30 mars 2010

Le Secret du soir @ Cécile Roumiguière et Eric Gasté

Le petit prince Igor vit dans un château de mille pièces, « une demeure aux mille portes, aux mille couloirs. Il a mille fenêtres pour regarder le ciel, mille soleils à contempler dans le cristal des lustres, mille et mille planches de parquet à suivre du pied entre les mille tapis brodés. »
Et pourtant, et malgré sa chambre immense aux mille trains qui se croisent sur mille rails, le prince Igor, toujours accompagné de ses deux chiens, alanguis sur le tapis ou le nez en l’air, se sent bien seul…. Surtout le soir, quand la reine, sa mère, ne trouve pas le temps de venir l’embrasser, alors que la journée a été longue, sans l’oiseau bleu, son préféré, parti, envolé, sans crier gare.
Mais une nuit, un peu comme les autres, un drôle de personnage va faire irruption dans sa vie. Il s’agit seulement au tout début du moins,  d’une ombre gigantesque, un souffle chaud comme un baiser…

La suite sur LE BIBLIOBUS (Mon blog "Littérature jeunesse"

Editions Milan jeunesse - 2010

Challenge "Je lis aussi des albums" 1/11

27 mars 2010

Big Fan @ Fabrice Colin

Big Fan, Radiohead, la fin du monde et moi, tout est dans le titre ou presque de ce roman où s’entremêlent et se rejoignent trois styles de textes, tantôt épistolaires, tantôt biographiques, récit d‘une vie d‘un fan par lui-même (pas toujours rose, mais hautement passionnée) et biographie non officielle du groupe Radiohead restée quant à elle inachevée, la faute au fan précité…
Que l’on connaisse ou non Radiohead est totalement sans importance, tout au plus et si vous étiez tout comme moi dans un état d'ignorance inavouable, irez-vous jeter un coup d’œil à leur fameux « Creep » (mais bien sûr) pour les suivre ensuite, septique ou enchanté, ce sera selon, mais l’important n’est pas là (en tous cas pas pour les fans, qui devraient toutefois s'y retrouver :)
Non, il faut entrer dans cette histoire, totalement rocambolesque (vraiment ?), celle d’un fan un chouia déjanté aussi passionné qu'illuminé qui rencontra un jour un certain Colin (enfin un de ses doubles fantasmatiques), alors biographe non officiel du groupe, du moins en plein travail d’écriture sur ce dernier…
Bill Madlock , est le FAN par excellence, et plus que cela encore, LE fan absolu, celui qui navigue entre admiration éperdue, et connaissance quasi scientifique, on serait tenté de dire moléculaire du groupe auquel il a voué sa vie et sa substantifique moelle. C’est tout simple il connaît mieux Thom Yorke que ce dernier ne se connaît lui-même, pour un peu il le devancerait dans ses intentions et ses créations musicales, l'inspirerait même à distance, sorte de muse invisible et pourvue de bourrelets…
Bill est gros parce que sa mère ne sait pas l’aimer autrement qu’en le gavant de mayonnaise et de frites, parce que son père, un pilier de bar convaincu les a lâchés sa mère et lui un beau jour, pour ne plus reparaître que tous les quanrante du mois, non sans lui avoir offert en cadeau de départ un tranquille Iguane, du nom de Pablo honey (prémonitoire ?). Et si tout était écrit…
Mais être fan, et qui plus est d’un groupe qui annoncerait de façon même sibylline la fin du monde, n’est pas sans danger… Résultat des courses, Bill, le gros Bill, ou le Gros tout court,  finit derrière les barreaux, victime de l’incrédulité du monde qui ne veut rien entendre de ses assertions ou galimatias,  et qui court selon lui à sa perte et pas la moindre…
« Quand aura lieu la fin du monde ? La question est sans objet mon pote : on la vit en ce moment même. »
Alternant ses lettres de prison adressées au biographe, le récit de sa courte vie  chahutée,  triste à en pleurer quoique illuminée par quelques grands moments de bonheur absolu, et les chapitres de Colin-biographe sur Radiohead, très documentés et annotés de la main du gros Billy himself, sur fond musical, avec un Thom Yorke vibrant, déchainé  sur scène, Big Fan vous transporte dans un ailleurs ou la folie rime avec la musique, et le fantastique avec le mystique…

Scotché, on suit les méandres de cette histoire qui se dévore comme un thriller (mais qu’a bien pu commettre LE fan pour moisir ainsi dans une geôle)… Ecoutez-le plutôt, alors qu’il se confie au sieur Colin ou biffe d’une main rageuse sa biographie en cours d’écriture (et il n’y va pas de main morte, fidèle à lui-même : « "Il serait bon d'éviter les phrases passe-partout. C'est Radiohead, putain, pas un concours hippique." " D'une façon générale, mec, je suis légèrement consterné par - non pas la pauvreté, mais l'indigence de ton style. On croirait que tu as quelque chose dans le cul, une chose que personne et surtout pas toi, ne se serait donné la peine d'identifier. Il faudrait que ça vibre carrément plus, si tu vois ce que je veux dire. Il faudrait que l'on sente les volts, les leucocytes, le degré d'alcool, les décibels, le décompte des points de santé mentale en chute libre." »

Page turner, Big Fan ? Assurément, et Le cafard cosmique a bien raison de le préciser….
Et puis Bill est UN PERSONNAGE, un « type », un héros (n’ayons pas peur des mots), une silhouette de papier qui n’a rien à envier à un Ignatius Reilly ou à un doux dingue dont la folie serait le génie.

« Avec tout le respect que je lui dois, Bill Madlock ressemble au cinglé qui sommeille en moi : le fan que nous voudrions être et que nous avons probablement été, quelques semaines durant, aux alentours de nos quinze ans. ».

Finalement, et en guise de conclusion, je n’aurai qu’un mot d’ordre : lisez Big Fan !
Et puis... Billy a besoin de vous (les droits du présent ouvrage seront intégralement reversés à la fondation qui gère ses intérêts en vue de financer son procès en appel).
Vous doutez de son existence, vraiment  ? Pourtant il n’a jamais été aussi vivant que sous la plume de Colin (qui rappelons-le, n‘écrit pas que pour la jeunesse. Et diablement bien en plus !)

Les avis de Claro et du Cafard cosmique.

Editions Inculte - Janvier 2010.

25 mars 2010

Le problème de Nath @ Gérald Tenenbaum

Nath a un gros problème avec les maths, c’est tout simple pour lui c’est comme s’il s’agissait d’une langue étrangère, un univers parallèle bien éloigné de son monde, distant, inaccessible, abstrait, si abstrait…
« Nath et maths, comme vous voyez, ça fait deux ! » ne peut s’empêcher de déclamer Mme Maillert, la si irascible prof de maths, alors que  le pauvre Nath planche et sèche devant le tableau, « tel un papillon sur une planche », au bord de l’évanouissement.
Nous sommes en 2038 environ, les tableaux noirs ont été remplacés par des écrans tactiles translucides, chaque élève dispose de son petit ordinateur portable en « tissu biosynthétique », les minibus électriques n’ont plus besoin de chauffeurs, la robotique a envahi la ville et la vie.
Alors quand Nath se rend chez Serge, un vieux monsieur qui a toujours fait parti de sa vie, un quasi grand père sans  pourtant en être un «pour de vrai » , l’adolescent est tout de suite chamboulé par l’odeur si particulière, unique qui y règne, celle du … papier.
L’appartement de Serge est le « royaume du papier », son unique pièce est envahie par les livres, les périodiques qui n’ont plus cours, et que l’on ne trouve plus à présent que chez les bouquinistes, et encore… Ces vestiges d’une autre époque transportent Nath dans un ailleurs, un monde fait de pensées, d’encre et d'imprimés. « Le monde de Serge est d’abord une forêt de papier. Qui dit papier, dit partir. Qui dit partir, dit rêver. ».
Le soir de cette terrible journée, il se rend chez Serge pour un peu de réconfort, et puis pour lui poser la question qui le taraude depuis des mois :
« - Les maths, tu as toujours su, ou c’est venu plus tard ? ». Et Serge de lui raconter une histoire, comme à son habitude et au grand bonheur de Nath, celle d’un de ses amis précisément, qui lui aussi n’avait pas la bosse des maths, et qu’il avait fallu aider avec un groupe de copains pour lui permettre de décrocher son premier concours. Pedro-Pierrot devenu pourtant, bien des années plus tard,  directeur d’un institut de sondages, « une sorte d’usine à maths »…
« Tu sais, une des choses que j’ai découvertes à cette époque, c’est qu’on comprend beaucoup mieux soi-même quand on apprend pour expliquer à un autre que quand on apprend pour soi. (…) C’est une question de distance, dit doucement Serge. Ce qu’on ne parvient pas à repousser un peu plus loin, on ne peut pas vraiment le comprendre. »…
L’idée chemine dans l’esprit de Nath alors qu’il s’endort dans la petite chambre de Serge aux murs recouverts de dessins, gravures, photos, représentant tous Excalibur, l’épée du roi Arthur.
« La quête du Graal ressemble-t-elle à celle des mathématiques ? »
Elle est aussi essentielle en tous cas, et c’est-ce que le jeune garçon ne va pas tarder à découvrir, quelques heures plus tard. Sa mère Mia, ne répond pas au téléphone, sa mère Mia a sombré dans le coma...
Commence alors pour Nath, accompagné de Serge, de sa grand-mère et de quelques camarades dont l’aide se révèlera très précieuse, un combat contre le temps, un combat au cœur des maths, ses alliées pour une fois dans la quête de ce qui pourra guérir Mia…
La paralysie devant les dérivées et les logarithmes n’est plus de mise, il va falloir agir, une épée de chiffres à la main… Mais pas tout seul, ensemble, à plusieurs, unis dans la même foi et l’amitié.

Voilà un très joli roman, autant sur les chiffres et les mots qui jamais n’ont été aussi proches, que sur l’amitié, le partage, la transmission entre les générations, la famille qui n’attend pas les liens du sang pour accueillir et s’élargir.
Et puis, il y a la présence, douce et réconfortante de l’oncle qui n’est plus, Ethan, mort sur le champ de bataille afghan, Ethan qui lui laissa en héritage, un journal, une longue lettre d’où il lui murmure :
« Si je peux te donner, comme un oncle qui t’aime, un conseil pour ta vie, c’est celui-ci : pense par toi-même, toujours, toujours, et jamais n’accepte de rien ni personne qu’il le fasse à ta place. »

A découvrir dès 12 ans, et sans limite d’âge !
J’ai beaucoup aimé et j’ai hâte de le proposer à Matthieu ;)

Editions Belin, collection Charivari - 2007

17 mars 2010

Collection "A 20 ans" des éditions Le Diable Vauvert


A l’occasion de leurs dix ans, les Editions du Diable Vauvert ont eu l’excellente idée d’inaugurer une nouvelle collection intitulée « A 20 ans ».
« A 20 Ans » retracera la jeunesse d’écrivains qui avant d’être devenus des « classiques » étaient avant tout des jeunes gens ou jeunes femmes d’exception.
Ne devient pas Vian, Proust ou Flaubert (les trois auteurs qui ouvrent la série) qui veut - on s’en doute - mais l’étude des leurs jeunes années d’adulte, est tout à fait passionnante et particulièrement bien menée par les auteurs qui s’y penchent successivement et passionnément.

Le livre consacré à Boris Vian Par Claudine Plas (éditrice de chansons et productrice de spectacles) m’a tout simplement enthousiasmée et pourtant, mes lectures de Vian remontent, hélas, à déjà pas mal d’années, malgré l’envie tout récente que m’a donnée Rose de le relire, séance tenante…
Boris Vian a 20 ans exactement en 1940. Claudine Plas retrace l’itinéraire des jeunes années de l’écrivain, ce jeune homme surdoué, résolument antifasciste, mais apolitique, plus résolument tourné vers l’écriture et la musique. Le livre s’achève sur l’année 1944 et l’assassinat de son père, année clef de son existence, où tout bascule et le projette dans la vie, entre fragilité et urgence de vivre, lui dont la « jeunesse imprègnera à jamais sa courte existence. »

Un petit livre dense et passionnant.

Le « Marcel Proust  - Le temps de la recherche » de Jean-Pascal Mahieu, retrace quant à lui d’une plume non moins alerte et passionnée les 20 ans de l’illustre Marcel.
Connaissant mieux l’écrivain, je n’y ai pour ma part pas appris grand-chose de nouveau, toutefois, je ne doute pas un seul instant que pour les lecteurs plus novices de La Recherche, cet ouvrage les éclairera sur les prémices de l’œuvre proustienne, la vie mondaine du jeune écrivain, ses rencontres rien moins futiles que riches d’enseignements et d’inspiration.
Sa rencontre, entre autres exemples, avec Robert de Montesquiou, l’un des modèles attitrés de Charlus (personnage clé de la Recherche) mais aussi du célèbre Des Esseintes d’A rebours, y est fort bien détaillée et mis en scène par Jean-Pascal Mahieu, c’est tout simple on s’y croirait presque :)
« Le comte a trente-sept ans quand Marcel lui est présenté. C’est un bel homme aux traits fins. Les cheveux bruns sont ramenés en arrière. Il lève facilement le menton pour toiser ceux qu’il méprise, c’est-à-dire à peu près tout le monde. Même sur une photographie, sa silhouette élancée donne l’impression qu’il s’apprête à danser. Pour un peu, son visage émacié lui donnerait un air ténébreux, mais sa voix est si haut perchée qu’il faudrait qu’il se taise, ce qui n’arrive jamais. ». 
Le jeune Marcel prendra un grand plaisir à l’imiter ici ou là dans les salons, ce qui n’aura pas l’heure de plaire au dandy, mais le jeune apprenti écrivain manie si bien l’art de convaincre et circonvenir les situations les plus délicates, qu’il le ralliera bien vite à sa cause…
Me reste à découvrir les 20 ans de Flaubert… Mais j‘y reviendrai, bien sûr !

Ma première pensée en abordant ces ouvrages fut évidemment tourné vers les jeunes lecteurs, les lycéens notamment dont le bac de français approche à grands pas… Cette collection devrait pouvoir les réconcilier, s’il en était besoin, avec la littérature et les « classiques »… "Classiques",  quel terme odieux quand on y pense, pourquoi pas surgelé, empaillé, ou poussiéreux… 
"A 20 ans" devrait pouvoir leur rappeler  que tout comme eux, Flaubert, Proust ou Vian eurent aussi leur âge, et qu’avant d’être des écrivains statufiés au panthéon des lettres, ils furent des jeunes hommes en proie au doute, mais passionnés…

Une très bonne première approche.

Editions du Diable Vauvert - Février 2010

16 mars 2010

Souffles couplés @ Gérald Tenenbaum

La vie d’Alex bascule irrémédiablement l’été de ses onze ans. Un drame terrible le sépare brutalement de sa famille et de sa vie d'enfant, un drame dont il a tout oublié, hormis l’instant d’avant, celui d’après, ne laissant plus derrière lui que de terribles conséquences, séparation,  déménagement et son incapacité désormais à écrire et à déchiffrer le moindre mot. Alex est devenu ce que l’on appelle un hypermnésique, « Un don pour les uns, une maladie pour les autres. » De tout il se souvient parfaitement. Avec une mémoire quasi cinématographique les images s’incrustent dans son esprit, comme en creux, tous les soirs, il lui faut les ranger, les archiver. A trente huit ans, il est devenu un homme dont le passé pourrait s’apparenter à un immense mille feuilles où rien de ce qu’il croise n’est effacé par la mémoire, un son, une voix, un visage même entr’aperçu fugacement, tout y reste gravé, méticuleusement, inexorablement, incroyablement étouffant… Sandra professeur à l’université et psycholinguiste tente de l’aider à réapprendre à lire et à écrire, en remontant le temps jusqu’au trou noir, désespérément opaque et mutique.
Alex est devenu un peu par hasard, barman à Grenoble, au café des Deux mondes, toujours  fidèle  à son poste, mais toujours étrangement  « absent d‘ici mais présent  là-bas », entre présent et passé. Il y croise une multitude de personnes, que forcément il n’oubliera plus jamais. Ses étranges capacités n’ont pas pas échappé à Maggy, capitaine de police, qui de temps à autres fait appel à lui  pour résoudre ses enquêtes, lui l’éternel témoin, bien malgré lui de tout ce qui se passe autour de lui.
Or un jeune homme vient d’être assassiné dans le parc du Mistral, pourra-t-il le reconnaître ? Remontant le passé, comme s’il rembobinait un film, Alex parvient à retrouver l’instant précis où le jeune homme est « entré » très subrepticement dans son angle de vision. Peu à peu tous les fils se rejoignent tissant des liens pour le moins inattendus entre cette affaire, lui-même et Sandra…
Les enquêtes se croisent et se mêlent, très intimement, l’Histoire entre dans le présent, le présent se nourrit de l’Histoire. .. Construit comme un polar particulièrement efficace, au suspens extrêmement tendu, Souffles couplés nous emmène dans les arcanes de la mémoire, et des mots, ces mêmes mots qui sont au centre justement de l’œuvre de Gérald Tenenbaum. Mots  ciselés, affutés, opposés, sonnant et résonnant tout au long de ses textes, textes poèmes bien souvent, où rien n’est laissé au hasard, mais où tout prend son sens.
« - Vous voyez, nous sommes comme des voyageurs sur un océan de formes et de sens. Mais chaque forme fait sens et chaque sens prend forme. Notre travail consiste à comprendre le comment. Le pourquoi est sans doute inaccessible, comme la nature de l’âme… » explique Sandra à ses étudiants, c’est aussi le travail du poète…

Alors qu’Alex et Sandra se trouvent confrontés aux pages sombres de l’histoire de l’Italie et des brigades rouges, ils découvrent, en creux, les mots et  les maux,  qui plongèrent l’enfant Alex dans le drame, l’oubli puis l’incapacité à oublier. Les mots sont des alliés, ils peuvent aussi être des armes qui tranchent et mutilent…
Mots, maux, le thème du double et de gémellité n’est pas loin, qui rôde, central, discret mais omniprésent jusqu’au rebondissement final, implacable et magnifique.
« Montagne blanche, montagne noire. Des sœurs jumelles aussi dangereuses l’une que l’autre, par des moyens différents. L’une séduit, l’autre inquiète. La première attire, la seconde défie. »

Souffles couplés, enquête multiple et polymorphe, sur fond d’amitié et d’amour, pour contrer la solitude qui enferme et paralyse le fait même d’exister.
« (…) agir enfin, agir à deux, souffles couplés, ouvrir le couvercle, donner sa chance à la lumière, choisir la lumière. »

J’ai vraiment beaucoup aimé, me disant même en refermant ce livre pourtant si littéraire, tout habité par les mots et leurs sonorités, qu’il pourrait donner lieu à une magnifique transposition cinématographique, tant l’action y est tendue, très intelligemment menée, jusqu’aux cinquante dernières pages qui se lisent dans un souffle…

Editions Héloïse d'Ormesson - Mars 2010

13 mars 2010

Les Editions Rougerie

Je viens d'apprendre, via un article du Monde, la mort du fondateur des Editions Rougerie, René Rougerie, qui s'est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi à Lorient.

« En plus de 60 ans, René Rougerie a publié les plus grands poètes français, de Boris Vian à Max Jacob, en passant par René-Guy Cadou, Xavier Grall, Fermando Arrabal, Georges-Emmanuel Clancier ou Joe Bousquet. Il était connu pour sillonner la France afin de livrer lui-même les dernières productions de sa maison. » nous dit Le Monde.

Il fut aussi celui qui tira de l'oubli où il menaçait de sombrer l'immense poète que fut Saint-Pol-Roux, « le seul authentique précurseur du mouvement dit moderne » écrit André Breton dans son hommage à Saint-Pol-Roux du 9 mai 1925 (source).

Saint-Pol-Roux, ma grand mère m'avait souvent parlé de lui, à l'occasion de nos petites virées dans les Abers, et de l'immense tragédie qui allait balayer son existence dans la nuit du 23 au 24 juin 1940.
 Saint-Pol-Roux
Cette nuit-là en effet, un soldat allemand pénètre dans sa propriété, le manoir de Coecilian, tue sa gouvernante, Rose, viole sa fille, Divine et la blesse gravement à la jambe. Saint-Pol-Roux échappe quant à lui de peu à la mort... Alors qu'il était à l'hôpital de Brest avec sa fille, sa maison est pillée, ses récents poèmes déchiquetés, brûlés. Saint-Pol-Roux, ne survivra pas à tant de chagrin, il meurt peu de temps après le 18 octobre 1940.

Ami de Breton, Jean Moulin, Max Jacob ( qui fut, vous en vous en souvenez sans doute arrêté par la gestapo en 1944), Céline et de tant d'autres, Saint-Pol-Roux est considéré comme le prédécesseur des Surréalistes. Vercors lui dédiera « Le silence de la mer"...

Le site des Editions Rougerie est ICI. Il faut s'y rendre...

11 mars 2010

(...)

Comme vous avez pu le constater, j'ai été un petit peu débordée ces derniers temps.
Et pourtant je ne manque pas de livres dont il faut absolument que je parle ici... 
Rendez-vous donc dans quelques jours, le temps que je remette mes idées au clair et en ordre
(ah cette fameuse concentration qui me fait tant défaut en ce moment :)
A très bientôt !

05 mars 2010

Le retour de Mary Poppins @ Pamela Lyndon Travers

Mary Poppins est de retour et en français s’il vous plait (le second tome de ses aventures, paru en 1943, n’avait jusqu’à présent été traduit que partiellement). Bref un grand moment pour les admirateurs petits ou grands de la fameuse nounou, un peu revêche, et diablement captivante !
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle avait laissé après son départ précipité, emportée par le vent d’Ouest, la maisonnée du 17 allée des Cerisiers, un peu morose, et pas franchement en forme.
Mais ne leur avait-elle pas écrit « Au revoir » (in french) dans le petit mot qu’elle leur avait laissé ?
Et de fait, la voilà, alors qu’on ne l’attendait plus, qui réapparait, on s’en doute, de la plus merveilleuse façon et par les airs, au bout d’un cerf volant… Et comme si de rien n’était, la voilà qui reprend ses fonctions et bien davantage, au sein de la famille Banks. C’est tout simple, dès que Mary Poppins apparaît, c’est l’univers entier qui change de couleur, et les rêves (même inquiétants ) qui prennent réalité. A-t-on rêvé se demandent les enfants ? Non, à chaque fois, il se trouve un petit indice pour prouver qu’elle, la magicienne aux allures de poupée hollandaise, est bien l’instigatrice de tout cela, celle qui leur ouvre la porte, au rêve, au merveilleux.
Une succession d’évènements plus extraordinaires les uns que les autres vont forcément se dérouler durant ce deuxième séjour, les enfants ne peuvent qu’en être que persuadés, quant à Mr et Mrs Banks, ils soupirent d’aise tous les deux, c’est bien la seule à savoir tenir les rênes de cette maison…
Imaginez une seconde une alouette qui emporte littéralement dans les airs la méchante Miss Andrew, l’ancienne gouvernante de Mr Banks, femme redoutable s’il en est une… Arrivant en fanfare au 17 allée des Cerisiers, une cage à la main et tout un chargement qui l’attend dans un taxi, elle ne se doute pas une seconde qu’elle va avoir à faire à beaucoup plus forte qu’elle… Et puis, les oiseaux et Mary Poppins, c’est une longue histoire… En deux temps trois mouvements, pas le temps de dire ouf, ni de poser un pied dans la maison, voila notre mégère, qui se transforme, sous le regard implacable de Mary, en jelly tremblotante pour finir enfermée à la place de l’oiseau dans la cage désormais libre de son petit prisonnier…
« Était-ce Mlle Andrew qui avait brusquement rapetissé ou bien la cage qui s’était agrandie ? Jane et Michael n’auraient su le dire. Mais ce dont ils étaient certains, c’est que la porte de la cage se referma dans un petit clic sur la vieille gouvernante. »
Et la cage de s’envoler, s’envoler de plus en plus haut, transportée dans les airs par l’alouette ivre de liberté, avant de  retomber sur le perron… La vieille Miss Andrew n’a plus qu’à présenter ses excuses à Mary, (pensez, elle l’avait traitée, entre autres, de « jeune personne » !) et prendre ses jambes à son cou..
Et ceci n’est que la première aventure… S’en suivront un mystérieux et inquiétant voyage au cœur du dessin ornant le vieux compotier (magnifique), un étonnant spectacle au cœur des constellations ( le vrai, le seul cirque des étoiles !), un thé, cul par-dessus tête, chez le curieux M. Turvy (inoubliable), des ballons de baudruche, qui vous feront rebondir au-dessus de la terre, et tant d’autres choses (Ah l'arrivée du printemps comme vous ne l'avez jamais imaginé !)….
Même l’arrivée d’une petite sœur, avec à la clef, une très jolie et très triste découverte. Si les bébés savent tout du long voyage qui les amènent sur terre, comprennent tout et même davantage que vous-même, y compris le langage des oiseaux, ils oublient tout, en clignement d’œil, un jour, comme si de rien n’était… au grand drame, des étourneaux, dont c’est sans doute la plus grande tristesse sur cette terre. Une seule a su conservé ce don, cet immense savoir…. Miss Poppins, bien sûr…

Ah Mary Poppins ! Revêche à souhaits, guindée, implacable souvent, égocentrique assez régulièrement (son reflet dans le miroir, les vitrines, ou les flaques d’eau la ravit plus souvent qu’à son tour…), elle cache le plus important, son secret dont elle distille le meilleur aux enfants qu’elle aime sans trop vouloir le montrer…

Un très joli voyage, à ne pas rater pour tout l’or du monde :)
Les illustrations de Sybille Delacroix, sont mignonnes à croquer, comme des « portraits à  la silhouette », petites figures noires se découpant avec allégresse sur le fond blanc de chaque en-tête de chapitre.
Elles me font presque oublier les illustrations originales de Mary Shepard, qui faisaient mon bonheur quand j’étais petite fille…
Mary Shepard pour l'édition de 1943 (cliquer pour agrandir)

Editions du Rocher - Février 2010- Traduction de Thierry Beauchamp.

03 mars 2010

Eternels- Lune bleue (T.2) @ Alyson Noël

Ever semblait pouvoir couler des jours heureux et éternels auprès du grand et seul amour de sa vie, le magnifique et l’invincible Damen, enfin c’est tout du moins dans cet état d’esprit que nous les avions laissés à la fin du premier tome, quand…. Quand un  petit nouveau fait son apparition au lycée, un jeune homme aussi mystérieux qu’empathique. Roman, c’est son nom, attire à lui tel un aimant tous les élèves, comme doué d’un étrange pouvoir attractif. Dès lors, tout se met à aller de travers, mais juste pour Ever qui se retrouve vite à l'écart, seule, terriblement seule. Le pire est à venir. Le pire qui se matérialise assez vite en fait, alors même que nos deux tourtereaux immortels ont prévu de passer leur première nuit ensemble, juste après la pièce de théâtre dont Miles est la vedette. Malédiction suprême ? Damen est frappé d’un mystérieux mal, du jour au lendemain il oublie son grand amour jusqu’à le renier ouvertement. D’Ever, il ne veut plus jamais entendre parler, pire la moque, la blesse ouvertement devant tous, qui se détournent d’elle avec en arrière plan le regard moqueur de l’inquiétant Roman….
Il semblerait que Damen et Ever soient condamnés à ne jamais pouvoir s’unir, répétant siècle après siècle le même échec, à moins que…
A moins qu’il n’y ait une raison à tout cela, un début de solution qui se trouverait  précisément dans l’histoire même de Damen. Ever, prête à tout pour reconquérir son grand amour, décide de retourner seule à Summerland. En quelques minutes elle est transportée dans un monde féérique et inquiétant tout à la fois. Certains êtres y ont la chance ou le tourment de pouvoir, tous les 5 ans seulement, au moment où la lune bleue apparaît de franchir un grand portail qui les emmène à travers le temps… Remonter le temps ! C’est pour Ever l’occasion rêvée, unique de retrouver son existence passée, ses parents, sa sœur et Caramel, avant l’accident. Réparer, reconstruire mais pour cela oublier …. Damen.
Je vous laisse mesurer l’ampleur du dilemme. Les évènements continueront à s’enchainer, surprenants, inquiétants, jusqu’au dénouement final, bien moins apaisé (et c’est un euphémisme !) qu’à la fin du premier tome… Suspens, suspens quand tu nous tiens ! Les admiratrices de Damen n’en dormiront plus:)
Le troisième tome prévu s’appellera « Shadowland », titre prometteur, qui n’est pas pour me déplaire…
Si à vrai dire, je suis de toute évidence un peu âgée pour ce genre d’idylle adolescente, j’avais dès le premier tome bien aimé le personnage de Riley, petite fille fantôme, minuscule revenante, que sa sœur ne se décide pas à laisser « partir » pour de bon. Sans vous dévoiler si Riley se manifestera une fois de plus ou non, je peux néanmoins vous révéler la présence de nouveaux petits êtres, deux petites jumelles aussi inquiétantes que rieuses tout à la fois, dont la présence a pour ma part illuminé ce volume. Maléfiques, charmeuses, bienveillantes ? A vous de voir…
Elles donnent des frissons comme à chaque fois que des fantômes enfants entrent dans une pièce.

Bref, une jolie réussite, pour une série dont le succès ne se dément pas.
(Je doute toutefois, qu’à l’encontre de Twilight, elle sache séduire les adultes avec autant de succès…)

Editions Michel Lafon - En librairie le 11 mars 2010 (et non le 4 comme précédemment annoncé, mea culpa :( il faut attendre encore un tout petit peu.... )