La coquetterie du malheur @ Nata Minor
Une vieille dame se promène seule dans un cimetière. Elle a mis des chaussures à talons hauts, pas très pratique, réalise-t-elle, sur ce chemin aux pavés inégaux…« - Vous êtes déjà venue ? » lui demande une ombre qu’elle voit à peine, toute à ses pensées.
« - Oui, mais pas pour moi. (…) »
Le ton est donné, il sera légèrement grave, grave et léger, léger surtout, ne pas laisser prise à la tristesse, rester au-delà des choses et des contingences. Mais s’adonner aux rêves et à ses exigences oui…
La promenade a un but : choisir qui du feu ou de la terre aura raison de son existence terrestre. Le feu apporterait bien l’éternelle légèreté…
« Éparpillée aux quatre vents, je volerai portée par l’air, un vrai voyage d’oiseau ! »
Mais tout est affaire de porte-monnaie, et plus précisément de celui de la ménagère (rien que de très contraire, on l’imagine, à ce qu’elle fut..).
Et puis au hasard d’une tombe tout en rocaille, celle d’Istomina, la légendaire ballerine russe, survient une étrange rencontre, Anna la boiteuse, qu'elle reconnaît sans la connaître. Le manuscrit en cyrillique qu'elle lui confie, couvert d'une écriture fine à l'encre violette, lui paraît illisible, mais il est à lui seul, et sans qu'elle ait besoin de lire (et même surtout pas !) une porte grande ouverte à la rêverie et aux divagations dans le passé. Chaque chose, chaque être humain, la ramène invariablement ailleurs, en son centre, vers son enfance. Le père volage et séduisant, la mère éternellement alanguie sur le divan bleu, les yeux sans cesse dans le vague depuis leur arrivée à Paris, la peur des espions …
Mais c’est de sa grand-mère que les anecdotes sont les plus nombreuses, peut-être parce que justement la vieille dame avait su maintenir le fragile équilibre d’une vie qui se devait avant tout d’être légère, ouverte, même par les temps difficiles.
Pourquoi mettait-elle toujours une boule de naphtaline dans son sac à main ? Juste comme ça…
« Cette dernière proposition est celle qui lui convient le mieux, à moi aussi d’ailleurs. Juste comme ça j’ai gâché bien des choses, en ai entrepris d’autres, fait des coups. Ouverte, offerte au hasard qui passe. »
Une certaine légèreté, une certaine « coquetterie du malheur »… Courir à sa perte mais pas sans un coup d’éclat, élégant, discret, peut-être disparaître…
Extrait
« Plus aucun bruit, tout est calme dans l’enclos tout le monde dort et les mots de ma vie, des vies s’amenuisent, s’estompent, bientôt ils seront effacés. En demeurera peut-être une trame invisible, un souvenir léger. Cela aurait-il changé quelque chose si je les avais retenus ? »
Un petit roman d’une grande élégance, malicieux, léger, nostalgique, grave et drôle à tour de rôle, ou tout à la fois en même temps.
J’ai beaucoup aimé !
L’avis de Clarabel.
Le bureau de Nata Minor...
Mais où donc écrit-elle, réellement ?
Réponse dans Télérama (juillet 2008)
Editions Grasset - Avril 2009





































