17 juillet 2010

Mussolini et les femmes @ Gian Carlo Fusco

Une dizaine d’années après la fin de la seconde guerre mondiale, Gian Carlo Fusco, journaliste et écrivain, entame une série de chroniques sur le défunt régime du Duce. L’objectif, dévoiler, exposer au grand jour et d’une plume trempée de vitriol les coulisses de ce régime corrompu dirigé par des play-boys adeptes des bordels, avinés et veules , tordre le cou enfin à l’opinion bien vivante encore à l’époque selon  laquelle on ne se portait pas si mal finalement sous le fascisme….
Mussolini sans fards et sans le masque de respectabilité qu’il a bien tenté, un temps, de s’approprier, Mussolini, le séducteur, misogyne à l’extrême… Marié à Rachele, il l’a trompa tous les jours, pour avoir les idées claires, disait-il, bien qu‘il ne les ait jamais eues « ni avant, ni après la galipette »…
Liste innombrable de femmes, trouvées dans les bordels, « pots de chambre en chair et en os », d’où émergent, outre Rachele, le paravent de respectabilité (et la mère de ses enfants ), cinq noms, celles qui comptèrent un tout petit plus, à peine…
Mussolini, les femmes, et son entourage… Un entourage bien gênant pour celui qui tentait de paraître ce qu’il n’était pas. Ultra violent, corrompu, adepte pour certains des drogues dures et à son image des parties de jambes en l’air…
Gian Carlo Fusco, épingle sans concession les proches du Duce, ceux qu’il appelle, les « play-boys du régime » , choisissant les anecdotes les plus cruelles, les plus perverses, les plus épiques… Le résultat est saisissant et surtout tient-il à préciser  totalement véridique :
« Tu sais, je n’ai pas d’imagination. Ce que j’appellerai la « nuit de Matsuoka » est scrupuleusement exact. »
Exact à la virgule près, le récit de cette nuit, au printemps 1941, où le ministre des affaires étrangères japonais se trouva embrigader malgré lui dans une folle soirée dont il gardera semble-t-il et malgré tout, un souvenir mémorable et émoustillé. Arraché de son lit  de l’hôtel Excelsior, par Max Mugnani, une espèce de démon, consul honoraire de la Milice, il se retrouva entre les mains de fêtards passablement éméchés et drogués, forcé d’ingurgiter tout un sachet de poudre blanche. Il dut repousser le lendemain son rendez-vous avec le Duce, son secrétaire particulier le retrouva gisant au beau milieu de son lit, dénudé mais le torse ceint d’un soutien-gorge et la tête perdue dans les nuages.

Mussolini et les femmes  ou l’envers du music-hall, de cette sinistre mise en scène qui emporta l’Italie dans la tourmente et la violence. Fusco, méticuleusement, déchire les oripeaux de respectabilité, ou ce qu’il en reste, pour montrer le pantin qui s’agite dessous, mal dégrossi et honteux.
En octobre 1954, il y en avait encore, des hommes politiques italiens, et même des sénateurs pour proclamer tout à trac et avec assurance à leurs adversaires  :
« C’est vous qui jouez les scandalisés et les moralistes, vous qui avez tout fait pour enterrer le fascisme, régime qui avait donné au pays des mœurs saines, sans vice ni corruption ! »

Fusco se devait d’agir, c’est-ce qu’il fit, avec tout le talent qui est le sien…

Editions Le Serpent à Plumes - juin 2010.

3 commentaires:

maggie a dit…

As-tu reçu "brève histoire "? Maggie

Lily a dit…

Merci beaucoup Maggie, oui, il est bien arrivé :)
Et je suis contente que tu ais aimé !

Ys a dit…

Ton billet me rappelle qu'il faut que je regarde "Vincere" de Marco Bellocchio" qui a l'air d'être passionnant aussi.