21 décembre 2010

Jours toxiques @ Roxana Robinson

Julia Lamberts, professeur d'art à New York et artiste peintre à ses heures, reçoit pour quelques jours ses parents dans la vieille propriété du Maine qu'elle a retapée avec son ex mari et qu'elle garde précieusement comme le réceptacle de toutes les années passées, celles heureuses de l'enfance de ses fils, celles de son mariage perdu aussi.... Il faut dire qu'elle a bien du mal à reconstruire sa vie, Julia... Et son père, brillant neurochirurgien à la retraite, vieillissant à présent, ne lui facilite pas la tâche, toujours cynique, dur et prompte aux reproches plus ou moins masqués. Mais ils sont là à présent, et elle fera tout pour leur rendre agréables ces quelques jours de vacances malgré la tension qui déjà s'installe. Rapidement les évènements s'enchainent et pas pour le meilleur... Son fils aîné rapplique sans crier gare, étrange... pour lui apprendre, par ellipses, que Jack, le cadet, se shoote à l'héroïne...
Tout s'effondre.
Ambiance de huis clos familial où les tensions s'exacerbent alors que les non dits explosent d'avoir été si longtemps étouffés. Tous vont devoir se parler ou apprendre à le faire pour tenter de sauver Jack, une thérapie familiale se met en place, bien malgré eux.
Roxana Robinson excelle à mettre en scène ce qui pourrait être une tragédie théâtrale - quasi unité de lieu, de temps, et d'action, quelques flash back violents notamment sur les descentes aux enfers de Jack. Mais plus encore ce qui m'a profondément marquée dans ce roman âpre et dur, c'est bien la réflexion sur le corps, son importance et sa déchéance qui court tout au long du récit comme la trame du tapis... Le corps comme "présence" à l'autre, le vecteur même de l'être plus qu'un simple réceptacle.
"Comment se fait-il, songea-t-elle, que, lorsqu'on voit quelqu'un, toutes les pensées et les émotions désincarnées de cette personne s'agrègent dans cette silhouette, cette présence ? Comment le corps parvient-il à contenir toute la densité de l'être ?"
Le corps justement qui inéluctablement s'abime sous l'effet de la vieillesse, de la maladie ou de la drogue... Le corps qui en s'émoussant modifie non seulement nos rapports aux autres,  mais aussi la perception même que nous avons d'eux et réciproquement... 
La vieillesse qui emporte tout, en même temps qu'elle saccage les corps, comme la marée qui érode et use jusqu'à l'os, avant de se retirer.
"Ces personnes là n'existaient plus. Son père était désormais à peine capable de marcher, sa mère luttait péniblement pour suivre la conversation. Ses parents étaient en train de partir  à la dérive, engagés dans une bataille perdue contre leur corps et leur esprit. La marée se retirait."

Et puis la drogue, la drogue  qui change les êtres au point de ne plus pouvoir les reconnaître... La drogue, comme la vieillesse en somme, mais en accéléré.

Un roman fort et captivant, sans concession et qui décidément ne guérira pas vos bleus à l'âme...

Editions Buchet Chastel - septembre 2010

1 commentaires:

Isa a dit…

Un livre qui me fait envie depuis sa sortie.