Les oreilles du loup @ Antonio Ungar
Je ne résiste pas à la tentation de vous livrer une page ou deux de ce livre en cours de lecture. Un vrai coup de cœur.Extrait :
Un jeune garçon de six ans, et sa petite sœur, partent en vacances avec leur père (leurs parents sont séparés). Nous sommes en Colombie, pays natal de l’auteur.
« Nous restons une semaine ou plus dans cette maison de la terre chaude à observer comment papa et ses amis boivent, fument et s’ennuient au bord de la piscine. Je crois que papa pense pouvoir nous démontrer qu’il est réel, qu’il est vraiment papa. Il passe tout son temps à rire, à plier les jambes, à nous donner la main, à nous aider à nous habiller, à rire son visage tourné vers le ciel, à nous chatouiller, à nous caresser la tête. Moi, il ne me trompe pas. Avec ma sœur, on ne sait jamais. Mais ça se sait quand, le dernier jour, ma sœur dit qu’elle veut voir maman, qu’elle ne veut voir que maman, ensuite, bien plantée dans ses chaussures jaunes, collant ses deux bras sur les côtés, elle se met à pleurer. Elle pleure jusqu’à ce que nous fourrions tous nos vêtements dans le break de papa, puis nous le regardons dire au revoir aux adultes et nous prenons la route pour retourner en ville, transpirant dans notre break rouge.
Plus tard, en fin d’après-midi, papa me laisse m’asseoir devant. Je suis le petit homme, dit-il, et il met une musique qui me donne la chair de poule, me noue la gorge pendant qu’il m’explique. Ce qu’est un accordéon, une grosse caisse, une guacharaca, et alors je mets à pleurer, seul, en regardant à travers ma fenêtre, très raide. Sans savoir pourquoi, comme si les accordéons dans ma tête étaient des bêtes vivantes.
Je pleure, et quand je n’ai plus de larmes, je me retourne et je vois que papa est beaucoup plus fatigué que le véritable, qu’il est plus vieux. Je voudrais que papa soit là, le véritable, pas ce vieux type défait. Alors le vieux type, l’air très sérieux, comme si tous les muscles de son visage étaient douloureux à force de sérieux, se met aussi à pleurer, tout en essayant de continuer à conduire et de me cacher ses grandes larmes transparentes. »
Antonio Ungar « Les oreilles du loup » Edition Les Allusifs. Avril 2008
Ce livre est une petite merveille. J’en parle demain :)
Antonio
Ungar (présentation de l’éditeur)Écrivain et journaliste, ANTONIO UNGAR figure dans la liste « Bogotá 39 » réunissant les trente-neuf meilleurs auteurs latino-américains de moins de trente-neuf ans. Né en 1974 dans la capitale colombienne, il habite aujourd'hui en Palestine. Il travaille comme correspondant pour journaux espagnols, italiens et sud-américains, une activité pour laquelle il a remporté en 2006 le prix de journalisme Simón Bolívar. Il collabore régulièrement à des journaux colombiens et mexicains, pour lesquels il rédige des articles abordant principalement la situation au Moyen-Orient.Outre Les oreilles du loup, son premier ouvrage traduit en français, il est l'auteur de deux recueils de contes, Trece circos comunes (1999) et De ciertos animales tristes (2000), d'un livre pratique, Contar cuentos a los niños (2001), et d'un roman, Zanahorias voladoras (2004). Il travaille actuellement à la rédaction de son troisième roman, sur les massacres perpétrés par les groupes paramilitaires en Colombie.


9 commentaires:
Coucou Lily, moi aussi je viens de finir ce livre : Les Allusifs me l'ont envoyé. Livre très intéressant pour ma part j'attends la rencontre de demain soir (Y seras tu ? Moi oui), pour en parler sur mon blog.
Est-ce que "les allusifs" n'est pas cette collection que tu suis depuis quelque temps (avec de jolies couvertures - entre autres intérêts, bien sûr !)?
Oui oui Alice, si tout se passe bien je pense venir !!
Tout à fait Rose !!
Je le note sur mes tablettes !!
Je n'ai pas reçu le livre mais comme l'histoire me semble très intéressante (et que j'ai déjà raté la rencontre avec Knud Romer), je pense moi aussi en être jeudi soir ;)
Antigone, c'est un ordre ! ;)) (gentil parce que vraiment c'est un très joli livre...)
ICB, ah j'espère pouvoir venir vraiment ! mais tout dépendra de l'heure de retour de mon cher et tendre qui devra prendre la relève auprès des monstros...
J'aurais bien aimé rencontrer moi aussi Knud Romer...
Tu verras, le livre d'Antonio Ungar est vraiment magnifique.
Ah, j'ai le livre mais finalement je ne pourrai pas être là, dommage! Je lirai vos compte-rendus!
J'espère que la rencontre a plu à ceux qui ont pu s'y rendre. Hâte de lire tout ça ! Petit roman originla, bien moins simple qu'il n'y paraît.
Lo et Fashion, à mon grand désespoir, je n'ai finalement pas pu me libérer !! la vie est cruelle...
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