Toujours plus vite @ Luke Davies
Tout le monde connait Howard Hughes, du moins depuis la sortie d’Aviator… Hughes, personnage « Scorsesien » par excellence, marqué par le destin, les ailes brisées après avoir tutoyé l’infini. La puissance et déchéance, la gloire et la chute, sans fin…
Toujours plus vite, telle en effet aurait pu être la devise de l’Aviator, celui qui n’aimait rien tant que la vitesse, de celle qui vous emporte au-delà du temps, hors du temps.
Le Hughes de Luke Davies a 67 ans, voilà des années qu’il vit seul et reclus, avec pour unique compagnie celle des mormons, qui organisent méticuleusement son existence, personnages fantomatiques qu’il ne croise à vrai dire quasiment jamais. L’homme vit la nuit, entièrement nu, les fenêtres aveuglées par de lourdes tentures, avec pour seule compagnie, un poste de télé, et un écran de projection…
Atteint de graves troubles du comportement, dont la phobie des germes et des microbes est peut-être la plus impressionnante, Howard Hughes a peu à peu sombré depuis ses nombreux accidents d’avion dans la dépendance et la drogue, alternant sans trêve, Ritaline, tranquillisants, antalgiques… Le temps ne semble plus avoir de prise sur lui, entre rêveries et angoisses, il végète comme en apesanteur, dans un ailleurs sans forme…
Mais en ce mois de juin 1973 - il l’a décidé, il y croit et s'en convainc - , quelque chose va bouger, le sortir enfin de ce cocon médicamenteux qui le protège autant qu’il le tue, à petit feu, inexorablement. Jack Real est là, l’ami de plus de vingt ans, l’as de l’aviation, qui va l’emmener dans les airs, lui permettre de reprendre le manche et de s’évader, cette fois pour de bon, comme autrefois, en avion…
« Toujours plus vite » est le récit de toute une vie à la première personne, le long monologue syncopé de retours en arrière, de flash backs étincelants ou terrifiants de celui qui s’apprête à retrouver ce qui fut la grande passion de son existence. Les images défilent comme portées sur l'écran de son monde imaginaire, lui l’aviateur hors paire, le pilote de l’extrême, le cinéaste extravagant, le don juan insatiable, le milliardaire sans limite, le reclus volontaire…
Tout défile, l’enfance, sa mère, les actrices célèbres qu‘il épinglait à son tableau de chasse comme autant de papillons de nuit, les avions, les terribles accidents, la solitude, le Watergate, les faillites et les succès. Les images affluent à peine tremblotantes sur l’écran de sa mémoire, avec en arrière plan, LE grand challenge dont il fut le plus fier, son tour du monde en trois jours et en avion…
Les heures passent et le rapprochent de ce qu’il espère être son grand retour à la vie… Tout est peut-être encore possible… Entre mégalomanie, folie, et éclair de génie, le mythe Hughes, alors tout prêt de s’éteindre définitivement, se secoue une dernière fois de ses cendres, pour nous offrir, sous la plume incisive de Luke Davies, une vision hallucinée et bouleversante de son destin aux ailes brisées.
Luke Davies est romancier et scénariste, auteur de « Candy », porté à l’écran et sélectionné par le festival de Berlin 2006.
Editions Héloïse d’Ormesson - Février 2010.

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire