30 avril 2009

Autopsie d'un sans-papiers @ Olivier Las Vergnas

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« On ne naît pas sans-papiers, on le devient »…

Sirwan, un jeune kurde, fuyant son pays en guerre, échoue avec ses parents en terre de France. Tous les espoirs leur semblaient permis, ce pays n’est-il pas après tout celui des Droits de l’homme ?
Alors ils ont attendu, attendu le fameux statut de réfugiés qui jamais n’est venu…
« Un jour, ils ont fini par accepter que notre sort était scellé. Tellement scellé qu’ils ont décidé de se cacher avant de finir par se faire rafler. » Raflés, à la sortie du lycée de leur fils.
Après avoir trouvé refuge un temps dans un camp Rom, Sirwan est repéré par un ancien vétérinaire, un dénommé Otto, qui lui propose de le cacher en échange d’un coup de main pour son trafic de chiens de combats… Drôles de chiens, drôles de robots plutôt…
Le jeune homme est doué, très doué pour la robotique, Otto le vétérinaire, sait tout de suite comment tirer parti de ses talents, comment lui faire peur aussi, pour qu’il reste sur ses gardes. Parfois, il l’emmène avec lui, le planque dans le coffre de sa voiture et de loin lui montre comment les sans-papiers, comme lui, sont raflés et neutralisés.
Dans la planque, une sorte de hangar souterrain, Sirwan passe de son matelas à son atelier, mais il n’est pas seul, à ses côtés, compagne de son infortune, il y a Samira, la magnifique Samira, ivoirienne réfugiée, meurtrie, blessée au cœur, tout comme lui.
Sam, c’est sa lumière, son grand amour et quand il l’évoque dans son journal au jour le jour, son « autopsie », il en parle diablement bien…
« Son passé est aussi noir que ses tenues sont bariolées ; les reflets dans ses yeux sont aussi séduisants que son enfance a dû être terrible. Si je perdais aujourd’hui son rire, je perdrais tout goût à l’existence. Au lieu de n’être qu’un sans-papiers que tout piétine, grâce à Sam, il m’arrive de me sentir un surfeur des nuages. Samira, je ne sais pas d’où viennent tes montagnes, mais je les escalade ; je ne sais pas qui nourrit tes fleuves, mais je m’y noie. »

Et puis un jour, Samira se fait blesser par l’un des chiens robots. Les crocs puissants de l’animal lui déchiquètent le mollet. Samira vacille entre la vie et la mort.
Mais comment sauver un sans-papiers, un sans rien, un sans droits, sans briser le fragile équilibre qui leur permet de vivre cachés à l’abri des rafles… Mission impossible bien évidemment.
« Quoi faire ? Sortir en hurlant ma haine au monde des droitdusang et de leurs rafles qui m’empêche d’aller chercher du secours ? Leur crier : rappelez-vous la cage de l’escalier de vos grands-parents à l’aube du Vel’d’hiv, rappelez-vous les petits matins du KGB, ceux des enlèvements en Argentine, rappelez-vous les onze mille cinq cents Algériens du dix-sept octobre soixante et un. »

Leur univers d’un coup s’effrite, ils vont devoir affronter le pire.

« Autopsie d’un sans-papiers » est un roman percutant, bouleversant. Entre anticipation et réalité, il nous dépeint ce que bien souvent nous nous refusons à voir, parce que finalement, c’est un peu gênant.
« Facile de se dire qu’il y a des règles et que le rôle des forces de l’ordre est de les faire respecter. On peut arriver à y croire quand on regarde les choses sous un angle collectif, quantitatif. Difficile quand il s’agit d’un individu, une personne identifié, dans un corps électrocuté, scotché, sous plastique comme un saucisson, avec dans les yeux la terreur de retourner sur une terre d’horreur, de famine ou simplement de mépris et de déni. »

Mais c’est aussi une magnifique histoire d’amour et de tendresse mêlées.
Alors certes pas de happy end, un répit, la fin est ouverte et vous interpelle :
« Un romancier réel ou virtuel a toujours le choix du dénouement heureux, d’un clair de lune secourable ou d’une étoile filante providentielle. Mais les poussières de quota, elles, n’auront jamais d’autre espoir que d’aller de jour en jour, de peur en peur, de survie en survie.
Jusqu’à la vraie rafle, celle du dernier petit matin, celle que l’on a pas su deviner, celle que vous n’avez pas su dénoncer.
»

Un livre essentiel et bouleversant.

Editions Le passager clandestin – Février 2009.

Olivier Las Vergnas est président d’une association d’éducation populaire. Il est également astrophysicien et directeur de la Cité des Métiers.

29 avril 2009

Sous le charme de Lillian Dawes @ Katherine Mosby

Si vous ouvrez ce livre, il y a fort à parier que vous tomberez à votre tour sous le charme de Lillian Dawes, comme les deux frères de cette histoire. Indubitablement et je ne pense pas me tromper !!
L’histoire se déroule dans les années 50 à New York. Deux frères issus de la haute société new yorkaise, orphelins de père et de mère, et que sépare une dizaine d’années, partagent un temps leur existence dans le petit appartement du frère ainé, après de le renvoi du benjamin de son collège, pour avoir fumé, ô sacrilège un cigare dans la chapelle…
Ces quelques mois marqueront à tout jamais leur existence à tous deux… Dans un premier temps, la vie s’écoule douce et légère surtout pour le cadet qui découvre avec bonheur la vie de bohême de son frère, Spencer, un écrivain en devenir, sans doute le jeune homme le plus délicieux de la terre, non en raison de son physique plutôt avantageux que pour sa propension à ne jamais juger et à toujours regarder le monde et les autres d’un œil serein, amusé parfois.
Gabriel le plus jeune, savoure ses quelques semaines de liberté et d’ennui, jusqu’à ce que déboulent dans leurs vies, deux femmes, apparemment étrangères l’une à l’autre mais dotées du même caractère excentrique, enjoué et diablement séduisant. Tout le contraire de la fameuse Tante Grace, la rabat-joie de service, censée maintenir un peu d’ordre et de bienséance dans tout ça.
La première de ces femmes n’est autre que tante Lavinia, l’alter égo en négatif de Grace. Rentrée de France un peu à l’improviste et sans crier gare, elle souffle un petit vent de folie dans la vie des deux garçons. Ses réparties sont tour à tour cinglantes et drôles, ses invitations au restaurant, épiques… Quand elle apparaît, toujours accompagnée de son bouledogue, le fameux M. Phipps, auquel elle passe tout, en tous cas bien plus qu’aux humains, la journée prend une toute autre saveur. Cette femme-là est une leçon de vie à elle toute seule, et derrière ses folles exubérances, se cache, vous vous en doutez, une belle et magnifique sagesse. Inoubliable…
Et puis, il y a Lillian…. Mais qui est-elle, cette frêle jeune femme, mince comme un roseau qui ploie, toujours d’une exquise élégance, mais sur qui plane comme une ombre de tristesse indéfinissable malgré son éternelle bonne humeur, ses allures enjouées et diablement séduisantes. Une aventurière, une espionne qui se cache sous de multiples identités, toutes des anagrammes d’un même nom ??? La jeune femme multiplie les talents, brille en société tout en la fuyant parfois étrangement, l’air de ne pas y toucher. Les deux frères tombent tous deux sous son charme, la magie de son regard. Il y aura un avant et un après Lillian, et plus jamais rien ne sera comme avant.

Le style de Katherine Mosby est tout simplement merveilleux, enlevé, drôle, d’une belle élégance. La dame manie fort bien la plume, et pour cause, elle fut poète en d’autres temps.

A découvrir de toute urgence si ce n’est déjà fait, pour regretter ensuite amèrement que ses autres romans ne soient pas encore traduits en français !! (Je trépigne de rage et me promets de la lire, en VO, dès les prochaines grandes vacances, quelque soit le temps que cela me prenne!)

Editions Quai Voltaire – Janvier 2009

28 avril 2009

Le dieu des animaux @ Aryn Kyle

Depuis le départ de sa sœur, quasiment enfuie de la maison familiale pour épouser un cow-boy, Alice vit seule avec ses parents dans le ranch que son père maintient tant bien que mal à flots, les temps sont durs et la sécheresse de cet été insupportable.
Alice n’a que treize ans, et même si elle est bonne élève, elle a bien du mal à tisser des liens avec les gamines de son âge. Il faut dire que sa mère ne quitte plus la chambre depuis sa naissance, atteinte d’un mal mystérieux, une blessure à l’âme qui la voit s’étioler chaque jour davantage.
Et puis un jour c’est le drame, une élève de la classe d’Alice est retrouvée noyée dans le canal, tout près de chez eux, c’est son père, membre de la milice local qui dégage le corps des plantes et des grillages… A partir de ce jour, Alice s’invente une vie, une autre existence et même des amies, par-delà la tombe. Bien qu’elle n’ait jamais été proche de Polly Cain, l’enfant retrouvée noyée, elle se persuade qu’elles furent les meilleures amies du monde, peu à peu c’est tout une existence de rêves et de fantasmes qui se tisse, alimentée grandement par sa rencontre avec un professeur d’anglais un peu étrange, qui fut proche semble-t-il de la petite Polly. Tous les soirs, Alice se réfugie dans le placard de sa sœur, et téléphone des heures durant à ce professeur, parlant de Polly, pour peu à peu aborder d’autres sujets, ceux qui tourmentent la toute jeune fille. A lui aussi elle ment, s’inventant une vie de toutes pièces, plus belle, plus désirable à ses yeux… Des rapports ambigus auxquels l’homme ne semble pas vouloir mettre un terme…
« Je continuais à l’appeler, et lui, à répondre. Et même si, en y réfléchissant, je n’arrivais pas à penser que nous fassions quoi que ce soit de mal, une zone en mon for intérieur était toute sombre et crispée par la terreur. D’une façon que je ne pouvais nommer, nous ne respections pas les règles. Il y aurait un jour ou l’autre, un prix à payer. »
Et puis, en parallèle, la vie du ranch qui se déroule, brute, violente parfois, parmi les chevaux, l’élevage et les poulinières toutes prêtes à mettre bas, tandis que de nouvelles clientes investissent l’écurie avec lesquelles Alice découvrent un monde nouveau, plus léger au premier abord, mais au premier abord seulement. Peu à peu la jeune fille se glisse dans la peau d’un autre personnage…

Un roman magnifique et sombre sur l’adolescence et toutes ses difficultés à se trouver une place dans le monde des adultes, découvert, entraperçu dans toute sa fragilité, ses souffrances et ses manques…
« - Faire un bébé, me dit-elle, ça ouvre quelques chose en toi. C’est comme si le monde se fendait en deux, tellement on s’ouvre. Alors toutes sortes de choses peuvent se jeter sur toi, pour te remplir. Certaines femmes s’emplissent de tristesse. »
Editions Gallimard - Mars 2009

27 avril 2009

L'été d'après @ Francine Prose

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L’été d’après, celui qui suivit exactement la disparition de la sœur ainée, Margaret, morte noyée quasiment sous les yeux de sa cadette, Nico, alors qu’elles canotaient toutes deux sur le lac, juste en face de leur maison.
Nico ne se rendit pas compte tout de suite de la disparition de sa sœur dans les hauts fonds de Mirror Lake, celle-ci lui avait juste adressé un signe de la main à la Ginger Rogers avant de plonger pour regagner la rive qu’elle n’atteignit jamais.
A partir de ce jour, la famille sombre dans un désespoir latent, tu, assourdi, chacun gardant jalousement sa douleur de peur de voir les autres s’effondrer tout à fait.
Margaret était le rayon de soleil de la maison, une belle jeune fille qui se trouvait née quelques décennies trop tard, son domaine à elle, c’étaient les vieux films des années 30 ou 50, l’ambiance « My funny valentine », qu’elle chantait à vous en donner le tournis.
Nico est plus jeune de trois ou quatre ans, une toute jeune fille en somme, cartésienne autant que sa sœur est artiste, admirative de la beauté de cette dernière, elle qui n’a perdu tout à fait les rondeurs de l’enfance.
« Les gens avaient beau nous dire qu’on se ressemblait, je ne voyais pas en quoi. Margaret était la jolie sœur, blonde et élancée. Sur la brise du lac flottait son odeur parfaite. Elle sentait le cookie qui cuisait. Et affirmait qu’elle ne se parfumait pas. C’était son essence naturelle, supposais-je. J’étais la sœur godiche et rondelette. Je sentais encore le placard, comme une gamine. »
Le père noie son chagrin dans la rédaction d’un ouvrage sur la fin des temps, tandis que la mère part à la dérive sous l’effet de tranquillisants et neurodépresseurs divers.
Le drame de Nico est double, la perte de sa sœur bien sûr, mais aussi le nouveau statut familial que cette disparition lui confère, elle est à présent La « Seule Enfant Survivante » avec tout le poids et l’angoisse que cela signifie.
Peu à peu, et au début sans qu’elle le veuille vraiment, Nico se met à ressembler de plus en plus à sa sœur, elle mincit, s’allonge, porte de temps à autres quelques uns de ses vêtements fétiches.
« J’étais heureuse de voir Margaret en moi. C’était la preuve qu’elle existait toujours, même si une partie de moi-même avait dû s’écarter pour lui faire de la place. »
Mais la douleur reste là, les crocs plantés dans sa chair, le fantôme de sa sœur vampirise tout, les moindre petites choses : « Chaque fois que j’ouvrais un tiroir à a cuisine, Margaret me souriait depuis un nid de reçus et d’élastiques. ».
Le long travail du deuil… Et puis il y a le petit ami de Margaret, et là tout s’enchaîne, et va trop loin, à vous en donner le vertige, et de fait la référence au "Vertigo" d’Hitchcock, n’est jamais très loin…

Un roman magnifique et bouleversant sur le deuil et le passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Un beau coup de cœur.

Editions BakerStreet – En librairie le 7 mai 2009.

21 avril 2009

De retour dans quelques jours...

Et tout plein de billets à rédiger..........
Il va falloir se remettre au travail à présent :)

Une petite idée de ce qui vous attend (mais pas seulement, je n'ai pas tous les livres sous la main :)

A très bientôt !

12 avril 2009

10 avril 2009

Nine et Milo @ Pauline Oud

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Nine est déjà une grande petite fille, enfin une ravissante petite lapine, très raisonnable qui sait déjà s’organiser toute seule pour mettre le couvert, organiser un pique nique, mais aussi se préparer à se aller se coucher ou s’habiller toute seule en fonction du temps qu’il fait.
Milo la suit et l’aide de son mieux, mais le moins que l’on puisse dire est que la petite souris est un peu moins sage et raisonnable que son aînée !

(cliquez pour agrandir)
Les deux petits amis sont vraiment adorables, les dessins simples et très joliment colorés accompagnent le texte à merveille. Tandis que la maman ou le papa lira le texte, l’enfant pourra chercher, compter, trouver, s’exclamer, rigoler aussi… Il faut dire que tandis que Nine s’active, Milo fait tout plein de bêtises !

A partir de 2 ans.
Dans la même collection : Nine et Milo : Vite au bain, et Nine et Milo : Vite habillés ! et Vite au lit !

De très jolis albums tout plein de tendresse et de jolies couleurs !
(PS. J'aime beaucoup les bouts bien arrondis de ces livres. Une très bonne idée :)
Editions Mango jeunesse –Avril 2009

09 avril 2009

Le Feu de Dieu @ Pierre Bordage

Prévoyant un cataclysme de grande ampleur comparable à celui qui provoqua la disparition des dinosaures et des mammouths et entraîna le monde entier dans l’ère glacière, Franx convainquit sa famille et quelques amis de s’installer dans une ferme fortifiée du Périgord Noir. Après plusieurs mois de travaux, pas mal de disputes et finalement le départ de certains membres de la petite communauté, la ferme est prête, tout peut désormais arriver…
Mais Franx doit précipitamment rejoindre Paris, pour résoudre une affaire d’héritage. Et c’est ce moment précis que la terre choisit pour se met à trembler, à se disjoindre… Eloigné des siens, en pleine apocalypse, il tente alors de rejoindre sa famille, à l’abri, espère-t-il dans la vaste demeure.
La violence du cataclysme dépasse de loin toutes ses prévisions… En chemin, il croise la route d’une petite fille, étrangement muette, étrangement perceptive instinctivement aux éléments. Il la prénomme Surya. C’est avec elle qu’il va tenter de parcourir les quelques cinq cents kilomètres qui le séparent de la ferme, « Le feu de Dieu ».
Pendant ce temps, sa femme et ses deux enfants tentent de survivre, bien à l’abri des murs épais… Mais le loup est dans la bergerie, un homme, ami d’une des familles parties prématurément, un être grossier et violent qui profite de la situation pour les réduire véritablement en esclavage, leur imposant toutes ses volontés.
D’un côté, le road movie de Franx et de Surya, de l’autre, le huis clos effarant et angoissant vécus par les derniers habitants de la ferme.
Les deux récits se succèdent, chapitre après chapitre, l’un laissant la place à l’autre, jusqu’à ce qu’ils se rejoignent. Mais se rejoindront-ils un jour ?
De la terre, toute humanité semble avoir disparu, les derniers survivants du cataclysme se comportent comme des loups affamés, lutte du chacun pour soi, violente, bestiale…
« (…) le cataclysme modifiait les comportements, le jour ne se levait plus, les frontières dessinées par les religions et les lois se déplaçaient, la raison s’effaçait devant l’instinct, la vie et la mort se confondaient… »

La tension monte alors que la terre se refroidit et se recouvre d’une épaisse couche de glace et que la lumière disparaît sous une épaisse pluie de cendres.
Ce livre se dévore d’une traite. Le suspens et la tension sont si bien tressés qu’il est impossible de s’arrêter en cours de route. Si vous le commencez, prévoyez quelques nuits blanches, c’est certain ! Passionnant et angoissant à souhait !

Pierre Bordage est l’auteur d’une bonne trentaine de romans récompensés par de nombreux prix.
Je ne le connaissais pas jusqu’alors, mais il est évident que cette première lecture n’est que la première d’une longue série !

L’avis de Cuné , enthousiaste, tout comme moi :)
(je suis sûre d'avoir lu un autre avis mais je ne le retrouve pas, Help !)

Le Feu de Dieu - Editions du Diable Vauvert - Mars 2009.

07 avril 2009

Page ouverte à Maud Lethielleux, auteur de "Dis oui, Ninon"

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Maud Lethielleux, auteur de « Dis oui, Ninon », a très gentiment accepté de répondre à mes questions.
Un grand grand merci, Maud !

Qu’est-ce qui t’a inspiré l’histoire de Ninon ? (ou comment cette histoire s’est-elle imposée à toi ?)
L’histoire s’est en effet imposée à moi. J’étais en voiture, je n’avais pas prévu d’écrire dans les temps à venir, et une image m’est venue, un souvenir d’enfance : Le matelas à rayures posé sur le toit d’une quatre ailes, et le désespoir de mon père ce jour-là. De là, d’autres souvenirs ont surgi et l’histoire de Ninon (qui ne s’appelait pas encore Ninon) et surtout le choix qu’elle allait faire, celui de vivre avec son père, s’est construite. Les mots, son ton se sont imposés, elle a commencé à parler dans ma tête.
Tu le sais donc, Ninon est inspirée de mon enfance mais je n’ai pas voulu l’écrire comme de l’autofiction, je ne voulais pas fermer l’histoire autour de la mienne, j’aime que le lecteur puisse oublier l’auteur.

Est-ce que quand tu écris tu as déjà le plan du roman à venir en tête ou
est-ce que l’histoire te vient au fur et à mesure ?
Pour Dis oui, Ninon, j’ai écrit des thèmes, des mots-souvenirs en vrac.
Je viens de retrouver un de mes plans !
Le voici : Tu as le titre provisoire, j’avais pensé aussi à : « Des idées plus grandes que le monde ».
Au début du plan, il y a les idées des prochains chapitres.
Puis les idées en vrac, puis le déroulement. Plusieurs idées ont été éliminées, j’ai dû beaucoup resserrer. (*)

Devant la page blanche, est-ce que tu ratures, corriges, reviens en arrière, biffes des phrases entières, ou est-ce que tu peux écrire de longs paragraphes d’un seul mouvement ?
J’écris sur l’ordinateur, d’abord le matin mes 2 ou 3 chapitres puis je fais une pause et en début d’après-midi je corrige brièvement. Après ça, parfois j’écris un autre chapitre. Après cette petite correction, je m’interdis de relire ! J’écris d’un mouvement en général, je tape comme une folle avec mon index gauche et ne relève plus la tête, parfois mon cœur s’emballe, suit mon doigt, je n’ai plus aucune notion du temps, je réfléchis peu, je laisse faire. Mais je m’interdis de dépasser 12 feuillets par jour, car je perds l’intensité du récit et mon mental se fatigue trop.

Est-ce que tu as beaucoup travaillé pour trouver le ton juste pour Ninon, ou est-ce qu’il t’a semblé « évident », comme coulant de source ?

Il m’a paru évident, c’est lui qui m’a porté tout du long. Si ce ton n’avait pas été là, je n’aurais pas écrit ce livre.

Ninon est une petite fille très poète (une poète « artisanale ») très sensible aux mots et à leur sonorité, très musicienne aussi, est-ce que d’un point de vue littéraire (l’amour des mots), tu te sens proche d’elle ?

Oui, je suis sensible aux mots. Ma mère l’était aussi, elle me récitait souvent les poèmes de Prévert, mes parents sont des raconteurs et quand ils parlent, c’est beau, je suis d’ailleurs très gênée car j’ai toujours envie de pleurer quand ils se racontent. Quand j’étais enfant, je restais des heures à les écouter le soir près du feu de bois (c’est mieux que la télé, non ?!). Ma mère a retrouvé des textes de mon enfance qui parlaient d’amour et de rupture.
Je suis aussi sensible au son des mots, j’aime qu’une phrase « sonne », je lis à voix haute souvent.

Est-ce que tu crois que le fait d’être musicienne influence ton écriture ?
Peut-être ! Mais je n’y pense pas.

Est-ce que quand tu finis un livre, tu as du mal à quitter tes personnages, est-ce qu’ils te manquent ?

Juste avant de terminer Dis oui, Ninon, j’ai fait une pause de 2 jours et j’ai cru que je ne pourrais pas le terminer. J’avais mal de le laisser, d’abandonner Ninon et ce bout de mon enfance, j’étais vide. Le jour où je m’y suis remis, j’ai cru ne jamais y arriver. Et puis c’est venu. Et je suis restée sur ma dernière page, j’étais dans un café et je pleurais à chaudes larmes en essayant de me cacher. C’était terrible. Alors je me suis levée et le soir, avant de m’endormir, j’ai dis à mon chéri : Si on rentrait en France ? (On était au Maroc, on devait rester 10 jours de plus). Il m’a répondu : C’est à cause de Ninon ?
On a décidé d’attendre le lendemain pour se décider mais à 5 heures du matin, je lui ai demandé : Tu dors ? Il s’est tourné et ma dit : Tu veux rentrer ?
On a fait nos sacs à toute vitesse, on a réveillé notre petit garçon, laissé un mot aux propriétaires et on a roulé sans s’arrêter, comme si j’allais accoucher. J’accouchais d’un livre, avec la même urgence, mais un peu moins de douleur…
En arrivant, je n’ai pas posté le manuscrit de suite, je voulais le corriger un peu, mais en le relisant, j’ai beaucoup douté, toute l’émotion s’était envolée, alors j’ai décidé de l’envoyer tel quel.

Et n’est-ce pas pour cela que tu écris aussitôt dans la foulée, pour masquer un sentiment de perte ?

Les premières fois, c’était surtout pour ne pas attendre les réponses que je savais négatives. Une façon de prendre du recul avec ce que je venais de faire. Après Ninon, j’ai perdu l’inspiration. J’avais peur de ne pas retrouver la joie d’écrire, l’innocence, l’euphorie devant la page noircie.

Est-ce que tu as été étonnée de certaines réactions et ou interprétations qu’ont pu faire les lecteurs de ton roman ?
Oui !!!
Une maman célibataire a fait une analyse très fine de la façon dont Zélie s’éloigne des hommes (je n’y avais pas pensé !), une autre m’a beaucoup parlé de Marlène (un personnage secondaire), un homme m’a raconté sa vie, son divorce, les similitudes étaient extraordinaires, une personne âgée m’a raconté un pan de son enfance dont elle n’avait jamais parlé à personne, ma mère m’a écrit une lettre très belle, une lettre adressée à Ninon, signée « Zéline » (ma mère s’appelle Céline).

Finalement le personnage de Ninon ne t’appartient plus tout à fait… Est ce que c’est angoissant ou enrichissant ?

C’est joyeux et très enrichissant, vraiment. Ce qui est étrange parfois, c’est de parler de soi, de son enfance, jamais je n’en avais autant parlé ! Ma belle famille s’est beaucoup rapprochée de moi depuis qu’elle a lu ce livre, je ne suis plus « l’étrangère », « la fofolle », on se trouve des points communs.
Finalement, comme mes parents, je deviens moi aussi une raconteuse !
Par contre, quand j’ai signé, j’ai eu une énorme coup de blues, on venait de me retirer mon bébé. Depuis, je l’ai retrouvé.

Parlons lectures…

Quelles furent les lectures de ton enfance ?
Des contes chinois que ma mère nous lisait : Les frères lu. Et puis des livres pas du tout pour enfant que je chinais à ma mère : astrologie, psychologie, bouddhisme… Et tout Prévert ! Et aussi des vieux volumes de théâtre poussiéreux, faciles à lire (pas de longues descriptions !). Je me souviens aussi « Le vieil homme et la mer » que ma mère m’avait lu à haute voix, j’avais trouvé l’histoire belle et triste. Plus tard : « Les cornichons au chocolat »… On avait très peu d’argent, je lisais ce que je trouvais et on allait parfois à la bibliothèque.
Et à présent ?
Ma maison d’édition me donne des livres, j’en profite ! Je découvre Nina Boraoui, Cypora Petitjean Cerf… Je lis généralement des textes simples, je ne suis pas très cultivée et n’ai lu quasiment aucun classique (j’ai un bac littéraire, honte à moi !) Je lis en vrac, sans idées préconçues, plutôt des romans français en poche…

Pourquoi avoir choisi d’envoyer ton manuscrit à Stock précisément ?

Parce que j’avais remarqué des premiers romans chez eux, j’avais aussi lu des nouvelles « Les 10 ans de la bleue » où chaque auteur parlait de Jean-Marc Roberts le directeur comme de quelqu’un de très humain, sensible à ses auteurs, à l’écoute (ce que je confirme !).

A présent que le Salon du livre et déjà pas mal de séances de dédicaces sont déjà derrière toi, qu’en retiens-tu au final ?
Pour le moment, beaucoup me découvrent par hasard. J’aime être là sur leur chemin sans qu’ils s’y attendent.
Quel souvenir le plus beau en gardes-tu ? Le plus étrange ?
Une femme est venue vers moi l’autre jour, elle poussait de petits cris étranges et faisait de grands gestes, puis elle a sorti son carnet et y a écrit : Ma petite sœur s’apelle Ninon ! Elle m’a tendu un livre en continuant de s’exclamer étrangement. C’était très fort de dédicacer un livre et de le tendre à quelqu’un qui n’avait pas usage des mots. C’est mon souvenir le plus beau et le plus étrange.

J’ai lu dans l’interview que tu accordes à La culture se partage que ton deuxième roman « D’où je suis, je vois la lune » paraîtra chez Stock également en janvier 2010.
Formidable ! Est-ce que tu peux nous en dire juste deux mots ?
C’est mon nouveau bébé. Il s’est fait désirer. J’avais très peur de ne pas l’aimer autant, de ne pas trouver le même plaisir à le créer. Un deuxième… J’ai souffert avant qu’il ne vienne, j’ai tenté des choses, je voulais absolument écrire à nouveau, reprendre pieds parmi les mots, mais difficile de ne pas être dans la comparaison ou la nostalgie de Ninon.
Mais voilà, un matin, c’est venu. Comme ça, j’ai écrit une phrase, et je suis restée en apnée toute la matinée sans relever la tête, la magie opérait de nouveau. J’ai quand même beaucoup douté par la suite.
« D’où je suis, je vois la lune », est l’histoire d’une jeune sans abris qui décide d’écrire un roman. J’y parle de la force des mots, la puissance de l’imaginaire et de la création quand il ne reste plus que les mots pour se refaire un monde.
Un extrait en exclusivité ?
Les éducs, ils ont des phrases toutes faites et dedans y'a toujours les mêmes mots qui reviennent : insertion, inscription, projet, sociabilisation, avenir… et y'en a un qui revient tout le temps à toutes les sauces, c'est « professionnel », et que je t’en mette un ici et un petit par là, même les vacances, elles sont professionnelles, faut jeter un œil partout pour voir si y’a pas une annonce de taf affichée sur une vitrine, même les copains, ils sont professionnels, au cas où ils connaissent quelqu’un qui connaîtrait pas un patron. Tout ça, c’est des mots qui veulent rien dire à nous autres du fait que le passé nous a appris que l'avenir n'existe pas. Les éducs parlent doucement en s'arrêtant sur les mots importants, ils ont l'air de croire en eux plus qu'en nous, ils croient que grâce à eux, on va s'en sortir, je dis : Se sortir de quoi ? Je suis jamais entrée dans rien ! Les éducs, ils te disent: Regarde moi dans les yeux quand je te parle, et après ils continuent de parler tout seul. J'en ai matés plus d'un en foyer, crois-moi, je leur ai filé du fil, ils l’ont tellement tordu qu'à la fin il a pété net. Je ne fais pas partie des bonnes statistiques.

Qu’est ce que ton blog ( Maud et les mots ) t’apporte à toi en tant qu’écrivain ?
Grâce au blog, j’ai des retours de lecteurs, c’est énorme. C’est aussi un exercice d’écriture assez difficile je trouve, je me sens un peu mise à nue. Je voudrais être sincère et vraie, et ce n’est pas si évident. On ne sait pas qui vient lire, comment les mots vont être perçus, s’ils ne vont pas desservir mon roman… J’aime beaucoup cet exercice mais je dois veiller à ne pas y passer trop de temps, il pourrait tant me combler qu’écrire un roman ne deviendrait plus une nécessité…

(*)Plan Un monde trop grand pour moi.
Prochains :
- les femmes
- cherche de l’aide
- contrôle
- olive
- bal folk
- l’assistante
- printemps
- le film violent

les lettres

naissance d’un chevreau (pépite)
pâquerettes

- chez Grocon, les oignons, les manies de grocon, à table, le portail ;

- les copains d’un coté
- la fugue
- construction, marchés
- la chambre, discussion maman
- la caf, le cadeau pas remercié (c’est la caf !)
- les fuites du toit
- bals et gonzesses
- l’hiver nu-pieds, les poussins lit, brique, vache
- retour : le bain, le dessin animé
- la teigne, les poux
- la nouvelle maison
- la copine chez qui il va tout seul
- l’assistante
- les flics passent
- printemps, jardin, vêlages
- contrôle
- l’as passe !
- la fête bidon buts
- cabane avec Agathe
- été centre aéré
- la jolie fille, la balade en foret
- accident vélo
- le pansement
- vacances camping
- seule à la ferme
- Anne-Sophie vient
- retour du Larzac
- la rentrée jolie robe
- anne-sophie.



Mon exemplaire de "Dis oui, Ninon" voyage toujours parmi vous, me contacter par mail si vous voulez
l'accueillir quelques temps chez vous !



06 avril 2009

Sauvagerie @ J.G. Ballard

Que dire de la perplexité et de l’effroi qui s’emparèrent de tout le pays à l’annonce d’une série de crimes particulièrement odieux dans la paisible résidence de Pangbourne. Pas grand-chose en fait si ce n’est qu’ elles furent à la hauteur de l’atrocité des crimes commis et du mystère qui dès lors les entoura, impossible à percer…

Chacun - policiers, journalistes, tout un chacun - y alla de sa petite version des faits, mais sans jamais frôler la vérité.

Pangbourne semblait pourtant hors de toute atteinte… Protégée par un système de vidéo surveillance particulièrement pointu, la résidence de luxe est un halo de paix, d’entente cordiale entre voisins, un petit paradis où peuvent s épanouir en toute sécurité et loin du tumulte, les enfants des bienheureux propriétaires (cadres sup. de la finance, médecins ou grands patrons).
Oui, mais quand, par une horrible matinée, on retrouve tous les adultes sauvagement assassinés, vraisemblablement tous en même temps, et leurs enfants mystérieusement évaporés dans la nature, le tableau idyllique bascule dans l’enfer…
Deux mois après les faits, l’enquête est toujours au point mort et les treize enfants toujours introuvables. A contre-cœur visiblement, les autorités compétentes se résolvent à faire appel au docteur Richard Greville, un éminent psychiatre, reconnu et conspué pour son contre rapport du massacre de Hungerford.
Ce qui frappe le médecin au premier abord est la manière dont le village lui-même semblait étranger à la tragédie dont il fut le théâtre. Maisons éclatantes de félicité, pelouses magnifiquement entretenues, rien ne laisse présager que des meurtres odieux y ont été perpétrés quelques semaines plus tôt, un peu comme si finalement « les façades de la vie des urbains professionnels des classes moyennes supérieures constituaient leur matériau le plus solide et le plus durable. »
Et déjà le psychiatre de frissonner en imaginant que dans peu de temps, très peu même, d’autres cadres sup. viendront s’y installer comme si… « J’eus un léger frisson en pensant à ces nouveaux arrivants. » Léger…

Peu à peu, et lentement quoique sans presque jamais faire fausse route, le médecin, aidé d’un policier au premier abord assez irritant mais ô combien perspicace, démêlera les nœuds de cette étonnante et angoissante intrigue qui n’a rien à envier au Mystère de la chambre jaune. Atmosphère de huis clos, de pièce fermée à double tour et pourtant bien fracturée quelque part….
La solution est à vous donner froid dans le dos et pour longtemps. Le lecteur cogite, cauchemarde. Pourquoi pas ?

Je n’en dirai pas plus, bien évidemment, mais vous vous doutez bien qu’il s’agit là d’une vision critique de notre société archi sécurisée, édulcorée, et ouatée… Trop de sécurité tuerait-elle la sécurité ?

Allez juste une ou deux citations :
« Dans une société totalement saine, la folie est la seule liberté. »

« D’un autre côté, la chaussure portait des traces de terre de Kensington Gardens, où l’on se mit à fouiller et creuser impitoyablement comme si Peter Pan, devenu grand, s’était mué en psychopathe style Ian Brady et était revenu pour attirer les enfants dans son rêve maléfique. »



Au sujet de J-G Ballard (présentation de l’éditeur )

J.G. Ballard est né en 1930 à Shanghai. À la suite de l’attaque sur Pearl Harbor, il est interné avec sa famille par l’armée japonaise dans un camp de prisonniers civils jusqu’à la fin de la guerre. De retour en Angleterre et après des études de médecine à Cambridge, il exerce divers métiers, notamment comme pilote de la RAF au Canada. Ses premières nouvelles paraissent en 1956 et dès lors il ne cesse plus d’écrire. Son premier roman, Le Monde englouti, est publié en 1962, suivi depuis d’une trentaine d’autres livres de fiction. Deux d’entre eux ont été adaptés au cinéma par Steven Spielberg (Empire du Soleil) et David Cronenberg (Crash). J.G. Ballard — qui est souvent présenté outre-manche comme « le plus grand auteur anglais vivant » — vit près de Londres, à Shepperton.

05 avril 2009

Alice au Pays des Morts - Anthologie @ Editions Emmanuel Guillot

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JEU CONCOURS
A l'occasion de la sortie de cette anthologie illustrée, le collectif Babel la Ghilde des Mondes organise un jeu-concours dont voici le règlement :

La mort armée de sa faux conduisant Alice sur un chemin dallé, un homme entrouvrant un cercueil de l’intérieur sur fond de tête de mort, un grand escogriffe s'envolant pour reconquérir son GPS, une barque avançant dans une brume mordorée, une jeune femme hantée par une série de visages et sanglée à un établi, la main en forme d’île de quelque géant, une fillette et son nounours confrontés à un zombie à l’entrée d’un caveau, Alice tendant la main vers un fantôme au sortir de son cercueil, Alice à l’intérieur d’un miroir entouré de personnages de contes de fées, un homme frappé de terreur au pied du portrait d’un prêtre, un spectre offrant une confiserie… Onze images de couverture Alice au pays des morts ont été disséminées sur différents sites de news, blogs et forum sur Internet. Onze fausses couvertures, chacune différentes et réalisées par l'illustrateur Tom Robberts. Onze illustrations qu'il vous faudra découvrir, télécharger et renvoyer à l'adresse alice@babelpocket.fr Le gagnant recevra un exemplaire d’Alice au Pays des Morts en couleur. Vous pouvez vous faire une idée de l’apparence des fausses couvertures en allant sur ce site :

Après avoir feuilleté et lu quelques pages de ce recueil, l'idée m'en a paru très intéressante et très intrigante...
J'envie celui qui gagnera à ce concours, mais pour les autres il est possible de se le procurer via une souscription (jusqu'au 31 avril pour 16 Euros port compris) ou de le télécharger pour son e - book (3 Euros)...

Au sommaire de de l'ouvrage :

- Alice et les couleurs du ciel de Jacques Païonni

- L’Ile des illusions de Maria Lidia Petrulli

- Amour Fou de Frédéric Vasseur

- Lollipop de Tom Robberts

- Je suis mort, et alors ? de Michèle Desmet

- Retrouvailles de Stéphane Thomas

- Grand Pouvoir Séculaire d’Emmanuel Guillot

- Umbrae Anima d’Adam Joffrain

- L’Appel des morts de L.V.Cervera Merino

- La dernière aventure d’Alice de Fabrice Chotin

- Stryges de Stéphane Bouvet


ça vous dit de tenter l'aventure ?

En illustration de ce post, l'une des onze fausses couvertures...


04 avril 2009

Philippe Djian face à ses phrases @ entretien vidéo avec Sylvain Bourmeau

Je viens de découvrir cet entretien réalisé par Sylvain Bourmeau à l'occasion de la sortie d'Impardonnables. Philippe Djian y réagit à certaines phrases extraites de son nouveau roman, l'occasion pour l'auteur "de livrer, plus directement que jamais dans un roman, deux ou trois choses qu'il sait de l'écriture. L'occasion, donc, de le confronter (..) à ses propres affirmations." (S. Bourmeau).
Absolument magnifique, écoutez plutôt...
(Cela me ramène quelques quinze jours en arrière, et vous donne une petite idée de ce que fut notre fameuse rencontre :))




02 avril 2009

La semaine Claro...

Décidément cette semaine sera « Claro » ou ne sera pas !



Tout d’abord, à noter en gros en gras et en rouge dans votre agenda, au jeudi 2 avril, ce soir donc, la fameuse :
Soirée Claro Apportez vos bouquins !
De 19 heures à 22 heures
à L'Arbre à Lettres - 14 rue Boulard Paris

Soirée discussion - dédicace ! Si le verbe se fait chair, gare au Clavier cannibale : Claro passe à l'attaque en intelligence et en verve, avec des exercices d'admiration sur certains grands écrivains de notre temps : Gaddis, Pynchon, Vollmann ou... Beckett

Mais qui est Claro me direz- vous ? Pour ceux qui le ne le connaîtraient pas encore, il y a justement cette semaine dans Télérama un merveilleux entretien que je vous invite à découvrir de toute urgence. Claro y évoque l’une de ses passions : la traduction (il est entre autres, LE traducteur de Pynchon), mais il est aussi écrivain et éditeur.

Extrait de l'entretien :
Comment définir le traducteur ? On dit parfois qu’il est un « passeur », mais dans votre dernier livre, Le clavier cannibale , vous semblez préférer le terme de « faussaire » ?
Il y a évidemment plusieurs sortes de traducteurs. Le terme de « passeur », à mon sens, s’applique moins à la traduction proprement dite qu’à l’effort déployé par certains pour dénicher des textes et leur trouver un éditeur.
Plus que des « passeurs », je dirais que nous sommes des « passoires ». On met des choses dedans, ça décante, ça dégouline et on en fait un autre plat. Je préfère ainsi l’image du faussaire, qui ne reproduit pas à l’identique mais fait « à la manière de ». Un bon traducteur n’est pas forcément un écrivain, mais sûrement quelqu'un qui se sent obligé, presque moralement, de le devenir le temps d’une traduction. C’est don un écrivain assez étrange : il est un double de l’auteur qu’il traduit et dont il doit intégrer le style, la vitesse ou la rythmique. ET en même temps, un écrivain dans sa propre langue. Le poète et traducteur Emmanuel Hocquard le dit très justement : « Je ne traduis pas, j’écris des traductions. »

Claro est un ami de Fabrice Colin, et je ne l’ai découvert à vrai dire que très récemment en commençant à lire « Comme des fantômes » dont il a écrit la préface, excellente, drôle, enlevée. Allez juste un petit zoom sur la première page… (cliquez pour agrandir)



Je vais faire tout mon possible pour me rendre à cette soirée, avec sous le bras bien sûr le fameux Clavier cannibale ...

Quant à Pynchon, et suite aux conseils très avisés de l'ami Fabrice, voilà ce que j'ai en boutique et que je compte lire pendant les grandes vacances (ah, les longues plages de temps "finisteriennes" !)


Rencontre avec Philippe Djian

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Il était grand temps tout de même que je rédige enfin quelques lignes sur cette fameuse rencontre, grand temps que je cesse de garder pour moi et bien jalousement ces instants précieux entre tous… Alors je me jette à l’eau en espérant ne pas trop déformer ce qui s’est dit (émotion oblige , j’ai gribouillé quelques notes qui se sont avérées totalement illisibles par la suite, mais bon).
Commençons par le commencement. L’après-midi, j’étais plutôt sereine, persuadée que j’étais que de toutes les manières, nous serions nombreux, et que perdue dans l’assemblée, je tenterai de poser ma petite question (non préparée, mais rien ne vaut la spontanéité n’est-ce pas ?) et qu’ensuite il me suffirait d’écouter bien sagement.
En arrivant chez Gallimard pas trop en avance (j’avais fait un petit détour par chez Deyrolle), j’ai arpenté la rue Sébastien Bottin quelques minutes, croisé Philippe Sollers, et puis zut, je rentre. Personne dans le hall, tiens si une jeune femme entre en même temps que moi, elle s’assoit sur le canapé d’en face, je me dis qu’elle doit avoir rendez-vous avec un éditeur. Je feuillette le petit dépliant en trois volets sur « Une histoire de la NRF» en pensant à Alice qui doit le lire en ce moment, à ma mère qui m’en a dit le plus grand bien et m’a proposé de me le passer… Je commence à avoir l’estomac noué. Puis Véronique Laury arrive, et je découvre que la grande et jolie jeune femme n’est autre que Zoridae et qu’elle aussi a rendez-vous mais tout comme moi avec Philippe Djian. Ouf, je ne suis plus seule ! je dois dire que j’ai été ravie de rencontrer l’auteur de La sexualité des araignées et de Monsieur Clap, la soirée commence bien.Visite du rez-de-chaussée de la maison, de son magnifique petit jardin clôt de murs (incroyable le silence et le calme qui peuvent y régner…).
Rapidement Philippe Djian arrive. Nous sommes deux blogueurs, une troisième doit arriver... La grève a malheureusement empêché certains participants de se joindre à nous, et finalement, je me dis que ce n’est pas plus mal, égoïstement, je suis même ravie…
Parce qu’immédiatement ce qui aurait pu être une sorte de conférence de presse (ce que j’imaginais en fait) s’est transformé en toute autre chose… en conversation tout simplement ! Alors bien sûr nous avons posé nos questions, mais comme ni Zoridae ni moi, n’avions rien préparé, il s’agissait plutôt de questions qui découlaient tout naturellement des réponses, naturellement oui…
Rencontrer Philippe Djian est tout de même un évènement de taille. L’écrivain n’aime pas trop les médias, s’en méfie peut-être un peu, déteste tout ce qui ressemble de loin ou de près à un Salon du livre (la foule, les admirateurs). Bref un homme qui se fait rare… Sans connaître très bien son « œuvre » (terme qu’il doit détester), j’avais lu tout de même plusieurs de ses romans il y a quelques années (je n’ose pas les compter, les années) et m’étais arrêtée très curieusement à Vers chez les blancs que j’avais beaucoup aimé.
Impardonnables m’avait permis de renouer avec l’univers de Djian (ça je pense aussi qu’il doit détester) et du coup j’ai dévoré dans la foulée et sous les conseils de Thomas, Impuretés (magnifique !).
Je m’imaginais Philippe Djian un peu distant, un peu froid, limite bourru…Rien de plus préconçu et faux, il est souriant, gentil (aucune de mes questions même la plus idiote ne l’a fait sourciller), il prend le temps de vous écouter et de vous répondre avec parfois une pointe d’humour et beaucoup d’humilité.
Bon, je ne vais pas retranscrire les fameuses questions réponses (ce serait avouer la nullité extrême de mes prises de notes) mais juste vous faire part de certains traits de la conversation, un rapide portrait de l’écrivain tel que j’ai pu le deviner au cours de cette heure et demie.

Un écrivain musicien (ça ne veut rien dire mais je me comprends).
Ce qui compte avant tout, quand il écrit, c’est la résonance des mots au creux de son oreille, c’est la justesse du style et des mots. Il se doit avant tout de « tenir la note » comme en harmonie avec un diapason.
Harmonie, diapason, notes (de musique)… Le style bien sûr et l’harmonie des mots qui s’assemblent. « Quand j’écris, j’entends tout… ». Alors oui, le style avant toute chose, parce qu’en lui il porte tout, comme la musique qui ne s’adresse pas à l’intelligence mais aux tréfonds de nous-mêmes, aux sentiments enfouis, les plus importants.
C’est l’écriture qui induit l’histoire et non l’inverse, de la note initiale et de l’harmonie qu’elle sous-tend découlera ensuite tout le roman. Comme un tricot, nous dit Philippe Djian, il commence à tricoter les premières mailles et on ne sait jamais très bien ce qui en sortira (pull, chaussettes), - quand je dis ça, nous dit-il avec un éclair amusé dans les yeux, généralement il y a un grand silence... Pour ma part j’adore cette image, elle rivalise même pas mal avec le pot au feu de Françoise, enfin de Proust…
C’est par leur style que certains grands écrivains américains ont véritablement marqué Djian, l’homme et l’écrivain. C’est par les livres de Fante, Carver, Miller (entre autres), qu’il a appris à vivre tout simplement… Et le terme n’est pas trop fort.
En lisant Carver, « J’ai l’impression de marcher avec lui », nous confie-t-il…
Ecrire pour Philippe Djian c’est peut-être avant tout l’envie de donner à son tour tout ce que lui-même a reçu de ces auteurs, grâce à leur style, grâce à leur langue. Redonner ce que lui-même a reçu avec la même force, la même passion.
Dans une phrase, nous dit-il, il faut mettre toute la vibration du monde… De notre monde.
Djian ne peut écrire que sur notre monde, le concret, le contemporain, ce qui l’entoure, ce qu’il connaît… Et indubitablement au fur et à mesure que le monde change autour de lui, son style, son écriture change, l’un déteint sur l’autre, comme en un rapport organique, étroitement et inéluctablement lié…
Alors bien sûr, une fois que la note est posée, il y a l’histoire. Bien sûr… Mais elle lui vient en même temps que les mots. Pas de plan, pas de notes préalables. En fait, elle est déjà en lui :
« L’histoire existe déjà et je dois la retrouver. »
Alors tous les matins, il s’installe à son bureau (qu’il partageait un temps avec sa femme, peintre, mais ça devenait trop décourageant, nous confie-t-il avec une pointe d’humour et pas mal d’admiration. Au bout de quelques heures, elle avait devant elle un résultat bien tangible, harmonieux, tandis que lui de simples mots alignés sur une feuille blanche, une partition pour le moment uniquement audible par lui seul). Philippe Djian donc, s’installe à son bureau (en fond sonore un peu de musique, classique un temps, plus électro à présent) et il s’astreint à écrire une page de l’histoire qui l’habite et qu’il doit retrouver. Une page, pas plus, mais les mots justes, harmonieux. Une page qu’il ne retouchera ensuite plus du tout (sinon il est impossible d’avancer)… « Le but de la journée, c’est de finir la phrase. »
Autrefois, avant les traitements de texte et l’ordinateur, il retranscrivait d’un trait la page qu’il avait mis des heures à composer mentalement, la tapant sans marge et avec l’interligne la plus étroite possible pour qu’il ne lui soit plus possible ensuite d’y apporter des modifications. On imagine des manuscrits denses et serrés…
Finir la page, et passer à la suite… Composer, aller de l’avant.
Quand je lui ai demandé, si comme à l’image de certains de ces personnages, il craignait l’angoisse de la page blanche, ou de plus pouvoir écrire, il m’a répondu que non, décidément le problème n’était pas là. La page blanche, non, mais perdre l’envie d’écrire… Si l’envie d’écrire un jour le déserte, peut-être finalement se tournera-t- il définitivement vers l’écriture de chansons. « C’est dur d’écrire… ». La différence entre un chanteur (comme Stéphan Eicher qu’il connaît bien et pour cause) et un écrivain, c’est que le second ne connaîtra jamais l’enthousiasme, la cohésion, la communion immédiate qui relie le chanteur à son public. Rien n’est plus magique que d’entendre toute une salle répéter, chanter ensemble vos propres mots… L’écrivain est seul quand son livre sort, il a déjà peut-être commencé le suivant…
Solitaire…
Au fait, l’écrivain est-il triste de quitter ses personnages en achevant un roman ? Non, décidément non… Parce que bien souvent il s’est déjà remis à l’écriture du suivant. Et puis vous savez quoi ? Et bien nombre de ses personnages réapparaissent dans le livre suivant, parfois un homme devient une femme ou inversement (bon bien sûr il est le seul à le savoir, mais qu’importe…).
Et puis de toute façon, l’ensemble de ses romans forme un TOUT, une entité, ils sont issus de la même matière. Aborder les mêmes thèmes peut-être mais changer d’axe.

Et dans une phrase mettre toute la vibration du monde.

Philippe Djian ne visite pas beaucoup les blogs littéraires, il s’y perd un peu nous dit-il… Mais il m’a promis de rendre une petite visite à Thomas, et je sais qu’il tiendra parole.
Je suis sûre qu’ils devraient s’entendre à merveille tous les deux...

Un immense merci à Philippe Djian pour sa gentillesse et sa générosité , à la maison Gallimard pour son accueil si chaleureux et à Véronique Laury (of course…).

PS. Cette photo, je la dédie à Thomas, il la connaît déjà, je l'ai prise au moment où Philippe Djian lui dédicaçait "Impuretés"...

ICI, le magnifique billet de Zoridae, très joliment intitulé "L' homme qui écrivait" .

01 avril 2009

Les arbres pleurent aussi @ Irène Cohen-Janca et Maurizio A.C Quarello

Dans un jardin derrière la maison 263, Canal de l’Empereur à Amsterdam, vit depuis plus de cent cinquante ans un immense marronnier.
Anne Frank l’observait souvent depuis la lucarne du grenier. Pour elle, il était tout, le passage des saisons, le vent, le soleil ou le froid. Il était la vie qui continuait malgré tout, il était la liberté et l’espérance.
Le marronnier est malade, il va bientôt mourir…
Irène Cohen-Janca et Maurizio A.C. Quarello lui ont donné leurs voix le temps d’un merveilleux album. Entre ces pages, c’est l’arbre qui nous parle et comme en abyme l’arbre qui, une dernière fois, témoigne du lien qui l’unissait à Anne.
« En me voyant refleurir, sûrement songeait-elle à l’avenir. A la vie qu’elle construirait, à la place qu’elle se ferait dans le monde. Par la moisson de mes fleurs et de mes feuilles, par la force de mes bourgeons , je lui apportais la confiance. Elle ne douta jamais que tout à nouveau refleurirait autour d’elle. Qu’à l’hiver glacial où règne un silence de mort succède toujours l’explosion de vie du printemps. »
Le marronnier ne sera pas condamné à disparaître, très bientôt un greffon sera prélevé de ses branches et planté à l’endroit exact où il se trouvait.
Parce qu’un arbre comme celui-ci décidément ne peut mourir.


Cliquez pour agrandir

Un album magnifique de délicatesse et de sensibilité.
A lire et à relire et à faire découvrir tout autour de soi…

Ici, une petite vidéo du marronnier, sur le site officiel de la maison d'Anne Frank.

Editions du Rouergue - mars 2009.