15 octobre 2010

Une femme célèbre @ Colombe Schneck

Derrière une femme célèbre se cache une autre femme célèbre, et une autre encore, comme dans un triple miroir, de face, deux profils...
Mais derrière les paillettes, les jolies robes, de l’une plutôt que de l’autre, les succès et les sourires de façade, se cachent pas mal de désarroi, de détresse et de solitude.
Très curieusement, quand Jeanne la narratrice, auteur d’un premier roman remarqué sur la vie amoureuse et sexuelle de sa grand mère, est promue responsable d’une émission littéraire à la radio puis à la télévision, elle ne cesse de penser et de se pencher sur la destinée de Denise Glaser, vedette de la télé des années 60, présentatrice du fameux «Discorama», et qui pourtant mourut bien seule et dans un quasi dénuement dans son petit appartement de la rue du Pot de fer...
Mais pourquoi une telle fascination (presque morbide) ? Jeanne admire celle qu’elle se plaît à appeler tout simplement «Denise» tant elle lui paraît familière sans l’avoir pourtant jamais rencontrée, peut-être parce qu’inévitablement, elle le pressent, la chute de Denise, sera aussi, de cela elle en est certaine, la sienne...
Et Jeanne de se mettre à décortiquer la vie, ses hauts et ses bas de l’ancienne présentatrice, et de constater que finalement, plutôt dans les «bas» d’ailleurs, les similitudes sont nombreuses.
Comme ils furent nombreux les téléspectateurs à trouver certaines tenues de Denise un peu trop dénudées ou audacieuses et à s’en plaindre ouvertement et vertement ! Comme ils furent nombreux ceux qui souhaitaient jusqu’à le clamer l’éviction de Jeanne de son émission. Nulle, voilà le mot qui revient, sans cesse, qui gonfle et éclate à la figure, sous la forme de mauvaises blagues, de pétitions anonymes en groupes facebook...

Denise - Jeanne, Jeanne-Denise, et Colombe...
Et pourtant, rien de vraiment similaire du moins au commencement. Denise est seule, meurtrie par une blessure d’amour, Jeanne est mariée, a un enfant, un amant...
Denise vit au travers des autres, tous ceux qu’elle découvre et porte au firmament. «Son existence résidait dans sa curiosité infinie pour ce qui n’était pas elle.»
Alors que Jeanne, par la force des choses, son fils est handicapé,  est «entièrement absorbée par sa propre existence», de salle d’attente en salle d’attente, d’orthophoniste en psychomotricienne.

Peu de rapports, de points communs finalement entre les deux femmes, si ce n’est la radio et la télévision, un peu, mais surtout cette chute programmée... Comme si Denise, en reflet annoncé ou annonciateur n’était finalement qu’un prétexte, un prétexte à Colombe Schneck pour parler, comme dans son précédent roman de ce qui la touche, et qui habite sa vie, la sienne.
«Un vrai roman où tout serait inventé, sauf Denise, W et moi. J’écrivais à la première personne, j’imaginais la solitude de Denise, sa vie sans amour, sans enfants, sa vie dédiée aux autres.».
Sous l’impulsion du W. du roman, l’amant de Jeanne, éminent critique littéraire, le roman perd de sa «fiction» pour se rapprocher de la réalité, celle de Jeanne. Comme peut-être le roman de Colombe que nous tenons entre les mains.
Chronique d’une chute annoncée, tel aurait pu aussi être le titre de ce roman, si un rayon de soleil, imprévisible n’en avait éclairé la fin, un mot d’enfant, singulièrement optimiste sans être le moins du monde dupe de la fragilité de ses parents. «Je nage dans le bonheur»

Entre sourires et larmes, une bonne dose d’auto dérision, pas mal de grandes désillusions et de grandes tristesses, le nouveau roman de Colombe Schneck ne manque pas comme son précédent, le si joli «Val de Grâce », d’une certaine grâce justement, lui fait défaut peut-être d’un petit je-ne-sais-quoi qui emporterait l’adhésion totale de ses lecteurs.

Mais peu importe, moi, il m’a touchée...

Editions Stock - Août 2010

3 commentaires:

Mango a dit…

Joli billet! Je ne pensais pas lire ce livre mais voilà que j'ai changé d'avis!

antigone a dit…

Oui, ton billet donne envie d'aller plus loin... On sent que tu as été touchée.

Lily a dit…

Mango, j'en suis heureuse vraiment !
antigone, oui, il m'a touchée pour plein de raisons