07 juillet 2008

Le temps d'une chute @ Claire Wolniewicz

Le livre commence sur une chute. Madelaine Delisle tombe de la terrasse de son appartement parisien, alors qu’elle se penche et se penche encore un peu plus avant, munie d’une paire de jumelles afin d’apercevoir de plus près un manteau rose qui passe dans la rue ;
« Au loin une tâche rose, un rose violent, presque violet, celui qu’on appelait Rose Schiaparelli parce que la couturière l’avait mise à la mode. »
Le temps d’une chute, c’est toute sa vie qui défile sous ses yeux, petits et grands moments.
Madelaine est une ancienne couturière, une créatrice, une artiste capable de rivaliser avec les grands noms de la mode. De cet art elle a fait sa vie, à la sortie de l’orphelinat où son père l’a abandonnée, sitôt sa mère morte.
Madelaine a dû se battre toute jeune et plus encore le succès arrivant. Se battre, travailler, tout oublier, se jeter à corps perdu dans la mode, les vêtements, les ourlets et les métrages de tissu.
Vie toute faite de passion, de drames aussi. Née trois ans après la fin de la première guerre mondiale, elle a tout juste dix-huit ans quand éclate la seconde. Madelaine rencontrera beaucoup d’hommes après Martial son premier amour de jeunesse, mais deux compteront plus que les autres, Georges, le mari de sa deuxième patronne, revenu épuisé et à moitié fou des tranchées, puis Tadeusz, le rescapé des camps de la mort qui deviendra son mari et le père de sa fille unique.
L’histoire de Madelaine est rythmée par les défilés, les créations, le tourbillon de la mode. Les plus grands noms de la haute couture émergent et disparaissent, les générations de couturiers se succèdent, la jeune-fille devenue femme, puis vieille dame. Mais tout au creux de son cœur, reste un petit caillou dur, une blessure jamais refermée. La vie a parfois un goût amer, insupportable, une odeur de peur acide et tenace.
Pourquoi les mégères lui font-elles toujours aussi peur, pourquoi fuit-elle le contact et la présence de sa fille, pourquoi toujours ce goût du malheur qui vient la rattraper même en plein succès ?
« Le temps d’une chute » est un roman qui se lit d’une traite, le style élégant et classique est agréable à l’oreille, mais sans réelle surprise. Les personnages sont bien campés, attachants, forts et présents, mais presque trop fugacement abordés, ils s’évanouissent un peu trop tôt.
Bref, j’aurais aimé deux cents pages de plus, le temps d’entrer plus avant dans leur intimité.
Un joli roman qui se clôture par une jolie chute.
Eh oui, la vie ne réserve pas que des drames finalement, mais peut-être faut-il appeler le bonheur avec ferveur pour qu’il daigne pointer le nez et finalement faire confiance au hasard, lâcher prise, même du haut de quatre étages.
Extrait :
"Madelaine Delisle tombe de la terrasse du quatrième étage d'un bel immeuble parisien. Le ciel est d'un gris de perle fine, léger, impalpable, une buée sur le monde. Les pans ouverts de son manteau d'intérieur semble des ailes de papillon. Vue d'en bas, elle forme une trouée de lumière pâle sur un fond sans promesses.
Elle chute sans un cri."

Les avis de Cathulu, de Fashion et de Pascal

6 commentaires:

cathulu a dit…

Peut être as-tu raison, trop court ce roman...

chiffonnette a dit…

Mais même trop court, je crois que je vais me pencher sur son cas!!

Michel a dit…

Exact , avec 200 pages de plus elle aurait pu approfondir les personnages... mais c'est tout de même très agréable à lire !

nous ne sommes pas si loin en fait dans nos critiques

Anne a dit…

Je survole ton billet et y reviendrais après ma lecture.

Florinette a dit…

Chez cet éditeur, à ce que je vois ici et là, ce sont bien souvent de jolies lectures !

lily a dit…

A découvrir toute évidence.
C'est amusant de voir que nos avis se rejoignent souvent au sujet de ce livre :)
florinette, il me semble à moi aussi, en parcourant les blogs...
Anne, j'attends ton avis, itou pour chiffonnette, rejoindront-ils les notres ?