06 octobre 2008

Deyrolle, pour l'avenir @ Collectif. Gallimard

Mon premier souvenir enchanté de la maison Deyrolle, remonte à des années et des années, je devais être enfant, j’y accompagnai mes parents (de fervents admirateurs de cette maison de curiosités), pour y acheter, si je me souviens bien, des papillons. Etait-ce pour le travail de mon père, ou bien pour remplacer ceux que j’avais « ressuscités » dans ma chambre, perchée sur une chaise, « Ils volent, ils volent !!! ». L’histoire est restée légendaire, je ne me souviens pas de m’être fait réprimandée…
Depuis ce jour, la maison Deyrolle hante mes souvenirs, j’y suis retournée, grimpant le large escalier me promettant à chaque fois d’en revenir avec un oiseau, oui, un oiseau naturalisé à défaut d’être vivant, puisque celui-ci au moins me survivrait…. Pensais-je…
Dernièrement, ma décision prise, j’annonçai mon intention d’acheter le volatile, pour apprendre que le magasin venait de brûler…. Envolé en fumée…. Le sort s’acharnait contre moi, ou peut-être ne voulait-il pas que le perroquet de Flaubert (ou celui que j’aurais nommé tel) vienne rejoindre ma si british tortue, celle qui me suit depuis de plus de vingt années dans tous mes déménagements, fit peur à mes enfants avant de les amuser (une patte cassée, vite recollée.)
Le magasin légendaire, « le dernier cabinet de curiosités de la place parisienne », né en 1831, a brûlé un sinistre vendredi de février 2008, premier jour du mois.
« Ce matin-là, l’Arche parut dévastée par le chagrin. Une odeur âcre et puissante prenait le visiteur par la gorge. Plus d’un eut le sentiment qu’une part mystérieuse de son enfance venait de partir en fumée. Cette maison unique en Europe est un sanctuaire de l’histoire naturelle et de l’entomologie. S’il est un lieu où le phénix pourrait renaître de ses cendres, c’est bien celui-ci. »*
Pour le sauver de l’oubli, Gallimard a décidé de publier en mai dernier ce charmant petit opuscule constitué d’une préface signée de Pierre Assouline et d’un merveilleux texte intitulé « Souvenirs d’une maison des merveilles » coécrit par François Becker, Blaise Mao et Thomas Saintourens.
« Pour l’avenir », il y aura de toute évidence un « après », une seconde, une troisième vie, accordée à tous ces animaux effarés, mutilés ou miraculeusement épargnés par l’incendie. Trop d’amour et de passion entouraient cette faune, ces lieux magiques, à commencer par les enfants, ses plus fervents admirateurs (avant les artistes ou les écrivains qui firent sa renommée) :
« Dire qu’il a fallu cette catastrophe pour que l’on prenne la mesure de la puissance symbolique du nom de Deyrolle… Des enfants l’ont fait comprendre mieux que d’autres. Ces petits visiteurs, habitués des lieux, qui vinrent demander dès le lendemain : « Le lion est mort ?... Et le cheval, il est mort ?... Mais le petit âne, il a pas mouru au moins ? » » *

Un petit livre à s’offrir de toute urgence, pour la part de rêve, d’émotions et de passion partagée qu’il abrite. Et « pour l’avenir »….
Je souhaite beaucoup de courage à Louis Albert de Broglie, mais je sais qu'il n'en manque pas...

Extrait (première page)
« Les yeux grands ouverts, il a vu la mort en face.
Une deuxième mort.
C’est arrivé par surprise. Même les petits rongeurs nocturnes, d’ordinaire toujours à l’affût, n’ont pu sauver leur peau.
Il a suffi d’une étincelle. Tout est parti de la salle d’entomologie. Au fond. Une étincelle, et c’est toute la maison qui s’est mise à palpiter, à crépiter, à se consumer.
L’enfer a pourléché le crâne du grand ours et sa maison a brûlé. Deyrolle un hôtel particulier cos
su, à la façade en pierre de taille aujourd’hui noircie, au numéro 46 de la rue du Bac.
A quoi bon être un guépard, sprinteur des savanes, si l’on ne peut bondir pour échapper aux flammes mortelles ? A quoi bon avoir des ailes de papillon, si elles restent figées quand la fumée noire menace ?
».

* Pierre Assouline, préface.

Un grand merci à Yvon, pour ce livre découvert à Saint Didier.....

7 commentaires:

Florinette a dit…

Un petit coucou en passant pour te souhaiter une bonne semaine Lily.
Bises et à bientôt !

rose a dit…

J'ai découvert l'endroit quelques mois avant qu'il ne brûle. Quelle plongée dans le passé ces escaliers, cette atmosphère !

Malice a dit…

En effet quel endroit magnifique, j'ai du faire un tour il y a quelques années. C'est un endroit magique ! Et oui j'ai appris avec tristesse qu'il avait brûlé ! J'ai pris connaissance de ce petit livre que je n'ai pas acheté encore ;-)

Vanessa a dit…

Et dire que je n'y suis jamais allée. J'ai connu ce lieu par Le divan fumoir Bohémien, lors de l'incendie. J'aime beaucoup ces espaces, cabinets de curiosités où les sciences naturelles se mêlent au mystère.
Un petit livre a se procurer, oui!

Au fait, Minamoto Kitchoan, la pâtisserie japonaise, salon de thé, où nous étions allées a fermé! Il va flloir que nous nous retrouvions chez Toraya... entre autre.

Sebastien a dit…

Je n'y suis jamais allé. Vont-ils essayer de le réouvrir ?

lily a dit…

Merci Florinette :))
Ravie de te "croiser" !
Rose, oui c'était un merveilleux endroit !
Malice, je te le recommande vraiment. C'est un joli souvenir...
Vanessa, ah, zut ! il était sympa (j'espère que ce n'est pas la tasse que j'y ai cassé qui leur a porté malchance :)
Bonjour Sébastien, j'espère bien !!

Vanessa a dit…

J'ai enfin parlé de ce lieu... et ce livre m'appelle même si j'hésite avec le encore plus gros!