Sandra, pour cette belle découverte. Je ne connaissais pas « Mickey-la-Torche », mais les quelques extraits qu’elle nous en donnait ici, m'ont tout de suite donné une furieuse envie de le découvrir. En aussi peu de temps qu’il en fallait pour le dire, Sandra me l’envoyait par la Poste (qui cette fois fut bienveillante :)Natacha de Pontcharra, nous dit la quatrième de couverture, d’abord peintre, puis graphiste et nouvelliste (il faut certainement lire ses nouvelles !!), commença à écrire pour le théâtre en 1991. C’est ainsi que Mickey-la-Torche vit le jour, et partit en tournée...
Mickey est vigile, il surveille des entrepôts, mais seulement la nuit du mardi, les autres jours, c’est dimanche. Et il n’en peut plus de tous ces dimanches. Parce que lui, Mickey, dans le fond, il est né pour ça, être vigile.
« La vigilance, je suis né au monde pour ça, une seconde nature qui aurait dépassé la première. »
Tout petit déjà, on lui avait confier mémé.. Il aurait dû bien la garder, « mémé ». Oui, mais quand on a huit ans, on ne pense pas toujours à tout, ou alors on pense un peu de traviole. Alors mémé, il la pose dans le jardin, sous la neige, et puis il l’oublie, ou alors il tente le diable, comme ça, pour voir... C’est indéniable pourtant, la petite mémé toute cassée, qui pourrait bien vouloir la lui voler ?…
Mais quand il part la rechercher, à la nuit tombante, elle est toute glacée, « Là j’ai compris qu’elle était plus complètement là, qu’il en manquait une bonne partie, qu’on lui avait piqué son moteur. On m’avait laissé que la coquille, avec une pointe de bleu sur les lèvres. ».
« C’est le froid qui a enlevé mémé à ses chers enfants et petits-enfants et au club de tricot reconnaissant. Moi, je veux garder la coquille à la maison, la poser dans ma chambre, tenter que l’été arrive et que le chaud rapporte ce que le froid a emmené. Moi, je veux que l’âme à mémé bourgeonne au printemps. Et même si l’hiver veut rien rendre, je farcirai la carcasse avec mon âme à moi. ».
De mémé, il ne lui reste plus que des lunettes qui le regardent du fond d’un tiroir empli d'obscurité.
« Et le noir d’un tiroir quand il vous pince un doigt il vous pince tout le bras jusqu’à l’os du cœur. »
Sa vocation de vigile, elle vient de là. De ce tiroir, de la nuit qui en montait, quand il l’entrouvrait.
« C’est cette tranche d’obscur qui giclait jusqu’au plafond qui m’a consacré veilleur de nuit pour le restant de mes jours. »
Mais pourquoi, ne lui donne-t-on pas plus de nuits, à veiller, à être ce qu’il est, au plus profond de lui ? Est-ce vraiment tant demander, être vigile de nuit ?
Alors, il veille, sur les poubelles… Celles de sa petite voisine. Ça devient une obsession. Il entre ainsi dans sa vie, par effraction de sacs d'ordures, bien ficelés.
Pas si loin de sentir proche de Dieu, le Mickey...
« Mais une fois, triées, bien nettoyées, le gluant viré dans le siphon, on se dit qu’en remontant les poubelles à la vie, on est pas loin de côtoyer la réanimation éternelle, on est pas loin de mettre la main à la pâte de Dieu. ».
« La première fois, je voulais juste voir une fois dans son ordure. Crever sa petite boule bleue c’était comme entailler une lucarne dans son mur à mon seul usage, mais lucarne après lucarne tout le mur y a passé, petit sac après petit sac, c’est une baie vitrée qui s’est ouverte. Plus j’entassais, plus j’empilais et plus c’était clair, ce mur d’ordures faisait de la transparence, chaque détritus la déshabillait jusqu’à plus nu ».
Mais qu’arrive-t-il quand la petite voisine s’amourache d’un vulgaire boucher, et que de la ripaille sanguinolente vient remplacer les yaourts aux fruits ? Mickey en perd la raison…
Ce texte est absolument magnifique. Mickey, tout pétri de violence et de tendresse mêlées, reste tout simplement inoubliable, jusque dans la noirceur…
La pièce finit par une prière, naïve et belle. Renversante.
Merci Sandra.
Et un petit "clip" de la pièce ici

12 commentaires:
bonjour Lily,
Je n'ai pas lu le texte mais j'en ai vu une adaptation théâtrale (par François Chevallier) samedi soir, très très différente du clip que tu mets en lien, étonnant !
Un début assez drôle, qui bascule vite dans le grave, un peu plombant, un peu déprimant.
Hello Laure :)
En fait, je pense que le clip concerne le tout début de la pièce... Je pense...
C'est une interprétation du texte, pas franchement celle que j'avais en tête... Le gros nez rouge me gêne un peu !
sinon, je n'ai pas trouvé la lecture déprimante. Le style est tellement fort. Mais c'est vrai que l'histoire est très noire. Si la mise en scéne est un peu lourde, alors en effet, ça peut devenir vite angoissant. C'est là où peut-être finalement le nez de clown est important...
Nous sommes dans le fantasque et la détresse, la folie, et un je ne sais quoi de la naïveté de l adulte resté enfant. Un reflet dans le miroir du Lennie "Des souris et des hommes", bien que la comparaison soit réductrice et évidemment simplette...
Que tu en parles bien Lily, y compris par commentaire interposé...Oui le clip est bien loin du souvenir de ma pièce et de mon imaginaire...(brrr le nez rouge...) Laure, je ne pense pas que nous ayons vu la même adaptation, je ne me souviens pas de ce nom là (le décor était composé d'une consigne et d'une télé caméra)Désolée de n'avoir pas pu t'accompagner samedi passé comme plus ou moins promis, je suis un peu "chamboulée" en ce moment...Mais en ce qui me concerne je n'y ai rien vu de déprimant et le texte est d'une poésie et d'une imagination déroutante...avec beaucoup d'ironie et de second degré
Je n'ai pas retenu le nom du comédien, mais le décor est très dépouillé, pas de nez rouge, des vestiaires en métal gris (les consignes que tu dis Sandra), des vieilles chaises, un vieux tapis, et une caméra qui renvoie l'image du vigile sur la télé, nous avons donc dû voir la même adaptation.
Il faut dire que les derniers spectacles vus dans mon centre culturel étaient plutôt sombres, durs, tristes, déprimants, peut-être pas trop ce qu'il me fallait en ce moement pour les apprécier à leur juste valeur !
Ah oui sûr c'était la même Laure...Mais c'est vrai que ce n'est tout de même pas joyeux, joyeux ...le décor itou et notre perception à un spectacle ou une lecture dépend énormément de notre état d'esprit du moment...Un petit bonjour en passant..je regarde pour les spectacles suivants si je peux venir
(Tu nous excuses Lily, on prend ta page pour un forum ! ) Une bise virtuelle à vous 2
Hello Lily ! Je viens de te tagguer sur mon blog pour un nouveau jeu : http://journal-d-une-lectrice.over-blog.net/article-16447434.html
Mais je vous en prie toutes les deux, au contraire :))"You're welcome" :)
Oui, c'est vrai, pour les livres, comme pour les pièces de théâtre, ou même la musique, notre perception dépend beaucoup de l'humeur du moment et de notre disponibilité à ce moment-là... Il y a des sujets que j'évitent ou que je n'ai pas le courage d'aborder en ce moment...
Merci Papillon ! je viens tout de suite voir :)
Bonjour,
Par la présente je m'en viens te signaler que je t'ai taguée. Tu en sauras plus en allant voir sur mon blog. En espérant que cela ne te portera pas trop peine. Salut.
Merci Agnès, Papillon m'a déjà taguée :)))
Oh je suis tentée...par le livre plus que par l'interprétation au théâtre...un peu de noirceur...
Oh je suis tentée...par le livre plus que par l'interprétation au théâtre...un peu de noirceur...
Vanessa, oui !! un peu de noirceur, des fêlures... C'est magnifique ...
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