Les poissons ne connaissent pas l'adultère @ Carl Aderhold
Sa fille, Laure est devenue grande, et son mari, Djamel est devenu à son égard d’une froide et irascible indifférence. Entre eux, plus grand-chose, si ce n’est le pavillon un peu bouffé par l’humidité qu’elle laisse derrière elle avec soulagement, et puis cette vie qui ronronne poussivement, cette « sexualité de poisson pané. »…
Elle part, une boule au ventre, mais soulagée, déjà… Et hop, pour le coup, elle change même de prénom, Julia, comme l’actrice, de Pretty Woman, et de Erin Brockovich . Toulouse, elle a choisi Toulouse, au hasard, presque, à peine une amie là-bas qui peut-être ne l’attend même pas.
Mais partir, voilà l’essentiel. Et le train qui la porte, et les voyageurs qui y montent, un autre monde. Tout un petit monde qui entre peu à peu en relation au rythme des roues qui glissent sur les rails et des kilomètres avalés. Il y a Vincent et sa femme, Vincent, l'universitaire, spécialiste des bestiaires médiévaux, mais aussi Nicolas, chercheur également, mais débordant d’ambition, laissant éternel indifférent, sa femme toute menue dans son ombre, son sillage.
Et puis il y a Colette, la vieille dame, qui jongle entre ses deux domiciles et ses deux amants que sépare juste une ligne de TGV. L’été chez l’un, l’hiver chez l’autre…
Peu à peu, les langues se délient, les regards se posent avec plus d’insistance, les uns imaginent la vie des autres, les fantasmes germent… Quelques heures à part, entre deux points, quelques heures pour faire le point…
Les conversations intérieures se croisent et s’entrecroisent. A vrai dire, ce huis-clôt ferroviaire fonctionne plutôt bien. Est-ce l’impulsion donnée par Julia, son rayonnement, sa toute nouvelle liberté, mais chacun d’entre eux baisse la garde, et bon gré, mal gré, laisse tomber le masque, sondant par là même les petites ou grandes misères de son existence.
Voyage initiatique, catharsis, aucun n’en sortira indemne, dans la souffrance, la joie ou la bonne humeur.
Un très joli roman, drôle, enlevé, pétillant, abrasif, pertinent et, last but not least, optimiste (ouf, ça fait du bien !)
Extrait :
« Le vrai se dévoile presque par hasard. A notre insu. Nous n’avons de cesse, dans l’amour comme dans le reste, que de nous créer des habitudes. Notre existence ne repose que sur une chose : la répétition. Le don juan, le globe-trotter ou même l’érudit cherchent chacun à apprivoiser le désir. Mais, au fond de nous, nous le savons, à la fin, nous ne garderons en mémoire que la première fois, cette première fois où, avec l’unique secours de notre imagination, nous nous sommes jetés à l’eau. »
L’avis de Cathulu
Edition JC Lattès – Janvier 2010.
8 commentaires:
Un joli moment de lecture optimiste, ça ne se refuse pas !:)
Finalement, après le billet de Cathulu, je bascule du côté de la LAL ! Vraiment dommage de ne pas l'avoir reçu avec BOB...
Cathulu, c'est presque trop "rare" :)
Choco, j'ai vu qu'il était sur la liste de Babelio de cette semaine !!
Ben en fait, j'ai du m'embrouiller, je vais le recevoir par Livraddict ! :)
Les avis sur ce roman vont bientôt fleurir puisqu'il a été proposé par BOB, Livraddict et par Masse critique.
Quoiqu'il en soit, le titre est pour le moins intriguant ;)
Impossible de souvenir où j'ai bien pu lire un avis pas du tout aussi enthousiasmé... En tout cas, je note, j'adore trop le titre pour passer à coté !
Voilà un roman qui semble valoir le détour... Tu aiguises, comme toujours, ma curiosité !! Le coup du "huis clos ferroviaire" ça me fait penser à tout le début de "ceux qui m'aiment prendront le train" de Patrice Chéreau, j'avais beaucoup aimé ce film.
Apparemment c'est un roman qui plaît sur la blogosphère !!!
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