Les Maximonstres. L'île aux monstres @ Dave Eggers
L’auteur s’en explique dans ses « remerciements », en guise de postface. Grand fan de l’album de Sendak depuis l’enfance, il participa à l’écriture du scénario dudit film, à la demande du réalisateur Spike Jonze, occasion rêvée pour lui de rencontrer à de multiples reprises Maurice Sendak, « un véritable artiste, intransigeant, et un être humain authentique. ». Par la suite, l’auteur de Max et les Maximonstres lui proposa, à partir de tous les éléments accumulés au cours de leurs nombreuses rencontres de travailler à l’idée d’un roman inspiré de son album…
« J’ai répondu que j’allais essayer. Vous tenez le résultat entre vos mains. »
Le roman tient tout à la fois du film et de l’album, s’en approchant et s’en éloignant tout à la fois pour laisser place à la propre version de Dave Eggers, ses souvenirs d’enfance.
Le résultat est très beau, et tout à la fait à la hauteur de mes attentes, très proche de l’album, qu’il sert à merveille, à mon humble avis, et selon la vision que j’en ai de l’album de Sendak.
En bref, j’ai beaucoup aimé, charmée que j’étais par la profondeur que Dave Eggers donne à l’histoire, merveilleuse, fantastique, inquiétante, un peu triste aussi…
Les parents de Max sont séparés depuis quelque temps déjà et le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas toujours facile tous les jours, entre les petits amis de la mère (un peu loufoques et guère à la hauteur), sa grande sœur de presque quinze ans avec qui il se chicane plus souvent qu’à son tour, et ses innombrables…. bêtises.
Pas facile de se faire entendre et surtout comprendre. Alors Max multiplie les mouvements de colère, les idées pas trop géniales de par les conséquences qu’elles entraînent. Ah ses fameuses idées, ses fulgurantes pensées, si seulement il arrivait à les maîtriser ! Mais elles sont libres comme le vent et pas du tout disposées à se laisser faire.
« Ses pensées, il le savait, se comportaient parfois comme les oiseaux du quartier. Des cailles, pour être précis, ces étranges volatiles qui n’aiment pas voler. Un instant, elles s’alignaient les unes à côté des autres, comme une famille, pour picorer des graines par terre, l’une d’elle chargée de monter la garde sur un piquet. Puis au moindre bruit, elles se dispersaient, disparaissaient dans le fourré le plus proche. (…) ». Et lorsque Max se mettait à pourchasser ses pensées telles un groupe de cailles éparpillées, il pouvait faire ou dire des choses qu’il regrettait par la suite….
Alors de temps à autres, Max endosse son déguisement de loup (indument pris pour une panoplie de lapin par Gary son "beau-père"d'alors) , qui le fait devenir autre, totalement autre, lui permettant même de braver le froid et la neige, car c’est connu : « les petits garçons mi-loup mi-vent n’ont jamais froid », même s’ils font parfois des choses un peu disproportionnées comme d’inonder littéralement la chambre de leur sœur pour se venger au risque de mettre à mal (pense-t-il ensuite, tout plein de culpabilité ) toute l’ossature de la maison…
« Je sais que j’ai toujours été un méchant garçon mais c’est terminé. Ne me tuez pas. ».
Mais une bêtise de plus, une de trop, et la mère de se mettre en colère et de le priver de dîner…
« Tu ne dînes pas avec nous ce soir. Monstre. »…
Monstre...
Et l’enfant mi-loup, mi-vent, le petit monstre, de s’enfuir dans la nuit, avec comme un poids dans le cœur, l’horrible culpabilité de semer le chaos dans sa famille.
Et l’enfant mi-loup, mi-vent, le petit monstre, de s’enfuir dans la nuit, avec comme un poids dans le cœur, l’horrible culpabilité de semer le chaos dans sa famille.
La course est longe, la traversée en bateau interminable, mais l’île aux monstres pointe enfin le bout de son nez. Ils les découvrent un peu abasourdi, tous ces gentils monstres un peu loufoques, dangereux aussi - ne le menacent-ils pas de n'en faire qu'une bouchée ? - et comme dans le livre de Maurice Sendak, il deviendra leur roi, lui plus petit d’entre eux, mais il leur a promis une chose, rétablir l’ordre, anéantir le chaos, ce même chaos pour lequel il fut chassé de sa propre maison…
Fêtes tonitruantes et très bruyantes, construction d’une forteresse, la vie qui s’en suit, parmi ces montres de tout poils est loin d’être reposante. Et curieusement, les mêmes problèmes se posent qu’au milieu des humains… Mais où Max a-t-il bien pu atterrir et qui sont ces drôles de personnages ? Des monstres vraiment ?
Un très joli roman, vraiment, faisant la part belle à l’enfance et à ses émotions, ses contradictions, ses peurs et ses espoirs dans ce face à face avec le monde des adultes pour le moins déroutant.
A destination des jeunes lecteurs (12 ans je pense) comme de leurs parents.
A découvrir absolument pour ensuite lire ou relire encore le chef-d'oeuvre de Maurice Sendak.
Editions du Diable Vauvert - Décembre 2009

7 commentaires:
ça a l'air vachement sympa. Je l'acheterais bien pour mon fils. Le film me tente bien aussi !
A lire absolument! Pour mieux se faire une idée de toute l'enfance décrite.
L'or des chambres, très sympa :) Matthieu l'a reluqué un moment, mais il est encore un peu jeune, d'ici un an ou deux, peut-être, je l'espère, tentera-t-il aventure ?
Vanessa, ah oui, tu dois le lire :)
Oulala tu confirmes mon désir de me procurer le roman. J'attendais quelques critiques du livres de peur d'être déçu mais là plus de doute je file chez mon libraire ;) Merci à toi et à bientôt!
Je croyais que ce livre était un simple outil marketing, je n'avais pas du tout fait attention à l'auteur, mais j'aime beaucoup Dave Eggers et ton billet attise ma curiosité. Du coup j'ai très envie de le lire. Et de voir le film, que je n'ai pas encore vu car les enfants qui m'entourent sont trop petits, hélas, sinon j'aurais foncé le voir à Noêl :-(
Je le lirai quand le film sortira en DVD, histoire de comparer! Et puis de me donner l'occasion de relire une fois de plus ce magnifique album!
Ca y est! Lecture bien à propos, incompréhension de l'enfance par les adultes, sentiments confus de l'enfance, monstres caractérisés. J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à le lire. J'en parlerais d'ici peu. Merci encore.
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