20 décembre 2009

Joyeuses fêtes de Noël...



Et à bientôt :)

19 décembre 2009

Hiver @ Mons Kallentoft

Il fait froid, vraiment très froid, en ce petit matin du mois de janvier, quand le corps d’un homme dénudé et gelé, est retrouvé pendu au bout d’une corde, en pleine campagne suédoise… Il est mort et pourtant son esprit survole toujours les lieux, observateur de son propre calvaire, étrangement calme à présent, presque bienveillant.

Malin Fors, inspectrice à la brigade criminelle fait partie de l’équipe chargée de l’enquête, et cette voix venue d’outre-tombe, il lui semble presque l’entendre… C’est le mal en personne qui a tué, cette fois encore, pas de doute… Au gré de leurs investigations, Malin et son collègue Zeke vont être mis sur la piste simultanément d’adeptes de cultes vikings, et d’une bien étrange famille, sauvage et violente, une mère et ses quatre fils.

Rites barbares, règlement de comptes ? Le mystère est opaque, l’enquête avance par à-coups, pour reculer tout aussi vite, avant qu’un nouveau coup de théâtre ne la relance…

On entre dans cette histoire pour ne plus en ressortir avant la dernière page tournée. Les évènements s’enchainent, les éléments angoissants aussi, mais sans grands effets de manche. Malgré quelques scènes terribles, la tension est davantage psychologique que physique, la personnalité de Malin, jeune femme passionnée et vive, maman d’une adolescente « précoce » y est sûrement pour beaucoup, car c’est elle qui en fin de compte mène l’enquête, infléchit les recherches et …. trouve. Cette femme a du flair et un instinct qui ne la trompe pas.
Et puis, il y a cette voix qui vient hanter le roman, la voix du pendu, qui accompagne l’inspectrice, comme si elle voulait la guider, proche d’elle, très proche.

Captivant et très intelligemment mené…

Hiver est le premier tome d’une série, articulé autour des quatre saisons. Que nous réserve la prochaine ? J’attends déjà avec impatience….

L’avis de Cuné

Edition Le Serpent à plumes - novembre 2009 - collection Serpent noir.

18 décembre 2009

La main verte @ Hervé Bourhis

"Comment rallier Bordeaux - Tours dans un monde sans voiture ?". Oui comment ?  Surtout quand il est d'une urgence vitale de percer les secrets de la culture des plants de tomates, denrée devenue aussi rare et aussi chère que ce bon vieux pétrole désormais introuvable...
Nous sommes en France, dans un avenir pas si lointain que cela, tout prend l'eau, à commencer par la reprise qui n'en finit pas de jouer à l'Arlésienne, personne n'y croit, et pourtant du jour au lendemain, c'est la crise la plus noire. Plus d'essence, donc plus d'approvisionnement, les magasins d'alimentation sont lamentablement vides....
Hébert est dessinateur de BD, la tête dans les nuages, il ne voit rien venir, jusqu'à ce que son éditeur, en faillite lui aussi, ne lui déclare, assez abruptement, que plus personne n'achèterait à présent et en ces temps de crise,  des choses aussi inutiles que des BD...

(Cliquez pour agrandir)


Il va lui falloir trouver LA solution, du moins celle qui lui permette de nourrir sa famille...
Le voilà reconverti en chauffeur de vélo taxis, en restaurateur de fresques douteuses, avant de se rendre à l'évidence, mieux vaut ne pas dépendre de ceux qui ont encore quelque puissance, l'avenir est dans le potager !
Et le voilà sur les routes, peinant, suant... Les dangers le guettent, les surprises, souvent mauvaises et ubuesques aussi !


Un road movie sur fond de crise, drôle et percutant tout à la fois.
Eh oui, un jour, il faudra bien modifier nos petites habitudes. 
Mais que se passe-t-il au sommet de Copenhague ?


Extrait choisi (cliquez pour agrandir) :



Editions Futuropolis - Septembre 2009

17 décembre 2009

La double vie d'Anna Song @ Minh Tran Huy

La double vie d'Anna Song est un roman gigogne, une boite à secrets aux multiples cachettes. Vous croyez avoir touché au but, et voilà qu'une petite planche coulisse, dévoilant une autre réalité, une autre vérité.
L'idéal serait d'aborder cette histoire, en n'en connaissant que le titre, ou presque, afin de se laisser prendre à cet incessant jeu de miroirs et de reflets, se laisser tromper, flouer, comme tous les journalistes et mélomanes que Paul Desroches, le mari de la pianiste, mena d'illusions en illusions, jusqu'à ce ce que le scandale n'éclate et que l'ultime vérité, la plus belle, n'émerge enfin...
Anna Song et son double dans le miroir... Quand son nom arrive aux oreilles avisées des mélomanes, elle a déjà presque quitté ce monde, dévorée, lentement et sûrement par un cancer, mais à vrai dire, personne ne se souvient encore des quelques rares concerts qu'elle donna en public, peu de temps avant que la maladie ne se déclare. Non, ce sont juste des disques qui arrivent, tous accompagnés d'une petite carte de Paul Desroches à l'intention des critiques, "Dites-moi ce que vous en pensez". Le résultat ne se fait pas attendre, les interprétations d'Anna, qu'elles soient de Bach, Schubert, Debussy, ou Chopin, sont toutes d'une telle sensibilité et d'une telle richesse qu'elles entraînent inévitablement l'enthousiasme, l'admiration.
Mais c'est trop tard pour Anna, bien trop tard...
Le livre se construit peu à peu, et très habilement, alors que l'histoire d'Anna et de Paul se détricote sous nos yeux, alternant les articles de presse, élogieux, enthousiastes, dubitatifs puis scandalisés, et les souvenirs de Paul Desroches, le mari d'Anna, son producteur aussi, après avoir été son meilleur ami d'enfance. D'un côté le "phénomène Anna Song" tel qu'il apparaît dans la presse, de l'autre, une histoire d'amitié et d'amour, magnifique, étonnante et bouleversante.
Paul vient de perdre ses parents, morts tous les deux dans un accident de voiture, quand il rencontre Anna, une petite voisine de sa grand-mère. Ils n'ont que huit ans tous les deux, mais  partagent déjà l'essentiel, un sentiment de perte, d'inéluctable. Les parents d'Anna ont du quitter le Viêtnam, la fillette, née en France,  n'a jamais connu son pays, mais tous les jours elle en rêve, et tous les jours elle se promet d'honorer son grand-père, qu'elle n'a pourtant pas connu, mort lui aussi, ce grand-père qui aimant tant le piano... La musique sera leur trait d'union, et la seule raison ou presque d'Anna de vivre...
Finalement le rêve d'Anna deviendra peu à peu celui de Paul, comme s'il tournait la page de son propre passé, évitait de penser à ses propres tourments pour rêver avec elle, s'échapper avec elle dans un pays rêvé, fantasmé, au son des notes de musique...
Mais le passé disparaît et les morts disparaissent de la terre, comme s'ils en étaient effacés. Il ne reste que des souvenirs de plus en plus pâles, puis plus rien... Quand la barrette disparaîtra des cheveux de sa grand-mère, du grand-père, il ne restera plus rien...
"Egaré quelque part dans les plis du temps, il avait été pour ainsi dire effacé du monde - avalé par le silence entourant tous ceux qui, comme lui, étaient morts sans que personne sache pourquoi. Ne demeurait pas une seule trace, pas le moindre témoignage du fait qu'il avait un jour été - à part la mémoire d'une vieille dame au chignon retenu par une barrette de jade."

Le passé s'efface progressivement pour basculer dans le néant, quand plus personne n'est encore en mesure de se souvenir, à moins que ... A moins que les notes de musique ne les transcendent, à moins que l'amour ne construise un mausolée à la grande absente pour lui offrir, d'une certaine façon une forme d'éternité.

Voilà une magnifique d'histoire d'amour et de folie mêlées. Peut-on vaincre le temps, ignorer ses outrages, surpasser la mort ? ... Paul y aurait presque réussi.

Une très belle histoire servie par une très jolie plume.
J'ai beaucoup aimé.

Editions Actes Sud - Août 2009

Les avis de Papillon, Pages à pages .... (Merci de m'indiquer vos liens !)

15 décembre 2009

Le garçon en pyjama rayé @ John Boyne

Quand un jour Bruno rentre de l'école, c'est pour découvrir, un peu effaré, la bonne de la maison ranger méticuleusement toutes les affaires de son armoire (y compris celles qu'il cachait secrètement tout au fond) dans de grandes caisses en carton... La surprise et le désenchantement, eh oui, ils allaient bien tous déménager, quitter leur belle maison de Berlin, pour un lieu inconnu, éloigné, un certain "Hoche-Vite" .
Son père, pour qui le "Fourreur" nourrit de grandes ambitions, doit y prendre très prochainement de nouvelles fonctions, il n'y a pas matière à discuter... Et pourtant Bruno tente de convaincre sa mère, et même  son père,  et dieu sait qu'il est pourtant bien souvent inaccessible, la plupart du temps enfermé dans le grand bureau interdit aux enfants, éternellement sanglé dans son uniforme, impeccable.
C'est pour le travail de ton père, c'est un travail très important, dit Mère qui ajoute alors en hésitant un peu, "un travail qui requiert un homme exceptionnel."
De ce travail, Bruno se sait pas grand chose, à vrai dire même strictement rien, il y a bien l'uniforme et les soldats qui claquent des talons en le croisant... Sinon, le flou complet.
Quand ils arrivent à Hoche-Vite, la déception augmente d'un cran. La maison est lugubre, comme plantée au milieu de nulle part. Un endroit désolé, sans voisin, sans enfant avec qui jouer, le drame pour un petit garçon de neuf ans...
Mais de la fenêtre de sa chambre il aperçoit, à son grand étonnement, une barrière qui clôture le bout de leur jardin, mais pas une barrière comme les autres, non, une très haute clôture métallique, plus haute que leur maison, toute hérissée de fils de fer barbelés. De l'autre côté, un sol aride, sans aucune végétation  et des baraquements allongés et bas. Plus loin, de grands nuages de fumée. Et puis les gens, une multitude de gens,  tous vêtus de la même façon, d'étranges pyjamas rayés assortis d'un calot. Et des enfants aussi, tous habillés du même uniforme.
"C'est incroyable" murmure Bruno...
Mais qui sont tout ces gens, que font-ils là ? Quand il pose la question à son père, un soir où la colère et l'irritation le poussent à sortir un peu plus que d'habitude de sa réserve, ce dernier lui répond :
"Ces gens... ce ne sont pas des gens, Bruno.".
Et puis un jour, alors que le jeune garçon a décidé, contrairement  aux recommandations de ses parents, d'explorer un peu plus avant le parc de la propriété, il découvre en longeant la clôture du domaine interdit, un garçon de son âge qui s'avance vers lui. C'est ainsi que commence une étrange amitié entre deux enfants, que sépare une terrible grille. Désormais, Bruno s'y rendra aussi souvent que possible, dès que le temps le permet et souvent plusieurs fois par semaine. Son ami l'attendra toujours, au même endroit. Pendant plus d'une année...

Cette histoire est une "fable", précise l'auteur,  à destination des enfants à partir de 12 ans. Rien de l'horreur des camps de concentration n'est évoqué, mais tout est suggéré, à petits traits, par petites touches. Beaucoup de non-dits qui n'en deviennent que plus effrayants, tandis que les pièces du puzzle s'assemblent peu à peu...
Un livre coup de poing, dont la fin tombe comme un couperet.

Les avis nombreux de Amanda, Malice, Canel, Celsmoon, Karine, Liliba, Laure, et de Ys ...
Et j'en oublie certainement :(

Editions Gallimard Jeunesse. Septembre 2009 pour la présente édition.

11 décembre 2009

Chez nous @ Marilynne Robinson

Glory est de retour dans la vieille maison familiale de Gilead, dans l'Iowa,  cette fois pour une durée plus imprécise que les autres. Elle a trente-huit ans, son père le respecté pasteur Boughton s'éteint tout doucement, et à vrai dire plus rien ne la retient  ailleurs, sa vie sentimentale s'est soldée par un échec aussi retentissant socialement que blessant, mais de ce qu'il en a été véritablement et de ce "mari" peu scrupuleux, jamais elle n'en parle, jamais elle n'en a parlé.
Et voilà que Jack, l'un de ses grands frères, refait surface, telle une apparition, après une absence de plus de 20 années. De tout ce temps écoulé, personne ne sait rien, mais tout le monde suppose. Jack était l'enfant "impossible" de la famille, l'éternel absent, même présent, l'éternel fugueur, l'adolescent mystérieux et toujours sur la brèche, le jeune homme brillant, séducteur mais dévoré par un mal obscur tout autant que par l'alcool. Il est parti sur un drame, un de plus, et rien de bien, semblait-il ne pouvait plus lui arriver désormais.
Et pourtant, pourtant, Jack, l'enfant prodigue, reste dans le coeur du père, le révérend, l'enfant qu'entre tous, il aimait et chérissait le plus au monde. Celui qui le fit le plus souffrir aussi, bien sûr. Quand le révérend apprend son retour, lui l'homme âgé pour qui les jours sont désormais  comptés, c'est le bonheur et l'inquiétude, à nouveau.
Se nouent alors entre les trois, durant ces quelques semaines, une tension affective et émotionnelle sans pareille, extrêmement troublante, doucement bouleversante.
Le temps du livre s'écoule lentement, au rythme des âmes qui se retrouvent peu à peu, se donnent lentement et plus sûrement leur confiance. Peu à peu, très progressivement, le frère et la soeur se confient, se confessent, toujours dans la mesure, chaque mot comptent, chaque geste a de l'importance. Et Glory de découvrir plutôt que de redécouvrir ce frère, blessé depuis l'enfance, l'exclu qui s'excluait lui-même, jamais aussi loin ni distant qu'on le supposait alors, en marge toujours, parce qu'il ne se sentait pas le droit, tout simplement et très étrangement d'appartenir à cette famille nombreuse, brillante et si vivante.
Le portrait en creux, tout doucement brossé de Jack, le "vaurien" de la famille, et tel qu'il est perçu par sa petite soeur au travers des paroles feutrées, des gestes esquissés, des manques et des ratures,  est tout simplement inoubliable, comme l'est aussi la figure du père, fort et fragile tout à la fois, vacillant et protecteur, parfois en vain.
Histoire de vie et de mort mêlées, de rédemption envers et contre tout et malgré les tourmentes, de pardon.... Dieu est au centre de cette histoire, bien sûr, mais jamais comme une évidence, il est  le noeud, l'arrête tranchante, où se heurte et se blesse Jack plus souvent qu'à son tour. Les relations avec son père sont tendues parfois jusqu'à se rompre, non par une attitude purement sévère ou intolérante du vieil homme, mais par l'inquiétude de le voir refuser, peut-être, l'espérance qui fut la pierre d'angle de toute son existence. L'angoisse d'un homme pour son fils, une angoisse sans fin,  une éternité en somme...
Rien de bigot, non, loin s'en faut, juste un amour pur, lumineux et transpercé.
J'ai beaucoup aimé.

Au sujet de l'auteur :
Le premier roman de Marilynne Robinson, Housekeeping (1981), publié en France sous le titre La Maison de Noé (Albin Michel, 1983), a figuré sur la liste des cent plus grands romans publiée par The Observer et a reçu The PEN /Hemingway Award du meilleur premier roman.
Publié en 2004, Gilead (Actes Sud, 2008) a obtenu le prix Pulitzer catégorie fiction en 2005 ainsi que le National Book Critics Circle Award. Egalement auteur de deux essais, Marilynne Robinson enseigne à l’Iowa Writer’s Workshop.
Marilynne Robinson vient de recevoir l'Orange Prize, l'un des plus prestigieux prix littéraires au Royaume-Uni, pour ce dernier roman Chez nous.
Editions Actes Sud - Octobre 2009. Très belle traduction de Simon Baril. 

10 décembre 2009

Manhattan @ Anne Révah

Tout commence par une douleur, "un mélange de brûlure et d'anesthésie", située sur la face interne de l'avant-bras.
" ça ressemblait à un plan de Manhattan, c'est ce que j'ai pensé alors que j'essayais de décrire la géographie de cette douleur étrange" au neurologue en blazer fatigué, calme, et sûr de lui, souriant, presque.
Mais quand il revient, bien plus tard avec les résultats de la radio, son aspect a changé, toujours le même blazer certes, mais son visage s'est crispé.
"Le plan de Manhattan sur mon avant -bras était le signe d'une guerre cérébrale peut-être déjà engagée, presque muette mais réelle, quelque chose de larvé, de torve."
Et c'est là que tout bascule... Une décision qui s'impose, d'elle-même, fulgurante. "j'allais partir", tout quitter.
Tout quitter, son mari, Victor, ses enfants, sa vie. Tout quitter quand elle le peut encore, quand les taches blanches de son cerveau sont encore endormies, tapies dans l'ombre. Avant la déchéance...
Alors elle part, parce que tout son "corps portait son départ."
Plus que de la maladie, ce texte est l'histoire d'une rupture totale, complète... Et plus que de mort et de séparation, il est ici question de retrouvailles, par-delà ou malgré le temps, avec soi-même. Mais des retrouvailles dures, âpres, profondément cruelles en même temps que salvatrices.
La narratrice porte en elle, depuis l'enfance, un secret, un poids insoutenable que durant toutes ces années elle s'est efforcée d'ensevelir, de masquer, aux yeux des autres autant qu'à elle-même.
Paradoxalement, c'est au moment même où elle touche de près sa propre finitude, que tout commence, comme si elle repartait de zéro, depuis le début.
Elle part, mais pour écrire, écrire ce texte, ou presque, celui que vous tenez entre vos mains et qu'elle destine à sa mère, ultime message, quasiment d'outre-tombe, d'une femme condamnée, mais en réalité morte bien avant, quand elle était encore petite fille.
Entre deux, et jusqu'à présent, enfin, jusqu'aux taches blanches, elle était... métallique. Une femme automate, contrôlée, fabriquée de toutes pièces, par elle-même. Comment se construire, quand le temps n'existe plus, mais a été renié, d'emblée, quand son enfance fut rejetée, foulée au pied, ignorée de tous et surtout de sa mère...
Le secret explose, crie vengeance sur ces pages. Elle transmet ce poids opaque des non-dits pour ne plus le porter, jamais.  Elle s'en délivre enfin pour atteindre, in extremis, une certaine forme de résilience.
Voilà un texte qui vous happe et prend aux tripes. Les mots se pressent, incisifs, durs et âpres, ils sauvent en même temps qu'ils entraînent dans leur chute.
A aucun moment  Anne Révah ne joue sur le pathos, son personnage d'une froideur métallique ne porte pas aux effusions. Le lecteur la suit, pas à pas, et comprend peu à peu, au fur et à mesure que l'ombre et le secret se dissipent, au fur et à mesure que la jeune femme touche au but.
Un premier roman percutant et très prometteur.

Les avis de Antigone, de Leiloona, de Karine, de Mots à mots, Sylire, de Laure et de Cathulu  ...
Et le coup de coeur de Jérôme Garcin.

Editions Arléa - Mai 2009

04 décembre 2009

L'Ordre des jours @ Gérald Tenenbaum

J'ai lu ce livre, une fois, deux fois et encore une fois... Incapable d'en parler ensuite, de rédiger ne serait-ce que quelques lignes ici, tant certaines choses, certains souvenirs qui n'étaient pourtant pas les miens venaient et accouraient en rangs serrés pour s'entremêler à cette lecture.
Finalement, je laisse mes doigts partir sur le clavier. Peut-être ne faut-il pas tenter de tout organiser, de tout synthétiser, les mots me viendront au fur et à mesure...

Mais tout d'abord le titre, simple et magnifique tout à la fois. "L'Ordre des jours", ces quelques mots, en apparence anodins - rappelant dans un premier mouvement le temps qui s'écoule, presque linéairement, de gauche à droite - résonnent tout au long de ce livre comme des échos, jamais perdus, toujours rebondissant, cruels, nécessaires.

L'Ordre des jours, jamais linéaire, bien au contraire... Le temps ne s'écoule plus de la même façon quand l'absence envahit tout et avec elle, l'attente, longue et blanche, et le secret opaque, l'impossibilité immédiate de "savoir". SAVOIR, peut-être pas pour comprendre, mais juste pour pouvoir continuer à vivre, malgré tout.
"Et à présent, le temps était à l'attente.
L'attente, c'est du silence, juste du silence, l'attente c'est une page blanche qu'on aurait pas eu le droit de remplir."
Hier restera aujourd'hui pour toujours, tant que...

Au tout début du livre, Solange est allongée, à demi consciente sur un lit d'hôpital, quelque part à Nancy. Nous sommes le 15 mai 1958, la radio murmure dans un coin, quelque part... Salan a définitivement coupé les ponts avec Paris.
Une guerre pour une autre, cette fois ailleurs, encore et toujours.
Les mots rebondissent, appellent d'autres mots, l'emportent ailleurs, des années en arrière, au temps où son père, Isy, était encore parmi eux, avant la rafle, l'arrestation, son départ sans retour.
Non, le temps n'a jamais été celui des pendules, depuis que celles-ci se sont arrêtées pour Solange.

Solange, Sarah, en fait, mais plus depuis le jour où la maîtresse en faisant l'appel, avait tout simplement dit, comme on énonce un théorème :
"- Aujourd'hui, on n'appelle plus une petite fille Sarah (...). Tu seras Solange, sage comme une image, sage comme un ange."
Mais Solange sera toujours Sarah, et en aucun cas, la petite fille sage et obéissante telle que l'aurait rêvée sa maîtresse d'école, et ce depuis qu’Isy a disparu.

L'Ordre des jours est le récit d'une quête et d'une enquête par-delà les années, et alors même que beaucoup ont "tourné la page" pour reconstruire, sagement et parce qu'il le « fallait » bien....
C'est aussi le récit sensible et sincère de l'attente, malgré tout, envers et contre tout. Parce qu'un être cher est parti, emmené au loin, et qu'il n'est jamais revenu.
Comment vivre avec une telle absence, comment supporter que les autres continuent malgré tout, les bras baissés, ou trop contents de la tranquillité retrouvée ?
" Il y a des gens qui n'attendaient que ça, le retour des beaux jours, juste ce retour-là, rien que ça, les beaux jours, des gens qui ont laissé s'égrener l'ordre des jours avec cette seule idée en tête, demain il fera jour, à chaque jour suffit sa peine, après la pluie, les beaux jours, après la nuit... le brouillard."

Des trains sont partis, des trains sont revenus... Mais pas Isy.
"Tant qu'il n'est pas rentré, qui peut prétendre qu'il ne rentrera pas ? Des trains qui n'arrivent pas à l'heure, il y en a toujours eu..."

Et puis un jour, Solange rencontre Simon, Simon, dont les parents ne sont jamais revenus, eux aussi. Simon qui partage, silencieusement sa peine. "ils s'approchent et s'accrochent."
Simon, l'homme doux, qui pourtant partira, pour prendre sa part, en Indochine...
Une guerre contre une autre, et peut-être, dans son esprit, guérir le mal par le mal, agir, comme s'il s'était agi du passé, de l'autre guerre. Les temps se mêlent, les conflits aussi...

Agir...
"Etre blessé dépouille du corps, être blessé sans combattre dépouille de l'âme."
Alors ils se battent tous les deux, chacun à leur façon, puis ensemble pour le meilleur et pour le pire, hélas.
Car l'histoire se répète, très ironiquement, et profondément, immensément cruelle.
Solange l'apprend, là-bas, en Israël, où elle s'est rendue pour rencontrer celui qui "sait".
"Isy est mort deux fois, coups redoublés du destin, nakam, nakam*, il faut le dire deux fois, ils ont frappé deux fois. Isy ici, Isy là-bas, tire, tire l'aiguille, ma fille, l'histoire ici ne finit pas, il n'y a que là-bas, nakam, nakam, qu'on peut écrire le dernier chapitre."
* "Vengeance, vengeance. Il faut le dire deux fois."

Agir et ECRIRE.
L'écriture, les mots. Les mots salvateurs, les mots qui libèrent.
Solange en a écrits, beaucoup, de ces poèmes qu'elle aurait aimé, peut-être, voir publiés un jour. D'ailleurs elle avait repéré un joli carnet qui aurait été parfait pour les y retranscrire. Un carnet "rouge sang", le rouge porte chance à qui le porte, enfin pas toujours...
Les mots, jusqu'au dénouement, plus souvent murmurés que calligraphiés, plus souvent pianotés, silencieusement, sur le bord de la table.
Puis les mots pour protéger, ensevelir enfin, recouvrir, comme une offrande à celui qui n'est plus, une sépulture à celui qui en fut privé.
Les mots pour transmettre, ensuite, dans le temps, à ceux qui viennent après, quand l'Ordre des jours aura été enfin restauré.

Un livre magnifique, tout pétri de mots qui rebondissent et prennent sens différemment à chacun de leurs rebonds.

Gérald Tenenbaum pose sur toutes ces années, ces jours emmêlés, un regard incisif, lumineux, clairvoyant, lucide et courageux... Sans concession, oui, et c'est bien.

Bouleversant et nécessaire.
Un beau coup de cœur.

"Et il y a quelque part un héros vivant, qui en sait peut-être assez pour déclouer la porte, ouvrir la fenêtre et laisser entrer l'air du temps."

Les avis de CathuluUn coin de Blog, Florinette, Papillon, Caroline, Biblioblog.... 

Editions Héloïse d'Ormesson - Septembre 2008

03 décembre 2009

Sans Gravité @ Vendela Vida

Il est deux heures et quart de l'après-midi, le 2 décembre précisément. Ellis, tout juste 21 ans, traverse un parc de New York, peut-être sort-elle de la fac où elle travaille à une thèse en histoire de l'art, quand...
Une rencontre, un choc qui va considérablement bouleverser son existence.
"Dans ma tête, l'histoire est toujours au présent, elle commence toujours à deux heures et quart. Je me promène le long de l'allée du parc quand j'entends derrière moi un homme dire : "Madame ?". Puis, l'homme,  l'entraînant un peu l'écart, sur un banc, lui pointe un revolver sur la tempe.
"Je veux mourir", "Je veux pas mourir seul"
"Je veux mourir avec quelqu'un."...
Ellis, par un instinct de survie incroyable, un sang froid puisé elle ne sait d'où, se met à lui  parler d'art et surtout de poèmes, autant de bonnes raisons, lui affirme-t-elle, de ne pas mourir encore. L'homme écoute et capitule, la laissant sur le banc, et partant, elle pourrait presque le jurer, en sifflotant.
Dès cet instant, si sa perception du monde s'effiloche et se modifie, ce sont surtout les autres qui se mettent à agir et à réagir de bien étrange façon...
Les garçons accourent, tels des anges tutélaires, pas angéliques pour deux sous... Les filles donnent des leçons - traverser un parc seule, quelle imprudence ! Même la psy qui, baissant le masque, ne peut s'empêcher de marmonner au lieu de replacer les éléments dans leur contexte, quelle horreur...
Finalement, c'est peut-être l'étrangeté des autres, face à l'événement, qui amènera la jeune fille à comprendre, et à pardonner. Oui pardonner. Pardonner à son ancien petit ami, suicidaire, pardonner à son père, parti au loin pendant de longues années (en oubliant, fait mémorable pour sa soeur cadette, l'anniversaire des onze ans de cette dernière), pardonner à la mère (si vivante, si extravagante, si généreuse "à l'extérieur") et j'en passe.
Oui, tout le monde est étrange, un peu fou, un peu loufoque, personne n'est indemne après tout.
ET personne non plus ne pourra jamais juger à sa place, l'homme au revolver, personne ne pourra approcher de ses pensées, à ce moment précis. Elle est seule, comme la femme de ce tableau  de Duchamp, entraperçue par la fente d'une porte, au Musée d'Art de  Philadelphie. Elle est seule et énigmatique, et les autres, ceux qui se pencheront sur cette porte, fermée à double tour, ne seront peut-être que des voyeurs...


Marcel Duchamp - "Etant donnés", vue extérieure.

"Je jette un oeil par une fente et aperçois le corps d'une femme nue, prostrée, abandonnée au flanc d'une colline. De la main gauche, elle tient une lampe à pétrole, dont la flamme brûle toujours.
De l'endroit où je suis, je ne vois pas son visage. Il faut que je le voie. Qui lui a fait ça ? Est-ce qu'elle était en train de pique-niquer ?  Je tire fort sur les battants  de bois patiné. Ils ne s'ouvrent pas. Je ne peux voir la femme qu'au travers d'une petite fente, mais je ne peux ni m'en approcher, ni la regarder, ni la toucher."
La vérité est ailleurs... La vérité n'est tout simplement pas visible, elle est incommunicable.
Le livre s'achève apaisé, autour d'énigmes façon mots croisés... Tout va bien. Le monde est fait d'histoires, de points de vue, d'angles de vision, à l'infini.
Un très joli livre, et une belle découverte.
Merci Vanessa !

Editions de l'Olivier - Janvier 2005 - traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso et Stéphane Roques


62e Journée Dédicaces - Sciences-Po - 5 décembre 2009




Plus d'infos et liste des auteurs présents ICI.


62e Journée Dédicaces- Sciences Po, le 5 décembre 2009


Je note et je surligne la présence d'Alain Blottière, d'Eva Almassy, de Yannick Haenel...


02 décembre 2009

Ce mercredi, en attendant Noël...



Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous ne sommes pas vraiment en retard !

Thomas piaffait tellement devant les décorations de Noël que nous venions de sortir de leur carton (j'ai l'impression de les avoir rangées hier, pour eux, un siècle s'est écoulé depuis... ) qu'il était plus que temps d'acheter le sapin. Ils ont vaillamment mis la main à la pâte cette après-midi (ciseaux, papier canson et nous voilà tous transformés en figurines de papier prêtes à être suspendues au sapin)...

La photo ne rend vraiment pas hommage à leur travail de déco... Mais bon, pour le souvenir, immortalisons-le tout de même :)

La crèche lilliputienne a rapidement retrouvé sa place habituelle sur la cheminée du salon.
Plus que 22 jours à attendre... Les deux lascars comptent et recomptent.
Souvenirs d'enfance...