27 janvier 2009

....@@@@@...

'

Je peins, repeins les portes, murs et petits meubles pour la chambre des enfants...


Je n'arrête plus, mes lectures et mes billets prennent du retard.

Enfin pas trop...

A demain peut-être ?

24 janvier 2009

Home, sweet home...

`

Il n'y a que ça de vrai quand le ciel est gris et bas...
Avec un bon bouquin !!
Bon week-end et à lundi !

23 janvier 2009

L'homme à l'envers @ Fred Vargas

Figurez-vous que je viens juste et seulement de faire la connaissance du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Je faisais jusqu'alors partie de ces quelques rares lecteurs à n’avoir jamais encore ouvert un livre de Fred Vargas (il y a en a encore visiblement… ).
Notre rencontre eut lieu quelque part dans le Mercantour. Un Mercantour en émoi, transi d’effroi après les attaques répétées d’un loup aux mâchoires particulièrement impressionnantes. Quand la bête s’attaque à une femme, Suzanne, personnage haut en couleur et admiré du village, toutes les peurs ancestrales se déchaînent. D‘hypothèses en supputations, la rumeur enfle - et s’il s’agissait d’un loup garou, un « homme à l’envers » (imberbe, aux poils rentrés dedans et qui la nuit s’inverse…) ? Le coupable est vite désigné. La curée n’est pas loin qui se profile déjà...
Et c’est là qu’intervient notre fameux commissaire. Appelé en renfort et à son corps défendant par Camille, un ex (pas si « ex » que ça) grand amour, il débarque avec tout le calme et le sang-froid qui le caractérise. Décidément, notre homme n’est vraiment pas comme les autres…. Pour ces collègues, il est aussi génial qu’incompréhensible.Un homme à part, instinctivement doué, seul, libre, insondable, imperturbable… Bigrement captivant !
Si l’intrigue du livre n’avait pas été aussi prenante, à lui seul il retenait toute mon attention, c'est évident…
Mais l’histoire se déploie, très habilement, dans un suspens rondement mené, habitée de personnages tous plus pittoresques les uns que les autres, humains et étonnants. Il y a Camille bien sûr, qui trouve la paix de l’âme en feuilletant un catalogue d’outillages (quand elle ne compose pas de la musique), le Veilleux, un berger qui rassure ses brebis d’un coup de téléphone, et Soliman le magnifique, le fils adoptif de Suzanne… Tous les trois partent dans une vieille guimbarde, une bétaillère qui pue le mouton, à la recherche de cet homme à l’envers.
Équipée fantasque, un peu improbable, détonante. À quelques encablures de là, le commissaire veille, réfléchit, décrypte, et rêve. Tandis que le canadien et fiancé de Camille étudie les loups, les protège et les aime finalement plus que tout, presque trop..

« Dans ce refuge précieux, Adamsberg venait griffonner de longues heures, attendant sans lever un doigt que des idées affleurent à la surface de son esprit.
C’est ainsi qu’Adamsberg cherchait des idées : il les attendait, tout simplement. Quand l’une d’elle venait surnager sous ses yeux, tel un poisson mort remontant sur la crête des eaux, il la ramassait et l’examinait, voir s’il avait besoin de cet article en ce moment, voir si ça présentait de l’intérêt. Adamsberg ne réfléchissait jamais, il se contentait de rêver, puis de trier la récolte, comme on voit ces pêcheurs à l’épuisette fouiller d’une main lourde dans le fond de leur filet, cherchant des doigts la crevette au milieu des cailloux, des algues, des coquilles et du sable. Il y avait pas mal de cailloux et d’algues dans les pensées d’Adamsberg et il n’était pas rare qu’il s’y emmêlât. Il devait beaucoup jeter, beaucoup éliminer. Il avait conscience que son esprit lui servait un conglomérat confus de pensées inégales et que cela ne fonctionnait pas forcément de même pour tous les autres hommes. »

J’ai donné rendez-vous à Adamsberg. Je ne vais pas le lâcher en si bon chemin, il m’a dit « Pars vite et reviens tard »… Tout un programme !

21 janvier 2009

Homeless Story @ FP Mény

Le livre de FP Meny est singulier.
Singulier comme étrange, unique.
Un texte qui se donne à lire ou de refuse, c’est selon….
Meny n’écrit pas pour séduire. Aucune promesse de vous emmener vers un ailleurs poétique, ce serait plutôt l’enfer, le sien, ou alors, à la rigueur, ses doutes, ses errements (sur la route ou dans sa tête), son adolescence blessée, les drogues, le sexe, l’amour…
Ecrire lui était tout simplement vital, c’était sa richesse à lui, et elle est grande.
Les mots, il les jette sur la page, parfois avec violence, il les regarde rebondir, s’échapper, tout casser dans notre petite tête de lecteur un peu transi, trop timoré aussi, c’est certain. Parfois, les mots coulent, fluides, ça semble presque facile, le poète se serait-il assagi ? Certainement pas, le fond n’est pas moins noir, ni moins désespéré.
Alors, on le suit, si d’aventure on n’a pas lâché la corde trop tôt, et peu à peu, le rythme de la marche opère, le souffle à l’unisson, on se surprend à le trouver presque familier.

Homeless Story est une « littérature à l’estomac », un coup poing, que vous éluderez ou prendrez en plein cœur…

Un grand merci à Isabelle Dubois.

Editions Sulliver – Janvier 2009. Egalement, du même auteur et toujours chez Sulliver, « Conquête du désastre » (2008).

Extraits :
« - La trentaine est l’âge où on commence à tuer si nos parents ne nous ont pas appris à vivre, j’ai confondu l’esprit des lois et l’esprit des bois dans un empire bohémien des ténèbres, rien n’est à sa place, en tous cas pas moi, je perds pas de vue que j’ai perdu le nord. »

« Du chaos naîtra l’idylle et des errements ils passeront aux serments, des comics sur la table de chevet, une robe de mariée amidonnée dans le placard et des chérubins qui braillent pendant la leçon de piano. La vie amoureuse sur une chaise électrique. Leurs débris iront grossir la nécropole de tous ceux qui ont volé en éclats après un gros orage quelque part dans une région polaire, mais pour l’heure les pulsations minutes croient à l’amour éternel. Pris au piège d’une empreinte magnétique, les repères s’anéantissent derrière des rideaux en dentelle où bruisse la télé. On se heurte à des parois déformantes et le mouvement hésite entre une application excessive et une maladresse vespérale. La nuit noire cintrée dans ses caprices de star, intimidante et nubile, où nos futurs petits-enfants recevront le flambeau d’un mal séculier. »

Note des Editions Sulliver


Il s’agit d’un livre posthume : FP Mény a été retrouvé mort à 43 ans, en 20o8, dans une grange où il s’était réfugié pour se protéger du mauvais temps, au bord de cette « route » avec laquelle il entretenait un rapport tellement passionnel, la maudissant pour le statut de déclassé où elle le cantonnait, la chérissant pour la liberté dont elle imprégnait son écriture.




20 janvier 2009

Plus tard tu comprendras @ Jérôme Clément

J'ai lu ce livre à sa sortie, il y a près de quatre ans je crois... C'est un de ces livres qu'on n'oublie pas, qui vous marque, vous touche et vous habite. Jérôme Clément y parle de sa mère et son histoire, celle qu'il découvre peu à peu, à travers les archives familiales. Un lien fort et aimant les unissait tous les deux, et pourtant, jamais elle ne lui a parlé de ce qui est arrivé à ses parents pendant la guerre. Arrêtés par les allemands au printemps 1944, ils ne sont plus jamais revenus. Ensuite, le silence s'est refermé sur eux pendant de longues années. Pourquoi ce silence obstiné, pourquoi avoir accepté tant de choses de sa belle-famille (catholique, elle...). Pour vivre, sûrement, tout simplement...
"Réparer, comment réparer l'irréparable ?
Ma mère décide d'enfouir son passé dans les placards. A-t-elle le choix ? Comme tous les juifs, en 1945, elle veut se fondre dans la masse de ceux qui ont souffert de la guerre, résistants, communistes, tous français et déportés, quelle qu'en soit la cause. Des Français comme les autres, victimes de la barbarie nazie, c'est la volonté des gouvernements, gaullistes, communistes, socialistes, mais surtout et aussi des Juifs, qui en ont assez d'être "des spécifiques". S'intégrer, encore plus, s'intégrer surtout pour que cela ne recommence pas."


Ce soir, j'ai vu sur France 2, le film d'Amos Gitaï, tiré du roman de Jérôme Clément (scénario coécrit par l'auteur et Dan Franck). Jeanne Moreau y interprète avec talent (qui aurait pu en douter un seul instant...) la mère, Hippolyte Girardot, le fils, Dominique Blanc, la sœur, Emmanuelle Devos, la femme de l'auteur... A noter, quelques apparitions de Serge Moati en voisin, et ami de la famille et successeur à la pharmacie familiale…

Le film est très beau. La caméra y fixe les lieux autant que les personnes, comme si elle suivait leurs regards, chargés d’émotions, troublés parfois. Il faut dire que les lieux et les choses sont importants ici, primordiaux même. Si la vieille dame parle peu de ce qui l’habite et la touche au plus profond d’elle-même, les choses sont là pour le dire, d’une certaine façon, à sa place.. Il suffit parfois d'un regard, d'une toute petite chose en apparence anodine, et tout est dit.
"Amos voulait l'os du livre, pas la chair" écrit Jérôme Clément dans "Maintenant je sais" * (Texte publié récemment à la suite du roman, par les Editions Grasset). Ce qui loin d'être une critique est une simple constatation. Les deux œuvres sont jumelles mais ne se ressemblent pas, tout à fait. Manquent au film toutes les anecdotes d’un fils sur sa mère, toutes les petites choses qui les unissaient, quasi silencieusement, dans la vie.
Je resterai attachée au film pour l'interprétation de Jeanne Moreau et toute l'émotion qui se dégage des plans séquences d'Amos Gitaï, mais je garde le livre bien précieusement dans un coin de ma mémoire...

Extrait :
« Je vois des lapins partout… Non, non. Je ne rêve pas, je ne suis pas fou. D’abord, sur le secrétaire de ma mère, il y en a un, planté là avec détermination, juste devant, à côté du calendrier en cuir et du gobelet en émail de Chine dans lequel elle mettait ses stylos. Il m’a toujours intrigué, ce lapin en métal argenté, lourd. Enfant, je me mettais sur la pointe des pieds pour l’attraper par ses oreilles dressées. Aujourd’hui, avec ses quinze centimètres, il me paraît modeste. Et pourtant, assis sur son derrière, toujours à la même place, le lapin paraît défier l’éternité. Comme cet autre, son frère jumeau, posé sur un rayonnage de la bibliothèque, devant les livres, et dont le socle indique qu’il servait de bouchon de radiateur à une grosse voiture. Catherine et moi, nous en avons gardé chacun un. Il y en a d’autres, en marbre de couleur, allongés sur leurs pattes de devant, en bois, dans la même position, en ivoire. Cet appartement est rempli de lapins.

Mon grand-père était fourreur. L’animal fétiche de la profession était le lapin, dont on faisait des cols de veste, des tours de cou, des manteaux, des doublures de pelisse. L’avant-guerre était grande consommatrice de lapins. Parfois on les teignait. C’était devenu un commerce. Georges Gornick en vivait. Sur une carte de 1919, est écrit : « commerçant de lapins teintées
».
* citation extraite du Télérama de cette semaine, je n'ai pas encore lu ce texte, mais je vais me procurer cette nouvelle édition très rapidement...


19 janvier 2009

N'oublie pas d'être heureuse @ Christine Orban

« Ma mère disait : "N'oublie pas ton chapeau."
Mon père disait : "N'oublie pas d'être heureuse", et la recommandation valait en toute occasion. C'était à la fois plus simple et plus compliqué : attraper le bonheur comme un gilet dans un placard. Trop impalpable, trop indéfinissable, en cela il ressemblait au sommeil qui ne venait pas si on y pensait.
Fifi avait une solution bien à elle, la vie n'était envisageable qu'à condition d'"être mince et d'habiter Paris
".
Une fois à Paris, les conditions s'enchaînaient toutes aussi surprenantes les unes que les autres. Parmi les plus saugrenues et en première position, elle avait trouvé : la nécessité d'être snob
Première page, en guise d’introduction.

C’est à Fedala au Maroc que la narratrice, Maria-Lila voit le jour, grandit et s’épanouit, entre soleil, ciel bleu et mer azuréenne. Sa vie s’écoule lentement rythmée par les promenades à cheval, les plongées en eau profonde, la chasse aux coquillages et les longues discussions avec l’amie de toujours, la seule, la vraie, Sofia. Ici tout le monde se connaît, partage les mêmes plats épicées et suaves, le goût du miel et de la cannelle, les boulettes de viande à l’œuf… Hormis les serpents qui tentent parfois quelques incursions dans la maison, le calme et la douceur de vie règnent, doucement.
Mais le temps de l’adolescence vient poindre le bout de son nez et avec lui toutes les interrogations sur l’avenir, le temps adulte qui se profile déjà…. Partir ou rester ? S’installer à Paris, chez Fifi, la cousine de sa mère pour y continuer ses études ou… devenir comme sa mère, indolente, fataliste, si triste parfois. Sa mère et ses bains d’ombre sous l’eucalyptus, ses robes de coton un peu démodées, ses éternelles recommandations. Fifi est tout l’inverse… Quand elle arrive de Paris, où elle s’en est allée un jour y faire sa vie, c’est un petit ouragan qui débarque. Habillée à la dernière mode, sophistiquée jusqu’au bout des ongles (carmins il s’entend), elle apporte avec elle tout le tapage présumé de la capitale française, ses bruits, la vie, pas mal de snobisme aussi.
« J’ai toujours rêvé d’être snob », comme d’aller à Paris, peut-être un jour, les deux étant indissociablement mêlés. Une envie, une peur aussi. Quand le père de Maria-Lila meurt brutalement, la toute jeune fille sait que désormais, elle devra inventer seule sa vie et pour ce faire quitter sa terre, rejoindre Paris, quitte à en souffrir beaucoup.
« Je me méfiais du bonheur. Il ne donne aucune énergie et, en cela, il est dangereux. Il rend léthargique, monocorde, sans rêve au bout, ni surpassement de soi. Il est sans passé, sans avenir, instantané et désespéré.
Je ne voulais pas de ce bonheur-là.
»
Si le personnage de Maria-Lila est très attachant, sincère et lumineux, sa mère et sa cousine Fifi, que tout semble opposer, méritent à elles seules qu’on s’y attarde. Toutes deux, d’une certaine façon sont passées à côté de leur vie, pour l’une par fatalisme et paresse, pour l’autre, inéluctablement de trop attendre de la vie, sur jouant et faussant ses attentes …
On abandonne pas Fedala comme cela, quoiqu’il arrive et quoiqu’on fasse, les racines perdurent et dépassent des ourlets.
En contrechamps, l’image du père, le seul homme « adulte » de ce roman, trop tôt disparu mais finalement omniprésent…
Un roman doux et triste, sur le passage à l’âge adulte, le double déracinement de l’enfance et d’un pays qui s’ouvre sur une espérance, une autre vie, en partant d’un constat :
« Il y a toujours une part de soi qui attend autre chose. Personne n’est complètement là où il est. Mais j’ai connu le bonheur, je le sais maintenant. »
Un très joli livre.

Extraits :
« Dieu m’avait domiciliée à Fédala. Je devais y rester. Peu de gens admettent les changements. Cela crée du désordre dans le paysage. Surtout lorsque eux-mêmes n’ont pas osé. Mes racines dépassaient comme une combinaison trop longue sous une jolie robe. Quelque geste que je fasse, le jupon ressurgissait. » »

« Maman résistait à la vie, au mouvement, à l’évolution, même à mon surnom, puisqu’elle seule persistait à m’appeler Marie quand tout le monde m’appelait Maria-Lila. « Tu n’oublies pas ton chapeau, tes sandales, tes lunettes… Pas d’eau froide le ventre plein, ta main sur la bouche quand tu passes devant un essaim de… », etc.
Une mère d’un pays froid dirait : « N’oublie pas l’écharpe, le bonnet, les gants », juste pour changer.
Mon bob vissé sur ma tête, j’adressais à maman un petit signe de la main, consciente de la fragilité de ce sophisme : les mères répètent, les bienheureux désobéissent.
Je savais qu’un jour ses exhortations me manqueraient, qu’un jour, le monde entier se ficherait de savoir si j’avais pris un bonnet ou un chapeau de paille, qu’un jour, les mères et leur recommandations disparaissent.
Je grognais pour la forme, pour être comme les autres, parce que c’était de mon âge et que l’on est ridicule à seize ans si on ne grogne pas ; mais je portais mon chapeau et mes sandales, je me cachais le nez et la bouche en passant devant les guêpes.
»


17 janvier 2009

Un peu de rose pour compenser le gris du ciel...

°

Et quelques marshmallow :)

Bon week-end à tous et à lundi


16 janvier 2009

Le film va faire un malheur @ Georges Flipo

Alexis, jeune et pétulant réalisateur est aux anges. Dans deux jours tout au plus, à l’issue de la clôture du festival Cinéma et Tiers Monde de Trouville, il en est sûr, il en est certain, son premier long métrage se verra couronné de succès. La gloire n’est plus très loin…
Quand Clara, sa petite amie par intermittences (selon les aléas du cœur et les petites fâcheries), l’appelle à moitié dénudée du haut de leur studio, « Alexiiiiis ! », il ne sait pas encore que cet appel strident (auquel il n’arrive toujours pas à s’habituer, même avec le temps) va chambouler à tout jamais son existence.
Et de fait, plus par manœuvre politique que par bonté d’âme, Alexis accepte que son film passe avant même la séance d’ouverture du festival dans le cinéclub de la maison d’arrêt.
Judicieuse ou non, cette décision aussi anodine qu’elle puisse paraître au premier regard va considérablement modifier non seulement l’avenir de son film mais également toute son existence. Car parmi l’assemblée de taulards, il y a Sammy, Sammy le truand cinéphile qui bille en tête n’a plus qu’une idée, quasi obsessionnelle, qu’Alexis réalise un film sur sa vie !

« - Je suis un bon sujet. Je voudrais que vous fassiez un film sur moi. Sur ma vie. Je voudrais que vous la racontiez de façon très exacte. »
Et le « très exacte » prend ici toute sa valeur, comme l’histoire vous le révèlera…
Alexis n’a pas l’heur de trouver son idée géniale, qu’importe, il en rajoutera des tonnes. Ça tombe bien, il sort bientôt de prison, ils pourront, main dans la main, écrire le scénario qu'Alexis réalisera pour de vrai, il va sans dire. N’oubliez pas, l’œuvre doit être exacte.
Le problème d’Alexis, c’est qu’il ne sait pas dire NON, et sans dire oui, il use aussitôt de sa formule consacrée bien qu’usée jusqu’à la corde, son célèbre : « Pourquoi pas » (émis en hochant gravement la tête).
Et voilà notre homme attiré dans un guêpier dont il ne sait pas se défaire… Et tandis que les catastrophes s’accumulent, Sammy veille et envahit inexorablement sa vie, toute sa vie.

On rit, on rigole, on sourit, on pouffe d’aise à la lecture de ce roman aux allures de gentil thriller et de piquante satire sociale. Si le monde du cinéma y est joyeusement épinglé, celui de la pub n’y est pas épargné, pas même les mafieux, qui s’ils ne paraissent pas trop méchants au premier regard, nous réservent tout de même pour la fin de sacrés frissons et pas mal de sang répandu.
Drôle, enlevé, écrit d’une plume élégante et malicieuse, « Le film va faire un malheur » est effectivement promis à un bel avenir et pourquoi pas cinématographique ?

Extrait:
« Il expliqua à Sammy qu’il n’était pas très cultivé, juste assez pour affronter des revolvers, et comme le malfrat semblait perplexe, il lui rappela avec un sourire indulgent : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver », en lui précisant que la phrase était de Hanns Johst, et non de Göring – même si ce dernier la citait fréquemment -, encore moins de Baldur von Schirac ; et bien pour lui c’était le contraire, quand il entendait le bruit d’un revolver, il sortait son peu de culture. Et il soupira, satisfait : tout cela était fumeux, assez chic, un propos d’homme cultivé. »

14 janvier 2009

Zen City @ Grégoire Hervier

Zen City n’est pas seulement une ville nouvelle, à l’architecture ultra-moderne, une sorte de Silicon Valley à la française, implantée quelque part dans l’un des plus beaux sites des Pyrénées, loin s’en faut… C’est une toute nouvelle conception de vie régie par le concept « Global Life » dont l’objectif premier est d’offrir « un environnement idéal et sécurisant pour les cadres du monde entier. ».
En un mot, leur offrir une qualité de vie exceptionnelle dans un cadre de vie idyllique, sans pollution, et sans la moindre contrariété. Tout absolument tout y est prévu pour que chacun de ses habitants soit débarrassé du moindre souci matériel (le rendement professionnel n’en sera bien sûr qu’amélioré)…
La clef de voûte de ce système : les puces RFID (identification par radio fréquence) qui se chargeront tout autant de surveiller votre domicile que de remplir votre frigidaire selon vos goûts et vos envies. Finis les codes, les mots de passe et tutti quanti, une puce implantée sous la peau de la main droite et le tour est joué… Alors certes, quelques protestations se firent entendre ici et là au nom de la protection de la vie privée des habitants, mais l’enjeu était de taille, le projet innovant, ambitieux et combien séduisant.
Quand Dominique Dubois franchit le seuil de cette ville du nouveau millénaire, il n’en revient pas encore de la chance qui lui a été donnée. Pour ce chômeur de quelques mois, en passe de tout perdre, et irréductiblement « moyen » (« le genre d’individu qui ressemble un peu à tout le monde et qu’on ne remarque jamais »), ce nouveau job est une véritable aubaine l’unique chance peut-être de rebondir et de reprendre enfin pied…
A peine arrivé, il dispose aussitôt de son appartement, neuf et décoré selon son choix (sur logiciel, plusieurs modèles disponibles) et d’un smartphone ultra-moderne, servant tout autant à téléphoner, qu’à ouvrir sa porte, payer ses achats, transmettre ses informations personnelles à d’autres cadres de la ville – idéal pour draguer autant que travailler - (il suffit d’actionner la fonction « connecté », le réseau Proxifun et le wifi se chargent du reste)
Sa première visite au supermarché de Zen City l’impressionne au plus haut point. Ici, plus de produits en bataille à charger dans son caddie, mais des « linéaires » affichant un écran tactile sous chaque produit (effleurer l’écran, les informations sur le produit apparaissent, il suffit d’une nouvelle pression pour acheter, grâce à votre puce implantée, tout se passe très vite. Un jeu d’enfant ….).

Le lendemain, il prend aussitôt ses fonctions, en tant que « chargé d’études marketing », il a pas mal de pain sur la planche, et de grain à moudre, les puces RFID étant, comme vous commencez à l’imaginer, porteuses de pas mal de données…
Et c’est peut-être là que le bât blesse… Tout bascule définitivement quand une collègue de Dominique se fait assassiner chez elle en dépit de tous les systèmes de surveillance électroniques et qu’il se met à recevoir d’étranges messages de « hackers » qui n’ont visiblement pas l’air d’adorer Zen City et sa Zénitude…

Je n’en dirai pas plus, mais sachez que le témoignage que vous allez lire n’est ni plus ni moins que le blog de Dominique Dubois (survivant de la tragédie de Zen City) commencé quelques mois avant son arrivée, poursuivi ensuite pendant un an et demi avant d’être brutalement interrompu. Dominique continuera à écrire, mais seulement pour lui…
« Ce témoignage est donc à la fois inconnu du public et en grande partie inédit »…
Envoyé sous forme de clef USB à l’éditeur, ce dernier, alerté par les derniers évènements qui embrasent alors Zen City, décide de le publier.
À ce jour, Dominique Dubois reste introuvable.

Roman de science fiction, thriller, étude sociologique, « Zen City », dépeint à n’en pas douter, une réalité pas très éloignée de celle que nous vivons ou allons vivre très prochainement… (À ce sujet, l’annexe du roman vous donnera des frissons….).
Passionnant et diablement captivant !

Un petit conseil, rendez-vous immédiatement sur le site de Zen City et regardez, découvrez, lisez par vous-même…
L'avis très positif également de Bibliomanu :)

(découvert sur le site de Grégoire Hervier... et particulièrement parlant, n'est-ce pas ?)

En librairie le 15 janvier. Editions Au Diable Vauvert.
Merci à Anne Vaudoyer pour m'avoir permis de le découvrir en avant-première.

Mamie en miettes @ Florence Aubry

« J’appuie sur l’interrupteur, et j’ai un mouvement de recul. Mamie est là, dans son fauteuil roulant. L’engin prend toute la place, notre salle de bains est si petite.

Ma Mamie à moi, la seule, je n’en ai jamais eu d’autre.

Elle tourne le dos au miroir. Son visage fripé est couvert d’entrelacs mats, les chemins asséchés de larmes récentes. Elle tiraille entre ses mains un pauvre mouchoir à carreaux. Elle me regarde et je vois qu’elle est bouleversée.
(…)
Mamie est à quelques centimètres de moi, elle me semble pourtant terriblement lointaine.
Elle me dit :
« - J’ai cassé la boîte, tu sais, la petite boîte en verre, sur la table basse, celle que ta maman avait eue avec son dernier colis.
(…) »
Et soudain, je vois ce que je pouvais, ne voulais pas voir. Des couleurs qui me blessent. Des traces rouges sur les bras. Des traces bleues sur les pauvres jambes grises. L’une de ces traces laisse échapper un filet écarlate, qui goutte sur le carrelage froid. Le blanc éclatant de la chemise de corps, sous la déchirure de la blouse.

Brutalement, les longs derniers mois dans cette maison défilent dans ma cervelle bouleversée. La vaillante petite machine analyse, recoupe, assemble, déduit, conclut, et me montre soudain ce que je m’obstinais à ignorer.
Je sais ce que je dois faire, et je vais le faire.
»

Et Gaëlle fait ce qu’elle doit faire. Elle se rend à la gendarmerie, le cœur vaillant, pas évident pour une petite jeune fille. Elle va le faire, parler, raconter ce qui se passe chez elle, depuis que Mamie habite à la maison, juste avec elle et sa mère.
Mais devant la gendarmerie son courage flanche un peu, les mots s’évanouissent, son cœur bat trop vie. Heureusement, il y a Madame Pélage, la femme d’un des gendarmes, la mère d’une enfant de sa classe. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, elle se retrouve assise dans le salon, une tasse de tisane bien chaude entre les mains. Madame Pélage s’installe à la table de la salle à manger :
« - Je vais me mettre à mon puzzle, c’est un quatre mille pièces, qui représente une carte ancienne du monde. Je te tournerai le dos, et toi, tu me raconteras ce que tu étais venue raconter aux gendarmes. Je ne poserai aucune question, et je me retournerai que quand tu serais sûre d’en avoir terminé, et que tu me le diras. »
Alors Gaëlle se lance, elle se sent si bien dans cette maison, un peu comme dans un cocon et tous les mauvais souvenirs affluent « comme de vilaine mouches noires à qui l’on ouvre la fenêtre. »
L’arrivée de Mamie à la maison, après sa fracture de du col du fémur, les débuts de leur cohabitation à trois, au début tout roses et parfaitement parfaits… Et puis, l’arrivée d’un amoureux dans la vie de sa mère et l’histoire qui bascule dans une indicible horreur.
Voilà un tout petit roman écrit avec grâce et sensibilité. Le sujet est difficile, pour ne pas dire tabou, très tabou…. La violence faite aux personnes âgées… Florence Aubry relève le pari d’en parler sans pathos, ni mélo, avec sincérité et beaucoup de tendresse.

Un livre à mettre entre toutes les mains des adolescents comme des adultes…


Collection Doado, Editions du Rouergue.

13 janvier 2009

Kathleen @ Fabrice Colin

Je n’irai pas par quatre chemins, ce livre est une petite merveille.
Un livre qui se tricote et se construit maille après maille, au fur et à mesure que les chapitres défilent, comme dans un film un peu étrange, une succession de flash back, tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur. Les voix se succèdent, les narrateurs changent, les points de vue et les époques se mêlent, laissant poindre peu à peu ce qui les unit, ce qui les tisse ensemble, liés à jamais par cette histoire.
D’un côté un vieil homme qui se meurt, à Paris, en 2005, Poopdeck Pappy, de l’autre, un jeune homme, son fils qui tente de recomposer l’image de ce père qui ne sait plus très bien qui il est, qui ne le sait plus du tout à vrai dire. Entre les mains du fils, un carnet, le journal du père, même pas sa vie ??? Peut-être, une des facettes, un de ses personnages, une de ses incarnations, peut-être la plus véritable au fond. Etrange journal tout hérissé à la marge d’annotations saccadées, interrompues, reprises… Il y parle beaucoup de Katherine Mansfield, Kathleen… Et lui, lui dans tout ça, se demande son fils, son propre fils. L’avait-il déjà oublié pour ne jamais l’y mentionner ??

Fin 1922, Katherine Mansfield, arrive un jour particulièrement froid et saisissant, dans la propriété récemment acquise par le célèbre Gurdjieff à Avon, à deux pas de Fontainebleau. C’est sa dernière chance. Elle y croise Louis, le fils du gardien, dont la femme s’est pendue un jour dans le parc… Louis, alors adolescent, éprouve aussitôt pour cette femme, déjà à la frontière de la mort, une irrésistible attraction. Peu après il lui confie un pendentif, l’hippocampe retrouvé dans la main de sa mère. L’hippocampe, le fil ténu, le lien… il tremble légèrement et poursuit sa course lente à travers les époques, sautant d’une narration à une autre.
Mathurin, Louis, Charles Pardieu… Fils et petits-fils tous, semble-t-il frappés de la même malédiction la perte, la disparition atroce et sans nom de la femme aimée, mère ou femme, ou amante.
Et puis, bien sûr, il y a Gurdjieff. Le mage et ses disciples, sa secte qui n’en pas une, sa quête improbable et ô combien séduisante d’une autre dimension, liberté intemporelle, fondamentale et intangible. Le chercheur d’éternité….
Que reste-t-il après la mort de tout ce que nous fûmes, une boue, un magma de choses informes, une tombe… Peut-être pas… Les dernières pages, les derniers mots éclairent tout le roman, renverse les certitudes, éclaire l’impossible quête d’une toute autre lumière.

Vous verrez, à votre tour, vous vous y perdrez dans ce livre, car il faut s’y perdre, s’immerger dans les mots, les lignes, les phrases, toucher du doigt un réel « tangible » pour replonger dans le rêve, un je ne sais où, où décidément le temps s’est arrêté, s’étire et enveloppe tout, les vivants et les morts.
L’histoire n’est pas aussi labyrinthique que mon discours charabia le laisse supposer, c’est juste que c’est un livre « nourrissant », plein et rond, qui vous donne du grain à moudre et des émotions à revendre. Bref, nécessaire et qui compte indubitablement dans la vie d’un lecteur.

« Tu disais Kathleen, jamais Katherine. Tu m’as expliqué que tu avais vécu avec elle à Paris, que vous vous étiez quittés précipitamment mais que tu savais que la vie, au sens où toi tu entendais ce mot, finirait par vous réunir à nouveau. A l’époque, j’ignorais tout de cette femme, enfin, j’en savais assez, je savais qu’elle était morte. ».

Dans le journal de Katherine Mansfield, il y a ces quelques mots, écrits un soir de tempête :
« Je voudrais écrire un livre qui soit irréel, et cependant tout à fait possible. »
Irréel et tout à fait possible, tout comme ce Kathleen de Fabrice Colin.

« Des images se matérialisent, emplissent l’espace puis se dissipent, diaphanes. » écrit le vieil homme, en marge de son carnet…

A Noter et à lire plus sûrement que mon piètre billet :
L’avis de Transhumain ( (plus qu’un billet, une magnifique étude du roman) et son entretien avec Fabrice Colin.


Des photos et dessins (respectivement de Caroll’Planque, et d’Elvire de Cock) émaillent le roman, comme des arrêts sur image…

Extrait :
(Note en marge du carnet de Poopdeck Pappy)
« Lorsque tous les instants d’une vie s’ajoutent les uns aux autres au lieu de se remplacer, lorsque tout ce que nous avons dit, fait, écrit, rêvé, si tous les gens que nous avons croisés, tous les endroits où nous sommes allés s’accumulent dans un espace circonscrit à raison de cinq images par seconde (ce qui est à peu près ce que l’œil humain est capable de percevoir), et quand bien même l’espace en question serait aussi grand que Paris, voici ce que cette vie devient, une boue noirâtre, un flot ininterrompu de gens broyés, de souvenirs pillés, réduits en poussière, en bouillie, pressés si fort qu’ils s’en interpénètrent, deviennent indissociables, indissociés, indissociants, compacts, solides, réels. »
Editions de l'Atalante. 2006.

12 janvier 2009

Dragons et chimères, Carnets d'expédition @ Pierre Dubois et Camille Renversade

°
« A la façon d’un carnet d’expédition retrouvé dans un tiroir poussièreux du Museum d’histoire naturelle, Camille Renversade, à travers des photographies vieillies, des dessins et fragments de squelettes, nous entraîne dans deux aventures : la première en Afrique à la recherche de dragons et la seconde dans les lointaines Indes, où les membres de l’expédition croiseront harpies, licornes et chimères. Avec comme compagnon pour ces voyages en imaginaire l’éminent spécialiste des êtres surnaturels. Pierre Dubois » (Extrait quatrième de couverture).

Je dois dire que je suis totalement tombée sous le charme de ce livre, tant par son texte aux allures délicieusement surannées que par ses illustrations – dessins, portraits caricaturés, photos de nos explorateurs costumés et harnachés comme au bon vieux temps. On s’y croit, on y croit et on les suit, médusés, tournant fiévreusement une à une les pages de ce carnet de bord alors que nos aventuriers poursuivent, armés d’appareils photos révolutionnaires pour l’époque (1900 !) et de carnet de croquis, dragons et chimères – créatures toutes aussi extraordinaires les unes que les autres qu’ils finissent par rencontrer ! Et oui, il faut le dire, toutes ces créatures n’ont en aucun cas disparu, elles survivent quelque part, dans les contrées lointaines de notre imaginaire, ramenées à la vie par le talentueux Camille Renversade, illustrateur et spécialiste en cryptozoologie, et par Pierre Dubois autre grand rêveur…

Et si je vous disais que les fantômes de Lewis Caroll et de Conan Doyle ne sont jamais très loin !
Tenez voici le fameux Dodo, que l’équipe découvre dans le parc du Maharajah Vishankâr IV…



et le thé royal offert par le maharadja à toute notre petite équipe…



(Cliquez pour agrandir les images...)

Dragons carnivores (le fameux Zemio), Harpies, Chimères, Phénix et tant d’autres revivent dans ce carnet de voyages d’un autre temps, éternel celui-là, celui des rêves et de notre enfance…

A découvrir de toute urgence !

Ici une interview de Camille Renversade.
Ici son merveilleux site...



Camille et la fameuse Harpie

10 janvier 2009

Pour Georges...

.... Et seulement pour lui :)

Ma célèbre table de chevet dite "à moustaches" !

Bon week-end à tous et à lundi !

09 janvier 2009

Communiqué de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse

Communiqué que je reproduis ci-dessous, en témoignage de soutien aux auteurs et illustrateurs Jeunesse concernés et en espérant que tout rentrera rapidement dans l'ordre ...

Epiphanie aux éditions Vilo (Edigroup)

Jeudi 8 janvier à 15 heures, cinquante auteurs et illustrateurs, adhérents de la Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse* se sont retrouvés au 91bis, rue du Cherche-midi, siège des éditions Vilo (Edigroup)*, pour obtenir le paiement des droits d’auteur 2007/2008 – et pour certains également 2006/2007 - et des droits SOFIA issus du prêt en bibliothèques.

Monsieur Michel Scotto, le PDG du groupe, par ailleurs fondateur de la société San Marina (chaussures), propriétaire de nombreuses entreprises et président du club de foot, l’AS Cannes, étant absent, quatre d’entre eux, dont Marie Sellier, présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, ont été reçus par monsieur Jacques Riquier, de Publisher for Publisher. Ce dernier sous-loue des bureaux dans le vaste espace déserté du 91, rue du Cherche-Midi (Les éditeurs sont apparemment tous partis) mais affirme « je n’ai rien à voir avec cette maison-là. »

C’est néanmoins lui, en l’absence de tout responsable, qui a été chargé par monsieur Michel Scotto de remettre aux auteurs de la Charte les relevés de droits de l’ensemble des auteurs jeunesse du groupe, y compris des absents ! Relevés d’ailleurs non conformes au code de la propriété intellectuelle puisque ne mentionnant ni tirages ni stocks.

Joint au téléphone, monsieur Michel Scotto a reconnu ne pas s’être jusque là préoccupé des auteurs, considérant qu’il était normal de les payer avec retard puisque c’était « chez tous les éditeurs pareil ». Il s’est formellement engagé à verser l’ensemble des droits (reliquat 2006/2007, droits 2008/2009, droits SOFIA sur le prêt en bibliothèques) d’ici le vendredi 16 janvier 2009.

Les auteurs et illustrateurs de la Charte n’ayant pas de raison de douter de la parole de monsieur Michel Scotto ont pris acte de cette promesse et ont quitté les locaux en laissant quelques autocollants et brochures de présentation de l’association.

La Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse – Hôtel de Massa – 38, rue du faubourg Saint-Jacques- 75014 Paris.

Contact : Marie Sellier, présidente


* La Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse, association créée en 1984, regroupe 800 auteurs, illustrateurs, traducteurs de livres pour la jeunesse. Elle a le soutien du Centre National du Livre, de la Ville de Paris, de la Région Ile de France et de la DRAC.

**Le groupe éditorial indépendant Vilo (Edigroup) rassemble les éditions de l’Amateur, le Baron Perché, les éditions du Collectionneur, la Cote de l’Amateur, Créations du Pélican, Hervas, les éditions Complexe, l’Insolite, Marval, Pouchet-plan net, Ramsay, Terrail, Vade Retro, Vilo éditions, Vilo jeunesse.

Diaporama @ Agathe Colombier Hochberg

J’ai choisi et reçu ce livre dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio, que je tiens à saluer au passage pour son organisation exemplaire et le choix de plus en plus varié des livres proposés.
J’avoue avoir été cette fois déçue par le livre sur lequel j’avais avidement jeté mon dévolu, et pourtant le sujet me semblait prometteur…
« Diaporama » est le récit croisé de quatre hommes et quatre femmes, leurs histoires d’amour forcément compliquées, inextricablement mêlées ( ils font tous partie de la même famille, sauf deux – si je ne me trompe). Histoires d’amour adolescentes ou moribondes, selon l’âge et le « degré de maturité » des personnages.
Le procédé de donner successivement la parole aux différents protagonistes d’une même intrigue est souvent passionnant, l’effet kaléidoscope qui s’en dégage m’a toujours semblé au plus proche de la vie, de sa complexité. Le dernier roman de Nicolas Cauchy qui adopte ce partis pris est l’exemple même du roman « polyphonique » réussi et parfaitement maîtrisé. Dans le roman d’ Agathe Colombier Hochberg, les points de vue des personnages se succèdent, en de longs monologues, les plus réussis et les plus touchants étant à mon avis ceux des parents et des grands-parents, leurs témoignages pour déprimants qu’ils soient, sonnent juste, émouvants dans leur solitude, leur détresse qu’ils n’arrivent plus à partager et donc à soulager.... Toutefois, je trouve qu’il manque un « petit quelque chose » à ce livre pour le rendre captivant, un « liant », un élément qui fasse à un moment donné rebondir l’intrigue, lui donne un peu plus de mordant… L’ennui guète au bout d’un moment. L’ennui et la tristesse à l’écoute de ces personnages qui « se racontent » trop, comme s’ils étaient installés sur le divan d’un psy…
Bref, j’avoue avoir été un peu déçue, même si ce livre ne manque pas de qualités et de sensibilité, loin de là…

Le titre finalement « Diaporama », résume bien ce que j’ai ressenti, tout au long de ma lecture. Je suis restée à la surface de l’histoire à contempler une succession d’instantanés de vie, sans me sentir touchée, ou trop rarement…

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

08 janvier 2009

The Staircase (Soupçons)

Documentaire de Jean-Xavier de Lestrade,
produit par Denis Poncet (2004)



Le 9 décembre 2001, Kathleen Peterson, femme du romancier américain Michael Peterson, est retrouvée quasi morte par son mari au pied de son escalier, couverte de sang … Elle décède avant l’arrivée des secours. Dix-huit mois plus tard, le romancier est jugé coupable du meurtre de sa femme et condamné à la prison à la vie.

Jean-Xavier de Lestrade, qui vient de terminer « Un coupable idéal », un documentaire sur un jeune noir, accusé à tort de meurtre, accepte de suivre « l’affaire » tout du long, de la préparation du procès, pendant le déroulement du procès lui-même, jusqu’au verdict qui tombe comme un couperet.
Le réalisateur entre dans l’intimité du présumé coupable et de sa famille avec beaucoup d’empathie et de discrétion, filmant tour à tour les deux parties, tout autant celle de la défense que celle de l’accusation. Le résultat est troublant, passionnant, éprouvant…
Tous oublient peu à peu la présence de la caméra portée à l’épaule, les micros habilement disposés dans les diverses pièces de la maison… Le « spectateur » du film peut presque croire être là, dans le salon, la cuisine, le bureau, où Michael et son avocat, le talentueux David Rudolph, conversent, où les enfants discutent, espèrent…
Pas un instant, les enfants (hormis la fille de Kathleen) n’ont douté de son innocence, pas même quand les divers rebondissements de l’affaire viennent entacher péniblement l’image de leur père.
Et des rebondissements, il y en a, que nous suivons comme en direct, au fur et à mesure que les avocats découvrent les manœuvres de l’accusation qui n’hésite pas à exhumer une histoire vieille de 17 ans, datant de l’époque où Michael vivait encore en Allemagne, le décès, au pied de son escalier, de la meilleure amie de l’écrivain. De là à en conclure que l’homme n’est ni plus ni moins qu’un tueur en série « des escaliers », il n’y a qu’un pas, vite franchi…
Il faut dire que la coïncidence est troublante. Cette affaire prend résolument des allures de roman policier, sauf que celle-ci est réelle, bien réelle, hélas.
Jean-Xavier de Lestrade n’a accepté de tourner ce film que dans la mesure où il ne pensait pas que Michael Peterson soit coupable. Il penchait même plutôt pour son innocence. Le côtoyer pendant 18 mois, n’a fait que renforcer le DOUTE. Rien au final n’est élucidé dans cette affaire.
Et pourtant le tribunal tranche et condamne.
Le documentaire dévoile une image peu reluisante de la Justice américaine telle qu’elle est pratiquée en Caroline. De quête de la Vérité, à aucun moment il n’est question.
Qu’est-il arrivé réellement à Kathleen Peterson ? Nous ne le saurons jamais. Durant tout le procès, deux thèses se sont affrontées, la défense prônant la thèse de l’accident, l’accusation, celle du meurtre perpétré par le mari. Les deux thèses ne varieront pas, aucune recherche d’une éventuelle troisième voie.
Michael Peterson est, pour le procureur de cet état du sud des Etats-Unis, le coupable idéal… Il représente tout ce que la « bonne société » déteste viscéralement. Un libre-penseur, dont on découvre les passions homosexuelles adultères, un romancier capable de tout échafauder, même le pire, un journaliste qui se bat contre la corruption… Michael de toute évidence sera jugé coupable pour ce qu’il EST et en fonction de ce qu’il EST. C’est parce qu’il est tout cela réuni qu’il ne peut qu’avoir commis le meurtre de sa femme. Consternant et profondément angoissant.
« N’oubliez pas qu’on n’a pas affaire à une personne ordinaire mais à un écrivain de romans. Certains le trouvent même doué. Cette personne sait créer une intrigue fictive… ».
Dixit l’adjointe du procureur dans sa plaidoirie finale.

Il n’est pas toujours de bon ton d’être romancier, cela peut même s’avérer tout particulièrement périlleux…

Alors, Michael Peterson a-t-il tué ou non sa femme ???
Comme le dit Jean-Xavier de Lestrade, dans l’entretien qu’il accorde à Canal + dans le 3éme DVD, aucune certitude, chacun se fera sa propre opinion. Peterson est un personnage extrêmement complexe, intelligent, cultivé, mesuré, et très maître de lui-même, très tourmenté également. Il reste autour de lui comme un halo impénétrable, infranchissable…
Peterson nous renvoie à nous-mêmes, prendre parti pour ou contre lui, ne peut se faire sans dévoiler ce que nous SOMMES, nous. Tout à fait passionnant.
La réaction de son avocat, après le verdict est très émouvante. Cet homme, talentueux et sympathique, originaire de New York, est totalement effondré, laminé.
Il déclare avoir perdu foi en son métier. Ses mots sont très forts.

Jugé dans une grande ville des Etats-Unis, New York ou Los Angeles, il y a fort à parier que le verdict aurait été différent...


Après la réalisation de ce documentaire et sa diffusion en 2004 dans de nombreux pays, un nouveau coup de théâtre intervient, preuve s’il en est une, que la réalité dépasse de loin la fiction…
Une plume a été retrouvée dans l’un des cheveux de la victime, collée avec du sang. L’autopsie, en avait fait part, mais sans s’y attarder… Or, il s’avèrerait exact qu’une chouette habitait au-dessus de la porte de la cuisine… Et les chouettes peuvent parfois attaquer les humains et leur infliger de cruelles blessures…
Nouvelle hypothèse, qui pourrait concorder… Ou pas… En tous cas qui pourrait nécessiter une réouverture du dossier, une nouvelle quête de la vérité.

À suivre de toute évidence. Jean-Xavier de Lestrade n’exclurait pas la possibilité de réaliser un dernier épisode. Une suite et fin à ce thriller, hélas trop réel.

A lire, l'excellent article de Télérama...


« Soupçons », coffret de 3 DVD, Editions Montparnasse.
8 épisodes (6h25) et 1h30 de compléments.

07 janvier 2009

Vendeur de cauchemars @ André Benchetrit

°

Lili et Elvis ont été laissés seuls, une fois de plus, dans la grande maison vide. Leurs parents d’infatigable joueurs, passent le plus clair de leur temps au casino, mais aujourd’hui c’est différent, ils ont rendez-vous chez le juge pour tenter de trouver une solution à leurs éternels problèmes financiers, menaces de saisie et visites d’huissiers. La maison n’est pas vide pour rien… Enfin, disons que le père a trouvé pour l’heure la solution, en attendant que la chance tourne, une pièce secrète tout simplement, où toutes les richesses de la maison sont accumulées, à l’abri….
Mais pour le moment, c’est la dèche, et en ce jour particulier, les deux enfants livrés à eux-mêmes sentent l’ennui peser comme un couvercle. Pas de télé, comme le reste elle est planquée. Lili sent poindre ses anciens démons, enfin disons plutôt un diablotin, un roi de trèfle qui la hante et lui parle depuis quelques temps déjà. Elle en a assez, il faut dire qu’il lui a valu déjà un séjour chez le psy. Allez ouste, du balai, Lili, l’insulte, elle n’en veut plus.
Et puis tout à coup la porte sonne, et un étrange individu, tout vêtu de blanc, valise à la main se présente à eux et entre derechef, sans ménagement.
« Monsieur, vous êtes d’une société de recouvrement ? »
« Non, non, répondit-il. Je suis vendeur de cauchemars. Mon métier c’est de vendre des cauchemars. Voilà. Je suis là pour ça. »
Et des cauchemars en effet, il y en a à revendre dans son étrange valise.
Un huis clos particulièrement éprouvant s’installe alors entre les deux enfants, le vendeur qui paraît tout droit sorti d’une publicité tant son costume et ses dents étincellent de blancheur et le roi de trèfle qui pour une fois semble plutôt bien disposé.
« On ne choisit pas ses parents »….
Un petit livre au suspens rondement mené, tendu comme une corde menaçant de rompre à tout moment. Une fable, un conte, un cauchemar, une triste réalité…
A découvrir de toute urgence !
Ici l’avis de Clarabel.
Collection Dodado, éditions du Rouergue.

06 janvier 2009

Parure d'emprunt @ Paula Fox

°

Les livres de Paula Fox font partie intégrantes de ma vie de lectrice, j’aime et j’admire profondément cet auteur découverte il y a quelques années déjà, bien avant l’ouverture de ce blog….
« Borrowed Finery » m’attendait depuis des années dans ma bibliothèque, je me promettais régulièrement de le lire, quitte à éplucher le dictionnaire pour ne pas en perdre une parcelle. Mais voilà que les éditions Joelle Losfeld ont eu l’excellente idée de le publier en français. Lâchement je me suis précipitée sur la traduction française (excellente au demeurant de Marie-Hélène Dumas). Le charme a tout de suite opéré….
Paula Fox y raconte les vingt premières années de sa vie, existence mouvementée d’une petite fille, puis d’une adolescente incessamment brinqueballée d’une famille à une autre, d’une pension à une autre, au gré des décisions aussi soudaines qu’inattendues de son père.
Paula ne fut pas une enfant désirée des ses parents, des adultes à peine responsables, aussi virevoltants et tapageurs que les Fitzgerald.
La jeune fille puis la femme, sera à tout jamais marquée par l’image de cette mère si séduisante et élégante, mais qui la refuse et la juge dès le premier regard. Le père, écrivain à ses heures, à d’autres scénariste pour Hollywood, passe sa vie à émerger de nuits et de fêtes dont il sort ivre à mourir. Et pourtant ce sera lui qui de loin en loin la suivra, parfois à contre courant.
Le père, le vrai, celui de sa petite enfance, restera indéniablement celui qu’elle appellera « L’oncle Elwood », un pasteur qui la recueille alors qu’elle n’a que quelques mois, à lui elle doit tout, c'est-à-dire les années sans doute les plus heureuses de son enfance, et l’amour des livres qu’il lui transmet avec ferveur.
Quand elle dut le quitter pour partir à Cuba avec sa grand-mère maternelle, elle écrit :
« C’était pire qu’un mauvais sort. Cette séparation fut une amputation. ».
Après Cuba, les voyages et les séjours chez des amis ou de vagues connaissances de ses parents ne cesseront de se succéder… La Floride, New York, le Canda, le New Hampshire… Sans cesse déracinée, Paula Fox grandira éloignée bien souvent des siens (et souvent avec soulagement de ses parents) engrangeant des impressions, des images, ses sensations dont elle fera son miel plus tard, dans ses livres à venir.
Tout l’art de Paula Fox est de rendre à la vie des instantanés d’existence avec beaucoup de justesse et de sensibilité. Point n’est besoin de grands discours, une image, une réplique, et tout vous saute à la figure comme si vous l’aviez vécu. La petite fille de six, sept ans, l’adolescente angoissée est là qui vous parle.
Un grand et très bel écrivain.
Un long extrait que j’aime tout particulièrement :
« Oncle Elwood écrivait ses sermons et ses articles à la machine, une Underwood qui trônait sur une table au milieu du bureau. C’était une vaste pièce carrée, simple, avec de grandes fenêtres. Et quand il faisait beau, que la lumière s’y déversait, elle semblait flotter. Des livres s’alignaient contre un mur. En face d’eux était installé un secrétaire immensément haut, qui me rappelait un temple chinois aperçu dans le National Geographic. Il était muni d’innombrables petites portes qui donnaient sur des passages secrets envahis de poussière. Dans ses étroits tiroirs, quand ils n’étaient pas vides, étaient rangées des pièces de monnaie étrangères, des souvenirs de voyages en Europe et un morceau de biscuit jauni dont Oncle Elwood m’avait dit qu’il datait de la guerre de Sécession. Je m’en étonnais toujours, et c’était toujours la dernière chose que je contemplais avant de redescendre de la haute chaise sur laquelle j’étais montée. Je devais lutter contre l’envie que j’avais de le manger. »

05 janvier 2009

De manière à connaître le jour et l'heure @ Nicolas Cauchy

« En vérité je vous le dis, je ne vous connais point. Veillez donc ; parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
Le livre s’ouvre sur l’image d’un homme marchant sur la plage. En contrechamps, un autre homme qui lui promène son chien. Ils ne se connaissent pas, ou peut-être si, peut-être ont-ils joué ensemble, enfants… Le premier a tout d’un parisien en vacances, un peu avant l’heure, la saison n’a pas encore commencé. Il se parle à lui-même avec la conscience accrue de celui qui observe ce qu’il aimait pour la dernière fois. Et il se met à penser à l’homme au chien, à ce qu’il doit bien penser de lui, « Un Parisien qui se tenait là, debout, à regarder la mer, pieds nus dans le sable », évoquant confusément une publicité pour un parfum, quand le temps paraît suspendu autour d’un homme vêtu de lin clair qui semble ne devoir jamais vieillir.
Oui, c’est comme ça qu’il parlera de moi en ouvrant son journal régional qui titrera peut-être, selon la formule consacrée aux faits divers : « Hier matin, un homme de cinquante-quatre ans a trouvé la mort. »
»
Le chapitre se clôt sur cette conversation silencieuse,
« - Vous vous êtes cru immortel n’est-ce pas ? »,
Pour revenir, comme en flash back, six jours plus tôt, le jour même de l’anniversaire de Jean, l’homme habillé de lin clair sur la plage. Un déjeuner de famille est organisé pour l’occasion, Jean doit fêter ses cinquante-quatre ans, tous ses enfants, petits enfants sont réunis dans leur belle maison parisienne, tout au fond d’une impasse jalousement gardée par un gardien. Champagne de rigueur, photo de famille… Jean reste vissé à son fauteuil, il attend son messager, il s’appelle Gabriel, comme l’ange… L’ange ami de jeunesse, l’ange médecin qui apporte l’enveloppe, une enveloppe qui doit sceller, il le pressent, sa destinée.
Six jours plus tard, Jean meurt sur cette plage.
Après l’anniversaire, c’est l’enterrement, autre cérémonie autour du patriarche, l’homme à qui tout avait réussi, l’homme qui devait se croire immortel… Etrangement, absent à jamais, il n’en est encore que plus présent. Il est là en creux, et chaque membre de sa famille, sa femme, ses fils et belles-filles, en lui rendant leur dernier hommage, règlent leurs comptes, vident leur sac, dans l’apaisement retrouvé ou la colère. Chacun, tour à tour, va prendre la parole, braquer le projecteur sur tel ou tel évènement, et de cette mosaïque de témoignages ressort, magnifiquement émouvante et troublante, le portrait non pas d’un seul homme, celui que l’on vient de mettre en terre, mais de toute une famille, orpheline et soudainement adulte.
Un livre magnifique et bouleversant.

J’avais beaucoup aimé « La véritable histoire de mon père », mais j’ai encore préféré celui-ci.
J’attends avec impatience le prochain roman de Nicolas Cauchy….