31 mars 2009

Ecrivain cherche place concierge @ Nicolas Ancion


Victor est écrivain, enfin disons plutôt qu’il écrit « juste ce qu’il faut pour ne pas être complètement chômeur. »
Mais les temps sont durs, et devant ce qu’on ose imaginer l’absolu désespoir de sa propriétaire, il décide de passer une petite annonce, aussi courte et simple que celle-ci :
« ECRIV. CH. PL. CONCIERGE. »
Au moins pense-t–il avoir tout le temps pour écrire et s’adonner librement à sa recherche favorite, celle de ses « paradoxaux », des excentriques de tous crins et de tous poils dont il compte narrer dans le détail et très scientifiquement les aventures ou les petites manies.
La réponse ne se fait guère attendre, une place lui est offerte quasiment sur un plateau par un mystérieux Régis qui lui propose de s’occuper de sa propriété pendant qu’il sera lui-même par monts et par vaux… Le rêve, peut-être, si ce n’est qu’à l’arrivée du jeune homme au château, ce n’est pas un vulgaire majordome qui lui ouvre la porte, mais bel et bien un lapin en peluche aussi vivant et bavard que vous et moi réunis…
Les surprises ne font que commencer, et les rebondissements de rebondir…
Ajoutez ici un ours bien léché qui arbore de magnifiques bottes jaunes en caoutchouc et un chapeau de pluie, tiens un peu comme Paddington, sauf que celui-ci n’est pas en peluche du tout et s’appelle Robert.
Inutile de vous préciser que la retraite escomptée, le havre de paix vivement souhaité à bon compte, se transforme vite en enfer, enfin un enfer plutôt drôle et bigrement enlevé.

Le style et l’humour de Nicolas Ancion soutiennent magnifiquement le burlesque de l’histoire, jamais lapin en peluche ne m’a semblé aussi légitime et crédible dans son rôle de meilleur ami… C’est dire, si on le suit, médusé et hilare !

Extrait :
« Une voiture rouge portée par quatre pneus noirs passe devant Victor en vrombissant, puis la rue redevient calme sous le vent froid. Une vieille dame traverse au passage pour piétons en un mouvement éternisé comme le footballeur qui s’avance vers le filets adverse dans la séquence rediffusée au ralenti. Victor accélère le pas, se rue dans la boulangerie, en ressort avec un petit pain gris coupé et repart vers son chez lui. Il avale les six volées de marches, enfonce la clef dans la serrure et se précipite dans le salon. Merde. Pas de message. C’est toujours comme ça, le téléphone. Les messages ne viennent jamais quand on les attend. Pire, quand ils arrivent enfin, ils sont tellement désespérants qu’on aurait voulu ne jamais les entendre. »

J’ai beaucoup aimé, à suivre quelques playmobiles bien sûr, bientôt en magasin ;)

30 mars 2009

J'aimerais tant te retrouver @ Fanny Brucker

J’aimerais tant te retrouver à… Rochefort-sur-Mer. Tel aurait pu être le titre complet de ce roman qui jouant sur les mots comme autant de jeu de pistes, mène tout droit à la mère…
Trois personnages en quête de filiation maternelle, bien que différemment chacun de son côté, solitaires, se retrouvent comme par hasard à proximité de cette ville, la bien, la mal nommée, puisque de Rochefort à la mer, il y a tout de même une vingtaine de kilomètres. Si loin, si proche.
Nicolas « avait imaginé que cette mer, là aussi, avait abandonné la ville, lui laissant son nom de famille comme un souvenir sur la pancarte. »
Nicolas, l’enfant abandonné, ironiquement appelé Nicolas Aimé par l’état civil, deux prénoms juxtaposés, légués par sa mère, inconnue.
A quarante ans, il la cherche toujours et c’est à Rochefort, son lieu de naissance qu’il compte bien la retrouver, lançant comme une bouteille à la mer une petite annonce dans le journal local…
Claire, quant à elle, a décidé de tout quitter, à commencer par l’homme divorcé et les deux enfants de ce dernier, « Face à la maternité, elle était objecteur de conscience. ». Elle compte trouver refuge en enfance, ou tout du moins à quelque chose qui lui ressemble, là dans cette maison de bord de mer, tout près de Rochefort, où elle a passé tant de merveilleux étés…
Et puis il y a Rose-Marie, seule dans son hacienda, seule avec ses chevaux, l’âne Pomelo, ses chiens et sa vieille jument. Rose-Marie qui vient de perdre sa mère, alors qu’elle-même ne donnera jamais la vie…

Ces trois-là vont se rencontrer… De la mer à la mère, décidément il n’y a qu’un pas :
« La marée montait comme une mère qui revient à heure fixe, décalant chaque jour son arrivée avec une précision scientifique dans le but, croyait-il, d’essayer toutes les tranches horaires pour tenter de retrouver quelqu’un qui aurait guetté sa venue. »
Alors bien sûr, il leur faudra éviter les écueils, ou plutôt ces fameux ronds points qui amusent autant qu’ils intriguent Claire. Le rond-point et son risque de tourner, tourner toujours en rond et surtout faire marche arrière, quasiment incognito et sans en avoir l’air.

Un très joli roman, des personnages émouvants, justes et attachants, une intrigue habilement tissée sur fond de jeu de pistes. Et si l’absolue vérité se cachait, tapie derrière les mots…
A découvrir absolument, j’ai beaucoup aimé.

« J’aimerais tant te retrouver » est le deuxième roman de Fanny Brucker, après « Far-ouest » que je m’apprête bien évidemment à dévorer.

Les avis de Clarabel et de Cathulu

Editions JC Lattès - Mars 2009

26 mars 2009

Page ouverte à Raphaële Moussafir et Mam'zelle Rouge


Raphaële Moussafir et Mam'zelle Rouge ont eu la grande gentillesse de bien vouloir répondre aux quelques questions que je leur posais au sujet « Du vent dans mes mollets ».
Un grand merci à toutes les deux pour leur spontanéité et leur gentillesse :)

Raphaële, comment t'est venue l'idée d'illustrer ton roman ?
Avant que Du vent dans mes mollets ne soit un roman, je voulais que ce soit une bd, j'avais contacté un auteur dessinateur que j'aimais énormément qui m'a dit qu'il espérait pour moi que le bouquin ne sortirait pas parce que ce ne serait pas un service à me rendre que de me publier. Je crois que ça a été presque trop violent pour m’attrister et me décourager véritablement. Ensuite, Constance Joly a découvert le texte et a été la seule éditrice à y croire sans réserves. En ce qui concerne la transformation du roman en BD, j’imagine que le gentil succès du roman et l’oralité qui le caractérise, mélangés au succès que rencontre la forme roman graphique en général ont donné petit à petit à Constance l’idée d’en faire une BD. Elle saurait mieux le dire que moi. En tous cas, j’avais renoncé à l’idée, et la BD a été, une fois de plus, le fruit de son culot, de son acharnement et de sa foi d’éditrice.

- Comment s'est passée ta rencontre avec Mam'zelle Rouge ?
Plutôt pas mal, non ? :) Constance m’avait dit d’aller « googliser » quelques articles parus au sujet de mon deuxième roman, et c’est là que je suis tombée sur le délicieux blog de Mam'zelle Rouge. Sa page d’accueil était entièrement consacrée à mes deux romans qu’elle recommandait vivement à tous ses visiteurs. Le tout illustré par un dessin représentant une jeune fille à la plage en train de lire Du vent dans mes mollets. Alors j’ai poursuivi ma promenade et ses dessins m’ont sincèrement émerveillée. Quelques temps plus tard, lorsque Constance m’a suggéré d’en faire une BD, on s’est mises à farfouiller parmi des dessinateurs chevronnés, légitimes, mais dont le graphisme n’aurait pas pu rencontrer l’univers de la petite Rachel. C’est alors que je me suis souvenue du blog de Mamz’elle Rouge. J’en ai parlé à Constance qui est allée s’y promener et qui en est sortie aussi ensorcelée que moi, la première fois.
Mam'zelle rouge vous raconte la suite.
Enfin, disons que ma rencontre avec ma grande petite Raphaële a été plus qu'inattendue. Un beau matin je trouve un commentaire d'une auteure que j'adore et qui me dit grosso modo : "Hey toi, j'aime beaucoup tes dessins. ça te dirait qu'on travaille sur une adaptation illustrée de mes romans toutes les deux ?! ". Oui. Moi. Petite illustratrice de rien du tout, avec un blog de rien du tout, qui bricole ses petites illustrations dans son coin depuis pas mal de temps. C'est à moi qu'on parle, me dis-je après m'être pincée 3 fois. Voilà que quelques heures plus tard, Rapha en ligne : "Je suis trop contente que tu ais répondu !!!" Moi j'y crois toujours pas. Peu après, Constance en ligne : "Bon, il faut qu'on se voit. RDV dans 2 semaines, chez Intervista, à Paris. Tu nous feras quelques planches de recherches sur les romans pour voir si ça peut coller. Ok ?" Ben oui. Ok. Deux semaines plus tard, mes crayonnés sous le bras. Paris, Constance, Rapha et moi. Je n'y crois toujours pas, mais j'ai peur. Peur que ça ne marche pas. Ou peut-être peur que ça marche et de ne pas arriver au bout ? Je ne sais pas. Mais ce qui est certain, c'est que le courant passe illico. J'aime les mots. Rapha aime les images. On signe pour une BD à quatre mains sans connaître cet univers-là ni l'une ni l'autre. Et c'est le début de la grande aventure.
- Comment avez-vous travaillé toutes les deux ?
(Raphaële) Alors, j’ai d’abord fait ce qu’il ne fallait pas faire : j’ai commencé par un grand travail de sape qui a consisté à rédiger des illustration bien littérales et soporifiques de chacune de mes phrases au cas où le lecteur ne serait pas assez intelligent pour comprendre. J’étais en train de me tirer une belle balle dans le pied. Je me relisais, c’était hypnotisant, ça me tombait des mains et au fond, je m’ennuyais sans m’en apercevoir pendant que je travaillais. Je ne prenais aucune liberté par rapport à mon texte. Et puis, petit à petit, en lisant d’autres BD, mon cerveau a changé de fonctionnement, et il y a eu un genre de petit déclic : j’ai vraiment réadapté mon texte de façon à proposer à Céline une matière qui permette de le dynamiser, de lui donner un sous texte que l’illustration littérale ne permettait pas. Il fallait vraiment que le dessin apporte quelque chose de nouveau à l’histoire, sans la trahir. J’ai coupé, réadapté les dialogues et la narration. Ensuite, j’ai rédigé des idées de story board que j’ai proposé à mamz’elle rouge. Des suggestions de « mise en scène » de chaque image qui racontaient le texte autrement, par un autre chemin, plus visuel. Elle se les est appropriées, les a triés, complétées, transformées à sa sauce, en a créé de nouvelles, bref elle a rebondi sur ce fatras avec son univers poétique et délicatement cruel, discret et culotté, au-delà de mes espérances… Ensuite, mamz’elle rouge a fourni un boulot de titan et un jour, elle me dira quand est ce qu’elle a pu trouver le temps d’aller aux toilettes. Malgré l’urgence monstrueuse dans laquelle elle était, elle a travaillé avec une méticulosité incroyable, n’a jamais bâclé ni cédé à la facilité sous prétexte de rentrer dans le timing. Je me sentais coupable, impuissante et oisive. Bref, l’élégance avec laquelle mamz’elle rouge m’a dépossédée de mon roman est allée bien au delà de ce que j’avais osé imaginer.

(Mam'zelle Rouge) A Paris, Rapha découpe son roman en petits morceaux pour le faire rentrer dans des bulles. A Lyon, je greffe des images sur les mots découpés que je reçois par mail. On fait des aller-retours, on s'échange nos idées par téléphone. Les personnages trouvent assez rapidement leurs visages mais le story-board met du temps à se mettre en place. Il aura fallu 6 mois pour qu'il trouve sa forme adéquate. 6 mois de discussions, de re-découpages, de tête de veau sauce gribiche, de doutes, de reformulations, de saint marcellin avec un verre de vin... Une fois le squelette mis en place, j'ai enchaîné sur 3 mois intensifs en ermite, avec pour seule compagnie Rachel et des crayons de couleurs. Drôle de métier que celui de dessinateur quand même.

Drôle de joli métier que vous faîtes toutes les deux tout de même !!
Encore merci et surtout du fond du cœur, parce qu’il le mérite plus qu’amplement :
Bon vent aux mollets !!

« Du vent dans mes mollets » Edition Intervista – Février 2009. Texte de Raphaële Moussafir, illustrations de Mamz’elle Rouge.

25 mars 2009

Du vent dans mes mollets @ Raphaële Moussafir et Man'zelle Rouge

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Raphaële Moussafir, « Du vent dans mes mollets » (qui fut suivi du non moins captivant Et pendant ce temps-là…).
Merveilleuse nouvelle, Raphaële vient de publier, toujours aux éditions Intervista, la version illustrée de son premier roman, avec pour complice et aux crayons la talentueuse Mam'zelle Roüge.
Le texte de Raphaële se marie parfaitement avec les illustrations, tantôt drôles, bourrées d’esprit et d’espièglerie (à l’image de la petite héroïne de l’histoire), tantôt touchantes, réellement émouvantes.
Pour faire court, j’ai A-DO-Ré !
Mais lisez plutôt ces quelques pages (un clic et l’image s’agrandit).

Editions intervista - février 2009.

24 mars 2009

La Condition @ Jennifer Haigh

Comme chaque été, la famille McKotch s’apprête à passer les vacances à Cape Cod dans la vaste demeure familiale, la dénommée « Maison du capitaine », toute bruissant de souvenirs accumulés depuis des générations.
A vrai dire pour Franck, la « pièce rapportée » de la famille, lui qui n’est pas et n’aura jamais la classe d’un Drew, ces séjours relèvent plutôt de l’épreuve que de la partie de plaisir. Mais il y a sa femme, Paulette, très attachée aux traditions familiales, et puis leurs trois enfants, Billy, Gwen et Scott… Nous sommes en 1976 et cet été demeura à jamais gravé dans leur mémoire, comme étant le dernier d’une époque, celui qui scellera à jamais l’âge heureux…
Gwen n’est pas grande pour son âge, rien de grave, vraiment…. Mais quand ses cousines déboulent sur la plage, le doute n’est plus permis. La plus grande, à peine douze ans, mais surtout trois mois de moins que Gwen, arbore déjà un corps de jeune fille que voile à peine un tout petit bikini. Gwen, toute menue dans son maillot une pièce, reste reléguée très loin derrière, on ne lui donnerait pas son âge.
Pour Franck, c’est la révélation, quelque chose ne va pas…
Dès la rentrée, et après moult examens médicaux, le diagnostic tombe, Gwen est atteinte du syndrome de Turner. L’avenir est sombre, pour elle pas de puberté, pas de courbes féminines, pas d’espoir de donner la vie à son tour… Elle restera petite et résolument différente.
Pour Franck, scientifique jusqu’au bout des doigts, tout fait sens désormais, les mauvaises notes en maths de Gwen, son manque d’orientation, ses troubles d’apprentissage non verbal. Tout cela colle pile poil avec le syndrome de Turner, tout cela a donc une explication. Pour Paulette en revanche, l’approche est différente. Elle refuse résolument de voir sa fille réduite à un diagnostic, s’insurge contre la science et par conséquent contre son mari… Les disputes commencent, le couple bat de l’aile…
Quant aux autres enfants, il leur semble tout simplement passer après… N’étant ni l’un, ni l’autre des « cas », personne ne se penche avec autant d’intérêt que leur père sur leurs « petits problèmes d’ados ».
« Elle (Gwen) avait un avantage injuste, prétendait-il (Billy) : il n’y avait aucune publication sur Scott et lui. »
Vingt-deux ans plus tard, le drame annoncé s’est malheureusement produit, Franck et Paulette sont à présent divorcés depuis des années, Scott est à l’autre bout du pays – et le moins que l’on puisse dire c’est que sa vie tant professionnelle que privée, laisse fortement à désirer – Gwen se dessèche un peu plus chaque jour au milieu de fossiles, seul Billy, éminent cardiologue semble selon toute vraisemblance tirer son épingle du jeu.

« Un roman familial intimiste et passionnant », « Une splendide saga sur les passions et les tensions qui relient inéluctablement les parents, les frères et le sœurs. » nous affirme l’éditeur dans la quatrième de couverture. Certes, ils auront chacun fort à faire pour défendre leurs choix de vie et les faire accepter par le clan familial, mais c’est le lot de tout un chacun, il me semble. L’essentiel est ailleurs, concentré dans cette unique question qui sous-tend tout le roman : comment et de quelles manières, le handicap d’un des enfants peut à tout jamais et irrémédiablement modifier et parfois perturber grandement jusqu’au point de le briser, l’équilibre de toute une famille.
L’enfant handicapé, centre de toutes les attentions, parfois de toutes les disputes, devient l’élément déclencheur de toute une suite d’incompréhensions, les soucis et difficultés des autres enfants relégués bien loin derrière.
J’ai regretté que certains personnages ne soient pas davantage « creusés »… Je pense notamment à l’épisode où Scott découvre sur internet la probable source de souffrance de son fils (l’hyperactivité) et par ricochet la sienne… Les hasards pas si hasardeux que cela de la génétique... Sujet qui me touche, me hante et me poursuis depuis quelques années déjà.

Tout ce que décris Jennifer Haigh (notamment les réactions contraires au sein d’un couple, mais aussi la souffrance des autres enfants), je l’ai entendu maintes fois de la part de parents d’enfants autistes… En cela Jennifer Haig est au plus près d’une certaine réalité. Malheureusement, je trouve qu’elle ne fait souvent que survoler ce sujet au profit d’une trame romanesque, un peu trop « romanesque » justement. J’aurais aimé qu’elle gratte un peu plus là où ça fait mal, tout ce qu’on ne dit pas habituellement, tout ce qu’ont tait un peu pudiquement tant le sujet reste tabou.
Mais elle pose des questions au travers de ses personnages, et c’est déjà beaucoup…
Edition Michel Lafon - Février 2009.
Les avis de Cuné et de Cathulu que j'avais oublié de signaler !

20 mars 2009

Une très belle semaine :)

Un peu débordée en ce moment… Et pourtant beaucoup de choses à retranscrire sur ce journal.
De nombreux billets à venir donc…

Pour commencer le salon du livre bien évidemment ! De belles rencontres avec quelques éditeurs et auteurs ( quelques regrets aussi… En raison de l’affluence je n’ai pu rencontrer comme prévu, Anne V. et Denis L., ni Fabrice Colin ! Mais ce n’est que partie remise !).
Et puis bien sûr la table ronde à laquelle j’ai modestement participé lundi dernier. J’en toucherai un mot, bien évidemment, je pense que le sujet ne peut que vous intéresser (« Libraires, médias, Internautes et blogueurs: qui influence le choix des lecteurs ? »). Il était organisé et animé par Mélanie Carpentier, rédactrice en chef d’Evene. Un très joli moment, comme vous l’imaginez, très fort en émotions pour la grande timide que je suis. J’espère y a voir bien défendu vos blogs, c’est tout ce qui compte.

Et, puis, last but not least, LA rencontre d’hier soir, dans les salons de Gallimard, avec un grand écrivain, un homme qui se fait rare et n’aime pas trop les médias : Philippe Djian.
Un très beau moment que j’ai vécu comme un cadeau, un grand privilège et beaucoup de bonheur. J’en parlerai la semaine prochaine.
Un grand merci à la Maison Gallimard, et bien sûr à Véronique !

Et puis tous les billets en retard…
Le dernier livre de Raphaële Moussafir, merveilleux vraiment :




Une petite conversation à bâtons rompus avec Maud Lethielleux, autour de son très joli « Dis oui, Ninon. »




Et puis ce livre, qui me touche particulièrement de par les thèmes qui y sont abordés : "La condition" de Jennifer Haigh :


Voilà le programme (entre autres) de la semaine à venir. J’espère m’y tenir !!

Très belle fin de semaine à tous, et à lundi !!

17 mars 2009

Finnigan et moi @ Sonya Hartnett

« Je meurs. C’est un beau mot, la mort. On dirait le soupir long et lent d’un violoncelle.
La mooort…
Mais bon, à part le son, la mort n’a rien de beau. En tous cas pas la mienne.
»

Anwell a vingt ans et il se meurt. Son corps peu à peu s’émacie, sa peau se tend comme une fragile membrane sur ses os pointus, ses poumons brûlent et crépitent. Il va mourir et là dans cette petite pièce d’un blanc immaculé, sans autre mobilier que son lit d’agonie, c’est toute sa vie d’avant qui se déroule, comme si elle y était projetée, derniers rushs avant le blanc final.
Avant, il y a eu Finnigan, le garçon venu de nulle part, tombé à point, arrivé comme par enchantement dans le jardin de ses parents, un après-midi de désœuvrement, solitaire comme toujours. Anwell, ne devait pas avoir plus d’une dizaine d’années, pour les autres à l’école c’est le « Zinzin », fils de « Zinzins », frère en fait d’un enfant lourdement handicapé de trois ans plus âgé que lui. Tout le monde sait qu’il s’est passé de drôles de choses lors de la mort de ce grand-frère, un être mi oiseau, mi bébé, aussi long et osseux qu’Anwell sur son lit de mort.
Depuis l’arrivée au monde de ce frère, Vernon - la honte et la douleur de ses parents - la famille vit retirée, hostile au monde qui le leur rend bien… Ils sont « zinzins », tous.
Quand Finnigan apparaît, c’est une fenêtre qui s’ouvre enfin sur le monde dont Anwell est banni, lui qui n’a le droit d’aller nulle part. Finnigan, c’est la liberté absolue de l’enfant sauvage, sans parent, sans contrainte, la forêt est son territoire… de chasse.
Leur amitié est scellée en silence comme un secret, vite suivie d’un étrange pacte.
Anwell fera le bien, il sera désormais Gabriel, le messager, celui qui « rapporte des vérités stupéfiantes », quant à Finnigan, et son regard de hyène, il fera le mal… à sa place. A partir de ce jour, ils ne feront plus qu’un, unis à jamais, jumeaux en négatif. Le blond au yeux bleus angéliques, le brun aux yeux de braise, impitoyable.
Très vite, une suite de catastrophes se produit dans leur petite ville de Mulyan, semant la terreur et la zizanie parmi la population. Des feux, des feux se propagent, régulièrement, inlassablement, ravageant tout sur leur passage, réglant des comptes obscurs.
Gabriel-Anwell sait, il n’a pas de doute, le pyromane, c’est sa part obscure, sa part d’ombre incarnée par Finnigan, il tente de le raisonner. En vain.
Voilà un roman absolument magnifique, dur et âpre, envoûtant.
« Un roman qui flirte avec le fantastique » nous dit l’éditeur, oui bien évidemment, mais bien davantage une plongée dans les eaux profondes de la folie. La vérité se fait jour, transperce peu à peu, au rythme des pages tournées, la réalité bascule résolument dans une autre dimension dont la raison n’a que faire.
Le style de Sonya Hartnett est stupéfiant, certains passages, notamment ceux des rêves de l’ange, ou du démon sont d’une très grande beauté.
Et puis, il y a un chien, Surrender, celui qui… Mais je n’en dirai pas plus. Ce texte se dévore et vous emporte, résolument ailleurs. Troublant et magnifique.

Extrait :
« Là-haut, je m’assieds dans l’anfractuosité, je mets les bras autour de mes genoux, et je regarde. Je suis la gargouille de ce flanc de montagne. Si j’avais des ailes, elles seraient de geai. Elles se déploieraient en craquant comme du vieux cuir puis, une fois étendues, lâcheraient des gouttes d’huile.

De mon perchoir vertigineux, voici ce que je vois : une ville et des arbres miniatures. Le monde est une boite à joujoux renversée. Je vois des maisons de poupées, des camions que conduisent des puces. Et je vois d’autres choses, plus grosses et pourtant plus lointaines. Je vois des forêts, des champs, des montagnes et des nuages. Je vois l’ivoire des dents de requin acérées que forment les pics. Tout ça d’un regard. Au-delà de ce que je vois, il n’y a rien. Il n’y a pas d’endroit au-delà de celui-ci. D’où je suis, je vois tout ce qui arrive avant d’être vu, moi.
Mes cheveux dansent devant mes yeux. Je les repousse du bout des doigts.
Surrender se retourne et réfléchit. Il a envie de mordre. Sa lèvre supérieure ondule comme une vague. Rien d’important, ici, à part mon lévrier.
»

Les avis de Clarabel, Biblioblog, Sylire…..


Edtions du Serpent à plumes. Février 2009

14 mars 2009

Au revoir Monsieur Bashung....


J'ai le coeur qui s'effiloche...

C'est le salon du livre :)

°

Bon week-end et à mardi :))

13 mars 2009

No et moi @ Delphine de Vigan

Je ne connaissais jusqu’à présent Delphine de Vigan qu’à travers son premier livre, écrit sous le pseudonyme de Lou Delvig, le très beau « Jours sans faim ».
Alors pourquoi ai-je mis tant de temps à découvrir « No et moi », largement plébiscité sur les blogs littéraires, récompensé par le Prix des libraires 2008 ? Aucune idée, le hasard des lectures qui se font ou ne se font pas…
Mais il n’est jamais trop tard !
J’ai dévoré « No et moi », comme la plupart d’entre vous, littéralement happée par cette histoire qui sonne si juste, bouleversante, et qui nous rappelle comme dit l’éditeur que décidément « Nul n’est à l’abri… ». A l’abri de l’indifférence, de l’incompréhension, de la lâcheté des autres aussi.
Lou Bertignac est une adolescente surdouée, en avance intellectuellement sur les autres, il n’en reste pas moins qu’elle aura toujours deux ans de moins que les autres élèves de sa classe, et ces deux ans de moins justement font toute la différence, même si elle caracole en tête des classements. La différence, le sentiment d’exclusion, Lou, elle connaît…
« Depuis toute la vie je me suis toujours sentie en dehors, où que je sois, en dehors de l’image, de la conversation, en décalage, comme si j’étais seule à entendre des bruits ou des paroles que les autres ne perçoivent pas, et sourde aux mots qu’ils semblent entendre, comme si j’étais hors du cadre, de l’autre côté d’une vitre immense et invisible. »
Et puis un jour, elle rencontre No, une jeune SDF, 18 ans à peine. Ce jour-là, il lui semble comme sortir de sa solitude, quelque chose les rapproche, les unit :
« (…) on aurait pu j’en suis sûre dessiner un cercle autour de nous, un cercle dont je n’étais pas exclue, un cercle qui nous enveloppait et qui, pour quelques minutes, nous protégeait du monde. »
No, comme Non, comme nothing, comme rien... Nolwenn en fait, qui vit dans la rue, sans endroit où aller, à part chez une copine qui en a plus qu’assez à vrai dire. No qui se butte, souffre en silence…
Lou, en classe, déteste plus que tout le moment où il lui faut prendre la parole, se mettre en avant. Alors le jour où il faut qu’elle se décide pour un sujet d’exposé, elle lâche tout à trac, et sans l’avoir prémédité : « Les sans abri ». Ça c’était juste avant qu’elle ne rencontre No…
Les rencontres se succèdent, dans un café où No accepte de se rendre. Peu à peu, elle se laisse apprivoiser, approcher, dans le silence puis dans les confidences lentement égrenées.
« Et notre silence est chargé de toute l’impuissance du monde, notre silence est comme un retour à l’origine des choses, à leur vérité. ».
Du haut de ses quatorze ans, Lou mesure toute la lâcheté, toute l’ironie de notre monde, capable dans le même mouvement de mettre des satellites en orbite et de laisser des gens dormir dans la rue.
Alors avec Lucas, un garçon de sa classe, à l’inverse d’elle, assez « à la bourre » dans ses études, mais tout comme elle, différent finalement, ils vont tenter de rompre le cercle vicieux et sauver No du naufrage.
Difficile en fait de parler de ce livre, qu’il faut découvrir à travers la voix de sa narratrice, la petite Lou. C’est bien simple on a l’impression de l’entendre parler à travers ces pages, bien présente, hésitante, révoltée face à la faiblesse des adultes. Et pourtant, Lou connaît intiment la souffrance, elle l’a vécu, presque dans sa chair. Mais elle est comme ça battante, et ça n’a rien à voir avec son jeune âge, elle sera comme ça, jusqu’au bout, comme une évidence.
Le jour de la sortie de classes, Monsieur Martin, le professeur à l'oringine de l'exposé, lui déclare :
« Ne renoncez pas ». Et tout est dit.
« Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L’espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n’y a pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s’il est tout déchiré. »
J'ai beaucoup aimé.
Le coup de coeur de Clarabel, l'avis plus mitigé de La bibliothèque du dolmen. Je rajouterai vos liens au fur et à mesure, n'hésitez pas à me les communiquer !

Voulez-vous gagner le "dernier" Philippe DJIAN ? (3)

Dernière question, cette fois-ci en lien avec le roman à gagner ...

Quel est le prénom de la fille du narrateur qui disparaît au début d'Impardonnables ?

Hyper facile, même si vous n'avez pas lu le roman, suivez le lien :)

(Les règles du jeu sont exposées dans les billets précédents...)



12 mars 2009

New York, journal d'un cycle @ Catherine Cusset

Voici il me semble, le dernier petit venu de l’excellente collection Traits et portraits du Mercure de France.
J’aime beaucoup cette collection où les auteurs peuvent librement parler d’eux, sous la forme qui leur convient.
Dans « New York, journal d’un cycle », Catherine Cusset nous emmène dans cette ville qu’elle connaît bien puisqu’elle y vit et y a enseigné pendant de nombreuses années.
Son moyen de locomotion préféré entre tous : le vélo. Parce qu’elle peur de la voiture quand elle est au volant (dieu merci je ne suis pas la seule !) et parce que décidément, c’est le meilleur moyen de découvrir et de faire découvrir une ville, même si, on l’imagine, pédaler à New York n’est pas sans danger. Alors elle s’énerve souvent, menace les automobilistes inconséquents de tous les noms d’oiseaux possibles, frôle l’accident parfois, mais New York est à elle… A vélo, on peu humer l’air salin de cette ville, profiter de son ciel à la luminosité parfois d’un bleu si intense, toutes choses dont il est absolument impossible de prendre pleinement conscience, à l’abri dans l’habitacle d’une voiture.
« Peu importe qu’on entende sur la gauche le vacarme des voitures qui filent sur West Side Highway. Ce qui compte, c’est le vent, et l’odeur de la mer, et l’étendue gris-bleu qui bouge, avec ses milliers de points scintillant comme autant de diamants. »
Mais cycle, c’est aussi le cycle de la lune, le cycle des marées, le cycle de la fertilité que certaines femmes attendent chaque mois avec anxiété. Catherine Cusset, à l’époque de sa vie où elle situe ce récit, elle a alors 32 ans, tente avec son mari d’attendre un enfant. Chaque moins l’échéance revient, perturbante, source de conflits, d’angoisses et d’impatience.
La roue tourne, et de bébé, point encore…
« Vélo volé, l’anagramme est le chiasme sont parfaits, les deux mots sont faits pour s’accoupler. En verlan c’et lové, comme un fœtus dans le ventre de sa mère. »
Des très jolies photos de vélos « dans tous leurs états » illustrent ce livre. Ce sont surtout des vélos tout esquintés, tout cabossés, à certains il manque une roue, ou ne reste plus que le cadre. Un autre témoigne de la mort de son jeune propriétaire, fauché par un chauffard, à l’âge de 22 ans.
Le vélo, le rythme circulaire que lui imprime ses roues, c’est un peu la vie et ces accidents, la liberté aussi, parce qu’avec lui on part à la conquête de la ville et des autres, le symbole du temps qui passe, quelque chose d'assez proche finalement de l'écriture...
« Une des choses les plus importantes au monde pour moi, c’est mon vélo. La répétition cyclique des jours. La sortie dans le vent chaque après-midi. Cela m’aide à vivre. Je peux m’en passer aussi.
Le vélo est aussi une manière de ne pas trop réfléchir. Evacuer plutôt. Rouler. Pédaler.
(…)
Le vélo, c’est la forme. C’est cela aussi, l’écriture : la forme. La possibilité de donner forme. D’exercer du contrôle par la forme. »


A découvrir absolument, j’ai beaucoup aimé…

Collection Traits et portraits - Mercure de Fance - Mars 2009

Voulez-vous gagner le "dernier" Philippe DJIAN ? (2)

°
Voici la deuxième question :)

Je vous rappelle que la première personne qui donnera la bonne réponse remportera un exemplaire d'Impardonnables, offert par les éditions Gallimard

Quel est le titre et la date de parution du premier livre de Philippe Djian ?

Petit indice, il s'agit d'un recueil de nouvelles :)


11 mars 2009

Voulez-vous gagner le "dernier" Philippe DJIAN ?

°

Pour cela c'est très simple, le premier qui aura trouvé la bonne réponse à l'une des trois questions (archi simples) que je vais vous soumettre pendant trois jours (une question par jour) gagnera un exemplaire d'Impardonnables, offert par les Editions Gallimard.
Il y a 3 livres à gagner :)

Vous pouvez jouer tant que vous n'avez pas gagné, ensuite, il faudra laisser la place aux autres :)

Aujourd'hui, je pose la première question :)
(La deuxième est prévue jeudi, la troisième vendredi)

Quelle est la date et le lieu de naissance de Philippe Djian ?

Hyper facile, isn't it :)

Bonne journée à vous tous !

10 mars 2009

L'Amour comme par hasard @ Eva Rice

Avis aux amatrices d’ambiance typiquement anglaise, un chouia surannée, d’histoires d’amour impossibles mais auxquelles on veut tout de même croire, de vieilles demeures ressemblant à s’y méprendre à notre cher Manderley (soupirs), ce livre se déguste comme une bonne tasse de thé fumant accompagnée il va de soi, de multiples scones et de quelques pots de marmelade.
Je l’ai dévoré en une journée, et mon dieu, que cela fait du bien !
Ne vous attardez pas trop sur la quatrième de couverture, elle ferait fuir le lecteur le plus acharné. J’ai pour ma part poussé un énorme soupir… que tout cela avait l’air compliqué et ennuyeux. Rien de moins vrai.
Mais de quoi est-il question ? Pas uniquement de thé, quoique l’histoire commence justement par un thé des plus « confortables » et des plus gourmands.
Nous sommes en 1954, deux jeunes filles de bonne famille, mais plutôt désargentées, se rencontrent inopinément à une station de bus. Sorte de coup de foudre de l’amitié, elles ne se quitteront plus. Toutes deux aiment à la folie, vénèrent serait plutôt le mot juste, le chanteur en vogue à cette époque, le désormais passé à la trappe (du moins pour moi...) Johnnie Ray. C’est le temps des premiers émois, des premières amours, elles ont tout juste 18 ans.
Hormis cette ferveur « musicale », rien ne semblait pourtant devoir les réunir. Pénélope vit seule bien souvent dans la vieille demeure familiale, hélas menaçant furieusement de tomber en ruines et que sa mère, veuve très jeune, tente de maintenir à flots (sans trop de succès). Son petit frère quant à lui ne rêve que de musique, et il faut dire qu’il a du goût, puisque déjà, il le sait, il en est sûr, Elvis Presley, alors totalement inconnu au bataillon, effacera tous les Johnnie de la terre.
Charlotte est très différente, étincelante d’originalité, elle sait à merveille transformer une vulgaire couverture vert gazon en manteau du plus grand chic, cette fille a du chien, de l’avenir, on le sent.
Et puis il y a le cousin de Charlotte, amoureux transi, sans le succès escompté, d’une américaine un peu poivrote, très en vue dans les magazines.
Mélangez bien tous ces ingrédients, ajoutez-y l’apparition en cours de livre, d’un très bel homme, élégant, riche à millions et, last but non least, américain, mais hélas pour Pénélope, de 25 ans plus âgé qu’elle (tiens tiens, ne serait-ce pas le moment de songer à recaser la mère ?) et vous avez un roman pétillant, enlevé, déluré et, diablement réjouissant.
Je dois dire, que pour ma part, le personnage que j’ai préféré est bien évidemment la maison, enfin le château, mais comme cela ne « se dit pas », disons plutôt : la vieille demeure. Elle est là, tangible, merveilleusement mise en scène, on s’y croirait presque, on rêverait de bouquiner dans sa bibliothèque, même si les chauves souris sculptées vous y observent du coin de l’œil et que l’eau qui goutte dans le seau, vous rappelle qu’en fait il pleut pas mal et pas seulement sur les arbres splendides du jardin (que dis-je parc, propriété :) !
Bref, un joli moment de lecture, sucré et réconfortant, comme on les aime !

Extraits :
Je retournai vers la maison en fouettant les orties de ma cravache, tout en fredonnant une chanson de Johnnie Ray et en me demandant si je reverrai Rocky un jour. Les garçons ne valent pas tous les soucis qu’ils nous causent, pensai-je. Il était bien plus sage de se contenter de lire des romans dans lesquels on voit le héros arriver à des kilomètres. »
(Comme ici ;)

« Ne dis pas de bêtises. Il n’existe pas deux cochons d’Inde du même sexe. On apprend ça à l’école. Même moi, je m’en souviens. »
Ce serait une des rares questions à propos desquelles il s’avérerait plus tard que maman avait entièrement raison.
»
Les avis de Sylire, de Anne, de Malice, de Cuné, de Lou, de Un coin de blog, de Clarabel et de Brize (et j'en oublie sûrement :(
Un grand merci au Livre de Poche !

09 mars 2009

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? @ Didier Decoin

°

Quand Kitty Genovese, une toute jeune femme de vingt-huit ans, rentre chez elle tard dans la nuit - elle vient de fermer le bar, le Ev’s Eleventh Hour, dont elle est la gérante - elle ne sait pas, et comment pourrait-elle l’imaginer, que c’est la mort qui l’attend au bas de son immeuble.
Il est tard, 3h15 du matin, il fait froid, très froid pour ce mois de mars 1964. Kitty n’a certainement qu’une envie s’engouffrer dans son petit immeuble du Queens à New York pour y rejoindre son amie, celle qui partage alors son existence, Mary Ann. Mais le tueur est là, aux aguets, il l’a bien repérée au volant de sa petite Fiat rouge. En un instant, il le sait, il va la tuer. Garant sa Corvair blanche un peu à la va-vite, il la suit ,un couteau de chasse à la main.
Le supplice de Kitty va durer plus d’une demi-heure, et pendant ce temps-là, bien au chaud dans leurs appartements, les voisins et témoins assisteront sans réagir à cet atroce calvaire. Tente-huit, pas moins, assisteront, apathiques à la mort lente, effrayante et douloureuse de la jeune femme sans jamais décrocher leur téléphone pour appeler la police qui pourtant patrouille pas très loin dans le coin, sans discontinuer.
Un seul coup de fil aurait sauvé la vie de Kitty….
Finalement la jeune femme mourra dans le bras d’une de ses voisines, la seule peut-être qui n’aurait pas dû descendre, seule dans la nuit, une petite brindille de femme, mère d’un enfant en bas âge.
Cette affaire fit grand bruit aux Etats-Unis, dans ce pays alors en proie à la tourmente, et dont le président vient d’être assassiné quelques mois plus tôt.
L’indifférence des témoins et voisins, leur laisser-faire, meurtrit la population qui dût se demander, se poser alors La fameuse question, et moi est-ce que - je serais descendu ?
La mort de Kitty, seule et sans assistance, malgré de multiples témoins, légua son nom à un syndrome, le syndrome de Kitty Genovese. Syndrome qui perdure encore et encore…
Didier Decoin s’empare de cette histoire, avec tout son talent de romancier et de cinéaste. Après une enquête minutieuse, qui lui permet d’intégrer totalement cette histoire comme s’il en avait été le témoin direct, c’est au romancier de prendre la relève pour livrer non pas sa version des faits, mais la VISION qu’il en a, après des mois et des mois de recherches.
Nous ne saurons jamais qu’elles ont été les dernières pensées de la jeune femme, mais celles que Didier Decoin lui prêtent, prennent sous sa plume des allures d’évidence….
Quand le journaliste ou l’historien doivent se contenter de se restreindre aux faits et rien qu’aux faits, le romancier peut, se doit aller au-delà pour parfois s’approcher au plus près d’une certaine forme de vérité, celle ressentie, instinctivement comprise.
En ce sens le roman de Dider Decoin est une très belle réussite. C’est à sa suite que nous découvrons cette histoire, à la lueur de sa sensibilité, de ses questionnements aussi…
Au centre du roman, il y a ce personnage inventé de toutes pièces par l’auteur, habitant de l’immeuble témoin du drame, mais absent au moment des faits, Nathan Koschel, romancier, passionné de pêche à la mouche. Un peu le double de Decoin en somme. Avec sa femme, Nathan va tenter de comprendre… Comprendre la folie du meurtrier, déclaré schizophrène, tenter de déceler les raisons à l’apathie meurtrière des voisins….
Le résultat est bouleversant parce qu’incarné. Si les personnages réels, paraissent extrêmement crédibles, il y a la présence de la ville aussi, New York, que Didier Decoin connaît dans ses moindres recoins, et qu’il dépeint ici avec une foule de petits détails qui la rendent sinon vivante, du moins extrêmement tangible et présente au lecteur.

Et puis bien sûr, il y a le portrait de Moseley, saisissant dans sa folie. Decoin nous le dépeint non comme un simple monstre, mais un comme un loup garou, un homme bon père de famille, mari aimant, citoyen respectueux des lois, mais qui la nuit bascule de l’autre côté, dans son monde de folie et de crimes…Schizophrène, il évitera de justesse la chaise électrique (et combien ont dû regretter de ne pouvoir assister à sa mort derrière une vitre, comme certains l’avaient fait, une certaine nuit de mars pour Kitty…)
Pas de peine encourue aux Etats-Unis pour ceux qui observent sans porter secours à la victime. Tous les voyeurs de l’immeuble furent tous juste, et encore pas tous, assignés à témoigner…
Ce livre donne la chair de poule tout autant qu’il porte à la réflexion.
Nathan Koshel, le porte-parole de ce récit, est juif, et ce point a son importance en regard de l’histoire et de l’insoutenable passivité de beaucoup devant la Shoah.
Le syndrome Kitty Genovese ne date pas d’hier, et n’est pas prêt de disparaître…
Un livre tout à fait remarquable, saisissant, émouvant, percutant qui vous laisse la tête pleine de questions. Tout à fait essentiel...

Extrait de la conversation entre Guila et Nathan, lors du procès :
« L’essentiel est ailleurs : aujourd’hui, Kitty sait probablement pourquoi Moseley lui a fait ça. Pourquoi il n’a pas pu s’en empêcher. Et si la réponse à cette question est que Moseley est malade dans sa tête, alors il n’est pas impossible que Kitty lui ait pardonné depuis longtemps. Ici, Guila marqua un temps. (….) Mais l’attitude de ceux qui ont regardé Kitty mourir comme s’ils suivaient ça à la télévision et qui n’ont rien fait, conclut Guila, cette attitude-là n’est pas une maladie. Non, la lâcheté et l’indifférence ne sont pas des maladies. Tu pourrais mourir mille et mille fois que l’Autre Côté de la vie ne t’apprendrait rien de plus sur cette lâcheté et sur cette indifférence. Elles font partie de nous, voilà tout. »

Un grand merci aux Editions Grasset, Olivier Nora, l’agence Inmediatic et tout particulièrement Stéphanie, pour avoir organisé une très jolie rencontre avec Didier Decoin, mercredi dernier aux Deux Magots.

Ici le billet d’Alice que j’ai eu le plaisir de retrouver à cette occasion et celui de Clarabel et l'avis de Jules que j'avais malencontreusement oublié de signaler !

08 mars 2009

Chiens @ Carnets du Louvre

°

Si vous aimez la peinture, les chiens, et… François Nourissier, qui en signe la préface, alors ce livre est fait pour vous !
Rassemblant un joli choix de tableaux, mais aussi sculptures, tapisseries, objets, dans lesquels apparaissent, de-ci, de là, des chiens « dans tous leurs états" , parfois en arrière plan, parfois au centre de l’œuvre, cet album est une petite merveille !
Chaque œuvre fait l’objet d’une étude très judicieuse qui la replace dans son contexte et explicite le rôle du chien, jamais tout à fait innocent.

Ici par exemple dans ce magnifique tableau de Paul Delaroche (1797-1856), "Les enfants d'Edouard" 1830.


Le petit chien qui nous tourne le dos prévoit et annonce l’horreur qui ne va pas manquer de se produire. On l’imagine fort bien aboyant, percevant le premier, ce rai de lumière sous la porte.
Tout près de lui, assis sur un lit, les deux fils du défunt Edouard IV, prisonniers à la Tour de Londres. Le rai de lumière laisse apercevoir une ombre, qui n’est autre que celle de l’homme venu les étouffer sur ordre de leur oncle, le futur Richard III…
Delaroche a placé ce petit chien juste au-dessus de sa signature, emplacement stratégique s’il en est un…


Ci-dessous, c’est un bichon ! (naturellement…)


Dans ce tableau de Guido Reni (1575 – 1642), le bichon ( bolonais ) observe, amusé, un ouistiti très apprêté. Il serait bien prêt à jouer avec lui…
Si je vous disais que les deux animaux figurent en fait, en bas au centre de la toile intitulée « L’Enlèvement d’Hélène », la célèbre Hélène, femme du roi de Sparte, Ménélas, tout en sachant que si le chien symbolise fréquemment la fidélité conjugale, le singe évoque plutôt la luxure et lascivité, il y a effectivement beaucoup de soucis à se faire pour la suite des évènements.
Eh, oui, la guerre de Troie aura bien lieu…

ET bien sûr tous les autres, que je vous laisse le plaisir de découvrir.

Extraits préface :
« Un chien est assis au milieu d’une société à sa mesure : disons de dix personnes. Observez-le. Il est tendu, projeté hors de soi. Il invente chaque seconde vécue. D’où vient à la belle Zita cet air de maturité et de conquête ? Belle, Zita ? Oui, comme est beau tout animal qui a inventé le secret de se faire aimer. Soyons modestes : capable de se laisser aimer avant d’aller enterrer sa balle au fond du jardin… »

« En 1975, je publiai Lettre à mon chien.
Quand il reçut le livre, Paul Morand me répondit par cette simple carte :
Ouah ! Ouah !
Paul
Il avait appris la langue. »

François Nourissier.

Bon dimanche !

« Chiens » - Carnets du Louvre – Musée du Louvre Editions – Flammarion
Préface de François Nourissier – Texte de Elisabeth Foucart-Walter.


07 mars 2009

Ma vie à la NRF @ Michel Mohrt

Michel Mohrt prévient d’emblée son lecteur :
« Raconter des intrigues, dans la mesure où je les devinais, où l’on me les révélait ; les luttes d’influences, inévitables comme il y en a dans toutes les affaires, je n’ai nulle envie de les revivre. Je vais donc décevoir le lecteur, mais je n’ai pas de secrets à révéler. Quelques anecdotes seulement que j’ai racontées plusieurs fois à des amis. Plusieurs d’entre eux m’ont poussé à les écrire, je leur obéis : on les retrouvera ici. Mais je ne relate que mes souvenirs les plus anciens, des toutes premières années de ma vie d’éditeur.»
C’est Gaston Gallimard lui-même qui l’engage en 1952, « C’est l’écrivain que nous voulons (lui dit-il alors). Vous lirez les manuscrits français et les livres anglais et américains. »
Michel Mohrt avait en effet déjà publié, entre autres, le célèbre « Mon royaume pour un cheval » chez Albin Michel et connaissait fort bien les Etats-Unis pour y avoir enseigné dans plusieurs universités, dont celle de Yale.
1952 marque le début d’une longue collaboration entre l’écrivain et la maison Gallimard.
Ce petit livre de souvenirs, écrit comme il se plait à le dire, au fil de la plume, en révèle les prémices et quels prémices !
« Good By Colombus » de Philip Roth, « On the Road » de Jack Kerouac, « Lolita » de Nabokov, qui furent suivis de tant d’autres…
Au détour de ces pages, Michel Mohrt évoque Raymond Queneau qui devint son ami :
« J’ai aimé son rire – ou plutôt, ses « quintes de rire » qui le secouaient violemment. Elles avaient quelque chose d’enfantin, de désarmant, qui rendait l’homme tout de suite sympathique. C’était aussi sa protection : Queneau projetait ce rire devant lui, comme pour se dérober, éviter les questions. C’était un masque. »
Queneau répondant ainsi à Tardieu qui lui demandait quelles étaient ses impressions de son récent séjour en Russie :
« Il n’y a pas d’chiens ». Et de fait, Roger Grenier en fera l’expérience plus tard, en se promenant avec son chien Ulysse à Prague où l’animal déclencha de forts mouvements d’étonnement et d’admiration…
Queneau qui jamais ne se remit de la mort de sa femme Janine et qui presque tous les soirs venait discuter avec Michel Mohrt de la vie littéraire, de la vie tout court et ce jusqu’à la fin de son existence.
On croise aussi dans ces pages, Paulhan bien sûr, qui adorait montrer à ses visiteurs le nouveau jeu de « farces et attrapes » qu’il venait d’acquérir. Paulhan dont il fallait se méfier : « Disciple de Paulhan… , vous deviendrez un être fantomatique, inquiet…, toujours affamé de confirmation, perdu d’angoisse. » affirmait François Nourissier.
Paulhan et sa méfiance des grands sentiments.
Et puis Sunsiarée, qu’il croise dans les couloirs de Gallimard juste avant que Roger Nimier ne l’entraîne dans sa voiture : »
« Je vous emmène voir Pierre Lazareff. Venez ! Ma voiture est devant la maison. »
Quelques minutes après être rentré chez lui, Michel Mohrt apprendra la mort de l’écrivain et de sa passagère, à la suite du dérapage de l’Aston Martin sur l’autoroute de l’Ouest…
Et puis plein d’autres choses encore… Comme si vous écoutiez Monsieur Mohrt vous parler, un peu à bâton rompus, mais toujours aussi passionnant, dans son bureau de la rue Sébastien Bottin…


J’ai eu la chance et le grand bonheur de le rencontrer deux fois, il y a près de quinze ans. Juste comme ça, pour discuter de mes projets, de la vie tout simplement.
Michel Mohrt est un homme délicieux, d’une grande courtoisie, d’une grande culture et qui plus est doté d’un beau sens de l’humour ;)
Il m’a donné, avant que je ne parte, la dernière fois que je l’ai vu, ce petit livre, d’un breton à une bretonne, me recommandant vivement d’aller plus souvent à Londres :
« de Roscoff, ce n’est pas si loin » y a-t-il inscrit en page de garde.
Je suis retournée à Londres depuis, bien sûr, mais hélas pas dans ce club fameux où se déroule le dîner d’’ Un soir à Londres ».

Mais justement venons-y à ce soir à Londres… Martin attend pour dîner l’élégante, la magnifique Victoria. Il ne l’a pas revue depuis des années, mais il la connaît depuis l’enfance. D’ailleurs c’est tout simple elle a épousé Chris, son meilleur ami, français tout comme lui. Mais Chris a disparu en mer… Martin, au cours de ce dîner va tenter de dire à Victoria tout ce qu’il n’a pu lui dire durant toutes ces années.
Mais tout n’est pas aussi simple et tandis qu’ils évoquent ensemble les temps anciens, le souvenir de Chris ne cesse de les hanter, l’un et l’autre, de plus en plus présent, comme une évidence…

Extrait, "Un soir à Londres"
Dans la penderie des toilettes du club, il y a … une balance !
« Martin alla se débarrasser de son pardessus, de son chapeau et de son parapluie mouillé, dans une penderie menant aux toilettes où il avait toujours admiré, reluisant de tous ses cuivres, une bascule à peser munie de poids de différents calibres glissant sur deux tringles. Un siège bas, recouvert d’un tissu pelucheux, permettait aux membres du club de s’asseoir sur la bascule, pour se rendre compte si, à la suite d’un dîner copieux, ils avaient pris du poids. Dickens s’était-il assis sur cette machine d’un autre âge ? Tenté par la posture originale qu’il aurait prise en montant sur le siège, Martin ne s’était jamais résolu à céder à la tentation. »

05 mars 2009

Impuretés @ Philippe Djian

Dans la quasi foulée d'Impardonnables , et parce que j’étais si contente d’avoir renoué avec les livres et l’univers de Philippe Djian, je me suis lancée dans la lecture d’Impuretés (dont le titre se marie d’ailleurs fort bien avec le précédent), persuadée que j’étais que je n’allais en faire qu’une bouchée. En fait, il m’a fallu, et c’est un record de lenteur dans ma vie de lectrice, pas moins d’une semaine pour en tourner la dernière page.
Non pas que le livre ne soit pas captivant, loin de là, jamais l’ennui ne m’a guettée au détour d’une page, mais il est, comment dire, un chouia déprimant.
Déprimant n’est pas le terme juste, disons que c’est plutôt l’effet qu’il a eu sur ma petite personne… Qu’un livre soit pour moi « déprimant », n’est pas un défaut, bien au contraire c’est la preuve qu’il a su me toucher, et bien au-delà de ce à quoi je m’attendais.
Il faut dire qu’il n’y a pas un personnage dans ce livre pour qui la vie est douce, le ciel bleu et sans nuages. Et pourtant, ce sont tous des privilégiés, des hommes et de femmes bien en vue, voire célèbres, habitant de vastes demeures sur une colline, quelque part aux Etats-Unis. Une vie de paillettes, au rythme des cocktails (très arrosés), des réceptions diverses et variées entrecoupées de moments de farniente ennuyeux, quand ils ne sont pas appelés à l’autre bout du monde, ou sur un tournage ou que sais-je…
Le fond de leurs existences est assez morne et noir, ils le savent… en plus... Cette petite communauté de nantis est à deux doigts du fiasco personnel, même s’ils tentent de maquiller péniblement les apparences :
« Mais bien entendu elle n’était pas la seule, dans cette assistance, à faire l’expérience d’un fiasco ou d’un gâchis quelconque, d’un certain dégoût de soi-même ou d’une extrême lassitude morale – divorce, adultère, luxure, trahison, violence, mascarade, etc., constituaient le lot quotidien -, si bien qu’il existait une sorte de complicité entre les êtres, de fraternité dans la souffrance, et personne ne la montra du doigt pour cause de désarroi passager (…)».
Mais finalement ce sont des adultes, ou présumés tels, ils ont choisi, ils en sont arrivés là. Que Laure sache qu’il faut « coucher » pour décrocher un rôle qui la ramène sur le devant de la scène c’est un fait, elle assume, même très mal. Que son mari, Richard, écrivain à la dérive, et repenti de la coke, se sente plus ou moins minable de ne plus pouvoir tenir la plume autrement que pour écrire des scénarios qu’il juge ingrats, c’est encore son problème. Il lui reste de toute façon sa Porsche, et le vide qui le tenaille.
Mais quand tout à coup, les adolescents de ces hommes et femmes se mettent à partir à la dérive jusqu’à en perdre la vie… Là, en l’occurrence, tout explose. Il ne s’agit plus d’un simple jeu.
Confronté à ce monde adulte « impur », il y a Evy, le fils de Laura et de Richard, le frère de Lisa, tragiquement retrouvée noyée dans un lac. Evy et ses rêves sinon de transcendance, du moins d’amour pur et entier. Il n’y a pas que le sexe dans la vie, martèle-t-il à tout bout de champs. L’amour, finalement, il le découvrira, en la personne d’une amie de Lisa. Il n’a que quatorze ans, et ce qui se dévoile ses yeux, du monde des adultes et des adolescents plus âgés le suffoque, même s’il y plonge les yeux fermés, comme une fatalité. Et c’est suffocant en effet et cela ne s’arrangera pas.
Sexe, drogue, combines et prostitutions, autant d’impuretés auxquelles décidément, sur ces jolies collines, il est difficile d’échapper.
Les adultes jettent sur leurs enfants des regards inquiets, un peu désabusés. C’est simple, ils se sentent tout simplement largués :
« Il réprima un bâillement. Honnêtement, il était difficile de s’intéresser à leurs faits et gestes, il était très difficile d’accorder une grande attention à leur petit univers, à leurs invraisemblables salades. Quand il n’était pas question de photos, il s’agissait d’autre chose, de n’importe quoi, de tout ce qui leur passait par la tête et de tout ce qui leur tombait sous la main. Parfois, ils versaient une pelletée de verre dans leur pantalon. Ou ils tombaient des arbres. Ou ils se jetaient d’un pont. Ou ils se noyaient. Ou ils saccageaient des tombes. Il n’y avait aucun frein à leur imagination, aucune limite. Et pourtant il fallait bien gérer tout ça (…). »
« Cette génération, se disait-il, c’étaient de vrais Martiens débarquant sur une planète hostile, pas vraiment faite pour eux, pas vraiment sympathique. »
Le regard que porte l’auteur sur tout ce petit monde n’est pas pour autant moralisateur, il observe, et avec un art consommé qui est le sien, raconte à la troisième personne… Et pourtant, pourtant, parfois un « JE » intervient, rarement, et assez curieusement.
« Je me suis demandé ce qu’il se serait passé (…) », ou encore : « Incroyable. Si ça continuait, se disait-on, ils allaient s’étreindre – personnellement, j’en étais révulsé – mais (…) ».
Serait-ce Djian qui, tout à coup, s’immisce dans l’histoire, comme s’il en était le témoin et non l’auteur ? Peut-être… A votre avis ?
C’est noir, très noir et ça ne s’améliore pas à la fin, mais c’est - Thom a raison de le souligner - un très bon « Djian ». Et comme il connaît bien mieux l’auteur que moi, lisez surtout son excellent billet ici.

04 mars 2009

Histoire de Tags et de Pal...

En réponse au Tag, que m'a gentiment transmis Rose, sur les PAL des lecteurs compulsifs ou passionnés que nous sommes, voici deux échantillons de mes fameuses piles de livres à lire.
En fait, je n'aime pas trop les classements, si bien que je mélange sur les étagères de mes bibliothèques livres à lire ou livres lus, un peu au petit bonheur la chance. Retrouver ensuite le volume qu'il me faut de toute urgence (bien entendu) relève de la fouille archéologique, je déplace, je fourrage dans les rayons (souvent sur deux rangées), et le livre déniché n'est pas toujours celui recherché, mais la quête n'est pas si désagréable que cela et réserve parfois de belles surprises !
En fait, nous avons cinq bibliothèques à la maison, de différentes tailles, plus quelques étagères dans les coins perdus.
Tout à côté de la bibliothèque du couloir, j'ai ajouté une petite table où j'empile les livres à lire rapidement (enfin tout dépend, rapidement peut changer de sens en fonction des aléas de la vie et si j'ai la tête dans les nuages ou pas :).


Sur la petite étagère de la chambre, tout à côté de la table de nuit dite "à moustaches" (qui est déjà une vraie petite réserve à elle toute seule), je dispose des livres à lire très bientôt, enfin... bientôt !



Et puis bien sûr, il y a tous les autres, disséminés un partout et que j'observe avec plaisir régulièrement, rêvant d'une vie sans contraintes ni obligations où je pourrais lire des heures durant sans avoir à me préoccuper du temps qui passe !

Enfin, pour finir, ma petite PAL "Fabrice Colin", bien décidée que je suis à continuer d'explorer l'univers de ce jeune auteur tout à fait hors du commun.
J'attire votre attention sur "Comme des fantômes" que j'ai commencé depuis peu (un vrai régal, un vrai bonheur) - J'en parle très prochainement, promis !


Je crois être la dernière à avoir répondu à ce Tag ?

Les photos ont disparu :(((( - je vais tenter de les retrouver. Ceci dit, pas moins évident que pour les livres :)

03 mars 2009

La géante Belle-Lurette n'a plus toute sa tête @ Juliette Saumande et Antoine Déprez


Il ne se passe pas de jour sans que le royaume de Tirligok soit la proie des plus terribles menaces en provenance des infâmes, des horribles Affreux. Ces derniers sont prêts à tout pour récupérer la Clé magique qui leur permettra enfin de délivrer leur chef, l’odieux dragon Dégourbik.
Septième volume de la série, « La géante Belle-Lurette n’a plus toute sa tête » nous narre la terrible mésaventure de la grande demoiselle qui par un beau matin, alors qu’elle s’entraînait à lancer son bilboquet, le reçut en plein sur la tête… Et patatras, voilà notre géante qui en perd la mémoire et ne sait plus entre mille autre choses, où elle a bien pu cacher la fameuse Clef.
« Belle-Lurette la géante ne se souvint plus de rien : ni combien faisait 1 et 1, ni si elle s’était lavé les pieds ce matin, ni quelle était la couleur du poney blanc de Tum-Tum le gobelin. »
Seule solution , se rendre illico presto chez son Papounet à Passe-Nuées, pour boire quelques gorgées de sa fameuse potion Anti-Passoire et recouvrer la mémoire.
Mais, les Affreux veillent et comme Belle-Lurette ne souvient vraiment plus de rien, elle se laisse vite flouer par l’un deux, la terrible Nazebroque qui pour l’occasion réinventera le conte du Petit Chaperon Rouge.
Voilà un texte joliment rythmé, une prose qui rime et fait sourire. Les illustrations sont pétillantes et pleines d’esprit. J’adore la robe à pois et les ongles vernis de rouge de la géante !

A découvrir absolument par les petits et leurs parents. Une excellente lecture du soir :)
Texte de Juliette Saumande , illustrations de Antoine Déprez.

Première page (cliquez pour agrandir)

Editions Mango Jeunesse, à partir de 5 ans. Février 2009