La Condition @ Jennifer Haigh
Comme chaque été, la famille McKotch s’apprête à passer les vacances à Cape Cod dans la vaste demeure familiale, la dénommée « Maison du capitaine », toute bruissant de souvenirs accumulés depuis des générations.A vrai dire pour Franck, la « pièce rapportée » de la famille, lui qui n’est pas et n’aura jamais la classe d’un Drew, ces séjours relèvent plutôt de l’épreuve que de la partie de plaisir. Mais il y a sa femme, Paulette, très attachée aux traditions familiales, et puis leurs trois enfants, Billy, Gwen et Scott… Nous sommes en 1976 et cet été demeura à jamais gravé dans leur mémoire, comme étant le dernier d’une époque, celui qui scellera à jamais l’âge heureux…
Gwen n’est pas grande pour son âge, rien de grave, vraiment…. Mais quand ses cousines déboulent sur la plage, le doute n’est plus permis. La plus grande, à peine douze ans, mais surtout trois mois de moins que Gwen, arbore déjà un corps de jeune fille que voile à peine un tout petit bikini. Gwen, toute menue dans son maillot une pièce, reste reléguée très loin derrière, on ne lui donnerait pas son âge.
Pour Franck, c’est la révélation, quelque chose ne va pas…
Dès la rentrée, et après moult examens médicaux, le diagnostic tombe, Gwen est atteinte du syndrome de Turner. L’avenir est sombre, pour elle pas de puberté, pas de courbes féminines, pas d’espoir de donner la vie à son tour… Elle restera petite et résolument différente.
Pour Franck, scientifique jusqu’au bout des doigts, tout fait sens désormais, les mauvaises notes en maths de Gwen, son manque d’orientation, ses troubles d’apprentissage non verbal. Tout cela colle pile poil avec le syndrome de Turner, tout cela a donc une explication. Pour Paulette en revanche, l’approche est différente. Elle refuse résolument de voir sa fille réduite à un diagnostic, s’insurge contre la science et par conséquent contre son mari… Les disputes commencent, le couple bat de l’aile…
Quant aux autres enfants, il leur semble tout simplement passer après… N’étant ni l’un, ni l’autre des « cas », personne ne se penche avec autant d’intérêt que leur père sur leurs « petits problèmes d’ados ».
« Elle (Gwen) avait un avantage injuste, prétendait-il (Billy) : il n’y avait aucune publication sur Scott et lui. »
Vingt-deux ans plus tard, le drame annoncé s’est malheureusement produit, Franck et Paulette sont à présent divorcés depuis des années, Scott est à l’autre bout du pays – et le moins que l’on puisse dire c’est que sa vie tant professionnelle que privée, laisse fortement à désirer – Gwen se dessèche un peu plus chaque jour au milieu de fossiles, seul Billy, éminent cardiologue semble selon toute vraisemblance tirer son épingle du jeu.
« Un roman familial intimiste et passionnant », « Une splendide saga sur les passions et les tensions qui relient inéluctablement les parents, les frères et le sœurs. » nous affirme l’éditeur dans la quatrième de couverture. Certes, ils auront chacun fort à faire pour défendre leurs choix de vie et les faire accepter par le clan familial, mais c’est le lot de tout un chacun, il me semble. L’essentiel est ailleurs, concentré dans cette unique question qui sous-tend tout le roman : comment et de quelles manières, le handicap d’un des enfants peut à tout jamais et irrémédiablement modifier et parfois perturber grandement jusqu’au point de le briser, l’équilibre de toute une famille.
L’enfant handicapé, centre de toutes les attentions, parfois de toutes les disputes, devient l’élément déclencheur de toute une suite d’incompréhensions, les soucis et difficultés des autres enfants relégués bien loin derrière.
J’ai regretté que certains personnages ne soient pas davantage « creusés »… Je pense notamment à l’épisode où Scott découvre sur internet la probable source de souffrance de son fils (l’hyperactivité) et par ricochet la sienne… Les hasards pas si hasardeux que cela de la génétique... Sujet qui me touche, me hante et me poursuis depuis quelques années déjà.
Tout ce que décris Jennifer Haigh (notamment les réactions contraires au sein d’un couple, mais aussi la souffrance des autres enfants), je l’ai entendu maintes fois de la part de parents d’enfants autistes… En cela Jennifer Haig est au plus près d’une certaine réalité. Malheureusement, je trouve qu’elle ne fait souvent que survoler ce sujet au profit d’une trame romanesque, un peu trop « romanesque » justement. J’aurais aimé qu’elle gratte un peu plus là où ça fait mal, tout ce qu’on ne dit pas habituellement, tout ce qu’ont tait un peu pudiquement tant le sujet reste tabou.
Mais elle pose des questions au travers de ses personnages, et c’est déjà beaucoup…
14 commentaires:
Il est noté pour plus tard...Bonne journée Lily !
Je suis partagée entre l'envie de le lire et la peur que cela ne me déprime un peu trop...
Je note, merci !
Je viens de l'avoir, je ne lis pas trop ton avis, mais il semble que ce soit bien !
Florinette, j'ai hâte de connaître ton avis, je sais que ce livre te touchera tout comme moi, peut-être avec des réserves... tu me diras ?!
Isabelle, le livre est assez pessimiste jusqu'à la fin, une sorte de happy end (presque de rigueur...). Si d'aventure ,car je sais que le sujet te touchen tu voudrais néanmoins y jeter un coup d'oeil, surtout n'hésite pas à le demander !
Bienvenue Aude !
Keisha, chouette, chouette, j'ai hâte de savoir ce que tu en penses. C'est vrai que ma lecture est hyper biaisée, peut-être ai-je trop focalisé sur le handicap, peut-être est-ce une lecture plus légère et romanesque justement... J'attends vos impressions !
J'ai envie de le lire, pour l'histoire entre frères et soeurs. Les relations entre frères et soeurs sont un sujet que j'aime beaucoup dans les romans.
Elzevier, tu veux que te l'envoie (après ou avant Isabelle selon ce qu'elle aura décidé) ?
Ce livre aurait pu être un sombre mélo et c'est une totale réussite!:)
Malgré tes petites réserves de fin de billet, j'ai bien envie de tenter l'aventure de ces déboires familiaux... Noté.
Un livre très intéressement j'imagine. Assez tentant, mais je dirai comme Florinette noté pour plus tard. Voilà et en ce qui concerne tes préoccupations,je pense bien à toi et je me doute que cela ne doit pas être évident, pas facile à vivre surtout. J'espère que tout cela s'arrangera ! je te souhaite beaucoup de courage !
Cathulu,honte à moi, je n'avais pas vu ton billet :(, je rajoute le lien, of course :)
Antigone, mes petites réserves sont très personnelles !! à lire et à découvrir vraiment !
N'hésite pas à me le demander itou !
Malice, merci pour ta gentille présence et à très très bientôt j'espère ;)
J'ai quelques lectures en attente, je note celui-ci pour après ces "urgences".
Oui, oui, Lily le soleil va revenir dans les yeux de ton enfant! Bon courage pour l'attendre...
Je le lis très bientôt...
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