25 février 2009

Le lion est une chèvre comme les autres...



Au zoo de Lisieux
(une des nombreuses occupations de ma petite pause :)


Thomas a pris de nombreuses photos...

Bon, certaines photos ont disparu, AUSSI, mais heureusement, on peut retrouver le billet "original" sur Paperblog (ça a du bon tout de même :)

24 février 2009

Petite pause de quelques jours....

°


La broche de Marie (1987) - Chasse-Pot
"Chasse-Pot" - Editions Fanny Guillon - Laffaille

A la semaine prochaine !

23 février 2009

Murs de papier @ Hanno Millesi

Murs de papier est un recueil de dix nouvelles, qui toutes (sauf une : « Au grand magasin") donnent la parole à des enfants, du bébé à l’adolescent.
Ne vous attendez pas à des souvenirs enamourés sur cette période considérée comme l’âge tendre de la vie, aucun regard attendri ou nostalgique n’y est posé. Bien au contraire, l’enfant, et fait remarquable quelque soit son âge, porte sur ses parents un regard éminemment critique, que je qualifierais presque de sociologique.
De véritables murs de papier (titre de l’une des nouvelles) sont ainsi dressés entre adultes et enfants, les premiers sous-estimant grandement les capacités de communiquer et de comprendre de leur progéniture, les seconds, à l’étroit dans cette cellule familiale, révoltés souvent, ou terriblement angoissés devant le despotisme de ces adultes à qui manque bien souvent un peu d’amour.
Mais les plus fragiles ne sont pas toujours ceux que l’on croit, et derrière le sourire ennuyé d’un bambin brinquebalé dans sa poussette, se cachent parfois les plus terribles réflexions, terribles parce que logiques, si logiques…
Dans la nouvelle intitulée « Propulsion arrière », le jeune enfant allégrement poussé par ses parents dans son landau puis sa poussette, réalise avec une lucidité démoniaque que :
« Finalement, poussé par l’Ancien, j’étais en route vers le Nouveau, et non pas ramené au point de départ d’une évolution qui se serait répétée uniformément. Mon développement s’effectuait au prix de la consommation d’énergie de mes géniteurs. Un jour, forcément, ils s’effondreraient et resteraient sur le carreau. »
« Hier nous avions donné sens à leur vie, aujourd’hui, nous étions là pour les distraire, demain nous aurions à subvenir à leurs besoins. »

On s’étonnera qu’un enfant de cet âge, deux ans, trois ans tout au plus, puisse avoir un tel raisonnement, mais c’est justement ce hiatus entre l’apparence si innocente de ce petit bonhomme et les pensées qui le taraudent qui donnent au récit cet éclairage quasi surréaliste, un chouia angoissant, terriblement piquant…
La cellule familiale est le lieu de toutes les dérives… Microcosme où se développent le pire comme le meilleur, il y est de toutes façons presque toujours question de transmission d’un modèle. Nous t’avons fait et nous te modelons à notre image, pensent les parents, vous me faîtes horreur, répondent les enfants… Quand l’un des bambins se croit l’objet d’une expérience éducative, cobaye de ses père et mère derrière lesquels se cachent peut-être plusieurs blouses blanches, un autre se mutile le visage pour effacer définitivement l’image héritée de ses parents, il en va de son apparence physique tout autant que de son avenir :
« J’ai l’impression d’être le sculpteur de mon propre avenir. Je ne travaille pas à un costume mais à une vision du monde. ».
L’enfant observe, l’enfant juge, implacable. Sous son regard, les parents, qu’il nomme volontiers ses géniteurs (terme, s’il en est un, le plus dénué de sentiments qui soit), passent volontiers pour des monstres, des géants qui tiendraient volontairement leur descendance à leur merci, soit en les abêtissant, soit en les excluant des plaisirs familiaux. De là à se sentir en danger, le pas est vite franchi. Alors certes, n’oublions pas, il s’agit de la vision de l’enfant, et d’un enfant somme toute déjà remarquablement adulte de par son raisonnement et pourtant, pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que derrière tout cela, fable ou allégorie, c’est selon, il y a quelque chose de pertinent, qui fait froid dans le dos...
« Il s’agissait finalement de deux êtres qui revendiquaient une forme de monopole sur toute mon admiration et ma reconnaissance. Protagonistes incontestés de l’existence que j’avais menée jusqu’ici, ils s’efforçaient de me démontrer que je n’avais pas besoin d’une autre source de connaissance pour départager ce qui compte dans la vie, et ce qui est quantité négligeable. (…)
Peut-être mes parents avaient-ils à cœur que je ne dépasse pas un mode d’expression à leurs yeux limité. Peut-être redoutaient-ils justement ce stade que je pensais avoir atteint désormais. Si j’échouais à me débrouiller seul dans la vie, si je n’encaissais que des défaites et des refus parce que je ne connaissais pas les fondements de la vie civilisée, alors je n’aurais guère d’autre choix que de rester pour toujours chez mon père et ma mère, en recherchant humblement leur protection.
»

« Au grand magasin » fonctionne sur un tout autre registre. Le narrateur y est cette fois non pas un enfant, mais un adulte véritablement harcelé par un sale gamin lubrique et malicieux. Non seulement le gamin s’attaque sauvagement à son entrejambe dès qu’il se trouve à sa portée, mais il profite de son âge et de sa petite taille (synonyme d'innocence) pour mener en bourrique l’adulte qui ne sachant comment se comporter (lui envoyer un uppercut renverserait immédiatement la situation, mais le ferait basculer dans le rôle de pervers…) préfère le fuir et le semer dans le rayons. La course pousuite est totalement folle et débridée, le ton vif et drôle.
Apparemment, cette nouvelle détonne dans le recueil, apparemment seulement... A mon avis, elle joue un rôle beaucoup plus important qu’elle n’en a l’air, comme si l’auteur voulait nous prévenir – la victime n’est pas toujours celle que l’on croit. Qui en définitive, de l’enfant ou de l’adulte est le bourreau, que ce soit dans cette nouvelle ou dans les suivantes... ?

Bref, un recueil tout à fait étonnant, drôle et cruel, sérieux et cocasse tout à la fois

Au sujet de l’auteur (source Editions Absalon)

Né à Vienne en 1966, Hanno Millesi a soutenu une thèse de philosophie sur L’Usage de la photographie dans l’Actionnisme Viennois avant de devenir, de 1992 à 1999, l’assistant d’Hermann Nitsch. Écrivain et historien d’art, il a publié une dizaine de romans et recueils de nouvelles et obtenu plusieurs prix et distinctions littéraires. Murs de papier, son avant-dernier ouvrage, a été sélectionné pour participer au concours Ingeborg-Bachmann 2006.


"Murs de papier" - Editions Absalon - Février 2009.

22 février 2009

The Roly-Poly Pudding @ Beatrix Potter

Vous vous souvenez sûrement de « The Roly-Poly Pudding », cette adorable et effrayante histoire écrite et illustrée par Miss Beatrix Potter.
Il s’agit des aventures d’un couple de rats, Samuel et Anne Maria Whiskers, qui squatte impunément la ravissante maison de Mrs Tabitha Twitchit, une chatte mère d’une flopée d’enfants, enfin trois, mais pour elle c’est déjà le bout du monde :
« She used to to lose her kittens continually, and whenever they were lost they were always in mischief !”.
Et naturellement en ce jour un peu particulier où sa voisine vient lui rendre visite, sans doute pour boire une tasse de thé, Tom reste introuvable ... Et ce qui lui arrive est atroce ! Kidnappé par le couple infernal, il est aussitôt saucissonné dans une pâte à pie…
Je m’arrête là, le suspens est à son comble, n’est-ce pas ?

A la toute fin de l’histoire, sachez que Miss Potter nous affirme qu’en se rendant à la Poste en fin d’après midi, elle avait aperçu les deux rats courant à perdre haleine, Anna Maria poussant une charrette bourrée à craquer de bagages et ustensiles divers.

Eh bien, Samuel est arrivé chez nous il y a quelques jours. Sa mission, consoler Thomas de la perte de Gégé (le hamster nain blanc mort de vieillesse à deux ans et demi... ).
Inutile de vous dire qu’il a pour interdiction absolue de s’en prendre à Mitsou.

21 février 2009

Pourquoi tant de haine... @ Café littéraire de Daniel Picouly

*


« Pourquoi tant de haine entre les écrivains ? », tel était le sujet hier soir du Café Littéraire de Daniel Picouly

Le sujet a lentement glissé vers les critiques, et comment aurait-il pu en être autrement puisqu’il y avait sur le plateau, Messieurs Nono et Rino qui ont déploré l’un et l’autre la tiédeur de la critique actuelle…. Naturellement ces messieurs, depuis le temps qu’ils lisent (sic) savent ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. D’ailleurs Monsieur Nono pense que l’avenir dira s’il a eu raison ou pas. Certes, mais je pense aussi que l’avenir aura oublié aussi vite Monsieur Nono ….
Quand à Monsieur Rino (par ailleurs romancier), certaines de ses chroniques littéraires ont été réunies en un volume (histoire de passer à la postérité quelques mois durant, ou de suivre l’exemple du détestable Sainte Beuve).
C’est amusant cette ambition de vouloir à tout prix se hisser au-dessus de la mêlée, ce syndrome du monsieur-je-sais-tout qui a l’apanage du bon goût. Ah le bon goût !
Ils me font penser à ces petits poissons ou ces petits oiseaux qui se perchent sur des comparses cent fois plus grands qu’eux pour les « dépouiller » et s’abreuver de leurs parasites.

Sans la « bête » sur laquelle ils se perchent, ils ne sont rien…

« Chaque fois que j’aperçois dans la banlieue un pavillon qui s’appelle « Mon rêve » ou « Ca me suffit », je le salue. C’est la maison de la critique. »
Jean GiraudouxL’impromptu de Paris.

20 février 2009

Le libraire @ Régis de Sa Moreira


« À des milliers de kilomètres de l’endroit où vous vous trouvez, dans un pays, dans une ville, une librairie parmi tant d’autres, un libraire ouvrit les yeux.
Il venait d’entendre le poudoupoudoupoudou de la porte d’entrée de la librairie.
Il rangea un peu son bureau puis il attendit. »

« Il aimait l’idée que les livres existent sans lui.
Il se demandait s’il n’aimait pas aussi l’idée de ne pas exister. »

Ce libraire envoyait régulièrement à ses frères et sœurs éparpillés un peu partout dans le monde, des pages arrachées à des livres, des pages qui, pensait-il, leur convenaient tout particulièrement.
« Le libraire se disait souvent que lorsqu’il mourrait, ses frères et sœurs et leurs enfants réunis quelque part dans le monde pour fêter sa mort dans la tristesse et dans la joie, n’auraient qu’à rassembler toutes leurs pages arrachées pour fabriquer ensemble le livre du libraire.
Et cela le réconfortait. »

« Mais le plus intéressant chez le libraire était qu’il ressemblait lui-même à un livre. Comme s’il avait eu une couverture cartonnée et, à l’intérieur, une multitude de pages sur lesquelles s’écrivaient sans doute et sans cesse la vie du libraire, des petites choses aux grandes choses en passant par les moyennes. Dire combien de pages étaient déjà écrites et combien restaient à écrire était impossible. Le libraire lui-même n’en savait rien et d’une certaine manière s’en moquait. »

Sa librairie était toujours ouverte, jour comme nuit…
« L’idée d’un client à la recherche désespérée d’un livre se retrouvant devant une porte fermée l’angoissait. »

« Tous les livres de sa librairie étaient présents en lui, écrits en lui, et le libraire en les lisant ne faisait que les raviver.
Les livres, eux, avaient besoin des lectures du libraire pour continuer à vivre en lui.
Alors le libraire continuait de lire. »

Après le passage de chacun de ses clients, le libraire s’offre une petite tasse de tisane dont il choisit l’arôme en fonction de la personnalité du dernier visiteur.
« Un client, une tisane », telle était, à ce moment-là de son existence, la devise du libraire. »

Pour se débarrasser d’un client importun, le libraire avait une arme redoutable et particulièrement efficace : les phrases qu’il avait dénichées dans des méthodes de langues étrangères. Ces phrases, il les aimait parce qu’elles représentaient une histoire à elles toutes seules, mais leur incongruité et sa façon implacable de les énoncer faisaient fuir les clients désagréables aussi sûrement que s’ils les avaient menacés…

Voilà toutes les raisons énumérées à la manière d’un petit florilège qui font que ce libraire m’enchante et me fait rêver.
Le livre est écrit à l’imparfait et s’achève sur « dernière page. », Le libraire est une mise en abyme à vous donner le tournis. Et si le livre du libraire, évoqué au cœur du récit, était tout simplement celui que vous tenez à présent entre vos mains… Voilà que nous en sommes responsables à notre tour, pour le faire revivre, il faut le lire et le relire à l'image de tous ces livres qui dorment dans notre bibliothèque…

J’avais bien aimé « Mari et femme », je crois que j’ai encore préféré celui-ci…

L'avis de Sassenach de La Bibliothèque du Dolmen, qui recense également je crois à peu près tous les liens vers vos billets...

19 février 2009

L'assassinat @ Christophe Dufossé

La poche de sa veste cache un colt.
L’homme attend.
C’est l’inauguration du Salon.
On attend le Président.
Il est quinze heures.
L’homme a une heure devant lui.
Un compte à rebours silencieux commence.
Quatrième de couverture.

De l’homme, le narrateur de cette histoire, nous ne connaissons pas le nom, et ce détail a son importance puisqu’il s’inscrit dans la logique même de ce livre - il est un anonyme, seul, perdu au milieu de la foule. De la réussite ou non de cet assassinat dépendra sa « célébrité », son entrée dans l’Histoire avec un grand H, comme il en advint de l’assassin de Kennedy.
Va-t-il réussir ce projet fou qui lui tient à cœur depuis toujours, sans le savoir, « cette action qui démontrerait qui il était et comment il devait se conduire. » ?
Nous ne le saurons bien sûr qu’à la toute fin de ce court roman, construit au cordeau, comme une véritable tragédie - unité de lieu, de temps, d’action - où l’homme s'efforce de tenir bon, concentré, motivé, aux aguets. Comme dans un film, les quelques moments qui ont précédé son arrivée au salon défilent dans sa tête, le moment de s’habiller, le parking où il gare sa voiture, et il est là, un homme comme les autres, parmi les autres :
« Comme vous, comme moi. Une nature ordinaire. »
Avec un léger goût de rouille dans la bouche et le froid de la peur qui lui glace le dos.
Cet homme est convaincu de la justesse de son acte, il est motivé et il a bien l’intention d’aller jusqu’au bout. Il y a chez lui, au-delà d’une certaine quête de justice, quelque chose du martyre qui se sacrifie à une noble cause, il y a aussi, et peut-être plus que tout, la volonté d’en finir avec la solitude, celle du troupeau. Il veut, pour une fois, pour la dernière, sortir du lot avant d’aller à l’abattoir…
Une heure durant, nous le suivons, tandis que tous attendent le Président. La tension monte, celle du lecteur aussi. On se demande… Jusqu’à la dernière page tournée.

Une lecture captivante qui ne cesse de vous tourner ensuite dans la tête…

Le livre est précédé d’un avertissement tout à fait officiel :
Ce texte est une fiction. La distanciation existant entre l’auteur et les propos comme les actions de son personnage interdit en conséquence, on l’aura compris, toute assimilation à des personnes réelles comme toute intention dolosive de la part de l’écrivain.
Au cas où certains ne comprendraient pas encore que les romanciers peuvent tout aborder sans être suspects des faits qu’ils ont imaginés…

Extrait :
Sa femme lui manquerait.
Il sourit en se disant qu’il se manquerait aussi.
L’important était de ne pas le manquer, lui.
Il touche le pistolet pour enlever la sécurité.
Il est 15h35. Garde la distance.
Regarde les choses sans émotion. Agence les évènemen
ts. Évalue les distances.
Montre-toi à la hauteur.

À ta véritable hauteur.
»


Christophe Dufossé est né en 1963 à Beauvais (Oise). Quitte l’école très tôt pour rentrer en apprentissage. Des années plus tard, après des études de lettres, une thèse en littérature comparée (De Lillo et Kundera), il choisit de se concentrer sur l’écriture romanesque. Son premier roman, L’Heure de la sortie, sort en 2002 chez Denoël. Le livre est traduit en treize langues et obtient le prix du premier roman. Suivent La Diffamation et Dévotion.
(Source Editions Buchet Chastel )

Editions Buchet Chastel. Parution février 2009.


Le booktrailer :

18 février 2009

Dis oui, Ninon @ Maud Lethielleux

Quand vous ouvrirez ce livre c’est la voix de Ninon que vous entendrez… Une voix de petite fille, qui du haut de ses neuf ans observe le monde qui l’entoure avec toute la naïveté et la sagesse de son âge.
Quand les adultes la regardent, elle s’étonne souvent du léger sourire qui affleure sur leurs lèvres alors que leur regard s’embue, s’éloigne…
Il paraît que Ninon n’a pas une vie facile, enfin pas celle d’une gamine de son âge… Mais qu’en savent-ils au juste, tous autant qu’ils sont ? Ninon, elle, elle sait ce qu’est le bonheur…
« Le vrai bonheur, il se compte dans la tête, il est invisible, il est dans l’instant du présent, c’est comme une conjugaison qu’on a rien compris, il ne se conjugue pas au futur imparfait, il est parfait d’ailleurs, il est toujours là où on ne s’y attend pas, il faut juste ouvrir ses yeux. »
Quand ses parents se séparent, eux qui lui ont donné naissance si jeunes, à peine sortis de l’adolescence, Ninon sait ce qu’elle doit faire, elle part rejoindre celui qui n’a plus rien, son père, Fred, et les chèvres qu’il élève, le chien Raymond aussi et peu importe si la maison cabane reste à construire et si le vent et la pluie s’engouffrent sous les bâches…
Pour Ninon c’est tout décidé, elle l’aidera à construire leur maison, elle sera sa « main-d’œuvre éternelle sur qui on peut compter pour toujours. »
Mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille.
Un vieux monsieur qui découvre Ninon un peu perdue, toute déboussolée sur le chemin alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre son père, s’exclame en écoutant les réparties de la fillette :
« j’adore la poésie artisanale. ». Comme il a raison, Ninon est une petite poète de neuf ans qui aime jongler avec les mots et peu importe s’ils se déforment ou prennent de drôles de têtes, c’est la sonorité, l’image et même le goût de ses syllabes qui comptent, son parfum d’enfance aussi. Le monde elle a appris à l’apprivoiser, elle fait avec, même si parfois les mots se coincent dans sa gorge comme un gros chat qui voudrait l’étouffer. Alors elle fait le dos rond et elle se perd dans son brouillard. Ça va passer.
« C’est drôle un paysage sans contours, quand on ne voit que les virages et quand les arbres sont perdus dans les nuages, ça fait comme dans ma tête quand je veux tout oublier. A ces moments-là, on me dit que je suis tête en l’air ou que j’ai la tête dans les nuages, oui, c’est ça exactement, je mets du brouillard tout autour de mes pensées et comme ça, je les oublie."
A vrai dire, je n’ai pas trop envie de parler davantage de la petite Ninon, il faut bien davantage l’écouter, tendre l’oreille plutôt que de lui couper la parole à tout bout de champs.
Au fil de ma lecture j’ai annoté un nombre incroyable de pages, le sourire aux lèvres, le cœur serré… Cette petite Ninon, vous n’êtes pas prêts de l’oublier, elle est inoubliable…

« Dis oui, Ninon » est le premier roman de Maud Lethielleux.
Maud est musicienne et metteur en scène et elle a déjà fait le tour du monde !
Ici le blog de Maud.

Quelques extraits :
« Si je suis une guenon, c’est à cause de Papy chinois. D’abord ma couleur. Je suis marron clair, et plus foncée sur le visage à force de garder les chèvres tout l’été. Ensuite, mes cheveux sont noirs intenses, comme le bois d’ébène. Tout ça à cause de Papy chinois qui est un original jaune de Chine très sévère. En Chine, les gens sont durs parce qu’ils ont appris à garder l’amour dans le cœur, alors le cœur il gonfle, il gonfle et un jour, tchouf ! il se vide comme un ballon de foire et tout l’amour s’envole. Le cœur se sent tout drôle et se transforme et pierre. Parfois la pierre se brise et c’est pire encore car la tristesse entre dedans par la fissure et, quand la pierre explose, toute la tristesse s’envole dans le ciel et ça crée une dépression terrible. »

« Ça fait mal au ventre de grandir, ça fait un nœud tout serré au milieu du ventre, c’est à cause des intestins qui grandissent aussi. C’est très triste de grandir, ça donne envie de pleurer sans larmes. »

Editions Stock. A paraître le 4 mars 2009.

17 février 2009

Glu @ Irvine Welsh

*


« Glu : (gly) n.f. – mot anglais. « colle ». Gelée impure obtenue par la cuisson de matières animales, souvent utilisées comme substance adhésive. » Dictionnaire Chambers 20th century
(Cité en exergue au roman).

"Glu", c’est avant tout l’histoire d’une amitié, maintenue à la force du poignet, contre vents et marées, de quatre garçons un peu paumés dans les banlieues d’Edimbourg. L’histoire se déroule des années soixante-dix à l’an 2000. Trente ans, sur fond de crise économique, de chômage et de misère. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de naître avec une petite cuillère d’argent dans la bouche, dit l’un des personnages, difficile d’éviter de sombrer dans l’alcool, la drogue, la violence aussi. Tout n’est pas rose comme l’affiche ironiquement la couverture du livre. Enfin, rose, il y a tout de même ce gant de boxe tout prêt à fracasser l’œuf. Un coup de poing est c’en est fini. La boxe, c’est Billy, l’un des quatre copains, celui qui tire au mieux son épingle du jeu –paradoxalement le plus pondéré –la castagne c’est sur le ring et pas ailleurs, et puis la came, il y va molo, sinon gare au prochain combat, il n’a pas l’intention de se prendre les pieds dans le tapis…
Le gant de boxe, l’œuf si fragile… C’est tout à fait ça… C’est leur vie en une image, un peu choc. La loi du plus fort, la dureté de cette existence où l’argent joue le grand absent et où on se débrouille comme on peut. La débrouille justement, les vols, les dérapages insensés, la découverte du sexe comme d’une libération de l’enfance, « enfin hommes ! » pensent-ils... Des petites frappes, des hooligans butés et limités, le raccourci est aisé, et pourtant…
« C’est juste des garçons débiles qui se la jouent devant leurs potes. Ils pensent pas à mal. On les a diabolisés dans l’esprit des gens, pour éviter qu’on regarde de trop près ce que fait le gouvernement depuis des années. Le véritable hooliganisme. Le hooliganisme des services de santé, le hooliganisme de l’éducation. »
Welsh les a bien connus ces quatre garçons, ils auraient pu être ses amis, ils l’ont sans doute été, et il en parle magnifiquement, usant de leurs mots, de leur langage parfois cru. S’installe alors au cœur du livre, et en dépit de toutes les noirceurs et de toutes les provocations, une immense tendresse. Ce qui unit ces quatre-là, on en envie de dire, c’est pas de la blague. Ils ont traversé trop de misères ensemble, pour ne pas rester aussi soudés que les doigts de cette main, là, repliés dans ce gant de boxe, prêts à bondir sur qui oserait menacer l’un d’entre eux… Alors certes, il y aura les manquements, la culpabilité, cet horrible sentiment d’impuissance devant la fatalité, la mort et la disparition, mais jamais on ne pourra leur retirer cette force-là, cette richesse-là.
« Terry dévisagea Billy. - Tu sais quoi, Billy ? Tu dis plus « terrible ». Avant tu le disais tout le temps ; Billy médita la question une seconde, puis fit non de la tête. - Je me souviens pas que je disais ça. Je disais souvent »grave ». Je le dis encore. Terry se tourna vers Carl en quête d’un soutien.Carl haussa les épaules. - Je me rappelle pas qu’il disait « terrible ». Billy disait parfois « mortel », ça je m’en souviens. - Peut-être que je pensais à « mortel », fit Terry. Ils traversèrent le parc, trois hommes, trois centenaires. L’un d’eux était bien en chair, l’autre musclé et athlétique, le dernier maigre et vêtu d’habits qu’on aurait pu juger trop jeunes pour lui. Ils ne se disaient pas grand-chose, mais ils donnaient l’impression d’être soudés. »

Un livre bouleversant, fort et violent…comme un coup de poing.

Ici, l’excellent billet de Blandine Longre

Edition AU DIABLE VAUVERT - 650 pages - Parution, 12 février 2009 -
Traduction (excellente) de Laura Derajinski

L’auteur (source Editions le Diable Vauvert)
Écossais né en 1958 à Edimbourg, Irvine Welsh abandonne l'école à 16 ans et enchaîne les petits boulots. Best-seller mondial, son premier roman Trainspotting est adapté au théâtre puis au cinéma en 1996 par Danny Boyle et devient un film culte dans le monde entier. Welsh y fait une apparition dans le rôle d'un dealer aux côtés d'Ewan McGregor. Son œuvre a été récompensée par deux prix : Le Scottish Arts Council Book Award en 1994 pour Trainspotting et le Saltire Society Scottish Book of the Year Award en 2002 pour Porno.
Ses romans sont réédités en France aux éditions Points : Trainspotting et Une ordure font l’objet d’une remise en avant en octobre 2007 en partenariat avec Les Inrockuptibles.

Les différentes couvertures des éditions anglo- saxonnes …

16 février 2009

Nouvelles des Editions Filaplömb

Parce qu'il se passe toujours quelque chose de nouveau aux Editions Filaplömb, voici deux nouvelles parues tout récemment. De quoi mettre un peu de rêve et de surprise dans nos journées, le temps de quelques pages...

Le matin-bonheur de Monsieur Clap @ Emeline Bravo
Monsieur Clap est un vieux garçon. Monsieur Clap vit tout seul dans son petit deux pièces méticuleusement entretenu par sa mère, frigidaire rempli, poussière traquée jusque dans ses moindres recoins, draps fleurant bon la lessive. Et puis Monsieur Clap se retrouve vraiment tout seul et la poussière s’accumule, et le métro décidément tous les matins est de plus en plus difficile à supporter. Monsieur Clap lit beaucoup… dans le métro, pour éviter les têtes des autres, toutes les mêmes.
Et puis un jour, une lettre de Télé 7 Jours. Monsieur Clap a remporté le sixième prix. Il vient de se souvenir que sa mère avait joué pour lui.
« Cher Monsieur Clap, dit le courrier, nous vous remercions d’avoir participé, ainsi que vingt mille autres personnes au grand jeu concours de l’été de Télé 7 Jours et nous sommes heureux de vous compter parmi les dix gagnants de l’an 2000. Vous avez, en effet, gagné le sixième lot : un matin bonheur. Nous serons heureux de vous remettre votre cadeau à Lyon, le 2 janvier à 14 heures. »
Un matin-bonheur remis un après-midi… Que c’est étrange. Et Monsieur Clap prend un jour de congé et part recevoir son prix à Lyon. Un curieux matin-bonheur l’attend, qui va irrémédiablement modifié son existence,
Peut-être, enfin… Car :
« En découvrant l’étrange pouvoir du matin bonheur, au début, Monsieur Clap avait été stupéfait. Il était comme un enfant qui ouvre ses cadeaux de Noël, à genoux au pied du sapin, des cadeaux de plus en plus gros, de plus en plus beaux, et nombreux. Mais l’enfant le soir a le cœur lourd. On n’en parle pas assez, de cette tristesse saisissante après les fêtes. On lui dit : « bien fait, tu as mangé trop de chocolat. » Il est épuisé et s’endort tôt, silencieux avec ses pauvres jouets dans les bras. Mais ce qu’il découvre sans en être vraiment conscient c’est la mesquinerie de la vie. Le bonheur ne dure pas, ce n’est pas tous les jours Noël. »
Et qu’en bonheur, comme en amour, il faut partager…
Un très joli conte qui se lit d’une traite pour s’évader quelques instants dans le merveilleux et voire autrement la réalité.
Le blog de l’auteur - "De la sexualité des araignées" - qui n’est plus à présenter…

Une tache @ Sandrine Brossel
Une tache d’encre s’ennuie parmi ses autres comparses, perdue quelque part entre les pages d’un livre de grammaire. Elle décide de prendre la poudre d’escampette et de partir à la conquête des livres, des vrais, enfin ceux qui racontent des histoires. Et la voilà gambadant gaiement, tout heureuse de « brouter l’herbe des contes » et « (d’)écouter ce que le vent raconte. »
Rien n’est plus charmant qu’une tache – ce petit pâté d’encre que les instituteurs réprouvent- que d’univers peut-on y découvrir, là, caché derrière cette forme sans cesse mouvante et bigrement inspirante.
Un petit conte graphique à découvrir par les petits comme par les grands, un joli moment de poésie et de légèreté mêlées.


(Cliquez pour agrandir)


Site des Editions Filaplömb


14 février 2009

J'aime @ Nane Beauregard

"J’aime sa liberté que ses yeux se plissent quand il me sourit son recul son assurance ses yeux verts la rondeur absolument parfaite de ses pupilles la façon dont elles se détachent sur le blanc de son œil sa désinvolture ses certitudes même quand je pense qu’il se trompe l’espace entre son nez et sa bouche son nez et sa bouche qu’il vienne d’ailleurs qu’il soit d’un autre monde qu’il ne soit pas de ma famille qu’il soit neuf pour moi que nous soyons en train de créer notre histoire me tromper sur son compte qu’il me tienne à distance qu’il me dise non ou qu’il me dise oui qu’il me soutienne qu’il exige plus de moi que ce que je donne et me rendre compte que j’avais plus à donner qu’il sache que je peux aller plus loin qu’il le sache mieux que moi quand il me parle de choses et d’autres son odeur toutes ses odeurs même quand il ne me laisse pas le sentir quand nous échangeons des propos sans importance quand il me dit que je suis son enfant quand il me voit arriver de loin et que je le n’ai pas encore repéré et qu’il me sourit déjà "
(Premières pages...)

Une femme aime un homme et tout ce qui fait qu'il est LUI, tout simplement.
Ce texte, d'une petite centaine de pages, n'est composé que d'une longue phrase, sans aucune ponctuation. C'est une énumération, une longue lise, une très belle déclaration d'amour.


En exergue, Nane Beauregard cite ces mots de Virginia Woolf que je trouve si justes :


"N'allons pas croire que la vie se vit plus pleinement dans les choses que l'on juge communément grandes que dans celles que l'on juge communément petites."


"J'aime" aux Editions POL, mai 2006.

Joyeuse Saint Valentin :)



Klimt ; "L'accomplissement", étude pour la Frise Stoclet.
(cliquez pour agrandir)
Illustration en guise de petit clin d'oeil au billet spécial Saint Valentin de Cécile :)

13 février 2009

Le proscrit @ Sadie Jones

L’histoire débute en août 1957, alors que Lewis Aldridge, tout juste âgé de dix-neuf ans, regagne la demeure familiale, après deux années passées en prison. Son père de toute évidence, aurait préféré qu’il ne revienne jamais… Personne ne l’attend aux portes du pénitencier, pourtant il choisit de revenir sur les lieux du drame, des drames qui ont bouleversé la communauté de cette petite ville du Surrey, que seules animaient jusqu’à présent, les réceptions entre voisins, notables à l’existence aisée, lisse et en apparence plus que parfaite.
Retour en arrière… Nous sommes en 1945, Le père de Lewis, Gilbert, vient d’être démobilisé. Pour l’enfant tout juste âgé de sept ans, c’est une petite révolution, le lien qu’il avait tissé avec sa mère, alors qu’ils étaient tous deux seuls attendant le retour du père, est d’une grande intensité. Amour complice et tendre, existence teintée malgré la morosité des temps, de toutes ces petites choses qui égaient la vie d’un enfant… Elisabeth, sa mère, est une femme un peu à part, originale, peu attachée aux conventions, sa façon d’être et son apparence détonnent sérieusement au milieu de ce petit cercle bourgeois et bien pensant. Et puis le drame arrive, le premier. Elisabeth trouve la mort alors qu’elle se baigne dans la rivière, seule avec son petit garçon tout juste âgé de dix ans…
Lewis non seulement ne s’en remettra jamais, mais sombrera dans une sorte d’apathie, d’indifférence aux autres et au monde qui l’entoure, pire même, il lui semblera ne plus pouvoir désormais rien éprouver, comme s’il était anesthésié, irrémédiablement coupé de lui-même, prisonnier de son corps, froid et dur comme la pierre. Le monde extérieur le lui rend bien, les ténèbres qui semblent l’entourer désormais le rendent à tout jamais « infréquentable ». On fuit l’enfant comme si on fuyait le malheur en personne. Sa destinée de proscrit commence. Lewis grandit dans l’indifférence générale, bien souvent seul, laissé à lui-même, délaissé par son père. Mais au fond de l’enfant, puis de l’adolescent, sourd une terrible colère, violence et culpabilité mêlées. Personne ne sait en fait ce qu’il s’est réellement passé, le jour où sa mère s’est noyée et le jeune homme est de plus en plus bizarre.
Je n’en dirai pas plus, bien évidemment… Sachez simplement que les événements vont s’enchaîner, souvent noirs et violents, que les apparences vont voler en éclats. Derrière les façades lisses, les clinquantes réceptions où l’argenterie et le cristal brillent, les belles robes et les visages poudrés se cachent et se tapissent les pires instincts dont l’âme humaine est capable.
Le proscrit, l’exilé, le bouc émissaire pourrait bien tout faire exploser…
L’atmosphère est lourde, pétrie de toute la douleur de cet adolescent sur lequel planent toujours les fantômes de l’enfance. Le lecteur, pris dans les mailles de ce récit, quasiment hypnotique, le suit pas à pas. C’est bouleversant et beau malgré la noirceur. Ça sonne juste et c’est terrifiant…

« Elle espérait que ça s’arrangerait, mais elle renonça à être du moindre secours. Lewis était pour elle pareil à un oiseau blessé. Et les oiseaux blessés finissaient toujours par mourir. »

Un très beau premier roman qui a obtenu le « Costa Book Award ».
John Madden, le réalisateur de « Shakespeare in love » en a racheté les droits.


Les avis de Clarabel et d'Amanda.

Ci-dessous le booktrailer que je trouve particulièrement réussi.


Booktrailer - "Le Proscrit", premier roman de Sadie Jones
envoyé par editionslibella


Editions Buchet Chastel / Janvier 2009.

10 février 2009

Un petit pas pour l'homme @ Stéphane Dompierre

« Un petit pas pour l’homme », n’a pas d’autre prétention que de vous faire rire, et c’est déjà pas si mal par les temps qui courent… Pendant masculin de la célèbre Bridget, ce roman nous narre les aléas d’un trentenaire fraîchement célibataire, son existence agitée puis rapidement cafardeuse, régie ( parce que personne résolument n’est original en la matière) par les cinq phases amplement décrites par un loufoque Docteur Maurice Liebert :

1 – La phase dite du « taureau relâché », connue aussi sous le nom de « phase du caniche en rut qui se déhanche sur la jambe de l’oncle habillé propre qu’on ne voit pas souvent. »
2 – Phase dite du « bébé phoque impuissant faisant des yeux tristounets à la télé pour attendrir les vieilles madames et faire pleurer les petites filles qui tiennent un journal intime. »
3 – Phase dite la « larve gluante sortant du cocon en clignant des yeux, éblouie par l’insoutenable lueur du jour. »
4 – Phase du « chien renifleur », connue aussi sous le nom de « phase de la vache repue observant calmement passer un train de marchandises dans un champ, peu avant de se faire violemment ensemencer par un taureau. »
5 – Phase dite du « lemming qui se balance en bas de la falaise comme tous ses amis lemmings, prouvant ainsi qu’il n’a rien compris dans la phase 4 ».

Daniel, le narrateur et le héros de ce roman passera donc par toutes les phases de ce cycle du célibat précisées dans l’ouvrage ci-dessus mentionné, endossant tour à tour les apparences animalières les plus variées (ce ne sont que des images je vous rassure) du caniche en rut au bébé phoque en détresse, de la larve absolue au chien renifleur pour finir comme tous ses comparses d’infortune en malheureux lemming. Le tour est joué, la boucle est bouclée, tout le cycle est à recommencer au bout de quelques années, ou moins c’est selon…
Je dois dire qu’on rit pas mal à la lecture des aventures trépidantes de notre célibataire, une fois n’est pas coutume, c’est d’un homme qu’il s’agit et ça renverse un peu, sinon la vapeur, du moins l’angle de vue.
Je me serais peut-être un peu ennuyée au bout d’un petit temps, si Stéphane Dompierre n’avait pas planté son héros au beau milieu d’une boutique de disques d’occasion, où il excelle à vendre vinyles et CD, parfois de vrais rossignols, avec une facilité et une aisance déconcertante. Et croyez-moi, il y a des perles là-dedans, des clients impossibles, des faciès inimaginables, croqués avec beaucoup de bonheur et de drôlerie. S’en suivent d’ailleurs quelques conseils de survie à l’usage des vendeurs qui je le pense en aideront plus d’un !
Bref, un roman pour rire de bon cœur, léger et enlevé. Une Bridget au masculin et peut-être un petit peu plus…

Extraits choisis.
« Quand j’étais jeune, je croyais qu’être adulte, c’était avoir de l’argent en banque à ne plus savoir qu’en faire. Je ne dois pas être adulte. »

« Je constate avec embarras une chose simple et terrifiante : mes parents m’ont donné une vie, et je ne m’en suis pas servi encore. Elle jaunit dans son emballage de plastique. »

Stéphane Dompierre est québécois, « Un petit pas pour l’homme », son premier roman, a obtenu le Grand Prix de la relève littéraire Archambault 2005.

Editions Michel Lafon (que je remercie au passage pour l'envoi), Janvier 2009.

08 février 2009

Impardonnables @ Philippe Djian

Impardonnables, il y a des choses qui sont suffisamment insupportables pour qu’on ne puisse plus les absoudre, comme ça d’un ample geste de la main, royal, sûr de soi.
C’est ce que pense Francis, un écrivain, la soixantaine sonnante et trébuchante, pas mal de succès de librairie en poche, pas mal de malheurs aussi et non des moindres.
Après avoir perdu tragiquement sa femme et sa fille aînée dans un accident de voiture, l’écrivain tente de se reconstruire avec le seul être qui lui reste au monde, Alice, sa deuxième fille et sa petite dernière, l’adolescente chérie mais qui n’en fait qu’à sa tête, perdue dans les paradis artificiels…. Comment écrire deux lignes qui se tiennent dans ces conditions ? Comment redevenir l’écrivain qu’il était ? Pour écrire, pense Francis, il faut une certaine « qualité » d’insouciance, d’inconscience certainement, en tout cas la possibilité d’échapper au monde et à ses ennuis. Depuis des années, et depuis le large succès de son dernier roman, il ne peut tout simplement plus écrire (et ce ne sont pas les quelques nouvelles que lui commande les journaux qui peuvent le rassurer sur ce point…)

Bien sûr il y a Judith, merveilleusement apparue deux ans après le drame, mais les années passent, le couple s’érode, et l’écrivain ne vit plus que dans la hantise qu’elle le quitte, tout simplement, pour un autre.
Quand Alice disparaît un beau matin, et ne réapparaît toujours pas plusieurs semaines plus tard, le monde s’écroule, il touche le fond…

Stop ! Je n’en dirais pas plus. D’autres personnages entreront en scène, également marqués par le destin (et pas moins férocement), des liens se noueront, mais le temps passe vite, trop vite. Et la sensation que la vie, quand on se retourne pour l’observer à rebrousse poils, ne dure pas plus de deux secondes, n’est pas loin, cruelle…

Livre pessimiste, noirissime ? Non pourtant, pas vraiment… Il émane du narrateur, Francis, l’écrivain, une telle force d’autodérision, un tel pouvoir de recul, comme s’il se voyait agir, personnage de sa propre existence que tout semblant de mélo est bien vite évité. Et c’est ce regard sans complaisance, mais finalement plein de tendresse qu’il pose sur lui-même et sur les autres qui donne résolument à ce livre une tonalité claire obscure, et même une réelle luminosité. L’écriture peut-elle sauver de certaines situations, celle que la vie vous impose et qui vous broient ? Peut-être, pas sûr... Pour écrire, il faut la tour d’ivoire, une certaine imperméabilité aux évènements, il faut pouvoir être ailleurs :
« Combien d’écrivains étaient retournés à leur roman plutôt que se lancer à la poursuite de leur femme ? Les meilleurs sans aucun doute. Les extralucides. Les grands maîtres. »
Le serpent semble se mordre la queue, à moins que, de paradoxes en contradictions, le cercle infernal ne se brise.
« Rien ne valait de vivre en bonne intelligence. Rien ne valait une fin qui ne tendît vers un peu de lumière. Rien ne valait une fin qui ne baignât d’injuste douceur l’autre rive du roman. »
Ou finalement ne se brise pas...

Un très beau roman porté par une belle plume, un style très travaillé sans en avoir l’air le moins du monde, sans aucun maniérisme, aucun heurt, chaque phrase rebondit sur la suivante ou s’achève à point nommé, sur le mot juste, celui qui sonne. Et puis c’est tout. Ça paraît presque facile, rien ne l’est moins.
« Rien n’est plus dur que d’écrire un roman. (…). Il m’arrivait de serrer si fort les dents au milieu d’une phrase que la pièce toute entière se mettait à siffler. Hemingway ne racontait pas autre chose. L’herbe ne verdissait pas toute seule. Le paysage ne filait pas derrière la vitre par enchantement. »

L’avis de Thom, dans les pages de son nouveau GOLB.

Extraits

« Je restai un moment pour admirer le spectacle, mais les cris me firent m’enfuir aussi sûrement que la tête de certains auteurs – il faut redire à quel point un écrivain ressemble physiquement à son style, combien c’est flagrant. »

« J’attendis quelques minutes en feuilletant un magazine de littérature – ma remarque ayant trait à la ressemblance confondante entre le physique d’un écrivain et son écriture (les mêmes adjectifs leur collaient, exactement) se vérifiait tous les jours (Donnez-moi le portrait d’un écrivain et je vous dirai comment il écrit). »

06 février 2009

Le clavier infernal...

Découvert chez Mam'zelle Poupée, ce test de rapidité de frappe pour "illuminer" votre week-end (et à l'occasion, provoquer moult crises de nerf... ).

Plus je veux améliorer mon score, plus il est catastrophique.
Allez je jette l'éponge !

Qui dit mieux ou moins bien ? (hum, moins bien, je pense que c'est difficile, mais disons que j'étais fatiguée :)
- Franchement je ne pensais pas être si lente. -

25 mots

Bon week-end à vous tous :)

La fin du monde @ Fabrice Colin

Imaginez qu’un jour la Chine déclenche l’arme atomique, réduisant à néant les principales villes de l’Ouest des Etats-Unis, qui ne tardent pas aussitôt à répliquer, atomisant Pékin en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Le conflit par le jeu des alliances s’étend, bientôt la Terre n’est plus qu’une blessure, des millions de victimes, des paysages réduits en cendres, quelques rares survivants, mais pour combien de temps… L’enfer absolu inimaginable seulement parce qu’il semble impensable qu’un jour un chef d’état puisse appuyer sur le bouton rouge. Oui mais si…
Et c’est ce qui arrive, finalement… Quand Jim Thompson reçoit un coup de fil de son père, ex sénateur américain, alors en déplacement au Caire, il quitte tout précipitamment pour rejoindre Los Angeles y rejoindre sa sœur avant que la première bombe n’y explose.
Dans le même temps, en France, François retrouve sa mère tout juste rentrée de Chine où elle a reçu les soins de la dernière chance sensés la sauver d’une maladie dégénérative incurable. La famille est toute à sa joie, quand tout à coup, sur les téléviseurs, les effrayantes images envahissent les écrans, d’immenses champignons s’élevant au-dessus de L.A…. La fin du monde ?
Xian, le fils du médecin qui justement s’est occupé de la mère de François, se fâche avec son père… Mais pas pour longtemps, il faut fuir, Pékin est la première cible, la première réplique assurément des US. A son tour, il saute dans le premier train. Partir au Nord du pays et vite, chez sa grand-mère.
Et puis, au Caire, il y a Hafsa, une toute jeune fille, une martyre déjà, au nom d’Allah, dont le chemin a déjà croisé la route du père de Jim, Mark Thompson.
Ces quatre adolescents que rien ne semble devoir réunir, se trouvent propulser dans ce monde littéralement à feu et à sang. Pariant sur ce qui leur reste d’espoir d’être encore vivants le lendemain, ils suivent chacun les mêmes mystérieuses indications, la même route qui les mène au Groenland, dans une base secrète antiatomique.
Ce qu’il découvre au cours de leur fuite en avant (mais arriveront-ils au bout ?) est effarant, angoissant, quasiment indicible.
Voilà un roman jeunesse particulièrement marquant. On en sort le souffle coupé, le cœur un peu broyé. Ce livre est sombre, désespéré et… totalement lucide. Tous les évènements que Fabrice Colin y évoquent peuvent un jour arriver, par la folie de hommes. Et encore, nous confie-t-il dans la postface du roman, il a choisi de ne pas évoquer toutes les conséquences d’une guerre atomique sur les êtres humains jugeant son texte déjà suffisamment sombre… Ces éléments sont donc abordés en fin de livre, après le roman.
Roman de science fiction donc, au plus proche d’un réel plausible, mais pas seulement. Comme à l’accoutumée, Fabrice Colin y excelle à planter le décor et à y faire vivre des personnages, tous aussi crédibles et attachants les uns que les autres. Une fois qu’ils nous ont été présentés, c’est bien simple, on ne peut plus les quitter, anxieux de leur devenir. Chaque partie leur consacre à chacun un chapitre, on les voit peu à peu converger les uns vers les autres, on les suit, tétanisés.
Le livre pour sombre qu’il soit s’achève sur une porte qui s’ouvre, une petite lumière dans cette nuit atomique, aussi inexplicable qu’intrigante. Mais il faudra attendre la suite, « Après » nous est annoncé, et l’impatience se fait déjà sentir !

Une lecture que je conseille vivement à tous les lecteurs (à partir de 13 ans précise l’éditeur).

« Conçue comme l’outil de dissuasion ultime, l’arme nucléaire est le produit vicieux de l’intelligence humaine. Son efficacité repose sur le paradoxe redoutable : elle ne produit son effet que si on ne s’en sert pas. Dans le cas contraire, ce pas la Terre qui disparaît ; ce sont les hommes. Combien de temps avant qu’une erreur irréparable soit commise ? Combien de temps avant que ce livre ne soit plus de la science-fiction ? »
Fabrice Colin (conclusion à sa postface- septembre 2008)

Simon de la librairie M'Lire, a également beaucoup aimé.

Editions Mango. Parution Janvier 2009.

04 février 2009

Tout le monde est infidèle @ Entretien entre Françoise Sagan et André Halimi

¨

Juste deux mots sur ce petit livre repéré chez Cathulu puis chez Cuné.

Il s’agit d’un entretien entre Françoise Sagan et André Halimi, réalisé pour France Culture en 1973.
A l’époque Sagan a déjà écrit neuf romans et plusieurs pièces de théâtre. Pas si mal pour quelqu'un qui se plaisait à se faire passer pour une dilettante….

C’est toujours un bonheur de retrouver la romancière. En lisant l’entretien retranscrit en ces pages, on croit entendre sa voix pressée et hésitante tout à la fois, les mots qu’elle cherche, et le sourire qui affleure…

Quand André Halimi – sans doute pour la provoquer – lui parle de son « œuvre » (terme qu'elle déteste) et des ses personnages, elle sursaute et se récrie. L’image qu’elle choisit pour lui répondre me plaît tout particulièrement.

« André Halimi : Mais est-ce que vous ne freinez pas un peu vos personnages ? C’est à dire : est-ce qu’il n’y a pas de moments où vous vous dîtes qu’un personnage pourrait aller beaucoup plus loin mais que vous ne tenez pas à ce qu’il aille plus loin ?

Françoise Sagan : Ah, non ! Moi, je le fais exprès, dès que je les tiens, je les tiens en main, enfin je les tiens comme des chevaux, le mors serré.


A.H. : Et non seulement ils ne vous échappent pas mais, quand vous les freinez, vous ne regrettez pas, vous dîtes : « C’est que vraiment ils ont fait leur distance. »


F.S. : Vous savez, pour faire des grands parcours, des grands conteurs, c’est… Pour lâcher un cheval au galop, il faut être Dostoïevski. Sachant que je ne suis pas Dostoïevski, je préfère tenir mes chevaux.
».

Les chevaux, la nature, l’odeur de l’herbe après la pluie, se rouler dans l'herbe, les roucoulements de pigeons le matin qu'elle interrompt de quelques coups de pistolet à plomb, la liberté d’un emploi du temps quasi vierge, les déménagements, les journalistes, les amis, la vie et la vieillesse, la solitude et le bonheur d’être en vie tout en simplement.
Le bonheur d’écrire et d’en vivre… Et les légendes qui la concernent, qui la font bien rire et qu’elle fait perdurer, bien sûr !
En quelques heures, Halimi aborde tout, sautant parfois du coq à l’âne, la plaisantant sur son manque de compassion à l’égard des journalistes qu’elle n’hésite pas il est vrai à tourner en bourrique.
Et puis, au détour d’une phrase, celle qui clôt le livre, ces quelques mots d’une femme qui aime tant la vie. Un peu de gravité tempéré d’un éclat de rire.

Françoise Sagan : Oh, je ne suis pas quelqu'un de désespéré du tout, je suis quelqu'un de très gai.
André Halimi : Oui, gai, dans la vie, peut-être, mais dans vos romans, il y a quand même… Il y a une note de désespoir.

F.S. : Ah, c’est très connu que les clowns sont tristes et que les gens qui écrivent des livres tristes sont très gais.

A.H. : Mais alors, pour quelles raisons ? Est-ce que c’est la hantise de la mort ? Est-ce que c’est… ?
F.S. : Parce que je trouve strictement dégoûtant de devoir mourir un jour. Ça me dégoûte, l’idée que je vais mourir un jour, que les gens que j’aime vont mourir un jour. Je trouve ça infect, sincèrement je ne trouve pas ça bien. Ce n’est pas convenable. On vous met sur la Terre avec une machine à penser qui est votre cerveau. On vous donne plein de cadeaux qui sont la vie, les arbres, le soleil, les printemps, les automnes, les autres, les enfants, les chiens, les chats, tout ce que vous voulez… Et après, on vous dit… On sait qu’un jour on va vous enlever tout ça… C’est pas gentil, c’est pas bien, c’est pas honnête. (Rires). Si vous voulez mon avis, mon désespoir vient de ça en grande partie, enfin, quand j’en ai… Et puis c’est tout.
»

Un seul petit regret ; qu’un enregistrement audio ne soit pas joint au livre…

Editions du Cherche Midi, Janvier 2009.

03 février 2009

La pluie, avant qu'elle tombe @ Jonathan Coe

`

La pluie avant qu’elle tombe, ce moment fugace, insaisissable, intangible, à peine perceptible sinon impossible à saisir, cet entre chien et loup qui se refuse résolument à tout esprit trop cartésien.
« Bien sûr que ça n’existe pas. C’est pour ça que c’est ma préférée. Une chose n’a pas besoin d’exister pour rendre les gens heureux, pas vrai ? » déclare la toute petite Théa à Rosamond, la narratrice de cette histoire.
Narratrice d’un genre un peu particulier à vrai dire. L’histoire qu’elle nous conte nous vient d’outre-tombe, enregistrée sur des cassettes, quelques jours, quelques heures à peine avant sa mort. Confidences faites non pas dans l’urgence - la veille dame prend tout son temps, un verre de malt à proximité si nécessaire, toute seule dans son cottage isolé - mais nécessaires, essentielles à celle qui les entendra plus tard quand tout sera fini pour elle. La jeune femme à qui elle s’adresse s’appelle Imogen, elle est la fille de Théa, la petite fille de Beatrix, la cousine de Rosamond. C’est toutes leurs vies mêlées, étroitement imbriquées qu’elle veut à tout prix lui expliquer. Expliquer est le mot juste, tant de choses se sont passées, effrayantes, heureuses, traumatisantes, parfois lumineuses avant d’être assombries, inexorablement opacifiées. Imogen est aveugle, pourtant c’est à partir d’un choix de photos, vingt exactement que Rosamond choisit de lui raconter la vie des deux femmes qui l’ont précédée, la sienne aussi, par la force des choses, vingt clichés qu’elle va lui décrire minutieusement, magnifiquement, comme les vingt étapes essentielles, qui ont FAIT d’elle, la petite fille puis la jeune femme … Comme la pluie avant qu’elle tombe….
Mais Imogen reste introuvable à la lecture du testament. Ce sera à Gill, sa petite-nièce et à ses deux filles, d’écouter toutes trois ensemble ces confidences, le temps d’une après-midi, d’une soirée. Le hasard existe-t-il vraiment ? Les coïncidences sont nombreuses, émouvantes et bouleversantes. Et s’il y avait un sens à tout cela, à toutes ces existences qui s’entrechoquent et se meurtrissent ? Un sens, sûrement, comme la pluie avant qu’elle tombe…

Voilà un roman magnifique, merveilleusement, magistralement construit, d’une plume élégante et sensible.
À lire de toute urgence, si ce n’est déjà fait, pour entendre la voix de la vieille dame, encore et encore…

Editions Gallimard, Janvier 2009.

Extrait :
« Catharine saisit la télécommande, monta le son, et la première chose qu’elles entendirent, au bout de quelques secondes, fut un souffle de bande, suivi des claquements et crachotements d’un micro qu’on allumait et qu’on réglait, et du grattement du pied de micro en plastique sur une surface dure. Puis il y eut une toux, un raclement de gorge ; et enfin une voix, la voix qu’elles comptaient entendre, ce qui ne la rendait pas moins fantomatique. C’était la voix de Rosamond, seule dans le salon de son bungalow du Shropshire, qui parlait dans le micro quelques jours à peine avant sa mort. La voix disait : »

L'avis plus mitigé de "Blog superflu".

02 février 2009

Nous disparaissons @ Scott Heim

°

Scott, la trentaine, vit à New York où, salarié de la maison d’éditions Pen and Ink, il écrit des histoires pour enfants. Sa mère se bat depuis plusieurs années déjà contre une leucémie. Rien à vrai dire ne semblait pouvoir émousser son indéfectible envie de vivre et de combattre la maladie. Donna est une femme vaillante, courageuse, étrange aussi, un peu… Depuis toujours elle est fascinée, obnubilée par les disparitions d’enfants.
Enfants déjà, Scott et Alice, sa sœur, l’ont vu découper, archiver des photos de petits disparus, enquêtant et recherchant activement des informations. Scott avait même pris l’habitude d’aider sa mère à coudre ensemble les indices, à imaginer avec elle ce qui avait bien pu se passer, histoires probables, possiblement réelles ou non, peu importait à vrai dire.
Les enfants disparaissent un jour… Nous disparaissons tous d’une façon ou d’une autre. C’est ce qui est arrivé à Donna, enfant, et ce qu’elle raconte un soir à Scott et à Alice – je vais vous raconter « quelque chose de terrible » - une fin d’après-midi alors qu’elle coloriait tranquillement son album de dinosaures dans l’aire de jeux, tout juste à côté de chez elle, une voiture s’est arrêtée, et l’a emmenée. « Mais c’est là qu’arrive le truc bizarre, le truc horrible, je ne me rappelle pas ce qui s’est passé après. ». Comme si tout s’était effacé de sa mémoire, comme si tout avait disparu, aussi…
Et puis, là, à deux doigts de mourir, et bien qu’à aucun prix elle ne veuille l’avouer, elle appelle son fils, et lui dit, d’une toute petite voix, un peu enrouée, un peu lasse :
« Je crois que je sais ce qui s’est passé quand j’ai disparu. ». Henry, un autre enfant, venait d’être retrouvé mort, assassiné.
Scott, décide enfin de rentrer à la maison, répondant tardivement peut-être à ses nombreux appels. Il se doit d’enquêter à nouveau avec elle, sans doute, c’est sûr même, pour la dernière fois…

« Nous disparaissons » est un roman captivant, troublant, bouleversant. Sur trame de roman policier, enquêtes et investigations, Scott Heim brosse ici le portrait d’une mère et de son fils et du lien immense qui les unit.
Les photos de fillettes disparues ressemblent de plus en plus aux propres photos de Donna enfant, comme celles des garçons reflètent à s’y méprendre le visage de Scott au même âge. Tout se mêle et se mélange, curieusement, étrangement… Nous disparaissons…. Tout est dans le titre… Mais qui disparait à vrai dire, les enfants, la vielle dame au dernier stade de la maladie, Scott, le fils aux prises, de plus en plus avec la drogue… Qui vient au secours de l’autre, finalement ?
Un très beau roman d’amour maternel et filial, sous forme de quête d’identité, abordant tout en délicatesse la mort et l’agonie d’une femme malade, qu’accompagne jusqu’au bout son fils (mais ne serait-ce pas plutôt l’inverse), un homme aussi perdu qu’elle, que la vie « efface » aussi d’une certaine manière, peu à peu, cruellement.
A découvrir absolument. J’ai beaucoup, beaucoup aimé… Un beau coup de cœur.

Edition « Au Diable Vauvert », Janvier 2009.

Extrait :
A présent notre monde s’était rétréci ; il n’y avait plus que la mère et le fils. J’ai passé mes doigts le long de son visage, effleurant les cheveux restants sur sa tête, le chaume autour de la cicatrice. Je me rappellerais tout ça, chaque angle osseux de ses épaules, la chair flaque de ses bras. Ses coudes, ses mains élégantes, les stries et les volutes sur le bout de ses doigts. Si un étranger était entré dans la pièce de plus en plus obscure, il aurait pu croire que ma mère était en train de confier un secret précieux, et que je tendais l’oreille pour l’entendre. Il aurait pu croire que nous dormions profondément, ou que nous avions tous deux, pas seulement la mère mais aussi le fils, sombré à jamais, qu’ensemble nous avions pénétré dans ce néant.
Ma mère. Ma marchandeuse de brocantes, ma violeuse d’accès interdits. La Fatiguée à mon Survolté. Ma supportrice, ma cuisinière et mon chauffeur, ma confidente, ma gardienne de prison. Mon réveille matin et mon histoire pour m’endormir. Aimant et ruban adhésif ; album et ciseaux. Mon thé glacé, mon Tennessee Whisky. Ma ferme sur la colline. Ma maison tranquille à Haven, au bout de la rue. Mes vitamines et mes stéroïdes, mon Neupogen et mon Anzamet, maladie et rémission. Poupé, lapin et cheval de carrousel. Ma feuille jaune tombée dans ses cheveux. Mon foulard et ma perruque, ma grande baguette et ma petite baguette, mon Cherry Mash, ma baignoire à pieds de griffon, mon millier de lustres. Mon adorable petit pigeon. Mon Hansel et ma Gretel, mon emplacement à Rayl’s Hill, mon gros titre de journal, ma photo et mon histoire.
»

Ici l’interview de Scott Heim par Fluctuat Net.

Scott Heim est l’auteur également de Mysterious Skin, adapté récemment au cinéma.
Inutile de vous préciser qu’il figure déjà à l’ordre du jour de mes très prochaines lectures.