30 juin 2010

Portrait d'un mari avec les cendres de sa femme @ Pan Bouyoucas

"Le docteur Maras était un homme, une fois une tâche assumée, à en assumer également toutes les exigences, toutes les conséquences." Aussi, quand sa femme, la célèbre actrice Alma Jonquas, meurt dans ses bras d’un arrêt cardiaque, le serment qu’il lui avait fait un peu plus tôt d’enterrer ses cendres là où elle avait été la plus heureuse, le plonge dans un abîme de perplexité et d’angoisses insoupçonnable il y a peu… Mais où sa femme, oui la question est bien là, où sa femme  a-t-elle été le plus heureuse ???  Perfectionniste jusqu’au bout des ongles, le cher docteur  ne laisse rien de côté, articles de journaux, témoignages de proches pour dénicher CE lieu où pourra enfin reposer sa chère épouse, pourtant  réduite à l’état de cendres…
Or la tâche s’avère beaucoup plus complexe que prévu… Chacun, amis, familles, collègues de la défunte y allant de son petit laïus, les lieux potentiels, réceptacles ce ce fameux bonheur passé, se multiplient et s’opposent presque à l'infini. Pourtant, au tout départ, la solution paraissait bien simple, pourquoi pas le jardin de leur propriété qu’elle aimait tant entretenir, surtout depuis que les rôles, l’âge avançant, se réduisaient comme peau de chagrin… Notre homme décide de procéder le plus méthodiquement possible en explorant tour à tour ces fameux lieux, quitte à voyager et remonter dans le temps, et même fort loin.
Mais explorer la vie d’un mort n’est pas sans danger, pour le repos de l'âme du vivant comme du défunt…
Peu à peu, et insidieusement, le docteur Maras, découvre, déconfit, que sa femme lui cachait peut-être bien des choses… Le serment vite accepté le conduit aux portes du Secret, ou de ce qu’il imagine comme tel, malade de jalousie, un mal qu’il n’avait jamais ressenti du vivant de sa femme.Tout s'effondre, et il n'est pas loin de perdre pieds tout à fait.
« L’urne est posée sur la table de chevet. Il la regarde et a l’impression de contempler les cendres de sa vie ».
D’une plume alerte et pétillante, Pan Bouyoucas, nous dépeint les affres du deuil quand il nous laisse à la merci de proches et d’amis mûs par des sentiments aussi variés que la jalousie, la rancœur, ou l’appât du gain. L’image de l’être aimé, dans ces eaux troubles, s’estompe, au point de perdre réalité, et si l’amour de sa vie n’avait été, au final qu’un leurre, un rôle endossé avec brio, par la plus séduisante des actrices… Il est des souvenirs qu'il vaut mieux laisser dormir dans un tiroir, en tous cas à l'abri du regard des autres...
La fin s’achève, in extremis, dans un dernier éclat de rire, situation cocasse à souhaits, et pas très loin de tourner au psychodrame.
Un roman dont on se délecte du début à la fin, un humour aigre doux que j’apprécie tout particulièrement…


Une très jolie découverte, que je dois  à Babelio et à Masse Critique.

Editions les Allusifs - mai 2010

1 commentaires:

cc a dit…

c'est noté dans mon petit carnet....à cause de "humour aigre-doux"...