Fume et Tue @ Antoine Laurain
« Si je devais me pencher sur ma vie, au risque d’en éprouver un certain vertige, je dirai qu’avant les événements qui la bouleversèrent j’étais un homme sans histoires, presque banal. J’avais une femme, une fille, un métier dans lequel j’étais connu et reconnu et un casier judiciaire aussi vierge qu’une feuille Canson achetée chez un marchand de couleur. Quelques temps plus tard, on tenta de m’évincer de mon poste, ma femme me quitta, et j’avais quatre meurtres à mon actif. Ce parcours atypique, s’il me fallait le résumer en une formule accessible au plus grand nombre, je dirais que tout cela est « une histoire de cigarettes. » »Une histoire de cigarettes mais avant tout de plaisir…
Et que serait la vie sans plaisir ? « Le plaisir de boire un bon vin, le plaisir de faire l’amour, le plaisir de fumer bien sûr, mais aussi le plaisir de se baigner sous le soleil dans une jolie piscine, le plaisir d’un bon repas dans un bon restaurant, le plaisir d’un beau paysage, le plaisir d’aimer tout simplement. », une morne plaine, et finalement un enfer.
Fabrice Valantine, la cinquantaine, chasseur de tête dans la prestigieuse société HBC (du nom de son fondateur, un éminent fumeur de cigares), se voit contraint par sa femme, la brillante Sonia à consulter un hypnotiseur qui dit-on, fait des merveilles, n’a-t-il pas permis à Michel Vaucourt d’arrêter de fumer du jour au lendemain ?
Fabrice s’y rend, plus pour avoir la paix avec sa femme que pour arrêter de fumer, ce dont il n’a absolument pas envie et… le miracle se produit. Dès la porte du thérapeute franchie, il ne ressent plus aucune envie de fumer, plus la moindre pulsion et ce durant deux semaines, deux étranges semaines où son passé de fumeur semble s’être dissipé dans un nuage de fumée.
Un événement aussi violent qu’inattendu, la mort brutale d’un proche et par ricochets de ses « grandes espérances » professionnelles, sonne le glas de ses quinze jours de sevrage. Fabrice, par dépit, colère et peine, allume une cigarette et c’est le choc, il n’éprouve plus aucun plaisir à fumer. Pas une once de bonheur, fumer lui est devenu aussi indifférent, voire aussi agréable que d’inhaler les effluves des pots d’échappement.
« Le plaisir d’aimer mes cigarettes m’avait été dérobé. ».
Une seule solution, revoir l’hypnotiseur, et faire machine arrière… Mais les choses ne sont pas aussi simples et à la faveur d’un monstrueux hasard, Fabrice découvre, que le plaisir de fumer ne lui revient qu’après avoir commis un meurtre…
Dès lors les événements s’enchaînent, l’ex-fumeur redevenu fumeur sans plaisir, passe de l’autre côté du miroir, non sans plaisir (le fin mot de l’histoire), il tue et fume sans aucun remords, comme dans un était de grâce.
Ce roman d’Antoine Laurain est tout à fait jubilatoire, le style enlevé, l’intrigue rondement menée, et pas seulement… Car le personnage de Fabrice Valantine, que nous suivons par un effet de flash back, (hypnose oblige) de l’enfance à son incarcération, est extrêmement attachant, d’un côté sa vie sans cigarette aux côtés d’un père architecte fumeur de cigares mais profondément malheureux, une mère antiquaire curieusement détachée de tout, son enfance et son adolescence en somme, puis l’autre versant, la vie inextricablement liée aux cigarettes, un éternel paquet de Benson dorées dans la poche. Entre les deux, la fracture, la première cigarette et la perte de l’innocence.
Tous les personnages « secondaires » sont également très bien campés, croqués au passage avec talent, ils crèvent tous l’écran. La scène à la piscine de Pontoise (5éme arrondissement) est épatante, les scénarios de chacun des meurtres très très habilement menés… Le lecteur tourne et tourne les pages… Eh oui Fumer tue...
Bref, un très joli moment de lecture, et un très joli deuxième roman (le premier de l’auteur, « Ailleurs si j’y suis »,obtint d’ailleurs le prix Drouot 2007.)



12 commentaires:
Je ne me serais pas laissé tenter par le jeu de mots du titre mais l'intrigue a l'air intéressante...
Il a vraiment l'air jubilatoire, en effet. Pourquoi pas.
C'est un roman qui ne m'aurait jamais, jamais tentée! Mais bon, après ton billet, je me dis que "peut-être"!!! À voir, donc!
J'ai failli l'acheter hier...bon alors, je vais retourner dans ma librairie!
Que serait la vie sans plaisir?
Bonne journée!
Décidément, tu es en plein dans ta période "livres qui plairont sûrement à gaël"! :-)
Je note aussi!
Je croyais le lire en dernier mais tu viens de le faire remonter d'un cran !:)
J'ai bien envie de noter ce titre car j'ai déjà lu un autre roman de cette collection "le passage", qui me semble recéler quelques lectures plutôt bonnes.
Ce titre m'inspirait moyennement...je crois que je vais avoir de bonnes surprises avec cette sélection!
Bonsoir à tous, pardon pour la réponse "groupée", petits problèmes de migraine en ce moment, je passe peu de temps devant l'ordi...
Très sincérement, j'ai vraiment beaucoup aimé ! je vais d'ailleurs lire sous peu "Ailleurs si j'y suis"qui me semble INDISPENSABLE (c'est terrible cette faim jamais inassouvie...).
Une belle découverte, vraiment.
Je ne sais pas si je vais passer le cap du titre... même si ton billet donne bien envie de lire ce livre... Mais j'ai arrêté la clope il y a 8 mois, et dès que je vois écrit "cigarette", je fais une fixette, c'est trop duuuuurrrrr ! Mais je n'ai encore assassiné personne, alors tout n'est pas perdu !
Je partage ton avis à 100%, mais ne serais tu pas devenue dépendante de cette auteur ?
Courage Liliba :)) je suis de tout coeur avec toi (le livre retrace parfaitement le phénomèn d'addiction dû à ce fameux premier plaisir dû à la première bouffée... Pfiou :)
Je vais lire ton billet de ce pas Michel !
ah qui sait ? :)
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