Ker Violette @ Karine Fougeray
Ce n’est pas si fréquent de voir une jeune femme aux longs cheveux jaunes réclamer d’entrée chez Marcel, un kir champagne avec « Autant de couleur rouge que de couleur blanche » et qui plus est, servi dans une bolée de cidre.
« Je cherche mon cheval » dit-elle calmement à Félix, marin, pêcheur et peintre de poissons pour les touristes (parfois des rascasses, ils ne voient pas la différence et peu importe…).
Félix sous le choc décidément, comme tous les autres… Il la présente à Violette qui tient des chambres d’hôtes dans sa ravissante petite maison de bord de mer.
La charmante vieille dame plait tout de suite à Clara. Charme suranné, quiétude trompeuse de la province et de la vieillesse : « La porte s’est ouverte sur une dame toute fanée dont le haut du corps était protégé par un corsage crème, dont les jambes trottaient sous une jupe violette à pois ciel. Le tableau faisait penser à une théière anglaise prenant vie dans un film de James Ivory. » Les points de vue se croisent et se succèdent, Clara, Félix, Violette, et les autres, ceux qui d’une façon ou d’une autre prirent part à cette histoire d’amour, de vie et de folie mêlées.
Mon royaume pour un cheval. Il s’appelle Prince, il est, il reste la grande passion de Clara, bien avant les hommes qui croisèrent sa route, tous les hommes, et il y en eut beaucoup. Prince, le cheval qu’elle sauva un jour, comme en écho vengeur à ce sombre jour où la jument de sa mère ne put se relever, prise en étau, en otage, avec au loin la mer qui montait inéluctablement.
Dès la première page tournée, impossible d’arrêter sa lecture, ne fut-ce qu’un court instant, tant le récit, vivant, vibrant, merveilleusement écrit (la plume de Karine Fougeray est magnifique) vous entraîne au pays des embruns… et des chevaux.
L’auteur est une cavalière, cela se sent et se ressent tout au long de ce roman. Pour qui connaît un peu les chevaux, le plaisir est immédiat. Des fourmillements me montaient le long des jambes, un besoin impérieux de caresser un chanfrein, sentir l’odeur entêtante, inoubliable et si forte d’une robe alezane…. Le bonheur est complet.
Mais ne vous fiez pas aux apparences, si la couverture est ravissante, apaisante et rassurante à l’image des petits demeures un chouia désuètes qui peuplent les bords de mer, et qui toutes affichent fièrement le nom de leur propriétaire (parfois oublié à jamais), l’histoire est cruelle et tourmentée autant que passionnante. Et c’est ce que j’aime dans cette « Ker Violette », qui loin d’être une bluette, m’a littéralement transportée ailleurs en m’égratignant le cœur au passage.
L’avis d’une de ses premières lectrices, Clarabel, très enthousiaste elle aussi :)
« Nous avons chargé la barque et j’ai pensé que ma mère était comme l’eau des pays de mon père. Puisqu’elle était la seule adulte du pays où nous vivions à inventer des aventures sensationnelles, elle était forcément une très grande magicienne. Une fée qui tournait dans le sens de l’eau des pays où naviguait mon père. A l’envers. »
« Moi j’étais folle de ma mère qui trottait, le tête haute avec sa jument, j’étais folle de ma radieuse de mère qui avait sauvé son cheval et le soir, quand nous prenions notre bain ensemble, j’enlevais une à une les éclisses de paille nichées dans ses cheveux et je les empilais sur la mousse de l’eau du bain. Je fabriquais des litières légères qui traversaient l’océan de la baignoire, poussées par des vagues imaginaires. Avec mes mains, j’inventais des radeaux pour emporter au loin, entre les courbes parfaites du corps de ma mère, tous les chevaux du monde. »


6 commentaires:
je l'ai subtilisé en douce dans la bibiothèque de Cuné... à lire donc !
Oh oui bien tentée aussi... et je pense à une potentielle lectrice, folle de chevaux et d'hommes (elle a 19 ans!).
Je crois que tous les avis que j'ai lus sur ce roman sont extra, extra positifs!!! J'essaierai de l'acheter cet été parce que, bien entendu, je suis réellement tentée!
amanda tu m'en diras des nouvelles :)))
Vanessa, tu peux le lui offrir sans problème, il est tout indiqué !
Karine, mille fois oui, il faut le lire et continuer par ses nouvelles (si ce n'est déjà fait:)
Cette fois je le souligne! Il était noté depuis quelques temps déjà ;-)
Merci pour ton très beau et complet commentaire.
Katell, tu peux craquer pour ce livre en toute bonne conscience !!
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