Les femmes du braconnier @ Claude Pujade-Renaud
Les femmes du braconnier, lui, le poète, le bientôt célèbre Ted Hughes, le mari de Sylvia, l’amant d’Assia, le père de Frieda, de Nicholas et de Shura…. Tout ces « A » qui ne cessent pas de résonner et de s’entrelacer.
Pour aller plus loin. De temps en temps, au risque de s'y laisser engloutir tout à fait...
« Voués au pire, ces prénoms en a ? Excepté Frieda. »….
Un braconnier, un prédateur ? Un homme au charme puissant et envoûtant, animal, ressemblant à s’y méprendre au fauve évoqué en ces termes par Sylvia Plath dans l’un de ses poèmes écrits pourtant bien avant la rencontre….
« Un braconnier ? Dans mon poème, encore pataud et mal léché (il me fallait le travailler, aiguiser ses griffes), je désignais ce fauve qui me traquait par les termes de noir maraudeur. Chasseur animal ? Chasseur humain ? Je les mettais dans le même sac, ils m’angoissaient et m’attiraient. Mais je ne voulais pas être un trophée supplémentaire dans le tableau de chasse de ce Ted Hughes. Si nous devions nous rejoindre, je souhaitais que ce fût par la poésie. »
Le magnifique « Froidure » de Kate Moses, évoquait le dernier hiver de Sylvia Plath, alors que fuyant Court Green, elle trouve refuge à Londres, avec ses deux enfants, par un hiver particulièrement rigoureux, au 23 Fitzroy Road exactement, la maison de Yeats.
Les femmes du braconnier, remonte tout en amont, lorsque Sylvia rencontre Ted, l’épouse, connaît la plénitude, met au monde deux enfants, puis… le perd. Une femme, poète tout comme elle, Assia, aussi brune qu’elle-même est blonde, la détrône semble-t-il dans le cœur du colosse, elle le chasse avant d’être quittée. Tous les hommes, pense Sylvia, viscéralement, trahissent un jour, comme Otto, le père, mort brutalement, la laissant enfant, avec sa mère, la trop parfaite « Méduse. »
Tout le talent de Claude Pujade-Renaud est de mettre en scène, comme un livret d’opéra où se mêlent et s’entremêlent les voix de ceux qui partagèrent ou furent témoins de cette histoire cruelle, tragique, triangulaire, singulière.
Sylvia et Assia, tout les opposait et tout les reliait néanmoins, comme si l’une se reflétait en l’autre jusqu’à la vampiriser à tout jamais.
Sylvia et Assia, tout les opposait et tout les reliait néanmoins, comme si l’une se reflétait en l’autre jusqu’à la vampiriser à tout jamais.
Et Ted, généralement honni ou profondément admiré (selon que l’on se trouve de l’un ou de l’autre côté de l’Atlantique, du côté de Plath ou du côté de Hughes) , au centre de cette histoire, démuni, comme un grand fauve blessé, appelé deux fois en urgence au chevet de femmes que la vie a quittées, gazées, volontairement….
Abandonnant une fois pour toutes, l’éternel clivage, Claude Pujade-Renaud, brosse un portrait en creux et tout en nuances du poète partagé entre deux femmes, complexes et torturées, partagé entre l’amour et la poésie, sa raison de vivre…
En face, Sylvia, tourmentée, inspirée, crucifiée, aussi violemment éprise de poésie que son mari. En face également, Assia, poète, et femme meurtrie, hantée par l’Holocauste et les enfants qu’elle n’a pas eus, qu’elle n’a pas pu mettre au monde, ou qu‘elle a violement retirés du monde. Le gaz toujours, pour finir… L’Holocauste, trait d’union imperceptible entre les deux femmes, le sang des règles aussi, grumeleux, rouge foncé ou écarlate, symbole de mort et d'échec. Femmes au reflet inversé dans le miroir, femmes en négatif l’une de l’autre. C’est troublant, très …
Au plus près des textes, poèmes, journaux intimes, roman de Sylvia Plath, et de ceux de Ted, et plus précisément les magnifiques Birthday Letters qu’il écrivit à Sylvia après sa mort, Claude Pujade-Renaud nous livre ici un roman inoubliable, une version pourquoi pas plausible de cette histoire d’amour et de mort inextricablement mêlés, hantée, littéralement habitée par la poésie et le spectre de la mort.
Magnifique.
Edition Actes Sud - Janvier 2010
Pour aller plus loin. De temps en temps, au risque de s'y laisser engloutir tout à fait...

11 commentaires:
Et bien ce livre est de côté pour le moment ;-) Mais comme toi je suis très fan de Sylvia Plath. Cela remonte à quelques temps déjà bien avant la naissance de mon blog. J'ai lu un été la cloche de détresse et j'ai été complètement abasourdi par ce livre. J'y ai même fait un rapprochement avec un film que j'ai beaucoup aimé la Fièvre dans le Sang de Kazan avec l'extraordinaire Nathalie Wood.Un livre que je compte relire d'ailleurs. Depuis j'ai acheté d'autre livre d'elle entre autre Carnet Intime, son journal, les recueils Ariel et celui de son mari Ted Hugues. Je n'ai pas encore lu, mais j'ai beaucoup de tendresse pour Sylvia Plath dont la beauté et la mort se rapproche avec celle de la mère d'Amos Oz étrangement. Dernièrement j'ai acheté Birthday letters et le Sylvie Doizelet je ne l'ai pas mais depuis quelques temps il me tente.
Enfin je tomberai bien un jour sur ce livre ;-) Je n'ai pas lu la froidure non plus mais idem !
Bien tentante lecture pour découvrir des poètes inconnus, et je ferais bien comme toi et Malice... lire du Sylvia Plath....
Je lirai peut être aussi la cloche de détresse.
Mais quant à Claude Pujade renaud, je suis une inconditionnelle!
J'aime beaucoup aussi quand Claude Pujade-Renaud se penche sur ces destins littéraires et féminins (j'avais beaucoup aimé "Chers disparus") et je suis sûre que cela donne très envie de découvrir Sylvia Plath (que je ne connais pas encore !).
Tu l'as lue avant moi... Je suis contente que ton avis soit positif, tu rejoins l'avis de Cathulu !
Tu as un bel éventail de livres autour de cette auteure!:)
Il est dans ma PAL urgente, bientôt...bientôt !!
Veux-tu bien arrêter de ne lire que des livres magnifiques !!! Comment on fait, nous, nos PAL et LAL croulent déjà !!! (je râle, mais, incorrigible, j'ai noté...)
Ce roman m'a l'air en effet magnifique, et tu en parles superbement! Le thème est fascinant en tout cas. Il se trouve qu'on a reçu Claude Pujade-Renault à propos de ce livre il n'y a pas longtemps dans la librairie où je travaille, alors je me permets de mettre un lien avec le texte de la rencontre...
http://www.librairiecharlemagne.com/fr/page.htm?_ref=25
OUH..... C'EST A NOTER !!!
Je viens de le terminer et j'ai beaucoup aimé ce roman, allant jusqu'à verser ma petite larme à la fin du récit...
Ton billet rend un bel hommage à ce roman, je t'en félicite !
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