Chute d'une noisette @ Christian Girier
Il suffit parfois de peu pour bousculer une vie, en changer le cours, ou même l’atomiser.
Il suffit parfois de la chute d’une noisette, ses éclats de coquilles éparpillées sur le sol…
La noisette, pleine et ronde, comme une petite Terre, l’instant d’après, pulvérisée, réduite en miettes, comme la vie parfois, après un choc imprévisible…
Tenter de reconstituer la noisette, c’est mettre à jour l’infinie complexité de ce qui la rendait unique, une et indissociable, comme le cours d’une vie, après le grand bond, faite de petits riens, essentiels pourtant, comme cette histoire, en sorte…
Henriette et Yvonne, deux vieilles dames, habitent le même immeuble, dans la proche banlieue de Paris. Voisines, elles ne se connaissent finalement pas si bien, tout en ne pouvant résolument se passer l’une de l’autre. C’est tout simple, l’irascible Henriette irrite parfois tant la discrète Yvonne que cette dernière se verrait bien lui faire passer l’arme à gauche, en pensée certes, mais presque un petit peu plus… Il suffirait d’un petit rien en somme pour la faire basculer de l’autre côté.
Comme la chute d’une noisette, un petit choc. « Oh, juste un petit crime. Un qu‘on ne soupçonnerait pas. Un crime familier et sans coupable. Un qu‘on prendrait pour un accident. Et elle en larmes, bien sûr - c‘était ma seule amie ! - mais soulagée. »…
Eparpillées, et pourtant intimement liées les unes aux autres, les existences de leur petit voisinage (médecin, personnel du Leclerc dont-elles sont friandes toutes deux, vieilles amie, cordonnier, et par extension les familles de ces derniers) ressemblent à s’y méprendre à une noisette en morceaux ou entière, c’est selon, selon la chronologie des évènements…
Rien de moins innocent qu’une noisette, ce petit fruit sec qui vous fait voyager dans le temps, entière, éclatée en dizaines de petits morceaux, entière, à nouveau, en un incessant jeu de l’esprit.
Et si la chute de la noisette, ses conséquences parfois plus que tangibles sur la vie d’un personnage, n’était finalement que la métaphore du travail de l’écrivain. Un coup d’œil avant, un coup d'oeil après, pleine ou défaite, ronde ou en morceaux, la noisette referme en son cœur une histoire qu’il faudra, comme au « montage », remettre dans l’ordre, dans son étonnante complexité…Mais les choses ont-elles un ordre ?
Les personnages qui habitent ce court roman, sont tous aussi savoureux les uns que les autres, tous ont leur petits rêves, leurs manies, leurs secrets… Tous partagent au moins une chose, peut-être une noisette, qu’elle se trouve dans le compotier, dans le gâteau de savoie, ou dans le rayonnage. Tous ne se connaissent pas et pourtant, tous sont responsables, solidairement coupables, de ce qui arrivent malgré eux, à l’un d’entre eux.
Un roman qui se lit d’une traite, en se délectant de son goût de noisette.Un texte qui vous titille l'esprit et vous fait gamberger.
J'ai beaucoup aimé !
Un grand merci à l’auteur !

3 commentaires:
Repéré chez Antigone, j'ai envie de m'offrir ce livre. La bande annonce est très jolie.
Un petit livre qui a su me séduire aussi, il faut dire que j'adore tout ce qu'évoquent les noisettes...mais tout de même un bien joli moment de lecture, c'est vrai.
Mirontaine, oui la bande annonce m'avait déjà convaincu de le lire, très réussie en effet !
Antigone, ah les noisettes, de jolis souvenirs d'enfance, je passais des jours sous le noisette, toutes les fins d'août :)
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