Nous vieillirons ensemble @ Camille de Peretti
Quand le rideau se lève sur Les Bégonias, coquette maison de retraite en région parisienne, il est neuf heures. Quand il se fermera, quatre actes et soixante-quatre tableaux plus tard, il sera exactement 00h45. Entre deux, nous aurons assisté aux drames, bonheurs, espoirs et désespoirs d’une poignée de pensionnaires qui de toute évidence « vieilliront ensemble » et mourront peut-être seuls, oubliés, dans leur chambre aux armoires fermées à double tour.Parmi eux, les « soignants », les administrateurs et les rares visiteurs, la famille qui pointe son nez de temps en temps, histoire de….
Camille de Peretti signe ici un très beau roman, son troisième après « Thornytorinx » et « Nous sommes cruels ». Bâti puis faufilé d’après le patron oulipien de La vie mode d’emploi (exercice audacieux et périlleux), elle nous promène d’une case à l’autre, selon la polygraphie du cavalier et les bi-carrés latins contraignants. L’existence est ainsi faite, qu’au hasard d’un déplacement, et d’une combinaison de facteurs, elle prenne un autre sens… les possibilités et les histoires sont innombrables, la part de destin inéluctable, la fin est de toute façon prévue d’avance, mais il y a l’entre-deux, ce fourmillement de vies.
Rassurez-vous, le lecteur peut tout aussi bien ignorer les minutieux rouages qui sous-tendent le récit, pour laisser son regard vagabonder sur les multiples tableaux qui se succèdent sous ses yeux et les personnages qui s’y agitent, hagards, frustrés, révoltés ou soumis…
Un par un, nous faisons connaissance avec ces pensionnaires, nous vivons avec eux, ou bien plutôt à travers eux, cette banale journée ordinaire qui pour certains prendra l’aspect de l’enfer ou du paradis. Heurs et malheurs d’une petite communauté en fin de parcours.
Il y a bien sûr Nini, l’insupportable Nini, grand-mère d’adoption de Camille (l’auteur en personne) qui martyrise son petit monde, révoltée écorchée vive, sa place n’est pas ici, même si la vie en a décidé autrement pour elle. Atteinte de la maladie de Parkinson après avoir souffert pendant des années de maniaco-dépression, Nini est un personnage exalté et profondément attachant. Le regard que porte sur elle sa petite fille est d’une grande justesse, elle l’aime mais déteste ce qu’elle est devenue… Ambivalence de ce sentiment auquel sans doute personne n’échappe un jour. La vieillesse et sa déchéance font peur, comme un miroir tendu qu’on se refuse à observer. Les dentiers qui se déchaussent, les peaux fripées, froissées comme du papier reliure nous dégoûtent quoiqu’on en dise.
La folie aussi, le personnage de la "comtesse", Madame Destroimaisons, atteinte de la maladie d'Alzheimer, est bouleversant, comme l’est son mari, homme impunément trompé toute sa vie par cette femme si belle qui se trouve à présent dépendante de lui, totalement, mais le prend, ironie ultime pour l’un de ses amants.
Le temps… Nombreux sont les personnages qui reviennent en songe sur les pas de leur enfance, avec bonheur, ou horreur. La boucle est bouclée, le cercle refermé. L’histoire parfois apaisée.
Mais toutes ces existence ne virent pas au tragique, et les Bégonias apporteront même à certains LE bonheur qu’ils ont cherché toute leur vie, l’amour ou l’amitié. Dernier coup de dé du hasard, sans amertume.
Rien n’est plus atroce que l’indifférence et la solitude un soir d’agonie.
Un livre magnifique et bouleversant.
« Elle était passée des Roseraies aux Bégonias. Un buisson épineux pour une plante en pot. Plus de racines, plus moyen de grimper le long des murs et d’étaler ses pétales au soleil. Un petit pot qui attend d’être arrosé et qui finit à la poubelle un jour ou l’autre, tout desséché. »
« C’est vrai qu’ils en ont fait des allers-retours. Elle les avait à l’usure. Elle les aimait. Une grande ventouse d’amour irascible. Voilà ce qu’elle était. Ce qu’elle est."
Ici l'avis de Cathulu qui a beaucoup aimé également.
Camille de Peretti signe ici un très beau roman, son troisième après « Thornytorinx » et « Nous sommes cruels ». Bâti puis faufilé d’après le patron oulipien de La vie mode d’emploi (exercice audacieux et périlleux), elle nous promène d’une case à l’autre, selon la polygraphie du cavalier et les bi-carrés latins contraignants. L’existence est ainsi faite, qu’au hasard d’un déplacement, et d’une combinaison de facteurs, elle prenne un autre sens… les possibilités et les histoires sont innombrables, la part de destin inéluctable, la fin est de toute façon prévue d’avance, mais il y a l’entre-deux, ce fourmillement de vies.
Rassurez-vous, le lecteur peut tout aussi bien ignorer les minutieux rouages qui sous-tendent le récit, pour laisser son regard vagabonder sur les multiples tableaux qui se succèdent sous ses yeux et les personnages qui s’y agitent, hagards, frustrés, révoltés ou soumis…
Un par un, nous faisons connaissance avec ces pensionnaires, nous vivons avec eux, ou bien plutôt à travers eux, cette banale journée ordinaire qui pour certains prendra l’aspect de l’enfer ou du paradis. Heurs et malheurs d’une petite communauté en fin de parcours.
Il y a bien sûr Nini, l’insupportable Nini, grand-mère d’adoption de Camille (l’auteur en personne) qui martyrise son petit monde, révoltée écorchée vive, sa place n’est pas ici, même si la vie en a décidé autrement pour elle. Atteinte de la maladie de Parkinson après avoir souffert pendant des années de maniaco-dépression, Nini est un personnage exalté et profondément attachant. Le regard que porte sur elle sa petite fille est d’une grande justesse, elle l’aime mais déteste ce qu’elle est devenue… Ambivalence de ce sentiment auquel sans doute personne n’échappe un jour. La vieillesse et sa déchéance font peur, comme un miroir tendu qu’on se refuse à observer. Les dentiers qui se déchaussent, les peaux fripées, froissées comme du papier reliure nous dégoûtent quoiqu’on en dise.
La folie aussi, le personnage de la "comtesse", Madame Destroimaisons, atteinte de la maladie d'Alzheimer, est bouleversant, comme l’est son mari, homme impunément trompé toute sa vie par cette femme si belle qui se trouve à présent dépendante de lui, totalement, mais le prend, ironie ultime pour l’un de ses amants.
Le temps… Nombreux sont les personnages qui reviennent en songe sur les pas de leur enfance, avec bonheur, ou horreur. La boucle est bouclée, le cercle refermé. L’histoire parfois apaisée.
Mais toutes ces existence ne virent pas au tragique, et les Bégonias apporteront même à certains LE bonheur qu’ils ont cherché toute leur vie, l’amour ou l’amitié. Dernier coup de dé du hasard, sans amertume.
Rien n’est plus atroce que l’indifférence et la solitude un soir d’agonie.
Un livre magnifique et bouleversant.
« Elle était passée des Roseraies aux Bégonias. Un buisson épineux pour une plante en pot. Plus de racines, plus moyen de grimper le long des murs et d’étaler ses pétales au soleil. Un petit pot qui attend d’être arrosé et qui finit à la poubelle un jour ou l’autre, tout desséché. »
« C’est vrai qu’ils en ont fait des allers-retours. Elle les avait à l’usure. Elle les aimait. Une grande ventouse d’amour irascible. Voilà ce qu’elle était. Ce qu’elle est."
Ici l'avis de Cathulu qui a beaucoup aimé également.



7 commentaires:
Après avoir rencontré l'auteur à Bordeaux, et lu "nous sommes cruels", j'ai très envie de lire celui-ci !!
Ah, je suis contente qu'il t'ait plu !:)
Je "salive" à l'avance ;-)
J'avais beaucoup aimé "Nous sommes cruels", le premier que j'ai lu de l'auteur, et celui-ci me tente également ! ;-)
Ah oui vraiment un très bon roman, je vous le conseille à toutes !
Cathulu, Je vais tout de même tenter "Thornytorinx :)
Cela donne envie de mieux connaitre l'oeuvre de cette auteure
Tout à fait d'accrod Michel :)
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