05 octobre 2010

Beau Rivage @ Dominique Barbéris

Un hôtel dans la montagne, au bord d’un lac, près de la frontière, hors saison.
Une pension de famille un peu vieillotte où se côtoient quelques rares vacanciers, bon gré mal gré.Ils sont cinq exactement, sans compter la patronne et la femme à tout faire. Deux couples et un homme seul, il s’appelle Serge, c’est du moins ce qu’il affirme.
On se croirait dans un huis clos un peu forcé, quoique choisi, une pièce de théâtre où forcément il va se passer quelque chose, quelque chose de grave. Les soupçons pèsent, lourds, la tension est palpable.
Chacun épie l’autre sans vraiment le vouloir, les distractions sont rares, l’attention se fixe sur le voisin, de table, de chambre, comme pour en percer les mystères. Tous un peu voyeurs, à l’affût d’un geste, d’une parole échangée, d’un reflet dans la vitre.
Mais que font-ils tous là, réfugiés dans cet hôtel, alors que la saison est bel et bien terminée et que déjà l’automne, presque l’hiver - tout va si vite dans la région - fait son apparition, bourrasques, pluie et neiges mêlées ?
Bien des années se sont passées, près d’une dizaine, avant que la narratrice de cette étrange histoire ne prenne le temps et le risque peut-être de se la raconter à elle-même ou au lecteur.
Les images affluent nettes, précises :
«Je revois la voiture, comme elle nous était apparue ce soir-là, en cette fin de soirée plutôt où il commençait à faire nuit.»
Tout est précis, clair, mais non moins dénué de mystère. Récit «après coup» qui ajoute encore au sentiment pesant que quelque chose est en suspens, ne manquera pas d’arriver. Récit en abyme où se réfléchissent les sentiments présents, ceux de la narration et ceux du passé.
Le lac omniprésent (et pas seulement parce qu’il justifie, ironiquement le nom de l’hôtel) est comme un immense miroir, convexe, auquel personne ne peut échapper, pas plus qu’à l’immense verrière du salon, qui le soir reflète, ingénument les quelques veilleurs.
Reflets menaçants parfois..
«Oui, la surface du lac ouverte de tous les côtés. Nos reflets enfoncés à l’envers, la tête en bas, nos têtes touchant le limon froid, la pâle lentille du ciel clair»
Jusqu’aux bruits qui semblent s’y réfléchir, et les aboiements du chien :
«- C’est ce chien, avais-je dit. Le chien de l’ancien abattoir. Il aboie sans arrêt. On dirait que le bruit vient du lac.»
Huis clos forcément, et le malheur même s’il sourd d’un peu partout et surtout de tout le monde, ne semble attendre que son heure pour foncer sur sa proie.

«Tout le monde est triste, me dit Franck. Plus ou moins triste. Quand on se rend compte

Un très beau roman, envoûtant, inquiétant, une histoire transcrite d’une plume élégante, une histoire où le suspens tendu comme un fil prêt à se rompre n’a d’égal que la beauté, et l’apparente tranquillité des paysages, comme aux aguets.

Extraits :
«La verrière éclairée au milieu de la nuit ressemblait à une île (le feu brûlant ailleurs, au milieu de la sombre forêt), une île où nous aurions été perdus,où nous aurions été une poignée d’hommes, des survivants. Je pensais en regardant le feu dans la vitre à ces contes où des voyageurs égarés aperçoivent une lumière au fond de la forêt. On croit qu’ils sont sauvés, qu’ils viennent de trouver un abri, mais c’est la maison des brigands ou d’un ogre, d’un chasseur attablé à manger le coeur chaud d’une biche (où avais-je lu ce récit d’un chasseur mangeant le coeur d’une biche ?)».

"Chacun de nous derrière la frontière de sa peau, et si seul."

Editions Gallimard - Août 2010

6 commentaires:

mirontaine a dit…

Voilà il est noté car c'est l'atmosphère que je recherche dans un roman.Merci.

Lily a dit…

Mirontaine, il est MA-GNI-FI-QUE, tu verras :)

L'or des chambres a dit…

Moi aussi je note, l'atmosphère a tout pour me plaire... Et les extraits sont vraiment tentants...
Un roman que je n'avais pas du tout repéré, merci

Lily a dit…

L'Or de chambres, tu ne peux qu'aimer je crois, vraiment.
Ce livre remportera de toute évidence un prix littéraire, c'est ce que je lui souhait !!

antigone a dit…

Je note, envie de te faire confiance...

noann a dit…

Mon commentaire a donné une erreu technique.
Bref je recommence, en ayant soin de copier...

Ce roman est nourri par une belle écriture sobre, c'est incontestable

Vous en parlez magnifiquement.

Mais personnellement il ne m'a pas emballé. Un peu trop peu de tout, je dirais

Si quelqu'un peu m'expliquer la signification de toutes ces rubriques en bas... compte google, openid.. c'est quoi ?