24 septembre 2010

CapharnaHome @ aNTIDATA

CapharnaHome, le titre très joliment trouvé de ce petit recueil de nouvelles reflète à merveille le panorama qui s’offre au lecteur sitôt les premiers textes dévorés et savourés.
Dix écrivains nous parlent de maisons, chacun à leur façon et selon leur sensibilité. «Home, sweet home», pas toujours... Les textes se suivent et s’entrechoquent parfois, comme ces maisons qui se succèdent, façade après façade, avec pour seul point commun leur mur mitoyen.

Des maisons et des écrivains. Le thème me passionne à vrai dire depuis toujours tant j’aime les maisons pour ce qu’elles dévoilent (parfois involontairement) de leur propriétaire, ou masquent d’ailleurs (volontairement cette fois) mais souvent très mal. Balzac s’en était fait une spécialité, dans la vie comme à la scène. Pas un ouvrage de la Comédie Humaine qui n’explore en détail et par le menu, l’intérieur des demeures, riches ou pauvres de ses personnages. Il savait, lui, combien, la coquille était importante.
Point de description balzacienne ici, mais une approche, plus de notre temps, que le grand écrivain, fossilisé au rang des pauvres «classiques» aurait très certainement savourée.

Dix écrivains, dix approches différentes. Certains puiseront dans des souvenirs réels ou fictifs, s’interrogeant finalement sur ce qui dure et incarne l’essence même d’une maison, d’autres en feront des scènes de théâtre, tantôt drôles ou angoissantes.
Le lecteur passe de l’une à l’autre de ces maisons, invité privilégié de cette rue pas tout à fait comme les autres où aucune demeure ne se ressemble et dont les façades hétéroclites recèlent bien des histoires et des souvenirs.

Une très jolie découverte, qui m’a enchantée et qui donne envie de se plonger encore plus avant dans les publications d’ aNTIDATA, une maison d’édition décidément pas comme les autres.

Les dix auteurs ayant participé à CapharnaHome sont, par ordre d’apparition :
Bertrand Redonnet, Roland Thevenet, Gilles Marchand, Olivier Salaün, Isabelle Doleviczényi- Le Pape, Michel Besnier, Malvina Majoux, Christophe Esnault, Benjamin Peurey, charlotte Monégier.


Extraits (pour vous donner envie d’aller plus avant) :

Un vestibule - Olivier Salaün
Souvenir d’une maison d’enfance en borde de mer, et une très belle réflexion sur l’entre-deux. Un très beau texte.
«Tous les domopsychiatres vous le diront : l’entrée d’une maison constitue la zone de contact entre l’intérieur et l’extérieur et, à ce titre, appartient aux deux mondes, ou bien n’appartient complètement à aucun des deux

«Bonhomie et stabilité, voilà ce qu’offrait l’entrée. Tout le contraire d’un voilier chahuté par le mer en furie, d’une famille laminée par un père en fureur. Dans l’entrée, on était à la surface de la maison, hors de ses eaux noires et semées de vieilles épaves. Dans cette capsule protectrice où le séjour était aussi précieux que temporaire, je m’attardais entre deux mondes dont aucun n’était exempt de périls.»

La maison commune - Roland Thevenet

«Et je songe, en entendant craquer au fond de moi les pas de certains revenants, que le routard avait drôlement raison : si une quelconque maison peut espérer échapper à tout ce qui déloge, dévaste, pille et tue, c’est bien celle-ci, que je couche sur une feuille de mon carnet, celle-là même faite de mots lancés dans le vent commun. »

Edtions aNTIDATA - décembre 2009