18 juin 2010

Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars @ Jorn Riel

Quand il s’est avéré que les chasseurs du Nord Est du Groenland devaient déguerpir fissa sous l’injonction d’une circulaire officielle, - plus de chasses ni de pêches, mais une réserve hautement protégée - nos hommes un peu pris au dépourvu dans un premier temps, et très proches du désespoir pour certains, décident, chacun à leur manière, de « résister » ou de désobéir…
D’histoires en histoires, de « racontars en racontars » comme aime à les appeler Jorn Riel lui-même, Le naufrage de la Vesle Mari nous conte la destinée de certains de ces hommes qui n’ayant rien à perdre hormis la liberté, les plaines enneigées ou glacées, chiens, traineaux et bavardages autour d’un verre d’alcool, préfèrent imaginer des plans abracadabrants plutôt que de se rendre.
Comment imaginer une vie ailleurs, loin d’ici ?
«On doit être devenus comme ces petites airelles des marais, pas vrai ? Nos racines ont du s’accrocher dans la roche en dessous. Tu crois que je vais faner quand on va m’arracher ? »demande Lasselille à Bjorken…
Se sont noués entre ces hommes, un attachement et une amitié durables, inexprimables, et pour certains peu bavards de nature, bien au-delà des mots… Des mots qui quand ils les expriment leur font venir la larme à l’œil, un peu attendris et si sincères :
« Il y a certaines choses qui vont nous manquer.(…) Cette précieuse vie quotidienne en Arctique. L’air pur, le calme. C’est comme si en jouant à 1, 2, 3, soleil, on été restés figés dans une expression de béatitude, si tu vois ce que je veux dire." Doc comprenait. « Mais le vent a tourné maintenant," dit-il. »

Plénitude, liberté et cette curieuse sensation de ne pouvoir être eux-mêmes qu’ici, même avec leurs manques, leurs faiblesses et leur courage….

Les situations sont souvent cocasses, parfois dramatiques, les deux à la fois en fait, avec derrière, on le sent, une immense tendresse pour tous ces homme un peu bourrus, un peu naïfs aussi , mais mus par le même attachement aux espaces infinis et impitoyables.
Ce sont donc des portraits d’hommes tout autant que des histoires qui émergent avec puissance de ces pages, drôles, truculents, vifs et diablement têtus.
C’est ainsi par exemple que Bjorken est bien le seul homme au monde à porter le tatouage d’un autre  homme sur son dos (un dragon cracheur de flammes), quand à Olsen il n’est pas loin , tout le monde en jurerait, d’avoir de « l’eau salée dans les veines », tant il navigue  avec aisance sur les mers les plus furieuses, il se dit même, ici ou là,  qu'il doit avoir « le hurlement des océans dans les poumons ».
Quand au Douteur Rasmussen, qui perdit un œil d’un coup de sabot mal placé, il se mit à voir aussi bien et même bien mieux qu’avant avec son œil de verre, comme miraculeusement doué d’une sorte de double vue. « Curieusement, il voyait toujours des trucs plus sympas avec l’œil de verre, et plus bleus aussi. »
Des personnages et des histoires d’amitié ou de rivalité sur fond de sagesse inuit… Le dépaysement est complet, et l’on se prend à rêver à tous ces fantômes, les âmes de ce qui reviennent et ne sont jamais tout à fait partis, vivantes à tout jamais dans ce grand TOUT que représente le monde, la nature (encore épargnée par l’homme…).


Le naufrage de la Vesle Mari est le dernier tome des Racontars arctiques et bien que les volumes puissent  se lire séparément les uns des autres, il est évident qu’il va me falloir les reprendre un à un depuis le début ne serait-ce que pour retrouver tous ces hommes plus originaux et fortement campés les uns que les autres, et découvrir leurs étonnantes aventures, vraies ou inventées, qui sait ?

L'avis de Catulu.

Nous avons eu le privilège de pouvoir rencontrer  Jorn Riel récemment, Vanessa en parle ICI, (en attendant mon billet...)

Editions Gaïa - octobre 2009. Un grand merci à Béatrice !

7 commentaires:

cathulu a dit…

j'ai hâte d elire ton billet concernant cette rencontre ! ce doit être un personnage hors du commun !:)

Ys a dit…

Connais-tu la BD de Gwen de Bonneval (scénario) et Hervé Tanquerelle (dessin) qui adapte les racontars ? C'est chez Sarbacane et c'est très réussi.

Karine:) a dit…

J'aime beaucoup les racontars! Mais j'en ai encore tellement à lire!

sylire a dit…

J'aurais adoré participé à la rencontre, mais bien que n'habitant pas aux fins fonds du Groenland, c'était trop compliqué pour moi.
Par bonheur, en lot de consolation, la gentille attachée de presse m'a proposé le livre et je me régale aussi.

Theoma a dit…

Un auteur que je me réjouis de découvrir !

Tonie behar a dit…

j'adore ces histoires de grands espace et d'aventuriers. ça me touche au coeur c'est étrangement proche de mon esprit et c'est pourtant teelllllement loin de moi!
a bientôt,
Tonie behar

Cécile Qd9 a dit…

je l'ai commencé et j'avoue que ce n'est pas mal du tout