Vies d'Andy @ Philippe Lafitte
22 février 1987, dans le monde entier la nouvelle tombe, Andy Warhol est mort, Andy Warhol n’est plus, décédé des suites d’une opération chirurgicale à priori sans gravité.
La nouvelle émeut ses admirateurs, les collectionneurs (pour qui c’est presque une aubaine, la côte va grimper), son petit cercle d’intimes (plus ou moins désintéressé). Le «Pape du Pop» n’est plus.
Et pourtant... La nouvelle est vraie, certes, mais elle est avant tout totalement fausse.
Car si Andy a bien laissé sa peau et tout ce qui faisait de lui l’artiste américain le plus côté peut-être de la planète, c’était en réalité pour mieux renaître, tel un phénix de ses cendres. Andy est mort, vive Sandy ! En un tour de passe-passe tout à fait prodigieux, une dernière pirouette facétieuse et géniale, l’artiste à la chevelure peroxydée, s’est transformé en femme, inconnue, riche, et à priori totalement passe-partout.
Le dernier rêve, l’ultime, l'inenvisageable pour le tout un chacun, Andy l’a fait, réalisé de main de maître. Il va pouvoir, rien de moins, recommencer tout, repartir de zéro (ou presque.
Une seconde chance, en somme, de découvrir peut-être l’essentiel.
«Sois modeste, Sandy. Sois modeste et tu seras heureuse.». Voilà ce que sa mère, Julia, la terrienne, ne cesse de lui souffler à l’oreille, d’outre-tombe, comme elle le lui faisait, avant, du temps d’Andy.
Et si le bonheur était ailleurs, loin de la renommée et qui sait de la manipulation ?
Manipulation, imposture, Sandy, tout en les maniant encore et très paradoxalement, mesure l’ampleur du vide sur lequel s’était bâti son empire. Les toiles de maître qu’elle ne cesse de scruter dans les plus grands musées européens sont là pour le lui rappeler. Et au-dessus de cet abîme, elle vacille.
Mais si Sandy souffre dans son corps qui la tenaille et dont les douleurs lui rappelle à tous les instants le sacrifice par lequel il a fallu passer, elle tient bon. Il faut dire qu’elle n’a rien perdu de son sens des affaires et de l’organisation. Julian, un ex-proche, s’occupe de la fondation Warhol chargée avant tout chose de faire fructifier les biens de l’artiste défunt et de faire vivre sa dernière oeuvre, bien vivante cette fois, Sandy, partie au bout du monde... Mais peut-elle lui faire confiance ? Quels sont les droits finalement d’un fantôme ? Quels sont ceux d’une femme entre deux âges que rien ne relie à part l’ADN peut-être au Pape de l’art contemporain... Sandy s’en émeut de temps en temps, mais pas assez peut-être, pas vraiment en tous cas. Comme elle ne devine pas l’ombre d’une femme qui la suit à la trace, et qui vingt ans plus tôt tenta de mettre fin aux jours d’Andy...
D’hôtels de luxe en hôtels de luxe, de capitales en capitales, Sandy part à la recherche de son graal, tandis qu’autour d’elle, les autres s’agitent, ourdissent des plans machiavéliques, ou se laissent berner, très innocemment par sa nouvelle apparence.
Entre quête existentielle, road movie, enquête policière, les «Vies d’Andy» nous conte le destin d’un personnage hors du commun en prise avec ses propres démons, la soif d’exister sans et avec les autres, et l’angoisse permanente de finalement ne plus trop savoir qui il est sous l’épaisse couche de maquillage... La fin est tonitruante, en pleine chute du mur de Berlin...
En exergue à son roman, Philippe Lafitte cite cette phrase de Marilyn Monroe :
«J’ai toujours eu le sentiment de n’être rien.
Et que la seule façon d’être quelqu’un, c’était d’être quelqu’un d’autre.»
Avec en miroir celle de Flaubert :
«Tout ce qu’on invente est vrai, sois-en sûr.»
Entre les deux, la vérité peut-être...
Un roman captivant, amusant, intrigant, rondement mené d’une plume alerte et élégante.
J’ai beaucoup aimé.
Extrait :
«Malgré la douleur elle sourit un peu. Elle pouvait tout envisager désormais et de sentiment nouveau provoquait des pensées incongrues : naître tout en ayant déjà vécu; changer de peau pour sauver la sienne; faire disparaître l’albinos qui incarnait pour le monde entier l’éclat de la gloire artistique et le faire renaître, à l’insu de tous, en simple silhouette anonyme"
Oui, peut-être était-ce ce là l’ultime chef d’oeuvre d’Andy Warhol : tout simplement vivre.»
Éditions Le Serpent à Plumes - septembre 2010

3 commentaires:
allons bon ! encore un livre à ajouter dans le petit calepin, ça devient dramatique LOL
surtout que je suis en panne de lecture, c'est le comble avec une PAL monstrueuse
Hello niki, pour les PAL, c'est un véritable fléau, il y a toujours de nouveaux livres pour nous faire de l'oeil :)
Mais Vies d'Andy est vraiment remarquable !
Juste parce que c'est Andy Warhol, je pense que je lirai. Ca a l'air tout à fait bizarre, ce qui n'est pas pour me déplaire!
Enregistrer un commentaire