Certains l'aiment chaud ! et Marilyn @ Tony Curtis et Mark A. Vieira
Some like it hot, qui n’a pas vu ce film légendaire doit se précipiter séance tenante chez un bon marchand de vidéos ou lorgner d’au plus près les programmes des cinés clubs, cette comédie est un pur chef d’œuvre du genre, je l’ai à vrai dire revisionné pour l’ occasion, mais j’en parlerai sans doute, un peu plus tard, car désormais il y a LE livre !
Tony Curtis, souvenez-vous l’un des trois principaux personnages du film, prend enfin la parole pour retranscrire par le menu les évènements qui marquèrent le tournage, évènements qui à eux seuls constituent un petit roman à part entière, et comme le dit Curtis lui-même, une authentique « pièce classique en trois actes", avec des intrigues, de l’ironie, beaucoup de suspens (ah les aléas causés par cette chère Marilyn !) et surtout beaucoup de drôleries.
Tony Curtis connaissait déjà Marilyn quand débuta le tournage en 1958, il l’avait rencontrée huit ans plus tôt sur le parking des studios Universal, ils débutaient tous les deux. S’en était suivie une courte mais très jolie histoire d’amour dont Tony Curtis se souviendra toute sa vie.
« Quand j’y repense, je me rends compte que Marilyn était la première femme dont je me sois senti si proche. Ma première histoire d’adulte. C’était une relation belle et précieuse. Nous avons fini par dépendre l’un de l’autre d’une étrange manière. Nos sentiments étaient réels, ils n’ont pas résisté à la pression d’Hollywood. Nos vies exigeaient trop de nous. (…) Mais dans la courte période que nous avons passée ensemble, notre histoire fut tendre et intense. Je n’oublierai jamais ces moments. »
Au départ un peu inquiet de retrouver celle qui occupa une telle place dans sa vie de jeune homme, l’un et l’autre étant à présent marié, respectivement à Janet Leigh et Arthur Miller, Tony Curtis ne sait pas encore que cette deuxième rencontre va bouleverser sa vie à un point qu’il n'imagine pas. Encore une fois, leurs vies vont se croiser joyeusement et ... dramatiquement.
Mais il y a le tournage, épique, baroque….
Quand Billy Wilder convoque (presque) Curtis chez son producteur, il se lance sans ambages, sûr de son coup (mais qui pourrait refuser de tourner à Wilder ?), le résumé qu’il fait de son film à venir est particulièrement succinct et efficace, la « chute » de leur conversation est assez drôle, jugez-en plutôt :
« L’histoire est la suivante : il y a deux musiciens, des amis. Ils sont témoins d’un meurtre. L’assassin les voit et les prend en chasse. Pour lui échapper, les deux hommes se déguisent en filles... Ensuite, ils intègrent un orchestre de femmes. Mais il y a cette chanteuse, un vrai canon, et nos deux garçons tombent fous amoureux d’elle. Evidemment, pas question d‘avouer qu‘ils sont des garçons. Voilà notre « conflit« . Et voilà l‘histoire.»
Il a marqué une pause, avant de reprendre :
« ça ne vous plaît pas ?
- Si, si. Ça me plaît. Je trouve ça formidable, et…
- Je veux que vous interprétiez l’un des deux musiciens. C’est un contrebassiste un peu benêt…
- D’accord ! »
Viendront s’associer à ce projet tonitruant (pensez, deux hommes travestis en femmes - thème ô combien osé pour la fin des années 50), le talentueux Jack Lemmon et Marilyn bien sûr, éloignée un temps des plateaux…
Même si Marilyn hésite un moment, elle préfèrerait se départir enfin du rôle de bécasse blonde qui lui colle à la peau, elle finit, après moult revirements à endosser le rôle…
C‘est ainsi qu‘elle se confie à Lee Strasberg, son « éminence grise« : « Lee, j’ai un vrai problème. Je ne crois pas du tout à la situation de départ. Je suis censée me sentir à l’aise avec ces deux inconnues qui, en fait, sont des travestis. Mais comment ressentir une situation pareille ? Après tout, je sais que ces deux acteurs sont des hommes. ». Strasberg ne s’y attendait pas, à celle-là.»
Le budget de cette comédie, prédite à un grand avenir burlesque malgré les mises en garde auxquelles n’échappe pas Billy Wilder, dépasse très vite le montant prévu. Une quinzaine de jours, sinon plus de chômage technique, due en grande part aux absences répétées de Marilyn, souvent tapie dans sa loge, paralysée de terreur… Curtis revient souvent sur ces nombreux accidents de parcours, il faut dire qu’ils plongèrent Wilder dans une angoisse sans pareille, le dos perclus de douleurs sous la tension nerveuse, l’estomac ravagé par la bile… Et si Marilyn les plantait là tout simplement. ..
On imagine la tension, puis l’enchantement quand elle daigne enfin paraître et se montrer sous son meilleur jour. Et puis il y a les jours sans, où elle vient, mais sans parvenir à jouer, nécessitant jusqu’à cinquante prises pour une seule réplique, monopolisant l’équipe et ses partenaires de jeu, de plus en plus crispés… Lemmon et Curtis gardent encore le souvenir des crampes insupportables qui leur tenaillaient les mollets alors qu’ils devaient rester debout sur des talons aiguilles, des heures durant, attendant que Marilyn arrivent enfin à jouer sa partie…
Beaucoup s'interrogèrent, mauvaises langues, si le jeu en valait la chandelle… La réponse de Billy Wilder, pourtant en sale état, se faisait rarement attendre :
« Ecoutez, elle n’a peut-être aucun respect des horaires. Elle tombe peut-être souvent malade. Elle exige peut-être d’avoir son professeur d’art dramatique à ses côtés. Elle ralentit peut-être le tournage. Mais au bout du compte, quand elle est face à la caméra, elle dégage une magie indéfinissable qu’on ne retrouve chez aucune autre actrice.
- Néanmoins, il y a d’autres stars qui auraient pu tenir ce rôle… (reprend le journaliste fielleux)
- J’ai une tante qui vit à Vienne, a répliqué Billy. Elle aussi c’est une actrice. Elle s’appelle Mildred Lachen-Faber. Elle arrive toujours à l’heure sur le plateau, elle connaît ses répliques par cœur, elle ne pose jamais le moindre problème. Mais au box-office, elle vaut quatorze cents. Vous me suivez ? »
(Billy restera tout de même fâché à vie avec Marilyn et on le serait à moins face àl ’enfer qu’elle lui fit endurer... Il dira plus tard, le 10 février 1959, et alors que le film en était au stade des avants-premières :
« J’ai retrouvé l’appétit. Je n’ai plus mal au dos. Pour la première fois depuis des mois, je redors normalement. Et je suis de nouveau capable de regarder mon épouse sans avoir envie de la frapper parce qu’elle est une femme. Est-ce que je retravaillerai avec Marilyn ? J’en ai parlé à mon médecin, mon psychiatre et mon comptable. Tous m’ont dit que j’étais trop vieux et trop riche pour m’imposer une telle épreuve. » Inutile d’ajouter que Marilyn et Arthur Miller le prirent très mal, alors même que cette dernière, venait pour la énième fois de faire une fausse couche.
Mais de fait, Marilyn irradie sur ce tournage… Et bien qu’elle n’y tienne pas le rôle principal, elle y est quasiment centrale, rayonnante, drôle et séduisante comme jamais.
Dans l’esprit de Curtis, Some Like it hot est irrémédiablement lié et à jamais à l’icône que fut Marilyne dans l’histoire du cinéma comme dans sa propre vie, d’où le titre, « Certains l’aiment chaud ! Et Marilyne »… Le film aurait-il était le même sans elle, certainement pas… La vie de Curtis non plus d’ailleurs…
Pour écrire ce livre, qui se dévore effectivement comme un roman, et vous emporte littéralement sur les lieux du tournage, jour après jour, presque heure après heure, Curtis s’est replongé dans ses archives, n’hésitant pas à solliciter l’aide de ses amis et témoins de l'époque. Le résultat est très vivant, la voix de Curtis, reproduite, comme s’il parlait, mais avec beaucoup de talent par Mark A. Viera.
Ce qui frappe, à la lecture de ce témoignage, c’est la grande humilité de l’acteur, comme s’il n’en revenait toujours pas d’avoir pu tourner de tels films avec de telles stars, lui le petit voyou de New York, l’enfant délaissé qui dût se battre et pas seulement avec les poings pour arriver au firmament du mythe hollywoodien. Impressionnant.
Il en ressort un livre d’une grande fraicheur, enthousiaste, jamais pédant, où le tragique rejoint bien souvent la comédie.
Photo de fin de tournage - Soulagement de pouvoir enfin faire valser les perruques et colifichets qu'ils durent porter tous deux pendant pas moins de 73 jours !
Et last but not least, le livre est abondamment illustré, une centaine de photos dont certaines sont inédites…
Bref que du bonheur :)
Toutes les photos illustrant ce billet sont extraites du livre...
Editions Le Serpent à Plumes - Avril 2010.





11 commentaires:
Génial!!! Je vais faire paraitre un billet sur ce livre (il y a de l'encombrement, je l'ai écrit il y a un bout de temps) . Je citais déjà un même passage (comme quoi!)et démarrais à peu près pareil (les grands esprits se rencontrent)
Ton billet est très bien détaillé et illustré, bravo!
PS j'adore Marylin et j'adore ce film...
Dans mes bras, Keisha :)
J'attends ton billet avec impatience pour le mettre en lien.
A très bientôt :)
Hmm... Je ne sais pas.
Curtis a tout de même eu cette réplique sarcastique, “Embrasser Marilyn Monroe, c'est comme embrasser Hitler”.
So ... :/
Clarabel, cette phrase n'a pas été prononcée ainsi par Tony Curtis, il s'en explique d'ailleurs dans le livre.
Au 14 éme jour de tournage, il était allé voir ce que donnaient les rushes de la fameuse séance de séduction entre Marilyn et lui (la scène où elle s'allonge langoureusement tout contre lui). Il était assez tendu, car de nombreuses personnes étaient présentes (techniciens mais aussi publicitaires). L'ambiance dans la salle était assez grivoise, voire comme il le dit lui-même "vulagaire". Il en a été très blessé... Quand en sortant de la salle, un homme qu'il ne connaissait pas lui dit (je cite)
"Hé, Tony ! C'était génial. Dis moi ça fait quoi d'embrasser Marilyn ?"
Il lui répond très énervé :
"tu crois que c'était comment, mec ? Comme d'embrasser Hitler ?".
Sa réponse a ensuite été distordue visiblement par les journalistes, trop contents, mais ce n'était pas du tout ce qu'il voulait dire...
Tu me donnes l'envie de revoir le film...
Marilyn sans être l'héroïne est au coeur du film et au coeur du livre aussi, apparemment... Mais alors, Tony Curtis a changé de personnage par rapport à ce que lui proposait Wilder, c'est bien Lemmon qui joue le contrebassiste benêt ?
Mirontaine, alors ne surtout pas hésiter, je ne pense pas que tu seras déçue :)
Rose, très bien vu ! oui, les rôles ont finalement été échangés entre lemmon et Curtis...
Merci de m'avoir fait découvrir ce livre Lily car c'est vraiment un de mes film préférés que je ne cesse pas de revoir. Tout est si parfait et j'ai très envie de me plonger dans l'univers du tournage.
Je préfère ! :)
Vanessa, alors, ce livre est fait pour toi !!
Clarabel, ah oui, oui !! (moi aussi :))
Ah, j'ai vu ce film, très drôle, tout récemment. Je suis fan :)
Et je suis sûre qu'il y a matière pour un livre entier !
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