19 septembre 2008

Le Tigre blanc @ Aravind Adiga

Le tigre blanc est une espèce de fauve très rare, il n’apparaît dans la jungle qu’une fois par génération. Le tigre parmi les tigres.
« C’est ce que tu es dans cette jungle ci », dit l’inspecteur scolaire à Balram, au cours d’une ses visites surprises à l’école du village. L’homme surpris par la vivacité de l’adolescent lui propose une bourse d’études, bourse qui lui permettra peut-être de quitter sa condition, en un mot les Ténèbres, où tous les hommes pauvres de l’Inde vivent asservis sous le joug des plus puissants.
« Mais la loi des Ténèbres veut que les bonnes choses se transforment en mauvaises choses et vite. ». Balram ne profitera jamais de cette bourse, sa famille, enfin disons plutôt sa grand-mère omnipotente et despote convainc le frère aîné de l’adolescent de le retirer de l’école, il travaillera au tea-shop, comme tout le monde, garçon à tout faire, corvéable à merci.
Mais Balram n’oublie pas le tigre qui sommeille en lui.
« Briser la loi de ce pays – transformer la malchance en chance – est la prérogative de l’entrepreneur. ». Balram deviendra chauffeur de taxis et très vite entrera au service de M. Ashok et de Pinky Madam. Il n’en fait pas mystère, dès le début de l’histoire, il avoue avoir tué Ashok. De ce meurtre en résulte une magnifique réussite personnelle, Balram est passé de l’autre côté des Ténèbres . Il a réussi….
Caché quelque part sous une fausse identité, recherché pour le meurtre de son patron dont il était quasiment l’esclave, Balram écrit une longue missive au premier ministre chinois en visite dans son pays. L’objectif affiché : lui expliquer l’Inde, sa corruption, la domination d’un petit nombre d’hommes d’affaires douteux et sans morale, d’hommes politiques véreux sur la grande masse des laissés pour compte, les éclopés, les soumis.
Balram passe sept nuits à écrire, sept nuit où il revit son histoire et celle de sa famille, où il explique comment lui Balram, l’homme volontaire mais honnête est devenu un meurtrier. Le choix du destinataire pourrait sembler ironique, vu de notre Occident, mais quel modèle que cette Chine pour cette Inde en devenir, pensez donc, le pays des entrepreneurs ! Si seulement l’inde pouvait devenir à son tour une Shining India !! Et Balram l’entrepreneur, le fugitif, en danger seconde après seconde, veut y croire, pour être à son tour un acteur à part entière du développement de son pays, quel que soit le prix à en payer…

Le roman fait la part belle à l’AVANT, à l’ascension progressive du jeune homme, du tea shop en passant par les cours de conduite, son embauche dans une famille de riches propriétaires. L’auteur excelle à rendre tangible la mort au bord du Gange, celle qui rôde partout, emportant les plus faibles, ceux qui se tuent sans espoir à la tâche tandis que l’argent coulent à flots dans les poches des plus puissants, butin facile à gagner, quelques crimes ou malversations en échange.

Un livre se lit quasiment d’une traite, tant le fil de l’histoire est tendu. Une mort pour une vie ???
Aravind Adiga n’épargne pas son pays, il le dissèque, l’analyse, un peu comme le ferait un médecin légiste sur une scène de crime. Il semble nous dire, Regardez, il faut être un tigre blanc pour s’en sortir ici, et même son pelage ne sera pas épargné….

Je rejoins tout à fait l’avis d’Amanda, un roman envoûtant et passionnant.

Tamara avait également beaucoup aimé.

Un grand merci aux Editions Buchet Chastel et à Denis Lefebvre pour l’envoi.
Ici la page de présentation sur le site de l'éditeur (à noter la création d'un court film d'animation pour présenter le roman...)

11 commentaires:

amanda a dit…

le choix de la Chine nous parait effectivement osé, mais tellement parlant... tu en parles bien, Lily !

Mimienco a dit…

Ta critique donne envie de lire ce livre qui semble intense! Je le note!

lily a dit…

Merci Amanda :))Mais je te retourne le compliment !
Mimienco, c'est vraiment un roman à découvrir. J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire !

Karine :) a dit…

Je n'Étais pas encore complètement convaincue... mais je crois que maintenant, je le suis!! Allez, je note!

Gaël a dit…

T'en as de la chance! Moi on me l'a pas proposé. Je crois que mes critiques commencent à faire peur aux éditeurs!... :-D
Ce bouquin a l'air passionnant. Tu en parles admirablement.

Brize a dit…

Troisième avis positif !
Plus qu'à attendre que l'éditeur me le fasse parvenir (ben quoi, on a le droit de rêver, non ?!) :) !

liliba a dit…

Je vais donc l'acheter puisqu'à moi non plus on ne l'a pas proposé...

lily a dit…

Karine, peut-être que je ne l'aurais pas choisi, comme ça en me baladant dans une librairie, et je serais passée à côté d'un très beau roman... C'est vraiment sans aucun a priori (ni positif ni négatif) que j'ai commencé ma lecture, et ce fut un grand plaisir.
Merci Gaël, tu me fait rougir :) mais ils vont te mettre sur leurs listes un jour ou l'autre ! (j'espère qu'ils n'attendent pas à chaque fois que le billet soit positif. Mais franchement je ne crois pas que ce soit le cas. L'important est de parler des livres, et d'échanger des opinions...Enfin j'espère ! Suis-je naïve ???? )
Brize et Liliba idem que pour Gaël, vous le méritez bien !!
Bon, je lance un appel alors !!
PS, je peux vous l'envoyer si ça vous dit, faîtes moi signe :))

Naina a dit…

Ce roman est dans ma PAL. Concernant le choix du destinataire par le narrateur, c'est un choix qui peut apparaître logique lorsqu'on sait que la Chine et l'Inde s'affrontent sur le plan diplomatique depuis une bonne quarantaine d'années et sont aujourd'hui des ennemis économiques (l'affrontement a changé de terrain).

Gaël a dit…

Je ne t'emprunterai des livres que quand je t'aurai rendu ceux que j'ai déjà. (d'ailleurs, c'est pour bientôt!). Sinon, on ne s'en sort plus!

La Muse agitée a dit…

Nous aussi on a beaucoup aimé ! http://www.lamuseagitee.com/article-23572129.html
Et le bouche à oreille semble faire son oeuvre petit à petit.
En tous les cas, bravo pour le blog !
A bientôt !