30 novembre 2009

Eco @ Guillaume Bianco et Jérémie Almanza



Eco est une petite fille, l'unique enfant d'un couple de riches tailleurs, les Schaklebott, dont les créations suscitent l'engouement de tout le pays. Mais dans la grande et somptueuse propriété de ses parents, elle se sent bien seule, isolée et sans réel amour. Ses parents sont des personnes bien trop importantes et bien trop occupées...
La demeure, bien que fort bien pourvue de jouets, luxueuse à souhaits, est froide et glacée.
"Tout était trop propre, trop froid, trop bruyant, trop organisé.
Aucun dessous de table obscur où se réfugier pour jouer, aucun angle poussiéreux où se cacher pour épier."

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Alors la gamine passe son temps et ses journées, tapie dans le placard à vêtements, à l'abri dans son cocon douillet, à sa mesure.
Jusqu'à ce qu'un soir, son père, débordé comme toujours, lui demande un service, livrer avant 23 heures, trois magnifiques poupées au Ministre pour l'anniversaire de sa fille.
Eco part aussitôt dans limousine de son père, conduite par le fidèle Hyppolite, mais en chemin, elle fait une bien curieuse rencontre... Une rencontre qui va bouleverser à tout jamais sa vie, briser menue celle de ses parents et dévoiler à la toute jeune enfant la dureté, la lâcheté  et l'égoïsme du monde des adultes. Toutefois, dans sa main, il y a... quatre amulettes qu'elle enfouira un jour dans des petites créatures de tissus..
Conte parmi les contes (au début de chaque chapitre, comme en regard ou en miroir, une image, un épisode de Jack et le haricot magique. En épilogue, une évocation du Petit chaperon rouge), Eco pourrait bien se lire comme le parcours initiatique d'une enfant devenue grande brutalement, au coeur de la violence des adultes.
Les amulettes d'Eco révéleront bien des surprises... Poétiques, tendres et attachantes, elles guideront la gamine dans son parcours, la révélant à elle-même. Ne sont-elles pas des petits bouts d'elle-même...
L'histoire s'achève sur un nouveau coup de théâtre.  Il lui faudra partir, trouver ailleurs, la réponse à cet horrible tourment (dont je ne vous révèlerai bien entendu pas la nature) ... 

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Le texte de Guillaume Bianco est tout simplement lumineux, poétique, violent et tendre tout à la fois. Les illustrations de Jérémie Almanza, tout en clair obscur, et comme éclairée à la bougie  fourmillent d'émotions, tendresse, violence, délicatesse, étrangeté... Le mariage du texte et de l'image semble tout simplement évident, ils sont faits l'un pour l'autre, s'éclairent mutuellement.
Les contes sont des "pourvoyeurs" de questions, de questionnement, de poil à gratter, mine de rien...
"Il n'existe que des contes de fées sanglants.
Tout conte de fées est issu des profondeurs du sang et de la peur." Franz Kafka (cité en exergue)

Ce premier tome des aventures d'Eco s'achève à un point critique de l'histoire. La suite donc, dans le tome suivant (que j'attends avec une sombre impatience !)

Une  très belle découverte, dans la foulée de Billy Brouillard (un clin d'oeil à Vanessa ) !
Album jeunesse ??? Jeunes ET adultes, enfin tous ceux qui aiment les beaux livres et les histoires pas tout à fait "comme les autres".


Editions Soleil - collection Métamorphose (magnifique !) - octobre  2009


29 novembre 2009

La Clef ("Dressed to kill") @ une enquête de Sherlock Holmes


Petite séance "ciné club" à la maison, hier soir...
Nous avons vu "La Clef", une sombre histoire de boites à musique dérobées, trois au total...
La réponse à l'énigme ne se trouvait pas ailleurs que dans les notes de musique innocemment jouées par les jolies petites boites.
Sherlock est décidément  insurpassable !
Ici élégamment interprété en 1946 par Basil Rathbone, accompagné de son fidèle Watson (Nigel Bruce).


28 novembre 2009

L'homme qui était Sherlock Holmes @ Ely M. Liebow

"C'est à vous que je dois Sherlock Holmes" écrira Arthur Conan Doyle au célèbre docteur Joseph Bell en 1892.
Il va sans dire qu'à présent, Joseph Bell, ou Joe Bell, c'est selon, est largement moins connu que Sherlock, et totalement inconnu ou presque, ici en France...
Or l'homme avait tout du génie, chirurgien renommé, médecin et professeur de médecine à Edimbourg, il fut pionnier dans de nombreux domaines, à commencer par ses recherches sur l'asepsie, l'anesthésie, et la formation des infirmières... Cet homme d'une intelligence percutante n'était pas moins doté d'une grande bonté, ne ménageant jamais ses forces ni son travail, souvent gratuitement.
Arthur Conan Doyle fut l'un de ses bienheureux élèves, et l'un des admirateurs inconditionnels de sa fameuse méthode déductive, celle-là même qui fit de Sherlock Holmes le détective réputé que l'on sait....
D'un coup d'oeil perçant, l'homme savait fréquemment déduire le métier, les habitudes, manies et hobbies de ses patients. L'anecdote la plus célèbre (mais il y en a tant d'autres) reste sans doute celle concernant le "savetier déserteur". Un jour, un patient entre dans la salle où Bell était en train d'enseigner, sur le champ, il détecte aussitôt que cet homme dut être soldat dans un régiment des Highlands (démarche typique d'un joueur de cornemuse etc...). L'homme nia, affirmant haut et fort qu'il était savetier et n'avait jamais été militaire. Emmené et déshabillé dans une pièce voisine, le docteur Bell découvrit, sous le mamelon gauche du savetier, un petit D bleu tatoué sur sa peau. L'homme était un déserteur, c'était ainsi qu'on les marquait pendant la guerre de Crimée...
La plupart de ces anecdotes nourriront par la suite les célèbres enquêtes du détective. Doyle les notait méticuleusement dans ses carnets, et n'hésitait pas non plus à faire appel à son professeur pour lui demander de l'aide.
Mais plus directement, et c'est là que la fameuse ressemblance se corse, Bell fut pendant plus de 20 ans, et ce très discrètement, médecin légiste devant les tribunaux, amené à enquêter sur des affaires tenues secrètes... Harcelé par les journalistes au sujet des liens qui l'unissaient au célèbre détective, il confia à une amie avoir su rester muet comme une tombe sur ses activités de médecin légiste. Honnête toujours et toujours très scrupuleux ( presque un peu dommage pour nous :)
On sait néanmoins, grâce au formidable biographe qui le sert ici, Ely M. Liebow qu'il se pencha sur le cas de Jack l'éventreur et sur une affaire tonitruante à l'époque, celle de Monson, (un sombre cas d'assurance vie et de meurtre mêlés.)
Alors, Joe Bell modèle ou non du fameux Sherlock ? Le débat fut vif pendant des années, passionné et virulent, jusque bien après la mort du grand médecin et de l'écrivain, et pourtant, le doute n'est presque plus permis... En tous cas, les points communs sont légions à commencer par la ressemblance physique... 
Portrait du Dr Bell au Collège royal de chirurgie d'Edimbourg.
(reproduit dans l'ouvrage de Ely Liebow)


 Les différences aussi, soit, mais dans le fond, la méthode d'observation que ce soit pour traquer un dangereux criminel ou soigner un patient reste quasiment la même.
Pour vous en convaincre, ne vous reste plus qu'à lire par vous-même cette biographie extrêmement bien documentée, ouvrage d'un Holmesien réputé, professeur de littérature anglaise à l'université de Chicago, membre remarquable des Baker Street Irregulars et génial conteur...
Si cet ouvrage tourne bien évidemment autour du détective de fiction, il n'est pas centré sur lui, la vedette ici, une fois n'est pas coutume, est bien Joe Bell et la médecine de son temps qu'il sut faire bouger, basculer dans l'ère moderne. C'est passionnant et très instructif (incroyable de voir combien les femmes durent se battre à la fin du XIXéme pour exercer convenablement en tant qu'infirmières, sans parler des études de médecine dont elles furent longtemps bannies...).

Bell - Holmes, c'est certain.
Bell - Docteur House (je suis sûre que l'idée vous trotte par la tête), ça se tient aussi formidablement, si l'on excepte le manque d'empathie totale du second à l'opposé du premier qui se caractérisait plutôt par sa bonté de coeur, quoique, il savait aussi, de toute évidence, se montrer directif quand il le fallait...

Editions Baker Street - Novembre 2009

27 novembre 2009

Si tu retiens les fautes @ Andrea Bajani



 "Je suppose que pour toi aussi ça s'est passé de cette manière, la première fois que tu es arrivée ici. Un homme t'attendait, avec ton nom sur une feuille blanche, juste après la zone franche de retrait des bagages, et scrutait les visages un par un afin de deviner lequel associer à sa pancarte. L'homme qui m'attendait, moi, poussait contre les barrières de sécurité et levait sa feuille plus haut que les autres, et, davantage qu'une procédure d'accueil, avec ces pancartes en l'air on aurait dit un mouvement de protestation. Puis nous nous sommes reconnus, moi qui suis allé vers lui, et lui qui a plié sa feuille en quatre et l'a fait disparaître dans la poche intérieure de sa veste. Dessus, il y avait ton nom et ton prénom, comme si c'était toi qui devait arriver, et non moi qui venais te voir finir sous terre."

Cette fois, ce n'est pas sa mère qui part, ce n'est pas elle non plus qui débarque dans cet aéroport de Bucarest, mais lui Lorenzo, le fils, lui qui l'a tellement attendue tout au long de ces années, depuis l'enfance...
Le roman commence par un message, une adresse à la mère absente - cette fois à jamais, - avec cette étrange impression que lui, le fils, marche à présent sur ses traces, reprend le même chemin, revit les mêmes épisodes d'une histoire, d'un exil... Un peu comme s'il retrouvait l'amour passionné et fusionnel qui les unissait tous les deux, lien pourtant brisé, malmené.
Il y a quelques jours que Lula, sa mère, est morte brutalement, loin des siens, en Roumanie, dans ce pays qu'elle aimait décrire à son fils comme son Far West, un territoire à conquérir, celui des pionniers et des indiens, là où tout était encore possible. Elle avait tout quitté plus d'une dizaine d'années plus tôt pour "entreprendre", en délocalisant sa petite entreprise de produits de beauté et d' amincissement, en compagnie de son associé et amant. Derrière elle, elle avait laissé son fils  et son mari, le prénommé "papa" qui en vérité n'en était pas un (le vrai père était parti bien avant la naissance) mais qui finira lentement, et plus sûrement, à ressembler à la figure même du Père, dans sa plus pure et plus belle acceptation.
Lula n'était pas une mère comme les autres, mais bien plutôt une grande soeur, une adulte jamais sortie de l'enfance, une écorchée vive. Entre elle et son fils s'était créée, au fil des ans, une relation complexe et dense, entremêlée de jeux et de confidences. Lula, la grande petite fille, Lorenzo, le petit garçon un peu trop soucieux pour son âge.
Partie pour toujours alors que son fils n'était encore qu'un petit garçon, elle reste pour lui, et dans sa mémoire, éternellement, la femme encore jeune qui jouait à cache-cache ("je me mettais toujours sous le lit, et toi dans la baignoire) , dansait tard avec lui dans le salon, l'amant affalé sur le canapé... Une mère enfant, une mère lunatique, une mère enjouée comme une petite fille. Mais les années ont passé, et le voyage entrepris n'est pas celui des retrouvailles, ou peut-être que si..... Mais des retrouvailles un peu spéciales et  par-delà la mort. ll lui faudra aussi, à lui le fils, accepter de confronter la réalité de la vieillesse et de la maladie de sa mère, avec celle de ses souvenirs, la femme encore belle et séduisante,  à l'image de celle qui l'avait laissé, dans un coin du salon, alors qu'il n'avait pas dix ans *...  Il lui faudra l'accepter pour finalement dépasser cette histoire de temps qui les avait séparés tout autant que la distance et l'incompréhension. Car pour elle comme pour lui, le temps s'était brusquement figé, le jour où elle était  partie pour de bon. Il restera à jamais pour elle le petit gamin qui l'attend, elle restera pour lui, jusqu'à ce voyage, une femme insouciante et jeune.
C'est ainsi que passé et  présent se téléscopent, cohabitent parfois cruellement (Lorenzo, après l'enterrement, prend physiquement possession de l'appartement de sa mère en  se glissant dans ses draps. " (...) je suis allé jusqu'à ton lit. Je me suis laissé tomber dessus, je voulais rebondir, puis je me suis glissé à l'intérieur. J'avais l'impression  de sentir tes os, là-dedans, d'être allongé entre ton squelette et tes muscles, je ne devais pas bouger pour ne pas te faire mal.".

Andrea Bajani
décrit l'absence, la douleur, l'amour filial, le rejet puis le pardon avec une force sans pareille.
C'est beau, émouvant, triste à en pleurer et pourtant finalement apaisé.
J'ai beaucoup, beaucoup aimé. 
  
Extraits :
* "Je rentre vite, tu as répété, et j'ai compris que je devais rester où j'étais. Et donc j'étais là, debout, je te regardais t'en aller et j'apercevais la voiture de ton associé par la porte ouverte. J'étais là, à quelques mètres de toi, et je t'observais comme font les chiens quand ils comprennent qu'ils resteront à la maison. Et, comme les chiens, j'ai continué, même après ton départ à fixer la porte fermée."

"C'était de plus en plus difficile de trouver de la place pour exposer les souvenirs que tu m'avais achetés sans en recouvrir d'autres. Il y en avait de tous les pays, des quatre coins du globe, voyage après voyage ma chambre devenait la mappemonde de ton absence quotidienne."

Editions Gallimard - Traduit de l'italien par Vincent Raynaud - septembre 2009

26 novembre 2009

En ami @ Forrest Gander

"En ami", est le portrait croisé, et par-là même forcément subjectif, d'un homme par l'un de ses amis, puis par sa maîtresse, et enfin indirectement par lui-même tel qu'il fut capturé, "immortalisé" sur les chûtes d'une interview filmée, rushs finalement abandonnés.
Portrait posthume, puisque cet homme, Lester, s'est donné la mort après que son ami, sa maîtresse et sa femme eurent  touché du doigt l'immense ambigüité de son existence...
Lester était un homme complexe, tourmenté sans en l'avoir l'air, un géomètre doublé d'un poète, une âme divisée, morcelée au gré de ses pulsions, intrigant, séducteur, mythomane, mais tellement captivant....
Le livre commence par une scène très forte, violente et cruelle, la naissance de Lester, mis au monde dans le déni, le tourment et la souffrance. Scène centrale, dans le livre comme dans l'existence de cet homme - il fut ensuite abandonné et élevé comme Villon, dont il se sent si proche, sans mère, ni père....
Paria dans l'âme, il ment, trompe et séduit dans un même mouvement, attire à lui les autres, tout en les écrasant, sans presque le savoir...
Lester, le sur-doué ou l'imposteur ? Lester le mal-aimé, le trop  aimé....
Le premier témoignage nous est livré par Clay,  l'un de ses collègues géographes et ami (quoique le terme d'ami en regard de Lester l'insaisissable, semble fort exagéré). Clay est impulsivement  attiré par cet homme, il l'aime d'amitié tout autant que d'amour, attirance affective mais aussi charnelle, sexuelle...
"(...) il avait un pouvoir d'hypnose plus fort que n'importe qui à ma connaissance. C'était une propriété électrique insolite comme celles des feuilles qui revêtent  les premières nuances de  de couleur à l'automne. Et peut-être était-ce la présence de la mort en lui, se ruant de bonne heure vers la surface de la peau, qui lui donnait une sorte d'éclat. Quelque chose de purement érotique."

Lester ATTIRE, intrigue, et Clay tombe littéralement dans ses filets... Amour et haine mêlés...

Quant à Sarah, elle reste pétrifiée après la disparition de celui qui lui a tellement menti tout en ayant eu l'air de tellement l'aimer...
Il est parti et avec lui le pouvoir de lui pardonner. Le discours de Sarah qui se dévide par petites phrases syncopées, courts paragraphes, est celui d'une femme en quête, en butte à l'absence, confrontée et condamnée à vie au manque de réponses...
"Ce qui ne va pas chez moi c'est que je t'ai fait confiance. Ce qui ne va pas chez moi c'est que je ne t'ai pas sauvé. Que j'étais tellement perdue, je n'ai pas vu ce qui se passait. Pas pu t'empêcher. Je t'ai laissé croire que je te méprisais. Pendant tes dernières heures sur terre, j'ai craché mon mépris sur toi. Comment n'as-tu pas compris que ça passerait ? Que ma haine était un simple soulagement de voir sortir la vérité. Et tu ne m'as même pas accordé cela. Tu me l'as arraché. Tu m'as enfoncé ta faute si loin dans le gosier qu'elle est devenue mienne et jusqu'à quand dois-je en être suffoquée ?"

Quant aux rushes, ceux du film documentaire réalisé peu de temps avant suicide de Lester, ils montrent peut-être "le" Lester tel qu'il aurait voulu être fondamentalement et précisément, un poète, une personne écartelée, ouverte aux autres et au monde...

"S'approcher de l'autre et du monde avec toute la vulnérabilité qu'on est capable d'endurer. S'ouvrir au dehors. De tout notre esprit, notre corps et notre imagination, toujours s'ouvrir.
 * 
C'est comme je disais. En poète. En ami."

Un livre âpre et exigeant, dur et bouleversant.

Editions Sabine Wespieser - septembre 2009




 Au sujet de Forrest Gander
Et son SITE...






25 novembre 2009

Des livres, des bibliothèques...



Photos extraites de bookshelves
 "Book lovers never go to bed alone"

Merveilleux site de photos "livresques" pour les amoureux de bibliothèques, de livres empilés, rangés, mis en scène...


"A little library, growing larger every year, is an honourable part of a man's history. It is a man's duty to have books. A library is not a luxury, but one of the necessaries of life." 
Henry Ward Beecher

Billy Brouillard - Le don de trouble vue @ Guillaume Bianco



Billy Brouillard est un petit gamin comme les autres, sauf qu'il est doué  (mais n'est-ce pas le cas de tous les enfants, du moins j'espère...) d'un intense pouvoir d'imagination qui lui trouble la vue, transforme choses et personnes en de surprenantes créatures, parfois angoissantes mais tellement plus passionnantes que la plate réalité du monde adulte.

"Les adultes sont des assassins... ils ont tué l'enfant qu'ils ont été... Leur monde est trop banal, trop convenu.. Trop prévisible... L'imagination n'est pas palpable.... Elle leur fait peur..."

L'histoire de Billy commence le jour où il découvre son chat Tarzan, raide mort. En fait, au début, il ne peut pas envisager qu'il soit mort. Il dort peut-être ? Il va bien finir par se réveiller..
Mais le chat ne se réveille pas et Billy découvre alors  ce qu'est la mort, réellement...
"ça pue un peu", "on dirait un pyjama tout vide à l'intérieur."


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Et Billy se voit déjà, attrapant l'âme de Tarzan, la capturant  dans son épuisette spéciale ectoplasme pour la lui réinjecter à l'aide d'une immense seringue... Jusqu'à  ce que, hélas, triple hélas,  sa petite  soeur le distrait de ses pensées. Et la seringue de redevenir branche de bois et le chat de demeurer sans vie, tout raide et tout plat en dessous.

Qu'est-ce que la mort ? au juste...

Billy trouve dans le grenier un vieil album, de vieux journaux.. Puisque le Père Noël existe bien, et qu'il est lui-même vieux de plus de 500 ans, il doit bien connaître des tas d'astuces et de trucs pour vaincre la mort et ramener Tarzan à la vie.
Il décide de lui écrire pour lui demander, pas moins,  "Le secret de la mort".
"C'est qui la mort ? C'est quoi ? C'est où ? On est obligé d'y aller ?"
La réponse lui parviendra, à la toute fin du livre, et ne le convaincra pas de toutes façons... Trop "sage", trop "raisonnable" à son goût.
Mais entre temps, le temps de l'attente, il aura poursuivi sa quête, mené pas mal d'expériences, aidé en cela du vieux grimoire trouvé au grenier.
Dialogues avec les âmes, poursuite des fantômes, découverte de toutes sortes d'êtres aussi incroyables qu'invisibles à l'oeil nu. Le monde est truffé d'esprits et de créatures que son don de trouble vue lui permet de discerner, surtout lorsqu'il pleut ou fait noir, juste ce qu'il faut.
De contes en croyances et superstitions, Billy, fera le tour de sa petite encyclopédie personnelle, curieuse et bizarre à souhaits.
Il croisera dans son monde des personnages tour à tour poétiques, ou effrayants, Princesse de la flaque d'eau,  fille aux couteaux. Toutes deux ont trait à la mort, elle la donne ou la reçoive. En un mot, et bien différemment, elles la personnifient, chacune à leur façon... La mort a tant de visages :



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Livre sur la mort, sur la peur de la mort et sur l'irréductible fossé qui sépare l'enfance de l'âge adulte.
Je défie quiconque qui n'aurait pas gardé un millième d'un atome de son âme d'enfant d'embarquer au coeur de ce livre. Il en ressortirait transi et vaguement dégoûté.
Billy, c'est vous, c'est moi, il y a de cela des années, et vous ne vous en souvenez peut-être plus...
Ce livre est donc à classer dans la catégorie des Indispensables, catégorie Salubrité publique.
A lire de toute urgence, à moins que...




Un immense merci à Vanessa, pour le prêt au long cours de livre !
Son très beau billet est ICI .

Editions Soleil - collection Métamorphose - novembre 2008
                       

24 novembre 2009

Le Messager @ Eliette Abécassis et Mark Crick

Ce livre est le fruit d'une rencontre entre une jeune femme écrivain et Anaël Dellière, musicien et Messager (ou"voyant"). A vrai dire, d'une certaine façon, Eliette Abécassis devait porter en elle ce petit recueil depuis bien longtemps déjà, depuis l'enfance...
"Tu vas écrire un livre, et ton livre sera un livre de signes. Tu seras ma messagère.
Ton livre aura des images. Il s'adressera à l'adulte et à l'enfant. Il sera à la fois roman et prophétie."
"Alors, j'ai écrit le livre"..

Quelque part, sur un port, une jeune femme fait une étrange rencontre. Il s'appelle Anaël, se dit  voyant ou bien plutôt  "Messager".
"Ce métier, c'est avant tout d'être un éclaireur. Un destin peut se jouer sur un rien, une variation qui fait que l'avenir ne sera pas le même. "
Elle est "rationaliste et philosophe" et ne croit pas à la voyance, et pourtant, pourtant, elle le suit jusque dans son bateau, embarque pour une mystérieuse traversée, vers un ailleurs.
L'homme lui parle et lui décrit les images qui s'imposent peu à peu à lui. Ces images la concernent toutes, parlent toutes d'elle, et de lui...
"Je suis un divinateur du coeur. Ma voyance vient de l'intérieur. c'est un regard particulier entre la présence et l'absence."
Àu début réticente à son discours et pourtant toute prête à l'écouter, la jeune femme se laisse peu à peu envoûter par ses paroles et  se met à son tour et à sa suite à "voir"...

Message humaniste, ce conte se lit d'une traite et pourtant un "je ne sais quoi" m'a laissée un peu dubitative. Contrairement à la jeune femme du récit, l'auteur elle-même, je suis restée en retrait, distante, méfiante, même si la teneur du message finalement délivrée est belle, positive et attirante... En revanche, j'ai beaucoup aimé les illustrations de Mark Crick qui émaillent et illustrent ce récit, elles furent pour moi, plus que le texte, de véritables portes ouvertes à la rêverie.
Alors, rien que pour elles...



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Editions Baker Street - Novembre 2009

23 novembre 2009

Eugène Ionesco. Quoi de neuf ? @ Documentaire France 5


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A noter et à voir absolument, le jeudi 26 novembre à 21h30 !

La Saga Mendelson - Les insoumis (T. 2) @ Fabrice Colin

Nous sommes en 1930, David vient de rejoindre New York avec ses deux fils, mais sans sa femme, Carmen, dont il vient de se séparer. Bien qu'il ne connaisse encore personne dans cette ville, David trouve assez rapidement un emploi de journaliste au New York Times, travail harassant qui s'il ne le satisfait pas totalement, permet toutefois à l'aîné des Mendelson de littéralement toucher du doigt la grande dépression qui s'abat sur les Etats-Unis.
"Usines en grève, familles expulsées, corps sans vie retrouvés dans les squares : voilà le quotidien de notre ville.", écrit David dans son journal en 1931.
Témoin de son époque, et très précisément en tant que journaliste, David ne peut se départir d'une certaine amertume.. "Ton affaire, c'est de regarder et de rendre compte" lui dit son ami, mais "Peut-on, doit-on se contenter de témoigner lorsque le malheur frappe ?" ... Vaste dilemme qui ne cessera de hanter d'ailleurs l'ensemble de la famille, à commencer par lui, David, mais aussi ses fil, sa nièce,  tout autant que sa mère, la vieille Batsheva...
La question n'en deviendra que plus aigüe lorsque David sera chargé, parmi beaucoup d'autres journalistes, de couvrir "Le rapt du siècle", celui du fils de Charles Lindbergh. Affaire hautement médiatique, à la hauteur de la renommée de l'aviateur, le premier a avoir traversé l'Atlantique, par les airs... Impossible pour David de garder une totale neutralité quand ses convictions le portent à défendre une cause et qu'il est sincèrement persuadé que la vérité se trouve peut-être ailleurs... L'affaire de l'Hindenburg, le fameux dirigeable allemand, s'enflammant soudainement sous ses yeux le 9 mai 1937, le convainc totalement et résolument que sa place n'est sans doute plus au New York Times et qu'il est temps pour lui de chercher ailleurs, de fonder autre chose.
"Il est le témoin (dit-il en parlant de son ami Lester), celui qui observe. Je suis celui qui agit pour changer les choses."
S'engager, participer aux grands événements du monde, telle pourrait être la devise, quoique non  ouvertement exprimée, question de pudeur et d'humilité, des Mendelson... Cette conviction, qu'ils se doivent d'une façon ou d'une autre de participer, prendre leur part...

Le premier tome nous faisait parcourir en leur compagnie et à travers leurs yeux le début du siècle, de la Russie, en passant par Vienne, jusqu'aux Etats-Unis, le second tome, nous emmène des années 30 aux années 60.
Crise économique, Seconde guerre mondiale, création de l'Etat d'Israël, guerre du Vietnam que traverseront, chacun à leur façon, les différents membres de la famille Mendelson, témoins privilégiés, acteurs, chacun à leur façon, plutôt que spectateurs.
Le parti pris de Fabrice Colin de compter l'histoire de cette famille juive par le prisme d'une multiplicité de sources (journal intime, entretiens, articles de journaux, extraits de livres) rend cette histoire très dynamique et très vivante. Nous assistons à l'enquête, découvrons les "pièces à conviction"... A cet égard, le chapitre concernant la Seconde Guerre mondiale en Europe, vécu par le "pilier" de la famille, la mère de David et grand-mère chérie de tous ses petits enfants, ne nous est pas narré directement, mais évoqué par le biais d'un roman retrouvé des années après sa disparition, roman non publié, juste imprimé à quelques exemplaires par celui qui l'accompagna dans ce voyage en Europe, aux heures les plus noires... Le récit n'en prend que plus d'ampleur, la forme romanesque (et la typographie utilisée) rompant avec le reste de l'histoire.
Au centre également de ce volume, la place que le judaïsme occupe dans la vie des uns ou des autres, parfois centrale, parfois moins évidente mais néanmoins toujours présente, comme une part incontournable de leur identité.

Bref, vous l'aurez deviné, un livre dense, touffu et très vivant, qui se lit et se dévore d'une traite, la "petite" histoire se mêlant à la "grande" ( vous en apprendrez sûrement beaucoup sur "Bambi "et son créateur, sur Alan Turing, l'inventeur de l'informatique moderne, sur la Warner où Leah travaille un temps, et les Merrie Melodies....).
Je ne saurais trop le recommander à tous les adolescents qui voudraient s'y perdre et découvrir à travers les Mendelson, tout un pan d'Histoire, rendu vivant, réel...


Post Scriptum : Mais quel est le drame à l'origine de la tragique disparition de Carmen ? Pourquoi David a-t-il supprimé de ses carnets tous les passages le concernant ?
Réponse au Tome 3... Il va falloir attendre. Le mystère est très épais et très intrigant...

Editions du Seuil - novembre 2009

22 novembre 2009

Kimonos @ Annelore Parot



Dans la famille des Kokeshis, je demande les Kimonos, après les Amies et Yumi, mais cette fois pour les petites filles un peu plus jeunes, dès 4 ans.
Encore une fois j'ai été impressionnée par la qualité des illustrations proposées, toutes fourmillent de détails, papiers peints, fonds, tissus très travaillés, tous différents, comme autant de patchworks de matières, de tonalités, de textures.
De petites fenêtres s'ouvrent, des pages se déplient, il faut chercher, comparer, observer, s'attacher au moindre petit détail, bref un excellent exercice d'observation et de déduction proposé au tout petit lecteur qui découvre en même temps, qu'ailleurs, si loin de chez lui, on s'habille très différemment et si joliment et que parfois on prend même des bains à plusieurs (la baignoire se remplit, tournez le "quart de page", puis le tiers, et tout le monde y est !).
Entre obi (noeud des kimonos à la ceinture), Sens'su (éventail), Gofuku (étoffe), la petite fille devra choisir pour composer le kimono de la petite Kimiyo sans se tromper, avant de découvrir et de choisir sa coiffure préférée.
Des heures de lecture, de réflexion et de découvertes.
Une très très jolie réussite !


A noter, la talentueuse Annelore Parot a également publié toujours dans la collection "Kokeshis", "Ma fabrique de mode" à l'intention des petites filles âgées cette fois de 7 à 11 ans... Pour créer, couper, assembler des kimonos. Quel bonheur !

21 novembre 2009

Femme du monde @ Didier Goupil

Madame est une femme bien née.
Madame habite le Ritz.
Madame passe des heures dans sa baignoire jusqu'à s'y dissoudre presque totalement.
Madame est une femme du monde, elle en a toutes les apparences, petite silhouette fragile, chapeau d'organdi et longs gants à boutons...
Madame n'a plus de nom depuis qu'on l'a presque tuée, laissée pour morte, avec un numéro sur le poignet : 168 478.
Depuis on ne l'appelle plus.
Une fois elle avait essayé de parler. Les gens avaient été gênés. A choisir, on la préférait sous X.
Personne ne veut savoir de toutes façons, en aucune façon... Victimes et  bourreaux se mêlent à présent dans la foule. La page est forcée, la page est tournée...

Femme du monde” est un texte court aux phrases brèves et incisives. Au fil des chapitres, et par petites touches - aucune n'est anodine - se dresse le portrait d'une femme en apparence frivole, en profondeur blessée jusqu'à la moelle. Une femme que l'amour de l'art a précipitée en enfer, à l'heure où livres et tableaux étaient brûlés en place publique, une femme que l'amour de l'art a finalement sauvée du précipice, un jour de janvier, le rouge des tableaux de Mark Rothko.
Le peintre à l'occasion, abandonnait la figure humaine pour la seule couleur. Elle s'en trouva soulagée. Elle avait vu l'homme trop nu, et elle ne l'aurait pas supporté peinturluré à la va-vite.
Depuis, Madame habite Paris, la ville qu'elle ne veut plus fuir,  et attend...  Mais le siècle qui s'achève la garde en vie, malgré elle, incognito, à l'abri des autres et du monde.

Un très beau texte, d'une grande pudeur, tout en délicatesse.
J'ai beaucoup, beaucoup aimé.

Ici, l'avis de Cynthia (merci de m'avoir mise sur la route de ce livre !).

Quelques lignes encore :

En fin de journée, elle va nager à la piscine de l'hôtel. A cette heure-là il n'y a personne, si elle ferme les yeux, elle peut s'imaginer dans son bain. (…) Au crawl, elle préfère la planche. Elle se met sur le dos, ouvre ses bras en croix, et elle se laisse dériver jusqu'à la fermeture entre les couloirs déserts.

Des plongeoirs, on croirait voir flotter un morceau d'écorce.
La marguerite du bonnet empêche qu'on la confonde tout à fait.

Editions Naïve. Octobre 2008

18 novembre 2009

Les garçons et Guillaume à table ! @ Guillaume Gallienne


A défaut d'avoir pu retenir une place pour ce spectacle, ou plutôt, tel que le définit lui-même Guillaume Gallienne, ce « stand up » - long monologue composé de sketchs - je me suis consolée en lisant le texte, fort heureusement publié par les éditions des "Solitaires intempestifs".
Inutile de présenter Guillaume Gallienne, quoique, au cas où, en un clic, sur Wikipédia...
Bien sûr, « Les bonus de Guillaume » du Grand Journal de Canal +, c'est lui..
Mais qu'en est-il de la pièce ?
Tout est dans le titre et tout a commencé par un malentendu, réciproque et cruel. L'idée de départ est bien sûr autobiographique. Comment des relations « mère-fils » peuvent engendrer le doute et la confusion dans l'esprit d'un enfant au point de lui faire croire que de toute évidence, puisqu'elle le distingue de ses autres fils à tout propos et à tout bout de champs, il ne peut être que différent d'eux, il ne peut être... qu'une fille...
« C’est l’histoire d’un petit garçon dont la mère dit : « Les garçons et Guillaume, à table ! » Cet enfant se dit, si je ne suis pas un garçon, donc je suis une fille. C’est l’histoire d’un enfant qui a toujours fait bien ce que l’on attendait de lui. C’est un spectacle sur les étiquettes que l’on colle et qui ne laissent pas le temps de découvrir par soi-même ce que l’on est vraiment. Cela a donné une quête haute en couleurs. (…)
Pour moi, quand on parle de Sophie, ce n’est pas la girafe en plastique, mais l’archiduchesse dans « Sissi ». Pour me distinguer, j’ai joué de tous les clichés qui donnaient l’impression de l’homosexualité, alors que je pensais qu’il fallait que je sois une fille. « Faut ce qu’il faut pour comprendre », d’où tout ce que j’ai vécu ensuite. C’est une aventure très drôle. » (Source interview, Première)
Très drôle en effet, très cruelle aussi. Le personnage de la mère est horripilant et tordant tout à la fois dans le rôle de la grande bourgeoise qui ne mâche pas ses mots, totalement aveugle à la quête désespérée de son fils, sourde et aveugle, mais inévitablement croyant bien faire... Celui de la grand-mère, que j'aurais aimé, ô combien, voir Guillaume Gallienne jouer sur scène, n'est pas mal non plus dans son genre avec son petit accent russe, ses airs de Gréta Garbo et de princesse à la « Never complain ».. . Les tantes aussi, follement loufoques et excentriques... Bref, vous l'aurez deviné, les femmes occupent une place de choix et pour cause, Guillaume n'a cessé de les étudier depuis l'enfance, pour les imiter, être au plus proche d'elles...
« En fait, la grande différence des femmes, c'est leur souffle. Il est plus doux, plus variable aussi, moins linéaire, moins homogène, voilà ! Le souffle d'une femme varie tout le temps selon qu'elle est émue ou concentrée, séductrice ou charmée. Les hommes, ils n'ont que deux manières de respirer, pas plus, selon qu'ils sont calmes ou excités. C'est simple, c'est comme les clebs ! Leur souffle n'est relié à rien, si ce n'est le petit soldat qui est en eux et qui doit surtout ne rien montrer de ses émotions. Tandis que les femmes, c'est incroyable, leur souffle est relié à leurs plus profondes émotions, à ce qu'elles ont de plus intime. Bon, bien sûr, elles savent en jouer, et elles ne s'en privent pas d'ailleurs. Mais ça aussi j'ai appris à le reconnaître, et à le reproduire... Ainsi, je les ai tous appris... tous les souffles, toutes ces respirations qui faisaient battre mon coeur à l'unisson avec les femmes... »
A aucun moment la pièce ne sombre dans le pathétique, Gallienne a une telle force de dérision, que l'aspect comique des situations prend le pas sur le fond, finalement assez sombre...
Enchaînant les tableaux ou sketchs, nous suivons le jeune homme de l'enfance à l'adolescence, jusqu'à l'âge adulte, en voyage scolaire, en pension, au service militaire (enfin les prémices, puisqu'il en sera exempté toujours pour les mêmes raisons) et plus tard, après avoir décidé de faire du théâtre, jusqu'à des séances de casting, notamment celle du rap, rejouée ou mise en scène pour les Bonus...
Scènes clefs, donc du début d'une existence pas spécialement évidente, mais tellement bien revisitées, revues, à des années de distance, qu'elles peuvent à présent être drôles, tordantes...
Ces scènes-là ne sont plus « vécues » mais « jouées », c'est du théâtre, et le Guillaume de la pièce est sauvé, il est sorti de son enfer, en l'occurrence le regard accablant, limité et stéréotypé de sa famille. Les femmes ne sont pas ses « semblables », mais ce qu'il découvre en revanche, c'est qu'il les aime et qu'il n'a jamais cessé de le faire...
Et peu importe ce qu'elle en pense, sa mère, si peu compréhensive, il est devenu LUI - même.
« (…) Amandine et moi avons décidé de nous marier.
- Avec qui ? », lui répond sa mère, très innocemment et très sincèrement (c'est le pire).
C'est pas vraiment gagné pour elle, quoique, avec du temps...
Encore une fois, je n'ai malheureusement pas pu VOIR la pièce, mais je l'ai lue, avec en arrière plan et pour mémoire, ces fameux Bonus, et c'était presque comme si j'y étais (consolons-nous :).
L'attachée de presse, si criante de vérité, me ferait pas mal penser d'ailleurs au personnage de la mère.. Non ?

"Les garçons et Guillaume à table !", aux éditions "Les Solitaires Intempestifs", octobre 2009.

16 novembre 2009

Du vampire amoureux au fameux Night World....


Comment se débarrasser d'un vampire amoureux - Beth Fantaskey
Comment se débarrasser d’un vampire amoureux ? Surtout lorsque celui-ci débarque sas crier gare à l’arrêt de votre bus scolaire, étrangement vêtu d’un pantalon noir ajusté et d’une grande cape flottante. Etrange et particulièrement hors contexte…
C’est-ce qui arrive pourtant à Jessica, jeune fille de 17 ans, élève de terminale à l’existence tout ce qu’il y a de plus normale, jusqu’à ce jour précis, jusqu’à cette apparition vaguement inquiétante…
Car Lucius Vladescu, c’est son nom, ne se contente pas de hanter les arrêts de bus.. Scolarisé dans la même classe que Jessica, il est officiellement un nouvel élève et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne laisse personne indifférent…
Jessica, elle, est terrorisée, ne l’a-t-il pas appelée «Anastasia», de son premier prénom, celui que ses parents naturels lui donnèrent à sa naissance, en Roumanie, avant que ses parents adoptifs ne l’emmènent ici ? « Anastasia », personne ici ne connaît son passé… Comment cet inconnu a-t-il pu le deviner, et quels sont ses desseins ?
Les surprises et les révélations ne font que commencer… Les parents adoptifs de Jessica vont devoir s’expliquer, éclaircir ce qui s’est réellement passé 16 ans plus tôt en Roumanie, car Lucius bien évidemment ne leur est pas étranger, ils le connaissent, il n’est autre que le « promis », le fiancé de Jessica, autrement dit Anastasia , vampire de son état et prince par la même occasion…
Contrairement à ce que laisse présager le titre français, Lucius n’est pas tant amoureux qu’obstiné et convaincu, il doit à tout prix ramener avec lui la princesse Anastasia, comme il en avait été décidé par leurs parents respectifs seize ans plus tôt. C’est une affaire d’état de la plus haute importance, une histoire de guerre et de paix, une histoire de vampires…
Mais Jessica n’a pas du tout envie de céder, jusqu’à ce que….. les sentiments finissent par s'en mêler, bien malgré elle, bien malgré lui...

Dubitative au début (collège + vampires, encore et toujours), je n’ai pas été très longue à tomber dans le piège. Voilà un nouveau roman « vampirique » tout à fait distrayant et amusant, autant pour les ados que pour les amateurs du genre, il faut l'avouer très en vogue (un peu trop ?)… Les personnages sont bien campés, la famille aux dents longues de Lucius très réussie (j'avoue un léger faible pour l'oncle maternel de Jessica, si pittoresque, si délicieusement suranné et humain malgré sa condition de vampire, le genre à porter des pulls jacquards et d'improbables écharpes tricotées)… J'avoue m'être laissée totalement prendre au jeu et bien amusée.
Une suite est à l'ordre du jour…
L'avis de Clarabel
Editions JC Lattès, Le Masque - Octobre 2009.
Dès 12 ans.



Night World - Le secret du vampire (T. 1) de L.J. Smith.
C’est le premier jour des vacances et Poppy apprend qu’elle va mourir… Un cancer du pancréas qui ne lui laisse plus que quelques semaines, quelques jours à vivre. Poppy, c’est le petit lutin de la famille, un petit bout de jeune fille d’un dynamisme et d’une joie de vivre sans pareil, le bonheur incarné. Cette nouvelle laisse ses parents et son frère jumeau exsangues (c’est le cas de le dire), et Poppy désespérée jusqu’à ce que son meilleur ami, le séduisant et mystérieux James qu’elle connaît depuis le jardin d’enfants, lui confie pouvoir la sauver…
Car oui, James appartient au Night World, le monde étrange et souterrain des goules, vampires, sorcières et loups garous. James est un vampire !
Cette nouvelle n’est pas sans lui causer un véritable choc, et on le serait à moins.. Poppy, que cette nouvelle révolte dans un premier temps, n’est pas longue à accepter le contrat, mourir, oui, mais pour renaître vampire et immortelle…
Les choses, vous l’imaginez, ne sont pas si simples, les lois du Night World sont impitoyables, aucun vampire ne doit tomber amoureux d’une humaine, et encore moins la transformer sou peine d’endurer les pires sanction, la mort au bout d’un pieu…
L’histoire de Poppy et de James, si elle ne renouvelle pas totalement les lois du genre, est suffisamment bien menée, entre histoire d'amour et histoire à dormir debout, pour tenir, une nouvelle fois sa jeune lectrice en haleine. J'avoue avoir été un peu déçue par le manque de punch de l'histoire qui par moments s'enlise un peu (quelques pages vivement tournées...). Mais les sorcières occupent une place de choix dans ce premier opus et très certainement dans le suivant (qui ne devrait pas en compter moins que 10 !) et ce n’est pas pour me déplaire…

Bref, what else ? Attendre le tome 2 bien sagement, si vous n'avez pas déjà tourné le dos aux vampires… En se demandant néanmoins si l’auteur saura maintenir la tension dramatique dix volumes de suite ce dont je doute un peu...
L'avis de Clarabel

Michel Lafon - novembre 2009 - dès 12 ans (je pense…)

13 novembre 2009

Harvie Krumpet @ Adam Elliot

°

Ceux qui ont aimé "Mary et Max", aimeront Harvie Krumpet et inversement, pour les mêmes raisons....
Ce court métrage a obtenu le Prix du public et le Prix spécial du jury à Annecy en 2003, ainsi que l'Oscar du meilleur court métrage d'animation en 2004...

12 novembre 2009

Fille noire, fille blanche @ Joyce Carol Oates

Elles s’appellent Genna et Minette, ont toutes deux dix-huit ans et entrent toutes deux en première année universitaire dans le prestigieux Schuyler collège.
Minette est noire, fille d’un pasteur charismatique ; Genna est blanche issue d’un milieu aisé et hippie chic, son père n’est autre que le très célèbre avocat Max Meade, farouche opposant à la guerre du Vietnam et petit-fils des fondateurs dudit collège…
Fille noire, fille blanche… Nous sommes à la fin des années 70, une dizaine d’années après l’assassinat de Martin Luther King.
Tout oppose les deux jeunes filles et pas seulement la couleur de leur peau… Si Minette semble tout à fait indifférente à tout ce qui se passe autour d’elle, vaguement dédaigneuse et hautaine, Genna tente par tous les moyens d’expier sa condition de fille blanche. L’héritage des Meade, fervents défenseurs de la cause noire, est lourd à porter pour une si jeune fille, et plus encore l’éducation reçue de ses parents, violente, échevelée, pétrie de bons sentiments pas toujours mesurés. Les deux jeunes filles partagent la même chambre. Cette cohabitation enchante Genna, Minette quant à elle, ne laisse rien paraître, si ce n’est un total manque d’empathie.
Dès le début, les dés seront irrémédiablement faussés, l’équilibre entre Genna et Minette, rompu. L’une donne tout, l’autre reçoit à peine…
Tandis que l’une envie la piété de son amie noire et désirerait plus que tout au monde « entrer » dans son monde, aveuglée de bons sentiments, l’autre, froide et distante, se protège, s’isole chaque jour un peu plus dans sa tour d’ivoire…
Et c’est alors que peu à peu le drame se noue, lentement, inexorablement… Et ce qui devait arriver arriva, ici-même dans ce fameux collège réputé pourtant pour sa capacité et sa volonté d’intégration… Le monde n’est pas pétri que de bons sentiments, et même les meilleurs n’ont pas toujours l’effet escompté.
Fille noire, fille blanche est le récit, a postériori, à des années de distance, près de quinze ans plus tard, d’une tragédie. On le sait dès le début, Minette va mourir, et Genna s’en sentira à jamais coupable :
«Minette n’a pas eu une mort facile. Chaque jour de ma vie, depuis sa mort, j’ai pensé à Minette et au supplice de ses dernières minutes, car j’étais celle qui aurait pu la sauver, et je ne l’ai pas fait. Et personne ne l’a jamais su ».
Récit sous forme d’enquête, d’introspection, comme si l’auteur, Genna, alors adulte se revoyait littéralement agir, spectatrice de son propre passé, mais munie cette fois des clefs pour le décrypter… La mort de Minette est LE révélateur quasi chimique de toute l’ambiguïté d’une certaine façon de penser, généreuse certes, mais totalement incontrôlable jusque dans ses conséquences, d’une certaine société américaine, les radicaux des années 70, dont son père faisait partie.
La mort de Minette brise la jeune-fille et la femme, faisant voler en éclats certitudes et illusions…
Un récit double, un double portrait, l’un éclairant ou voilant l’autre comme une ombre portée.

Magnifique, brillant et sans concessions.

Les avis d’Amanda, d’In Cold Blog

Un grand merci à Babelio et à Masse critique !

Editions Philippe Rey - Octobre 2009

10 novembre 2009

J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger @ Paul M. Marchand

Mais ces deux déchirés,
Superbes de chagrin,
Abandonnent aux chiens,
L'exploit de les juger...
Jacques Brel, "Orly"

Voilà une histoire d'amour singulière, troublante et provocante...
Paul M. Marchand précise en introduction, qu'elle lui fut confiée, un jour, par une femme, peu de temps après la sortie de son dernier roman.
Elle lui écrit :
« Vous commencez votre livre par une phrase de Céline, vous le concluez par une de Nimier, c'est là deux raisons de nous présenter. »
Ils se rencontrèrent, elle lui confia peu à peu son histoire, dans le désordre, comme les souvenirs qui affluaient alors, violents, toujours aussi présents, et lui demanda de l'écrire pour elle.
Cette histoire, vous la tenez à présent entre vos mains. Une histoire d'amour et de mort intimement mêlés...
Le mieux est d'ouvrir ce livre en en sachant pas davantage, vierge de tout a priori, disponible...
C'est à vrai dire ce que je fis. Le titre me « parlait », la quatrième de couverture, pour une fois très succincte, les petites phrases très élogieuses extraites de diverses critiques, achevèrent de me convaincre.
Je sortis de ma lecture un peu abasourdie. Paul M. Marchand a décidément beaucoup de talent, sa plume est vive, acerbe, alerte, juste, sensible, en un mot comme en mille, diablement efficace.
Cette histoire, confiée par une étrangère, il l'a définitivement fait sienne, sans juger, jamais.
Si j'ai aimé le livre lui-même, dans sa forme narrative et dans l'approche très humaine des personnages, je suis restée plus septique quant à l'histoire elle-même, ne cessant de tourner et retourner le « problème » dans tous les sens...
Histoire d'amour en vérité, ou bien plutôt assassinat, « crime parfait » engendré par un amour beaucoup trop lourd à porter, inhumain, mortifère ?
Je n'entrerai pas dans la meute...
A vous de voir...

Au sujet de Paul M. Marchand.

Le livre de Poche - octobre 2009.
Grasset pour la précédente édition.

05 novembre 2009

Genèse des "Blue cerises" @ Quelques questions à Cécile Roumiguière

Au petit jeu du qui est qui...
© D.Bérard, juin 2009 / le jour du lancement des blue Cerises saison 1 à la librairie Le Murmure des Mots.


Pourquoi « Blue Cerises », au fait ?
• C'est un petit secret de fabrication, la pincée de hasard dans le grand chaudron de la création… Et puis, comme dirait Sigrid Baffert, les “oranges bleues”, c'était déjà pris.



Quatre personnages, quatre auteurs, quatre « voix » et styles différents, l’idée est très originale et j’imagine très stimulante pour des écrivains. Comment vous y êtes vous pris pour travailler ensemble, avec tant d’harmonie (les livres se répondent exactement, suivant les méandres des emplois du temps de chaque personnage avec beaucoup de précision et même l’apparition des personnages secondaires dans l’une ou l’autre des histoires). Tout s’imbrique, tout se tient, cela a dû être un travail de titans !!

• On a d'abord utilisé le forum pour “lancer” nos personnages, apprendre à les connaître, eux, leur famille, leur entourage… Ensuite est venu le temps de l'écriture des nouvelles. Pour la saison 1, on les a écrites simultanément, avec seulement en main un vague calendrier de chacun. On les a ensuite relues pour une mise en cohérence des détails. Les personnages secondaires amorcés par l'un d'entre nous évoluent sous la plume des autres, c'est assez fascinant comme “exercice”.

Jean-Michel Payet s'est avéré un grand amateur de calendriers, il est la vigie générale du temps des Cerises. Maryvonne Rippert, elle, a monté un Wiki, la grande armoire de tout ce qui fait le quotidien des personnages. À partir de là, chacun travaille comme il l'entend, avec ses manies, ses marottes. Depuis la saison 2, on écrit l'un après l'autre, en changeant l'ordre d'écriture chaque fois. (Voilà un petit jeu : deviner qui a écrit en premier, qui en dernier…).

Comment les personnages ont-ils été choisis, et quel a été le « cahier des charges » totalement incontournable ?

• Le choix des personnages n'était absolument pas prémédité. La seule contrainte était d'écrire à la première personne.
Voilà ce que j'avais écrit dans le dossier de présentation du projet :
Dans un premier temps, chacun a défini son personnage, son histoire personnelle et les rapports qu’il a avec les autres. Chaque auteur écrit ses nouvelles avec son style, en cohérence avec les autres auteurs mais avec une identité spécifique. À travers la diversité des nouvelles, les croisements de regards sur la vie, le lecteur s’identifie à l’un des ados, prend partie pour un autre… il devient presque un membre de la bande.”

Chaque auteur a donc commencé à écrire sur le forum en parlant “à la place de”, et les personnages sont nés comme dans n'importe quel roman, de nos envies, de nos thèmes de prédilection, de nos failles ?

Les recueils sont vendus séparément, liberté totale est donnée au lecteur de choisir par lequel il va entrer dans l’aventure. Je trouve l’idée, disons le tout net, géniale et novatrice. Comment vous est venue cette idée ? Pensez-vous, un jour, les réunir en coffret ?

• Je suis très sensible aux résonances. J'ai écrit un recueil de nouvelles il y a quelques années qui s'intitulait Résonances, et essayait de dire ces moments vécus à un instant t et qui résonnent sur nos vies, sur celles des autres autour de nous, de façon différente selon chacun, et qui sont fondateurs de ce que l'on est, de ce que l'on devient. Ce recueil est resté dans mes tiroirs, mais l'idée de résonance est toujours un thème majeur pour moi.

Avec cette aventure, la résonance prend d'autant plus d'ampleur qu'elle est traitée par quatre auteurs. Comme des personnes dans une bande se croisent, vivent les mêmes choses, mais chacune à leur façon, croiser les nouvelles permet d'aller au plus près des résonances entre les vies de chacun, tout en laissant sa place entière au lecteur, qui s'immisce dans les blancs, construit son propre monde dans celui des blue Cerises.

Cette place laissée au lecteur est aussi quelque chose d'essentiel pour moi. J'écris souvent de façon elliptique, ouverte. L'album est un enjeu idéal pour ça, l'écriture peut y laisser beaucoup d'espace, à l'illustration bien sûr, mais aussi à l'imagination de l'enfant, du lecteur.

Un coffret ? Oui, ce serait l'idéal. Pour le moment ce n'est pas le choix de l'éditeur. Pour la saison 2, Milan propose un présentoir, c'est déjà vraiment bien.

Le personnage d’Olivia, qui apparaît et disparaît, semant le doute, l’incertitude et même l’angoisse, s’esquisse peu à peu (la saison 2 dévoile le début de son histoire et de son naufrage). Sera-t-elle amenée à jouer un rôle de plus en plus prépondérant, ou restera-telle en retrait, comme le fantôme un peu symbolique de l’inquiétude et de la culpabilité ?

• Olivia est le lien fondateur de la bande des Cerises. Elle va continuer à les hanter, bien sûr. Et un jour — qui sait ? — le lecteur saura tout ce qui s'est passé ce jour d'été dans les gorges de l'Ardèche… On a aussi des projets un peu à part pour Olivia, mais il est bien trop tôt pour en parler.

Les quatre Cerises disposent de quatre blogs, vous ont-ils permis de créer des contacts avec vos lecteurs ? Quelles réactions vous a le plus touchés (les uns et les autres ?).

• On a créé ces blogs comme une continuité du forum offerte aux lecteurs. Mais pour l'instant on n'a pas vraiment de contacts. Peut-être parce que ces blogs sont trop fermés sur nos personnages entre eux, sans doute ne donnent-ils pas assez envie aux lecteurs d'y poster des commentaires ? On est en pleine réflexion sur tout ça. Affaire à suivre.

Au recto des recueils, il est prévu une troisième saison (pour la rentrée 2010). Mon petite doigt me dit que ce ne sera pas la dernière, a-t-il raison ?

• Sacré petit doigt… Au départ, on a prévu de suivre les blue Cerises jusqu'à la fin de leur année de première, ce qui donnerait neuf “saisons” ! Pour le moment, on a un contrat pour trois saisons, renouvelable si Milan le juge opportun. Ce sont les lecteurs qui décideront. Mais on ne va pas lâcher nos blue Cerises et Olivia comme ça…

Au passage, je voudrais remercier ici tous les acteurs de la blogosphère qui postent des chroniques si chaleureuses sur les blue Cerises. On peut dire qu'une forme d'écriture rencontre ici une forme de critique, qu'un lien nouveau se crée entre une œuvre et des passeurs de livres, et c'est très stimulant. Merci à toi, Lily.

Un grand merci à toi, Cécile !

Blue cerises, Saison 1, c'est ICI
Blue cerises, Saison 2, ICI
Le site des Blue cerises et leurs blogs


L'équipe des blue cerises
:
Maryvonne Rippert
Jean-Michel Payet
Sigrid Baffert
Cécile Roumiguière


04 novembre 2009

Le tag des couleurs

Antigone m'a taguée en "marron" et elle a bien eu raison !

Alors voilà un petit échantillon d'objets "marrons" qui peuplent la maison :)


Billy Brouillard et Mon frère nocturne, très gentiment prêtés par Vanessa, attendent sagement que les vacances s'achèvent pour que je les découvre enfin, dans le calme :)

Alors à qui le tour à présent ? Je ne sais plus trop qui l'a fait ou pas... Peut-être Vanessa justement (en vert ou autrement) !

03 novembre 2009

Cubes @ Yann Suty

Le narrateur de cette histoire est à peine âgé de huit ans quand il découvre avec son meilleur ami une série de quatre cubes en verre de plusieurs mètres de hauteur fraichement installée dans la propriété de leur voisin, le Duke, un milliardaire aussi mystérieux que célèbre.
Mais que peuvent bien signifier ces quatre cubes immenses, posés là, en pleine nature ? Le gamin est médusé et pourtant il ne sait pas encore que désormais c'est toute sa vie qui s'en trouvera profondément modifiée, comme marquée au fer rouge, pour toujours.
Et de fait, alors qu'il égraine un à un les différents évènements qui allaient chambouler son existence, heureux ou catastrophiques, la conclusion est imparable, à chaque fois les cubes y furent, bon an mal an, pour quelque chose...
Drogue silencieusement distillée, presque à son insu, le cube tourne progressivement à l'obsession, les années passant, « De petites touches empoisonnées successives entamaient leur travail d'accoutumance. Bientôt, je deviendrai complètement dépendant. »
Un aquarium, un Rubik's cube, une couveuse, que sais-je, et c'est toute la vie du jeune homme, puis de l'homme qui bascule brutalement pour le meilleur et pour le pire.
La malédiction des cubes ? Il y a de cela effectivement... Du moins au premier abord, et c'est tout simplement terrifiant.
Les cubes « préparaient le terrain à leur manière, insidieusement. Des petites touches invisibles ici et là. Un événement entraine un événement qui entraine un événement qui. Une mécanique implacable en marche. », jusqu'au coup de théâtre final, un échec et mat retentissant, fatal...
Derrière cet étrange récit - confession d'un homme par-delà les ténèbres, qui se lit presque comme un thriller inquiétant et mystérieux, se cache toute une réflexion sur le libre arbitre, le destin, la fatalité et bien sûr la folie...
« Et si tout cela n'était qu'une question de croyance ? »...
Un premier roman tout à fait saisissant, qui balade son lecteur d'hypothèse en hypothèse jusqu'à la fin qui tombe comme un couperet

Une jolie réussite ! Un auteur à suivre...


"Il y a quelques années, j’ai vu une exposition à Londres à la Saatchi Gallery consacrée aux Young British Artists. Au cours de celle-ci, j’ai eu un choc devant une œuvre de Damien Hirst, The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living. Il s’agissait d’un grand cube en verre rempli de formol dans lequel était plongé un requin. Ensuite, j’ai eu comme une vision. Du moins, je ne cessais d’avoir en tête cette image d’un grand cube en verre (mais vide) posé sur une pelouse. Et j’ai essayé de construire une intrigue à partir de là… Est-ce que ce livre existerait sans Damien Hirst ? Je ne crois pas, même si au fond, je n’en sais rien. Si je n’avais pas vu cette expo à Londres, je n’aurais pas vu l’œuvre de Damien Hirst et je n’aurais sans doute pas eu l’idée de ce roman. Un événement entraîne un événement qui… C’est également ce que se demande le narrateur de Cubes. S’il n’avait pas aperçu de mystérieux cubes pendant son enfance, aurait-il été toute sa vie été autant fasciné par eux ? J’ai également « emprunté » à Damien Hirst certains titres ou partie de titre de ses œuvres et que j’ai plus ou moins fidèlement traduits pour en faire des titres de mes chapitres. Mais il n’y a pas de requin dans Cubes."



Propos de Yann Suty extraits de son site : Yannsuty.com


Editions Stock - Août 2009


L'avis
de Laurence, Biblioblog


02 novembre 2009

Le prix Goncourt 2009 est attribué à :

Marie NDIAYE
pour
"Trois femmes puissantes".



Et je suis très contente pour elle !!



Crédit photo, Restaurant Drouant


Genesis @ Bernard Beckett

"Quand la philosophie est au coeur du suspens »

C'est bientôt le grand oral, Anaximandre, après des mois de préparation avec son tuteur Périclès, s'apprête à défendre pendant près de cinq heures sa thèse dont le sujet n'est rien moins que la vie et l'oeuvre d'Adam Ford (2058 – 2077). Adam Ford, « le catalyseur » de la chute de la République instaurée par Platon en 2051 après que le monde entier ait sombré dans le chaos, et dans la Dernière Guerre...

La République de Platon rassemblait alors, dans un archipel de l'hémisphère Sud, les îles Aotearoa, l'un des derniers bastions d'êtres humains, vivant à l'écart et militairement protégés des envahisseurs et des épidémies par une force et une flotte militaire dûment entrainée...

Platon, considéré comme « le sauveur de la race humaine, rien de moins. »

Mais c'était sans compter sur Adam Ford et les doutes qui commençaient à poindre le bout de leur nez ici et là...

Voilà bien des années qu'Adam Ford est mort et pourtant Anaximandre est convaincue que tout n'a pas été dit à son sujet, concernant notamment le « Grand Dilemme »...

« Genesis » comme la Genèse, celle d'une autre ère que nous découvrons progressivement à l'occasion de ce quasi interrogatoire auquel est soumis la jeune fille, j'allais dire, devant ses juges...

Les examinateurs, qui n'ont rien de bienveillants, poussent Anaximandre dans ses retranchements, un peu à la manière de Socrate (quoique...) mais en plus sombre. La jeune fille ne se défend pas si mal jusqu'à la dernière heure, celle de toutes les révélations, qui tombe comme un couperet, in extremis, avant la fin.

« Genesis » se lit d'une traite – tension serrée, suspens tendu – bien que, il faut bien l'avouer, les questions soulevées ne soient pas franchement nées de la dernière pluie et les réponses apportées, itou... Il y a du Platon (le vrai), de l'Asimov, du Pierre Boulle, le tout un peu délayé.

J'avoue m'être un peu ennuyée, malgré la fin bien trouvée mais qui fait trop penser à une certaine Statue de la Liberté...

L'avis de Cuné, beaucoup plus enthousiaste que moi.

Ce livre fut un véritable succès en langue anglaise, il le sera certainement ici et encore ailleurs...

Gallimard jeunesse - septembre 2009