30 juillet 2009

Paris Bollywood @ Nathalie Chacornac

Tous les matins le réveil de Mathilde sonne à 7h45 précises, tous les matins elle l’éteint d’une main rageuse avant de se faufiler rapidement sous la douche. Puis direction l’agence bancaire où elle travaille minutieusement, sagement vêtue d’un tailleur bleu marine et de ballerines plates. Sa vie ronronne et sa famille se désespère de ne pas la voir au bras de quelque beau jeune homme, un banquier pourquoi pas, ou mieux, un médecin tout comme le père de Mathilde.
Mais la jeune femme ne se décide pas à rentrer dans le moule très bourgeoisement conventionnel de sa famille. Quand elle rencontre Anouya, une jeune indienne, serveuse dans le restaurant de ses parents, situé tout juste au pied de son immeuble, Mathilde est tout de suite conquise par l’accueil chaleureux que lui réserve la famille de son amie. Elle prend l’habitude d’y dîner deux, trois fois par semaine et finit même par s’inscrire à des cours de danse indienne. Elle ne se doute pas un instant alors que cette nouvelle passion va considérablement modifier sa vie, profondément même et définitivement. Mathilde est douée pour la danse, très rapidement elle est adoptée par la petite communauté indienne parisienne. Paris Bollywood, Bollywood à Paris, un rêve de petite fille qu’elle n’aurait jamais osé imaginer et qui pourtant se dessine, pour de vrai.

Voilà un roman idéal pour les vacances, une histoire d’amour très bollywoodienne mais en plein cœur de Paris… Des couleurs, des étoffes, des saris, des épices et tout plein de clinquants et de bonne humeur.
Un grand merci à l’auteur pour l’envoi !


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Nathalie Chacornac est née en 1967 et a passé son enfance en région parisienne. Sitôt son diplôme de l’Ecole de Management de Lyon en poche, elle entreprend un voyage initiatique en Inde, de Bombay à Calcutta, en passant par Bénarès. Après quelques années passées à Paris, où elle travaille pour une grande banque française, elle s’installe dans le sud de la France pour écrire.

29 juillet 2009

Abandons @ Hiromi Kawakami

Huit nouvelles composent ce roman, huit femmes en quête d’amour, brièvement, fugitivement ou jusqu’à la mort. Ici point de sentiment de plénitude, toutes sont fragiles, soumises, comme dans l’expectative de ce-qui-pourrait-advenir de l’autre, l’homme, imprévisible et pas vraiment charmeur.
L’une des nouvelles les plus troublantes de ce recueil est sans aucun doute « Cent ans ». Depuis cent années, la narratrice de cette histoire attend dans la tombe celui avec lequel avec elle avait accepté de mourir (cette décision ne fut pas sienne, mais bien celle de son amant, un homme marié). Quand arrive l’heure de se jeter de la falaise, elle perd la vie, abîmée sur les rochers, tandis que lui survit, sauvé de la noyade par des pêcheurs – il retournera comme si de rien n’était auprès de sa femme et de ses enfants. Mais elle attend, d’ailleurs ne lui a-t-il pas déclaré qu’elle ressemblait à la Kiyo du "Botchan" de Soseki ? Cette même Kiyo dont il cite l’une des répliques :
« - Botchan, quand je mourrai, je vous en prie, pour le repos de mon âme, faîtes que je sois inhumée dans votre caveau de famille. Ainsi, Botchan, je pourrai vous attendre heureuse dans la tombe. »
Comme si tout était écrit d’avance. Mais dans la tombe, elle attend toujours, et il ne vient pas, ne viendra jamais.
« Il est mort et rien ne changera plus jamais. »

Dans « Le chant de la tortue », la narratrice, une jeune femme dépressive, incapable, pense-t-elle de mener chaque chose à son terme, assiste, comme impuissante, au départ de son ami. Le jeune homme est violent, tyrannique. Parfois, quand son regard se durcit et se trouble, il serre le cou de la jeune fille jusqu’à la faire tomber en syncope. C’est alors que la tortue, l’unique survivante du passé de la jeune fille se met à couiner, comme un rappel, ultime, à la vie.
La tortue, l’éternité immobile…

« Abandons » qui donne son titre à ce recueil évoque la fuite en avant de deux jeunes amants. Ils voyagent sans but, ni lien, libres comme l’air, sans aucune destination précise, si ce n’est celle de s’abandonner sans mesure à l’amour qui les lie. S’aiment-ils vraiment ? En tous cas, ils aiment à se l’imaginer. Ils aiment surtout et pardessus tout l’idée de se perdre par amour. Comme les deux personnages de « Cent ans », ils envisagent un instant de se suicider tous les deux, par passion et puis sans doute, parce que « fuir est fatigant », dans la mesure où l’on pense sans cesse à ce que l’on laisse…
Ils vont d’un bord de mer à un autre bord de mer, désireux de tout oublier, dans une apesanteur qui rappelle à la jeune femme les instants indécis et brumeux de son enfance.

Un recueil de nouvelles merveilleusement ciselées, délicates et tristes, étranges aussi, comme je les aime.
Editions Actes Sud - Juin 2003

28 juillet 2009

La locataire @ Hilary Mantel

Après dix années passées dans un institut psychiatrique, Muriel Axon est enfin libre, libre de donner cours à toute sa démesure et à la folie qui pas une seconde ne l’a quittée. Ses prochaines victimes poursuivent leur existence innocemment, mais elle sait déjà par le menu comment elle assouvira sa vengeance, et elle sera terrible ! Car Muriel, cette vieille fille à la rancune tenace a bien décidé de rendre coup pour coup à ceux qui s’emparèrent de sa maison, celle qu’elle partagea avec sa mère, une vieille femme aussi chauffée qu’elle.
La mère et la fille y vivaient recluses, en marge des autres, silhouettes étranges et angoissantes derrière leurs rideaux fermés jusqu’au jour où une toute jeune assistante sociale eut le mauvais goût de se mêler de leurs affaires et de leur petite vie privée sordide. La maison rachetée pour une bouchée de pain par le frère de la voisine, fut totalement rénovée, transformée afin d’y accueillir femme et enfants. En apparence, une demeure familiale paisible, mais où le feu couve depuis des années comme si une étrange malédiction y rodait et n’attendait plus que le retour de Muriel pour leur exploser au nez.
Et il faut dire que la vielle fille a plus d’un tour dans son sac… Experte en déguisements et travestissements divers, Muriel arrive sans encombre à se faire embaucher en tant que femme de ménage dans son ancienne maison, le foyer de cette famille dont elle a juré la perte. Les conséquences sont fracassantes.

Entre satire sociale, roman loufoque où grimace un humour noir souvent provocateur, « La locataire » nous entraîne dans un univers décapé de toute bienveillance. Si Muriel, particulièrement perverse et retorse tire à merveille et extrêmement méchamment les ficelles de tous ces pantins, il leur en fallait peu à vrai dire pour tomber d’eux-mêmes comme des mouches tant ils sont pitoyables et veules. Pas un seul pour racheter l’autre.
Bien mal acquis ne profite jamais…

Un roman qui se dévore d’une traite non sans laisser derrière lui un léger sentiment de malaise.
Peut-être un peu « too much » à mon goût.

Les avis de Clarabel et de Cathulu

Editions Joelle Losfeld - Janvier 2009

27 juillet 2009

Tipperary @ Franck Delaney

Charles O’Brien , guérisseur, conteur et journaliste à ses heures est issu de la « bonne société » anglo irlandaise de la fin du XIXéme siècle. Ses parents, des propriétaires terriens lui ont légué l’amour de la terre et de son pays, l’Irlande, un certain sens de l’honneur et le goût de venir en aide aux autres. Charles approche de la quarantaine quand il rencontre une certaine April Burke en 1900 à Paris, au chevet d’Oscar Wilde qu’il tenta alors, en vain, de soigner de son mal. Le coup de foudre fut immédiat, mais de toute évidence non partagé. Et pourtant, toute l’existence de Charles allait en être profondément marquée, transformée, l’homme, naïf et droit, immature par bien des côtés, n’aura de cesse de rendre à la belle la magnifique propriété de Tipperary qui semble lui revenir de droit. Il y voue dès lors toute son existence, alors même que la première guerre mondiale fait rage, et que la guerre civile s’empare de son pays.
Tipperary est aussi magnifique qu’April est belle et rayonnante. Charles se promet de redonner à la première son lustre ancestral pour conquérir ensuite la seconde. Bien entendu, tout ne se passe pas tout à fait comme prévu… La guerre, puis le conflit sanglant qui ébranlent son pays et auxquels il prend part, perturbent pour un temps ses projets, mais il tient bon, il s’agit de passion et… d’honneur.

« Tipperary » peut se lire comme une véritable épopée sur fond historique, une histoire d’amour tourmentée et torturée que Franck Delaney nous conte ici avec ferveur. Les points de vue se croisent et se complètent, plusieurs narrateurs, parfois acteurs de l’intrigue prennent la parole, éclairant tour à tour le récit, l’un d’entre eux dont nous ne découvrons l’identité que tardivement, est même assez étonnant….
J’ai bien aimé ce roman sans toutefois parvenir à entrer totalement dans l’histoire, un petit quelque chose m’a laissée sur le pas de la porte, à l’extérieur. Est-ce la multiplicité des témoignages, (l’histoire est finalement menée comme une enquête), la naïveté de Charles ou sa trop grande rigueur ? L’histoire d’amour promise m’a paru un chouia désincarnée et dépassionnée…
Toutefois, je ne doute pas un instant que les amoureux de l’Irlande y trouvent leur bonheur…
Editions Michel Lafon - Juin 2009

15 juillet 2009

Au château de Beaumesnil...

°


En pays d'Ouche, dans la bibliothèque du merveilleux château de Beaumesnil, se trouve ce portrait d'une longue jeune femme extrayant un lourd volume relié de l'une des étagères... S'agit-il d'Eugenie, la femme de Jean Fürstemberg qui acquit Beaumesnil en 1939 ? Peut-être...
Un peu malicieusement mais sans y prendre garde, je me suis glissée dans cette scène, qu'à vrai dire j'aurais bien voulu jouer...

Jean Fürstemberg était un bibliophile reconnu et passionné (le château abrite d'ailleurs le musée de la reliure), mais il ne fait aucun doute qu'il devait aimer avec tout autant de ferveur sa maison, ses jardins et ses arbres auxquels il dédia toute son existence.

A l'angle droit du château se trouve un immense tumulus vert mousse, un épais labyrinthe de verdure où se promener et se perdre, un livre à la main, tandis que pas très loin, deux lions de pierre veillent, un rien camus.


J'ai découvert ce domaine il y a de cela plus de 20 ans , les murs ont un peu vieilli, les pièces souffrent de ne plus être assez ouvertes, mais flotte un je ne sais quoi d'éternité et de bonheur qui vous explose au visage et vous rend - oui véritablement heureux, le temps d'une visite, le temps de se faufiler dans le portrait et de remonter le temps, juste un tout petit peu...



Château de Beaumesnil - Site officiel .

"Mon" prix Landerneau 2009




Le temps est venu de décerner "Mon" prix Landerneau pour cette année 2009.

La sélection de cette année était de grande qualité : de belles plumes, de fortes personnalités, des univers très particuliers, singuliers... Ce fut très sincèrement un grand bonheur de les découvrir tous sans exception.
Ceci dit, 2 livres m'ont particulièrement touchée, deux romans que j'ai trouvés tout particulièrement magnifiques, émouvants, percutants, bouleversants, chacun à leur manière.

Mon premier coup de coeur n'a pas été détrôné un seul instant au cours de mes lectures successives (pourtant souvent enthousiastes), vous vous souvenez, il s'agissait bien sûr du roman de Jérôme Ferrari : "Un dieu un animal", lauréat à mon grand bonheur du Prix Landerneau remis au mois de juin :



Mon second coup de coeur revient sans hésitation possible à "L'Attente du soir" de Tatiana Arfel - Vanessa me l'avait bien prédit :)

Je profite de cette petite remise de prix toute personnelle pour rappeler les lauréats des autres blogueurs invités à participer au Prix Landerneau (à titre de lecteurs blogueurs - je rappelle que nous ne participions pas au jury).
A ma connaissance, tous n'ont pas encore "officialiser" leur choix, ( je pense entre autres à Vanessa, Michel, Anne et Clarabel - merci de me corriger si je suis passée à côté de vos billets :)

Sylire, Papillon , Fashion et Cathulu ont choisi : Fabrice Humbert, "L'origine de la violence"

Caroline : Tatiana Arfel, "L'Attente du soir", (Très très bon choix, Caroline :)

Un grand merci à nouveau et très chaleureusement à Elodie Giraud ainsi qu'aux centres culturels Leclerc.

Et j'espère à l'année prochaine !!

13 juillet 2009

L'Attente du soir @ Tatiana Arfel

Trois personnages habitent ici ce roman, trois égratignés du coeur, trois âmes esseulées, qui lourdes de souffrance et de solitude cheminent tout au long de ces pages pour finalement et selon les caprices du destin se retrouver, un à un, puis un à deux.
Il y a Giacomo, le clown à la chevelure bouclée et argentée. Dresseur de caniches, il dirige le cirque qu'il a hérité de ses parents voilà plusieurs dizaines d'années. A l'heure où commence cette histoire, le vieux clown arrive au crépuscule de sa vie, son dos est courbé, ses forces limitées. Depuis le jour où sa mère, trapéziste s'est écrasée sur le sol comme un oiseau blessé, il sait que le Sort, ce personnage crépusculaire et maléfique qu'il imagine depuis l'enfance, le poursuit et qu'il en sera ainsi jusqu'à la fin de ses jours.
Giacomo est certainement le personnage le plus lumineux de ce roman, malgré la peur qui le tenaille il porte en lui un tel amour de la vie, une telle confiance en l'être humain, qu'il est indéniablement le grand "ordonnateur" du roman, celui par qui l'histoire débute, et par la grâce duquel elle peut finir sur un "d'accord", une ouverture à tous les possibles.

Ensuite il y a Melle B., l'enfant, la petite fille, puis la femme grise, celle à qui tout amour, toute marque d'attention ont à jamais été refusés. Elle est celle qui ne sait pas, ne peut pas croiser un regard tant ceux qui se posèrent sur elle furent vides et glacés. Pour se calmer, quand les émotions la submergent de trop, elle s'évade dans un monde de chiffres et de figures géométriques, univers rassurant et réconfortant parce qu'éternellement identique, inchangé. Et puis il y a le môme, celui qui vit dans un terrain vague, une décharge publique, oublié de tous, inconnu de tous. Le première être vivant dont il se souviendra toujours n'est autre qu'un petit chien, alors à son tour, et comme un enfant sauvage, il se croira "chien", aboiera, léchera ses plaies et se nourrira dans les poubelles à la tombée de la nuit. Mais quand le môme découvre au beau milieu des détritus, une palette de peinture usagée, c'est tout un monde qui s'ouvre à lui après des années de déshérence. Le môme qui ne sait pas parler sinon aboyer découvre le pouvoir des couleurs, leur langage, désormais il peut fixer sur le papier ses souvenirs, ses sentiments, tout le monde qui l'habite et qui s'avère d'une incroyable richesse.

Entre le vieux clown, la femme grise et sans âge et l'enfant sauvage, existe un lien indéniable qui de page en page va se préciser, s'étoffer, se tisser, tandis que les uns et les autres vont prendre successivement la parole pour nous raconter ce que fut leur vie, leur naufrage, puis leur résilience.

Tatiana Arfel porte sur l'univers de la folie et de l'extrême solitude un regard d'une grande acuité et d'une grande tendresse. A aucun moment ses personnages qui perdent pied, angoissés, torturés, ne paraissent étranges ou repoussants, bien au contraire, car le regard qu'elle pose sur eux est tout de "compréhension" dans le sens le plus pur du terme, prendre avec soi, serrer sur son coeur.
Tout fragiles qu'ils sont ses personnages ont tant à donner, davantage bien certainement que beaucoup d'autres, les autres, les ombres.

Ils ont tant à donner pourvu qu'ils soient aimés et respectés.

Voilà un livre magnifique, poétique et bouleversant dont vous tournerez la dernière page le coeur battant, apaisé.

"C'était peut-être là, la justification de son existence : apaiser les souffrances des âmes abandonnées, trompées, mises au rebut : couvertes de l'épaisse poussière de l'indifférence du monde."

Un très beau coup de coeur !!

"L'Attente du soir" est le premier roman de Tatiana Arfel et a obtenu le prix Roblès 2009.

Les avis de Sylire, Anne, Michel, Cathulu, Papillon et Caroline.

08 juillet 2009

La Plage @ Marie Hermanson

Tous les étés, Ulrika et ses parents passent les vacances dans une petite station balnéaire sur la côte suédoise. Tous les étés, la petite fille puis l’adolescente, y retrouve son « amie d’été », la plus proche et la plus chère à son cœur, Anne-Marie Gattman, une enfant longue et dégingandée, blonde comme les blés, brillante et séduisante. Dès leur première rencontre, Ulrika, petite brune un peu boulotte tombe sous le charme d’Anne-Marie et de sa famille. Il faut dire que les parents de sa copine sont des personnes relativement célèbres dans le milieu intellectuel suédois, auteurs, l’un et l’autre, d’articles et d’essais reconnus. Vingt-quatre ans plus tard, elle revient sur les lieux de son enfance, accompagnée de ses deux enfants. La villa des Gattman est toujours là, inchangée, même salon au canapé rayé, rocking chair blanc et coussin au tissus oriental, même jardin rocailleux… Ils descendent tous les trois sur la plage aux coquillages si chère à son enfance, et là c’est tout son passé qui lui saute au visage, ce fameux été 1972 où tout s’est arrêté, le dernier qu’elle partagea avec les Gattman. Cet été-là, Maya, la petite sœur adoptive d’Anne-Marie a mystérieusement disparu sur la plage, laissant la famille exsangue, dévastée. Très étrangement, et comme si le destin les y conduisait, les deux garçons découvrent un tunnel creusé dans les anfractuosités des rochers, et tout au bout, une tête de squelette…
Ulrika remonte le temps et ses souvenirs, jusqu' à cette époque qui la marqua à tout jamais et fit d’elle une des grandes spécialistes des mythes et légendes liés aux disparitions. Elle se revoit très précisément, enfant puis adolescente, conquise par la tribu Gattman dont elle aurait tant voulu être un membre à part entière. Tandis qu’elle égraine ses souvenirs, en parallèle et successivement, chapitre après chapitre, une deuxième voix se fait jour, celle d’une certaine Kristina, une étrange et mystérieuse jeune femme, coupée du monde et des autres, incapable de communiquer par les mots, comme privée de parole. La jeune femme installée dans une petite maison à l'abandon au bord de la mer partage son temps entre de longues balades et la collecte d'oeufs, nids, coquillages, petits squelettes d'animaux qu'elle dispose ensuite un peu partout dans sa cabane. Elle vit seule et ne désire qu'une chose : rester à l'écart des autres, les humains jusqu'à ce qu'un jour, au bord de la plage....

Les récits des deux femmes, Kristina et Ulrika se tissent et s'entremêlent habilement, entraînant le lecteur à leur suite dans les profondeurs du souvenir, du silence, de l'absence et de ses mystères.
Deux mondes vont ici s'entrechoquer, celui des "vivants", de l'enfance animée et colorée, celui du silence et de la solitude choisie seulement habitée du bruit des animaux et de la mer.
Un très beau livre sur le souvenir, comme un regard jeté par-dessus l'épaule sur ces années d'enfance enfouies sous le sable, sans nostalgie ni complaisance, mais avec minutie et perspicacité, sur la différence aussi et l'impossibilité de communiquer, de franchir la fragile paroi qui protège et isole à tout jamais.

Envoûtant, magnifique et troublant, j'ai beaucoup aimé.

Les avis tous enchantés de Cathulu, Cuné, Karine et Anne.

"Je pense que Maja est comme ce genre de reflet noir. Normalement, les hommes sont toujours une fenêtre à travers laquelle on voit un autre monde. Mais Maja est une surface sombre et lisse, tout ce qu'on voit en elle est le reflet de soi-même. Si on lui demande quelque chose, elle nous renvoie la même question. Tu viens de te rendre compte à quel point c'est désagréable. Et quand on la prend dans ses bras, on ne ressent pas de douceur ni de point commun, juste son propre désir. Quand on se fâche contre elle, on est confronté à sa propre rage et à son impuissance.
Quand on voit Maja, on ne voit que le reflet de soi-même, pas clair comme dans un miroir normal, mais sombre, flou, une image fantomatique. C'est une expérience effrayante qui ne laisse personne indifférent.
Je crois que c'est exactement ça qui est arrivé à notre famille. Chacun s'est regardé dans le miroir noir. Et chacun a réagi de manière différente."

Editions Le Serpent à plumes - Juin 2009


06 juillet 2009

Le chagrin du Roi mort @ Jean-Claude Mourlevat

Dans une petite île, très haut dans le Nord, sous les latitudes glacées, le vieux roi vient de mourir. Tous les habitants défilent en procession pour saluer une dernière fois sa dépouille. Deux enfants se joignent à la foule, deux jumeaux tout juste âgés de dix ans. Il fait froid, vraiment très froid, la chevelure du roi se couvre régulièrement de neige, un soldat posté à ses côtés souffle respectueusement sur ce couvre chef glacé qui menace à tous moments d’envahir totalement son visage. Les enfants attendent, jamais ils n’ont vu autant de monde rassemblé. Quand vient le tour d’Aleksander, qui passe juste après son frère Brisco, un évènement des plus étranges et des plus inattendus survient, le fantôme du vieux souverain se soulève péniblement de sa couche, s’assoit auprès de son corps inanimé et murmure au garçon dans un sanglot : « Le feu qui brûle, méfie-toi du feu qui brûle. ». L’enfant demeure quasi prostré auprès de la dépouille jusqu’à ce que son père le retrouve à moitié gelé. La mort du vieux roi, les étranges paroles proférées de l’au-delà sonnent le glas d’une époque, quelque chose est sur le point d’arriver, la fin de la paix et du bonheur pour longtemps.
Jusqu’alors la petite île froide vivait à l'écart et dans le bonheur, le vieux roi qui pourtant traversa de grands malheurs, la mort de son fils puis celle de sa belle-fille, s’est toujours efforcé de maintenir une belle sérénité dans son petit royaume, loin des tumultes de la Grande Terre. Il avait offert à son peuple une grandiose bibliothèque, un palais des livres ouvert à tous, immense, extraordinairement ingénieux puisqu’il était traversé de part en part par des galeries lambrissées et pourvues de rails sur lesquels glissaient des petits wagons. Les lecteurs n’avaient plus qu’à choisir leur destination, livres encyclopédiques, ou sagas, s’installer dans l’un ou l’autre des wagonnets et ils étaient aussitôt tractés vers des pièces de lecture. Il était même possible de se baigner dans de petits bassins de pierre emplis d’une eau bleutée dans la salle des Fumées…
Mais tout cela va bientôt changer…. Méfie-toi du feu, Brisco…. Car Brisco, un jour disparaît, emporté par une femme belle et mystérieuse, laissant son frère, Aleksander abominablement seul et ses parents désespérés.
Peu à peu, les secrets de famille et d’état tombent les uns après les autres, la guerre approche qui emportera tout sur son passage et éloignera impitoyablement les deux frères l'un de l'autre. Ces deux-là ont un destin, la Louve le leur avait prédit...

Si vous entrez dans cette histoire, vous n’aurez de cesse que d’en connaître le fin mot, tant le suspens est tendu, le merveilleux enchanteur, les personnages tour à tour troublant, étonnant, effrayant. Vous y croiserez une femme follement amoureuse aussi impitoyable que belle, un homme prêt à tout pour conquérir le monde, une sorcière qui mange des têtes de rat et semble bien avoir bu la potion d’éternité, un nain dont le courage n’a d’égal que sa fidélité (et qui vous fera grincer des dents tant il maltraite son violon) et tant d’autres…. Une guerre, une belle histoire d’amour, des liens fraternels qui se déchirent…. C’est tout simplement magnifique.

Un merveilleux roman à mettre entre toutes les mains, à partir de 12 ans.

Editions Gallimard Jeunesse - Mai 2009.

L'avis de Clarabel et de Pages à pages.


01 juillet 2009

Un amour vintage @ Isabel Wolff

En ouvrant une boutique de vêtements vintage haut de gamme à Blackheath, Phoebe Swift a résolument l’intention de tourner une page de sa vie, se tourner vers l’avenir et peut-être oublier, oublier le profond sentiment de culpabilité qui la tenaille depuis la mort de sa meilleure amie – à tout jamais, elle se reprochera de ne pas « avoir été là » - oublier l’homme qu’elle aimait profondément, mais qui en un certain sens l’a trahie.
Oui, mais… les vêtements vintage ont cette particularité de vous ramener en arrière, parmi des souvenirs qui ne sont pas forcément les vôtres mais qui parfois s’en approchent curieusement.
Les vêtements ont une histoire et recèlent parfois en eux une charge émotionnelle sans pareil.
Quand Phoebe rencontre Thérèse, une vieille dame française qui souhaite se « délester » de ses vêtements, autrement dit de ses souvenirs avant de mourir, elle ne s’attendait certainement à croiser son double dans le miroir, à des années d’intervalle. Parmi les vêtements de marque tous plus magnifiques les uns que les autres qu’elle découvre dans la penderie, il y a bien un petit manteau bleu ciel, un petit manteau tout anachronique que Thérèse lui défend de toucher. Pourquoi ? Et d’où vient-il ce manteau, Thérèse n’a jamais eu d’enfant…
Entre les deux femmes se créent progressivement un lien très fort. Peu à peu, le petit manteau révèlera son lourd secret, c’était pendant la guerre, dans les années 40, entre amitié et trahison…
En contrepoints à cette histoire centrale et bouleversante, la vie de la boutique se déroule avec toutes ses anecdotes, et ses petits et grands rebondissements – il faut dire que rien n’est moins anodin que d’acheter un vêtement vintage, on y dévoile pas mal de son être, de son bonheur ou de sa tristesse.
Voilà un roman léger et grave tout à la fois, distrayant mais pas seulement. Si les aventures sentimentales de l’héroïne sont finalement assez convenues et prévisibles, sa rencontre avec Thérèse donne à cette histoire une belle profondeur et une certaine gravité.

Un roman idéal pour les vacances !
Editions JC Lattès - juin 2009