Le ciel est partout @ Jandy Nelson
Lennie, une adolescente de dix-sept ans, vient de perdre sa sœur, Bailey, brutalement d’un arrêt cardiaque. Cette disparition aussi violente que brutale la plonge, elle, sa grand mère Manou et son oncle Big, qui les élèvent depuis seize ans, depuis leur départ de leur mère, dans un abîme de désespoir. Le deuil s’abat comme une chape sur la maisonnée, tout a un goût de cendres, le ciel tout autour a disparu…
« C’est comme si quelqu’un avait aspiré l’horizon pendant qu’on avait le dos tourné. »
Bailey était tout pour elle, plus qu’un modèle, presque une icône, tout semblait réussir à la jeune fille de dix-neuf ans, brillante, extravertie, belle comme le jour… Lennie la suivait, un peu éblouie, telle un poney de compagnie un puissant pur sang… C’est du moins l’image qu’elle avait de leur relation. Sans Bailey, elle n’est plus rien… Elle, la seconde. Et pourtant Lennie est une musicienne de talent, clarinettiste inspirée, mais qui bride, tire les rênes de ses dons - un poney de compagnie qui suit, accompagne, sans jamais plus.
Perdre l’être qui vous est le plus cher au monde, isole, éloigne du monde des vivants, bien incapables, selon tout apparence de vous comprendre intimement. Mais il y a Toby, le fiancé de Bailey, perdu, effondré, meurtri, tout comme elle. Lentement, insidieusement, Lennie se rapproche du jeune homme jusqu’à en éprouver une attirance quasi inéluctable. Mais comment peut-on aimer le fiancé de sa sœur morte ? De quel droit ? L’outrage leur paraît infini, impardonnable, sans qu’ils puissent pour autant y renoncer…
Mais voilà, Joe, un petit nouveau fait son apparition dans la classe de musique. Doué, mystérieux, charismatique, il séduit aussitôt « John Lennon », c’est ainsi qu’il se met à appeler la jeune fille…
La confusion de sentiments… Tout se mêle et papillonne, la culpabilité d’aimer, l’attirance « sulfureuse » pour le fiancé de sa sœur, l’amour éperdu qu’elle ressent pour Joe, et le deuil, l’absence atroce qui se perpétue tous les jours…
Comment concilier tous ces sentiments, quand on sort à peine de l’enfance, que tout se fait jour, y compris les prémices de la sensualité…
« Parfois, il faut tout perdre pour se trouver… ». En effet, tout perdre pour se trouver soi, et seulement soi.
Voilà un magnifique roman sur le deuil, la perte, la culpabilité (peut-on, a-t-ton le droit d’être encore heureux après la perte d’un être cher ?) mais aussi sur l’adolescence (cette chrysalide dont on sort en plus ou moins bon état).
Des extraits de mots gribouillés à la va-vite sur toutes sortes de support par Lenny, émaillent ce récit, lui donnant profondeur et sincérité.
J’ai beaucoup aimé (et les personnages de Manou et de Big, sont épatants, eux aussi, de par leur originalité débordante. Foin du conformisme et j’adore ça !)
A noter, le regard distanciée de l’héroïne sur elle-même, une certaine forme d’auto-dérision, une bonne dose d’humour aussi, empêche cette histoire de sombrer dans le morbide… C’est drôle et grave tout à la fois, mais sans lourdeur.
A découvrir de toute urgence !
PS, je n’ai pu m’empêcher de pencher, à la lecture de ce roman, au formidable « Eté d’après » de Francine Prose.. Similarité des thèmes abordés (identification notamment à la soeur disparue).
Extraits :
Le rire de Manou :
« Tante Gooch est le surnom que nous avions donné à son rire, Bailey et moi, car il débarquait toujours sans crier gare, à la manière d’une vieille tante un peu fofolle qui surgirait sur le pas de la porte avec les cheveux roses, une valise pleine de ballons et sans la moindre intention de repartir. »
« (….) je voudrais tant, tant disparaître. Il me prend l’envie subite d’écrire sur les murs oranges - j’ai besoin d’un alphabet composé de dernières phrases, d’aiguilles arrachées aux horloges, de pierres glacées, de chaussures vides remplies uniquement par le vent. »
« Quand je suis avec lui,
il y a quelqu’un avec moi
dans ma maison du deuil,
quelqu’un qui connait
son architecture
aussi bien que moi;
capable d’y errer avec moi,
d’une pièce triste à l’autre
Si bien que la structure oscillante
Si bien que la structure oscillante
de vent et de vide
n’est plus aussi effrayante et solitaire
qu’avant.
(Trouvé sur une branche d’arbre devant le lycée de Clover) »
(Trouvé sur une branche d’arbre devant le lycée de Clover) »
L'avis d'Amanda.
Gallimard jeunesse - Collection Scripto - Mai 2010

3 commentaires:
Je l'ai déjà noté suite à la note d'Amanda, je crois qu'il fera partie de mon panier de librairie de mon retour! (et en plus, je sais déjà à qui je vais l'offrir, après l'avoir lu!)
La Nymphette, alors je suis ravie :)
Tiens-moi au courant !
Repéré aussi chez Amanda... J'ai bien bien envie de le lire (je ne sais pas pourquoi mais j'ai des envies de littérature jeunesse en ce moment...) Devrais plaire à fille ainée aussi !
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