Page ouverte à Raphaële Moussafir et Mamz'elle Rouge
Raphaële Moussafir et Mamz’elle Rouge ont eu la grande gentillesse de bien vouloir répondre aux quelques questions que je leur posais au sujet « Du vent dans mes mollets ».
Un grand merci à toutes les deux pour leur spontanéité et leur gentillesse :)
Raphaële, comment t'est venue l'idée d'illustrer ton roman ?
Avant que Du vent dans mes mollets ne soit un roman, je voulais que ce soit une bd, j'avais contacté un auteur dessinateur que j'aimais énormément qui m'a dit qu'il espérait pour moi que le bouquin ne sortirait pas parce que ce ne serait pas un service à me rendre que de me publier. Je crois que ça a été presque trop violent pour m’attrister et me décourager véritablement. Ensuite, Constance Joly a découvert le texte et a été la seule éditrice à y croire sans réserves. En ce qui concerne la transformation du roman en BD, j’imagine que le gentil succès du roman et l’oralité qui le caractérise, mélangés au succès que rencontre la forme roman graphique en général ont donné petit à petit à Constance l’idée d’en faire une BD. Elle saurait mieux le dire que moi. En tous cas, j’avais renoncé à l’idée, et la BD a été, une fois de plus, le fruit de son culot, de son acharnement et de sa foi d’éditrice.
- Comment s'est passée ta rencontre avec Mamz'elle Rouge ?
Plutôt pas mal, non ? :) Constance m’avait dit d’aller « googliser » quelques articles parus au sujet de mon deuxième roman, et c’est là que je suis tombée sur le délicieux blog de Mamz’elle Rouge. Sa page d’accueil était entièrement consacrée à mes deux romans qu’elle recommandait vivement à tous ses visiteurs. Le tout illustré par un dessin représentant une jeune fille à la plage en train de lire Du vent dans mes mollets. Alors j’ai poursuivi ma promenade et ses dessins m’ont sincèrement émerveillée. Quelques temps plus tard, lorsque Constance m’a suggéré d’en faire une BD, on s’est mises à farfouiller parmi des dessinateurs chevronnés, légitimes, mais dont le graphisme n’aurait pas pu rencontrer l’univers de la petite Rachel. C’est alors que je me suis souvenue du blog de Mamz’elle Rouge. J’en ai parlé à Constance qui est allée s’y promener et qui en est sortie aussi ensorcelée que moi, la première fois.
Mamz’elle rouge vous raconte la suite.
Enfin, disons q
ue ma rencontre avec ma grande petite Raphaële a été plus qu'inattendue. Un beau matin je trouve un commentaire d'une auteure que j'adore et qui me dit grosso modo : "Hey toi, j'aime beaucoup tes dessins. ça te dirait qu'on travaille sur une adaptation illustrée de mes romans toutes les deux ?! ". Oui. Moi. Petite illustratrice de rien du tout, avec un blog de rien du tout, qui bricole ses petites illustrations dans son coin depuis pas mal de temps. C'est à moi qu'on parle, me dis-je après m'être pincée 3 fois. Voilà que quelques heures plus tard, Rapha en ligne : "Je suis trop contente que tu ais répondu !!!" Moi j'y crois toujours pas. Peu après, Constance en ligne : "Bon, il faut qu'on se voit. RDV dans 2 semaines, chez Intervista, à Paris. Tu nous feras quelques planches de recherches sur les romans pour voir si ça peut coller. Ok ?" Ben oui. Ok. Deux semaines plus tard, mes crayonnés sous le bras. Paris, Constance, Rapha et moi. Je n'y crois toujours pas, mais j'ai peur. Peur que ça ne marche pas. Ou peut-être peur que ça marche et de ne pas arriver au bout ? Je ne sais pas. Mais ce qui est certain, c'est que le courant passe illico. J'aime les mots. Rapha aime les images. On signe pour une BD à quatre mains sans connaître cet univers-là ni l'une ni l'autre. Et c'est le début de la grande aventure.
- Comment avez-vous travaillé toutes les deux ?
(Raphaële) Alors, j’ai d’abord fait ce qu’il ne fallait pas faire : j’ai commencé par un grand travail de sape qui a consisté à rédiger des illustration bien littérales et soporifiques de chacune de mes phrases au cas où le lecteur ne serait pas assez intelligent pour comprendre. J’étais en train de me tirer une belle balle dans le pied. Je me relisais, c’était hypnotisant, ça me tombait des mains et au fond, je m’ennuyais sans m’en apercevoir pendant que je travaillais. Je ne prenais aucune liberté par rapport à mon texte. Et puis, petit à petit, en lisant d’autres BD, mon cerveau a changé de fonctionnement, et il y a eu un genre de petit déclic : j’ai vraiment réadapté mon texte de façon à proposer à Céline une matière qui permette de le dynamiser, de lui donner un sous texte que l’illustration littérale ne permettait pas. Il fallait vraiment que le dessin apporte quelque chose de nouveau à l’histoire, sans la trahir. J’ai coupé, réadapté les dialogues et la narration. Ensuite, j’ai rédigé des idées de story board que j’ai proposé à mamz’elle rouge. Des suggestions de « mise en scène » de chaque image qui racontaient le texte autrement, par un autre chemin, plus visuel. Elle se les est appropriées, les a triés, complétées, transformées à sa sauce, en a créé de nouvelles, bref elle a rebondi sur ce fatras avec son univers poétique et délicatement cruel, discret et culotté, au-delà de mes espérances… Ensuite, mamz’elle rouge a fourni un boulot de titan et un jour, elle me dira quand est ce qu’elle a pu trouver le temps d’aller aux toilettes. Malgré l’urgence monstrueuse dans laquelle elle était, elle a travaillé avec une méticulosité incroyable, n’a jamais bâclé ni cédé à la facilité sous prétexte de rentrer dans le timing. Je me sentais coupable, impuissante et oisive. Bref, l’élégance avec laquelle mamz’elle rouge m’a dépossédée de mon roman est allée bien au delà de ce que j’avais osé imaginer.
(Mamz’elle Rouge) A Paris, Rapha découpe son roman en petits morceaux pour le faire rentrer dans des bulles. A Lyon, je greffe des images sur les mots découpés que je reçois par mail. On fait des aller-retours, on s'échange nos idées par téléphone. Les personnages trouvent assez rapidement leurs visages mais le story-board met du temps à se mettre en place. Il aura fallu 6 mois pour qu'il trouve sa forme adéquate. 6 mois de discussions, de re-découpages, de tête de veau sauce gribiche, de doutes, de reformulations, de saint marcellin avec un verre de vin... Une fois le squelette mis en place, j'ai enchaîné sur 3 mois intensifs en ermite, avec pour seule compagnie Rachel et des crayons de couleurs. Drôle de métier que celui de dessinateur quand même.
Drôle de joli métier que vous faîtes toutes les deux tout de même !!
Encore merci et surtout du fond du cœur, parce qu’il le mérite plus qu’amplement :
Un grand merci à toutes les deux pour leur spontanéité et leur gentillesse :)
Raphaële, comment t'est venue l'idée d'illustrer ton roman ?

Avant que Du vent dans mes mollets ne soit un roman, je voulais que ce soit une bd, j'avais contacté un auteur dessinateur que j'aimais énormément qui m'a dit qu'il espérait pour moi que le bouquin ne sortirait pas parce que ce ne serait pas un service à me rendre que de me publier. Je crois que ça a été presque trop violent pour m’attrister et me décourager véritablement. Ensuite, Constance Joly a découvert le texte et a été la seule éditrice à y croire sans réserves. En ce qui concerne la transformation du roman en BD, j’imagine que le gentil succès du roman et l’oralité qui le caractérise, mélangés au succès que rencontre la forme roman graphique en général ont donné petit à petit à Constance l’idée d’en faire une BD. Elle saurait mieux le dire que moi. En tous cas, j’avais renoncé à l’idée, et la BD a été, une fois de plus, le fruit de son culot, de son acharnement et de sa foi d’éditrice.
- Comment s'est passée ta rencontre avec Mamz'elle Rouge ?
Plutôt pas mal, non ? :) Constance m’avait dit d’aller « googliser » quelques articles parus au sujet de mon deuxième roman, et c’est là que je suis tombée sur le délicieux blog de Mamz’elle Rouge. Sa page d’accueil était entièrement consacrée à mes deux romans qu’elle recommandait vivement à tous ses visiteurs. Le tout illustré par un dessin représentant une jeune fille à la plage en train de lire Du vent dans mes mollets. Alors j’ai poursuivi ma promenade et ses dessins m’ont sincèrement émerveillée. Quelques temps plus tard, lorsque Constance m’a suggéré d’en faire une BD, on s’est mises à farfouiller parmi des dessinateurs chevronnés, légitimes, mais dont le graphisme n’aurait pas pu rencontrer l’univers de la petite Rachel. C’est alors que je me suis souvenue du blog de Mamz’elle Rouge. J’en ai parlé à Constance qui est allée s’y promener et qui en est sortie aussi ensorcelée que moi, la première fois.
Mamz’elle rouge vous raconte la suite.
Enfin, disons q
ue ma rencontre avec ma grande petite Raphaële a été plus qu'inattendue. Un beau matin je trouve un commentaire d'une auteure que j'adore et qui me dit grosso modo : "Hey toi, j'aime beaucoup tes dessins. ça te dirait qu'on travaille sur une adaptation illustrée de mes romans toutes les deux ?! ". Oui. Moi. Petite illustratrice de rien du tout, avec un blog de rien du tout, qui bricole ses petites illustrations dans son coin depuis pas mal de temps. C'est à moi qu'on parle, me dis-je après m'être pincée 3 fois. Voilà que quelques heures plus tard, Rapha en ligne : "Je suis trop contente que tu ais répondu !!!" Moi j'y crois toujours pas. Peu après, Constance en ligne : "Bon, il faut qu'on se voit. RDV dans 2 semaines, chez Intervista, à Paris. Tu nous feras quelques planches de recherches sur les romans pour voir si ça peut coller. Ok ?" Ben oui. Ok. Deux semaines plus tard, mes crayonnés sous le bras. Paris, Constance, Rapha et moi. Je n'y crois toujours pas, mais j'ai peur. Peur que ça ne marche pas. Ou peut-être peur que ça marche et de ne pas arriver au bout ? Je ne sais pas. Mais ce qui est certain, c'est que le courant passe illico. J'aime les mots. Rapha aime les images. On signe pour une BD à quatre mains sans connaître cet univers-là ni l'une ni l'autre. Et c'est le début de la grande aventure.- Comment avez-vous travaillé toutes les deux ?
(Raphaële) Alors, j’ai d’abord fait ce qu’il ne fallait pas faire : j’ai commencé par un grand travail de sape qui a consisté à rédiger des illustration bien littérales et soporifiques de chacune de mes phrases au cas où le lecteur ne serait pas assez intelligent pour comprendre. J’étais en train de me tirer une belle balle dans le pied. Je me relisais, c’était hypnotisant, ça me tombait des mains et au fond, je m’ennuyais sans m’en apercevoir pendant que je travaillais. Je ne prenais aucune liberté par rapport à mon texte. Et puis, petit à petit, en lisant d’autres BD, mon cerveau a changé de fonctionnement, et il y a eu un genre de petit déclic : j’ai vraiment réadapté mon texte de façon à proposer à Céline une matière qui permette de le dynamiser, de lui donner un sous texte que l’illustration littérale ne permettait pas. Il fallait vraiment que le dessin apporte quelque chose de nouveau à l’histoire, sans la trahir. J’ai coupé, réadapté les dialogues et la narration. Ensuite, j’ai rédigé des idées de story board que j’ai proposé à mamz’elle rouge. Des suggestions de « mise en scène » de chaque image qui racontaient le texte autrement, par un autre chemin, plus visuel. Elle se les est appropriées, les a triés, complétées, transformées à sa sauce, en a créé de nouvelles, bref elle a rebondi sur ce fatras avec son univers poétique et délicatement cruel, discret et culotté, au-delà de mes espérances… Ensuite, mamz’elle rouge a fourni un boulot de titan et un jour, elle me dira quand est ce qu’elle a pu trouver le temps d’aller aux toilettes. Malgré l’urgence monstrueuse dans laquelle elle était, elle a travaillé avec une méticulosité incroyable, n’a jamais bâclé ni cédé à la facilité sous prétexte de rentrer dans le timing. Je me sentais coupable, impuissante et oisive. Bref, l’élégance avec laquelle mamz’elle rouge m’a dépossédée de mon roman est allée bien au delà de ce que j’avais osé imaginer.
(Mamz’elle Rouge) A Paris, Rapha découpe son roman en petits morceaux pour le faire rentrer dans des bulles. A Lyon, je greffe des images sur les mots découpés que je reçois par mail. On fait des aller-retours, on s'échange nos idées par téléphone. Les personnages trouvent assez rapidement leurs visages mais le story-board met du temps à se mettre en place. Il aura fallu 6 mois pour qu'il trouve sa forme adéquate. 6 mois de discussions, de re-découpages, de tête de veau sauce gribiche, de doutes, de reformulations, de saint marcellin avec un verre de vin... Une fois le squelette mis en place, j'ai enchaîné sur 3 mois intensifs en ermite, avec pour seule compagnie Rachel et des crayons de couleurs. Drôle de métier que celui de dessinateur quand même.
Drôle de joli métier que vous faîtes toutes les deux tout de même !!
Encore merci et surtout du fond du cœur, parce qu’il le mérite plus qu’amplement :
Bon vent aux mollets !!
« Du vent dans mes mollets » Edition Intervista – Février 2009. Texte de Raphaële Moussafir, illustrations de Mamz’elle Rouge.

5 commentaires:
Petit coucou... A un blog où j'aime revenir... car il est sympatique ..
A bientôt....
Lorent et ses 2900 trésors les tailleS-crayon...
Bonjour Lily ! Et bien, j'ai beaucoup aimé lire ce dialogue croisé...!! Je note ce livre qui a l'air bien sympa, c'est vrai.
Oh oui quels jolis métiers! Je lirais donc avec plaisir les romans et la BD redynamisée...
Merci Taille-Crayon :)
Antigone et Vanessa, le ce livre va bientôt partir en voyage :)
Hello Lily !
C'est à moi de te remercier pour nous avoir si joliment ouvert ta page. Ce fut un vrai plaisir :)
Bisette crâmoisie *
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